L'IBIS
IBOFFO!».)
De toutes les superstitions qui aient jamais infecté la raison i et dégradé, avili l’espèce humaine, le culte des animaux serait
* .sans doute la plus honteuse, si l’on n’en considérait pas l’ori-
‘ gine et les premiers motifs : comment l'homme en effet a-t-il
' pu s’alwisser jusqu’à l’adoration des bêles ? Y a4-il une preuve
plus évidente de notre état de misère daas ces premiers âges,
' (connicTioxs de sorrox.)
‘ me parait être une preuve de l’état de faiblesse el du petit
nombre des hommes
* figes ‘
^ Les espèces d’animaux immondes ou nuisibles étaient alors plus nombreuses el peut-être plus puissantes et plus grandes; elles entouraient l’homme solitaire, isolé ou dénué des arts nécessaires pour exercer sa force avec succès.
MANUSCRITS DE lUIEKON
i^^ruitlée» pur la nouvelle nature, plui> grandes alors, plus puissantes, plus nombreuses, entouraient, menaçaient l’homme dénué, qu’aucun art n’aidait encore à les contraindre et auquel aucune encore n’avait appris à se soumettre. Ces mêmes animaux, devenus depuis ses esclaves, étaient alors ses maîtres ou du moins ses rivaux redoutables*; la superstition en flt scs dieux. Mais de toutes les contrées où le culte® des animaux a dû avoir lieu, celle où il s’en est conservé le plus de traces est l’Égyplc, et ce fait, d’accord avec les monuments®, nous assure’ que ce pays fut un de ceux où l’homme se porta le plus tôt* et du moins où il fut le plus longtemps à lutter contre les espèces ennemies ®
lÆS TLUVIEIM.
(UEXON.)
Üe tous les animaux qui se plaisent rassemblés ', les oiseaux sont ceux en qui cet instinct social parait dominer davantage*, qui forment de plus grands attroupements, qui vivent plus réunis, entre lesquels semble mieux établie cette communauté de goûts, de projets, de plaisirs® sur laquelle se fondent l’amour* mutuel et la liaison générale®, ceux enfin qui, avec le
(connECTioxs de iih fox.)
* Et (lès lors la superstition
® où ce culte, plus vil qu'aucun .autre, a fait partie des religions absurdes, l’Égypte paraît être celle
® ce fait, attesté par tous les monuments
’ prouve.
* où l’homme fut le plus longtemps
nuisibles.
‘ De tous les animaux qui aiment à se rassembler et se plaisent à
demeurer en troupes, les oiseaux
* Non-seulement leurs attroupements sont plus nombreux et leur n'union plus constante que celle des quadrupèdes, mais il semble que ce n’est qu’aux oiseaux seuls qu’appartient cette communauté . . .
inSTOinE DES OISEAUX
ir)r.
où les espèces nuisibles, trop puissantes et trop nombreuses, entouraient l'hoiniiie solitaire, isolé, dénué (l'ariaes et des arts néressaire.s à l'exereiœ de ses forces? Ces niéines aniiuaux, devenus de|iuis ses esidaves, étaient alors ses luailres, ou du moins des rivaux redoutables ; la rraiiite et riutérèt tirent, donc naitre des sentiments abjects *’t îles jH-us«‘es abMinb's, et bientôt la superstition, lei ueillant les uns et les autres, lit également des dieux de tout être utile ou nuisible.
L'Égypte est rune des eontrées où ce culte des aiiimaiu s'est établi le plus aucieuuemeul et s'est conservé, obsio’vé le plus smipuleu.semeiit [leudanl un grand nombre.de siècles; et ce res[>ect religieux, qui nous est attesté par tous les monuments, seiidile nous indiquer i|ue, danscette ieire, les hommes ont lutté très-longtenqis contre les es|x'’ces malfaisantes.
lÆ» PLUVIORN.
(uirros.)
L’instinct social n’est pas donné à toutes les espèces d'oiseaux ; mais, dans celles où il se manifeste, il est plus grand, plus décidé que dans les autres animaux; non-seulement leurs attroupements sont plus nombreux et leur réunion plus constante que celle des quadrupèdes, mais il semble que ce n'est qu'aux oiseau^ seuls qu'appartient cette communauté dégoûts, de projets, de plaisirs et cette union des volontés qui fait le lien de l'attachement mutuel, et le motif de la liaison générale : cette supériorité d'instinct social dans les oiseaux suppose d’abord une nombreuse multiplication, et vient ensuite de ce
(COmiECTIONs I.E Btlros.)
'' de plaisirs, et celte union de volontés qui fait le lien de . .
* rattachement.
