‹ Des Manuscrits de Buffon avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateursChapitre 21 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

HISTOIRE DES MINÉRAUX

Je passe aux manuscrits sur les minéraux ; et ici encore nous allons retrouver notre bon et infatigable abbé.

François (de Neufchàteau) dit très-bien :

' liCS travaux de Bexou, dans l’ouvrage de BulTon, ne s'étaient pas bornés à l’Iiistoire des oiseaux. Celle des minéraux et des pierres précieuses est aussi, en grande partie, son ouvrage ' .

Les manuscrits relatifs à l'Histoire des minéraux forment deux cahiers, et répondent aux deux premiers volumes de cette Histoire.

Dans les cahiers sur les oiseaux, ce qui dominait.

' Voyez Conservateur, l. 1, p. vm.

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c’étaient les articles de Bcxon. Ici, c’est tout le contraire. Je n’en trouve même que deux qui soient tout à fait de lui : le premier sur le granit^ le second sur les pierres composées .

Mais ce que nos manuscrits sur les minéraux ont de plus précieux, ce sont deux articles, l’un sur le soufre, l’autre sur les sels, tous deux écrits par BufFon. On ne peut voir sans en être ému, on ne peut lire qu’avec une vénération profonde, ces lignes tracées par une main déjà fatiguée par l’âge (BufTon avait alors soixante-seize ans), et cependant si pleine d’ardeur encore pour le travail.

Je lis dans le manuscrit {article du soufre) :

La nature, iiulépendamment de ses hautes puissances auxquelles nous ne pouvons atteindre, et qui se déploient par des effets universels, a de plus les facultés de nos arts, qu’elle manifeste par des effets particuliers : comme nous, elle sait fondre et sublimer les métaux, cristalliser les sels, tirer le vitriol et le soufre des pyrites, etc. Son mouvement, plus que perpétuel, aidé delà perpétuité du temps, produit, entraîne, amène tous 'les événements, toutes les combinaisons possibles; elle n’a besoin ni d’instruments, ni de creusets, ni d’une main dirigée par l’intelligence ; tout s’opère, parce que tout se rencontre, et que, dans la libre étendue des espaces et dans la succession du mouvement, toute matière est remuée, toute forme donnée, toute figure imprimée. Ainsi tout se rapproche ou s’éloigne, tout s’unit ou se fuit, tout se produit ou se déti-uit par des forces relatives ou opposées qui seules sont constantes, et, se balançant sans se

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détruire, animent l’univers et en font un théâtre descènes toujours nouvelles, d’objets sans cesse renaissants.

Je lis dans l’imprimé :

La nature, indépendamment de ses hautes puissances auxquelles nous ne pouvons atteindre, et qui se déploient par des effets universels, a de plus les facultés de nos arts qu’elle manifeste par des effets particuliers : comme nous, elle sait fondre et sublimer les métaux, cristalliser les sels, tirer le vitriol et le soufre des pyrites, etc.; son mouvement plus que perpétuel, aidé de \ éternité du temps, produit, entraîne, amène toutes les révolutions, toutes les combinaisons possibles : pour obéir aux lois établies par le Souverain Être, elle n’a besoin ni d’instruments, md'adminicules, ni d’une main dirigée par l’intelligence humaine; tout s’opère, parce que à force de temps tout se rencontre, et que, dans la libre étendue des espaces et dans la succession continue du mouvement, toute matière est remuée, toute forme donnée, toute figure imprimée : ainsi tout se rapproche ou s’éloigne, tout s’unit ou se fuit, tout se combine ou s'oppose, tout se produit ou se détruit par des forces relatives ou cœitraires, qui seules sont constantes, et, se balançant sans se nuire, animent l’univers et en font un théâtre de scènes toujours nouvelles et -d’objets sans cesse renaissants.

J’ai souligné tous les mots changés ou ajoutés, et l’on voit ici plus d’un soin ; d’abord celui du style, comme toujours, et puis celui d’une certaine prudence, inspirée par le souvenir de la Sorbonne, que Buffon eut toujours présent, et dont nous verrons

HISTOIUE

encore d’autres preuves, et sur des points bien plus importants.

Après un passage de Vüistoire des minéraux^ où Buffbn se corrige lui-même, voyons un passage où il corrige Bexon. L’article du granit est tout entier de Bexon.