^ générale : celte supériorité d’instinct social dans les oiseaux
vient de ce qu’ils ont plus de moyens
i:>i MANrsC.IllTS l»F lll^FFON
plu» de moyeu» et de facilités de se rapprocfie)’, de se rejoindre, de demeurer, de voyager ensemble®, paraissent connaitre le plus de ces grandes lois de société qui’ supposent dans l'esp«k’e un plan dirigé cl des vues réunies ®, et produisent, entre les individu», la connaissance, l’aflection® et les douces habitudes. ,
Kn effet, si nous considéi’ons *® le peu dé sociétés établies entre les quadrupèdes, ou réiinis à l'écart dans l'état sauvage, ou i’ass<Mnblés avec indifférence sous^la yt'rge de riiomine et attroupés en esclaves, nous ne pourrons les comparer aux grandes sociétés des oiseaux, formées par goût, continuées par amour établies sous les .auspices de la haute '* liberté.
rRÉSATK.
(BEKON.) ,
U' plus vite des navires qui cinglent sur les mers* a donné son nom au plus rapide des oiseaux qui planent sur leurs flots*, ha frégate est® de tous ces navigateurs ailés celui dont le vol est le plus fier, le plus puissant et le plus étendu : balancée sur des ailes d'une prodigieuse longueur, sans presque leur donner de mouvement sensible, elle* s«onble nager paisible-
(conilECIIOS.s IlE BirFOS.)
“ fiiseinble, ce qui les niel à portée de conrfaître mieux les grandes
’ qui, dans (ouïe espèce, supposent un plan '
® concertées.
* l’affection, la conliance et les douces habitudes de runioo,
de la paix et de tous les biens qu’elles piocurent.
*® En efict, si nous considérons les sociétés libres ou forcées des animaux quadrupèdes, soit qu’ils se réunissent furtivement et à l'écart dans l’état sauvage, soit qu’ils se troiiv'ent rassemblés avec indifléreiice ou à regret sous la verge de l'homme, et attroupés en domestiques ou en esclaves.
" ...... affection ; ... ? • '
pleine ' V
IIISTOinR l»KS OISK.VrK
qu'ils oui plus de moyens et de facilités de se rappi ocliec, de se rejoindre, de demeurer et voyager ensemble, ce qui les met à portée de s’entendre et de se coinmunicjuer assez d'intelligence pour connailn* les premières lois de la société, qui, <lans toute espece d’êtres, ne peut s'établir que sur un plan dirigé j>ar des vues concertées, tresl celle intelligence qui produit entre les individus rall'ection, la conliance et les douces habitudes de runion, de la i>aix et de tous les biens qii'tdle pi-ocure. En effet, ^i nous considérons les sfMâélés libres on forcées des animaux quadrupèdes, soit qu'ils se réunissent furtivement et à l'émi t dans l'état sauvage, soit qu'ils s<^ Imnveiit rassemblés avec indiflérence ou regret sous l’empire de rhotnme, et attroupés en domeslûpies ou en esclaves, non.s ne |K)urrons les comparer aux grandes sociétés des oiseaux, formées par pur instinct, entretenues par goût, par affection sous les auspices de la pleine lilierté.
LA irmÉCSATr.
^Birras.)
Le meilleur voilier, le plus vile de nos vaisseaux, la frégate, a donné son nom à l'oiseau qui vole le plus rapidement et le plus constamment sur les ineins ; la frégate est, en effet, de tous ces navigateurs ailés, celui dont le vol est le plus fier, le plus puissant et le plus étendu : balancé sur des ailes d'une prodigieuse longueur, se soutenant sans mouvement sensible, cet oiseau semble nager paisiblement dans l'air tranquille pomattendre l’instant de fondre sur sa proie avec la rapidité d’un
^CORBBCTIOSS DE UCFroX.)
* I.G meilleur voilier de nos vaisseaux, la frt^ale, a donne son
nom
* sur les mers. I
^ L’oiseau frégate est en effet de tous ces navigateurs ailés j
* se soutenant sans mouvement sensible, la frégate semble... j
MAM:scr,iTs nt duffon
l.Vi
iiieul dans l'air*, fond sur sa proie avec la rapidité d’un trait, ou, légère comme les vents®, s’élève jusqu'aux nues, et va chercher le calme en s'élançant au-dessus des orages.
■.’AnonnicA.
CHEIOS.)