Je lis dans le manuscrit, c’est-à-dire dans Bexon ;

Des quatre mafières simples, la plus fusible est sans comparaison le feldspath ; il l’est à un degré de feu bien inférieur à celui que veut le quartz pour se fondre, puisque ce dernier, quand il est pur, résiste au plus grand feu de nos fourneaux, tandis que le feldspath s’y fond avec facilité, et entraîne même dans sa fonte la fusion du quartz. Le feldspath est même plus fusible que le mica; car il coule à un degré de chaleur moindre que celui où le mica se réduit en un verre spumeux. Or ces différents degrés de fusibilité respective dans les trois matières qui composent le granit, savoir le quartz, le mica et le feldspath, me semblent suffire pour rendre clairement raison et expliquer d’une manière palpable, et, si je l’ose dire, méraiiique, la formation des granits.

Et je lis dans l’imprimé, c’est-à-dire dans Bexon corrigé par Buffon :

De toutes les matières produites par le feu primitif, le granit est la moins simple et la plus variée : il est ordinairement composé de quartz, de feldspath et de schorl, ou de quartz, de feldspath et de mica, ou enfin de quartz, de feldspath, de schorl et de mica ; de ce? quatre substances

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priiuitives, les plus fusibles sont le feldspath et le schori : ces verres de nature se fondent sans addition au même degré de feu que nos verres factices, taudis que le quartz résiste nü plus grand feu de nos fourneaux ; le feldspath et le schori sont aussi beaucoup plus fusibles que le mica, auquel il faut appli(]uer le feu le plus violent pour le réduire eu verre ou plutôt en scories spumeuses. Enfin, le feldspath et le schori communiquent la fusibilité aux matières dans lesquelles ils se trouvent mélangés, telles que les porphyres, les ophites et les granits, qui tous peuvent se fondre sans addition ni fondant étranger; or ces diflérents degrés de fusibilité respective dans les matières qui composent le granit, et particulièrement la grande fusibilité du feldspath et du schori, me semblent suffire pour expliquer d’ur.e manière satisfaisante la formation du granit.

Je n’exannne pas ici le fond des choses. Voyez, pour cela, mon édition des œuvres de Buf-

fon*. Buffon compose le granit de quartz, de feldspath et de schori, ou de quartz, de feldspath, de schori et de mica.

lie granit se compose de quartz, de feldspath {orthose ) et de mica. Le nom de schori est un nom vague qui a etc donné cà différents minérau.v.

Buffon nous dit encore que « le quartz, en s’égre- • nant, formait les micas. » Mais le quartz et le mica n’ont pas la même composition. Le quartz est V acide silicique, la silice pure; et le mica se compose de silice, d’alumine, de peroxyde de fer, etc.

* C’est celte qile je cite constaninient dans ce volume.

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Laissons donc ces erreurs sur les laits, qui tiennent aux erreurs d'un temps qui n’avait pas encore la chimie. Je remarque ici, dans Buffon, cette belle et pittoresque expression : les verres de nature. Elle définit clairement ce que Buffon entendait par le mot verre., applique au globe : les verres de nature., c’est-à-dire les roches du globe fondues par le feu primitif.

Et je remarque, dans Bexon, une expression trèsvive aussi, et négligée à tort par Buffon : d'une manière mécanique . Elle peint nettement la vue la plus particulière et la plus intime de Buffon sur la formation du globe.

En effet, puisque tout, selon Buffon (suivant en cela Leibnitz), a été primitivement liquéfié, gazéifié, fondu, la formation du globe (de la croiUe du globe) n’a donc été qu’une suite de consolidations, de dégagements mécaniques: les diverses substances, mêlées ensemble à l’état de gaz, se sont dégagées successivement les unes des autres à mesure qu’elles se sont consolidées; la consolidation a été le ressort mécanique qui les a dégagées, séparées les unes des autres, * et chacune à son temps, selon son degré de fusibilité.

Le degré de fusibilité donne donc la date de la consolidation, c’est-à-dire de l'ancienneté relative de chaque substance, ce qui est toute la théorie de Buffon. Tout se passe donc dans celte théorie, comme le dit Bexon, et le dit très-bien : d’une manière mécanique .

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