Si la régularité des formes, la justesse des proportions, l’accord et l’ensemble des parties* donnent aux animaux ce qui fait à nos yeux la grâce et la beauté, si leur rang* est marqué auprès de nous à proportion qu’ils savent plaire; pour qu’ils soient chers à la nature, il lui suffit qu’ils puissent vivre : elle nourrit également au désert la jolie et svelte * gazelle et le difforme chameau * ou la gigantesque girafe; elle lance à la fois dans les airs l’aigle superbe et le hideux vautour, cache® sous l’herbe mille générations d’insectes sous les formes les plus bizarres, et en dérobe encore dans l’abime des eaux de plus étranges; elle admet les composés les plus disparates en apparence poimcu que par une secrète correspondance de parties, ils puissent subsister et se reproduire : c’est ainsi que, sous la forme de feuilles, elle fait vivre les mantes, que sous une coque sphérique, pareille à celle d’un fruit, elle emprisonne les oursins, qu’elle filtre la vie et la ramifie, pour ainsi dire, dans les branches de l’étoile et de la méduse ®, qu’elle aplatit en marteau la tète de la zygène et arrondit en boule épineuse le corps entier de l’orbis’.
(conr.F.CTioNS dk buffos.)
quand, à Finstant, elle tond sui' sa proie avec la rapidité
d’im Irait, et lorsque les airs sont agites par la tempête, légère. . . . ® le vent.
' de toutes les parties
si leur rang près de nous n’est marqué que par ces caractères, si nous ne les distinguons qn’autant qu’ils nous plaisent, la nature ignore ces distinctions, et il suffit pour qu'elle les chérisse qu’ils puissent exister cl se multiplier, '
HISTOIRE DES OISEAUX
là'
Irait, et lorsque les airs sont agités par la tempête, légère comme le vent, la frégate s'élève jusqu’aux nues, et va chercher le calme en s'élançant au-dessus des orages.
L’AKHINCA.
(BOrPON.)
Si la régularité des formes, l’accord des proportions et les rapports de l'ensemble de toutes les parties donnent aux animaux ce qui fait à nos yeux la grâce et la beauté ; si leur rang près de nous n’est marqué que par ces caractères ; si nous ne les distinguons qu'autant qu’ils nous plaisent, la nature ignore ces distinctions, et il suffit pour qu'ils lui soient chers qu'elle leur ait donné l’existence et la faculté de se multiplier ; elle nourrit également au désert l’élégante gazelle et le difforme chameau, le joli chevrolain et la gigantestpie girafe; elle lanc(> à la fois dans les airs l'aigle superbe et le hideux vautour ; elle cache sous terre et dans l’eau mille générations d’insectes de formes bizarres et disproportionnées ; enfin elle admet les composés les plus disparates, pourvu que par les rapports résultants de leur oi'ganLsation ils puissent subsister et se reproduire ; c’est ainsi que sous la forme d’une feuille, elle fait vivre les mantes, que, sous une coque sphérique, pareille à celle d’un fruit, elle emprLsonne les oursins, qu’elle filtre la vie et la ramifie, pour ainsi dire, dans les branches de l’étoile de mer, qu’elle aplatit en marteau la tête de la zygène et arrondit en globe épineux le corps entier du poisson-lune.
(COBRBCTIOSS DB Bl FFOS.)
’ au désert l'élcgante gazelle
* le joli chevrolain el
elle cache, sous terre et dans l’eau, mille géncration.s
d’insectes de formes bizarres; enfin elle admet les composés les plus disparates, pourvu que, par les rapports ré.siiltant de leur organisation, ils puissent
* de l’étoile de mer, qu’elle aplatit
' . ... du poisson-lune.
LC COVBL19.
Dans l'bLstoire des animaux, les noms (oniposés de sons imilatifs qui rendent les voix, les chants, les cris, sont toujours reconnaissables; ce sont S pom’ ainsi dire, les noms de la nature : aussi sont-ce ceux que rhonime a imposés les premiers; les lanijiies sauvages sont pleines* de ces noms donnés par instinct; et le goût, (pii n'est qu'un instinct plus exquis, les conserve plus ou moins aux langues polies^, dont la plus belle, comme la plus ancienne, la grecque, est la plus riche de ces mots d’harmonie qui la rendent si pitloresquei qui parlent sans cesse à l'imagination et peignent en nommant. Tel est celui d'élorios dans lequel nous reconnaissons le courlis, que la courte phrase d’Aristote n’aurait pas suffi pour distinguer, et que caractérise indubitablement ce nom imitatif de son ci i, que notre nom de courlis veut imiter aussi....
LE PÊJUCAIV.
(|JK\0N.)
Le pélican est ' remarquable par sa grande taille et par le grand sac qu'il porte sous le bec, autant que son nom est célèbre dans les emblèmes religieux ; il y représente la cliarité. et. suivant les fictions pieuses, il la porte pour ses petits jusqu'à se percer la poitrine pour les nourrir de son sang ; mais
(cOftntCTIOSS DE Dl'FFO:(.)
' Les noms composés des sons imitatifs de la voix, dn 'chant, des cris des animaux, sont, pour ainsi dire, les noms de la nature, et ceux que l'homtne
* nous offrent mille exemples de ces noms
^ les a conservés plus ou moins dans les langues polies; dans
la grecque surtout, plus pittoresque qu’aucune autre, puisqu'elle peint même en nommant. Tel est le mot d'élorios. par leqiiel on peut reconnaître le ronrlis; la courte description (l'.Xcistote u'nurait pas sufR,
Oigitized
inSTOlIlK DES OISKM’X
. y , . us cx»t}Rua.
(bw-'FOM.)
Les noms composi's des sons imitatifs de la voix, du chant, des cris des animaux, sont pour ainsi dire, les noms de la nature ; ce sont aussi ceux que l'homme a imposés les premiers; les langues sauvages nous offrent mille exemples de ces noms donnés par instinct, et le goût, qui ii’est qu'un instinct plus exquis, les a conservés plus ou moins dans les idiomes des peuples policés, el surfont dans la langue grecque, plus pittoresque qu’aucune autre, puisqu’elle peint même en dénommant. La courte description (pi'Arislole fait du courlis n’aurait pas suffi sans son nom élorios, pour le reconnaître et le distinguer des autres oiseaux. Les noms français courlis, curlis, turlis, sont des mots imitatifs de sa voix.
LC PÉLICAN. ^
(BUFUS.)
Le pélican est plus remarquable, plus intéressant pour un naturaliste par la hauteur de sa taille et par le grand sac qu’il porte sous le bec, que par la célébrité fabuleuse de son nom, consacré daus les emblèmes religieux des peuples ignorants; on a représenté sous sa figure la lendreàse paternelle se déchirant le sein poiu* nourrir de son sang sa famille languis-
(coiiRECTio.xs DE vurros.)
sans ce nom, pour le distingaer des autrcs'oiseaux. Les noms français rourlis, curlis, lurlis, sont aussi des sons imilatifs du cri de cet oisean.
..... plus remarquable, plus intéressant pour nn naturaliste par la hauteur de sa taille et par le grand sac qu’il porte sous le bec que par la célébrité fabuleuse de son nom, consacré dans les emblèmes religieux des peuples ignorants. On a représenté la charité sous sa figure, et la tendresse paternelle se déchirant le sein pour nourrir de ' son sang sa famille languissante; mais celte fable
KiO MAM’SClUTS DE lllIKFON
celte fable, que les Égyptiens racontaient déjà du vautour *, convient mal à un oiseau pécheur, qui vit plus qu'aucun autre dans l'abondance, et auquel la nature a donné de plus * qu’à tous un sac dans lequel il porte et met en réserve le produit'* de sa pèche, toujours très-considérable.
LES MIHO:VDEI.LES DE MEK.
(llBXON.)
Malgré des difl'éroiices essentielles dans la forme du bec et des pieds, c'est avec raison qu’on a donné le nom d'hirondelles de mer * à une petite famille d'oiseaux pêcheurs*, à longues ailes et à queue fourchue, qui, par leur vol constant à la surface des eaux, représentent assez bien sur la plaine liquide les al-' lures de riiirondelle de teiTO dans nos champs et autour de nos demeures. Non moins agiles et aussi vagabondes, les hirondelles de mer *, dont quelques-unes vivent sur nos lacs et nos rivières, d'une aile rapide rasent les flots, longent les côtes et enlèvent en volant ou en se posant légèrement sur l'eau, les petits poissons qui font leur proie, sans les poursuivre à la nage, quoique leurs pieds soient garnis de membranes ; mais, à la vérité, ces membranes sont moins pleines et plus retirées entre les doigts que dans les vrais oiseaux nageurs : comme si la na-
(COnllECTIONS DE DCFFOS.)
* ne devait pas s’appliquer au pélican qui vit dans. . .
^ qu’aux autres oiseaux pêcheurs un grand sac ... .
* toujours très-considérable de sa pêche.
* Dans le grand nombre de noms transportés pour la plupart sans raison des animaux de la terre à ceux de la mer, il s'en trouve quelques-uns d’assez heureusement appliqués, comme celui d’hirondelle, qu’on a donné. ....
* pêcheurs qui ressemblent aux hirondelles par leurs longues
ailes et leur queue fourchue et qui par leur vol
* les hirondelles de mer rasent les eaux d’une aile rapide el
IIISTOIIU; IIKS OISKU X
nu
.»aiile; mais celte fable, que les É^^pliens racontaient déjà du vautour, ne devait pas s'appliquer au pélican qui vit dans l’aliondance, et auquel la nature a donné de plus qu'aux autres oiseaux pêcheurs une firande poche dans laquelle il porte et met en réserve l'ample provision du produit de sa pêche.
(.ea ■iiR4K«i»Ei.i.Ea dk .hkh .