‹ Des Manuscrits de Buffon avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateursChapitre 6 sur 46 · I.XX · texte numérisé non relu

I.XX

INTRODUCTION

L’art forma de sang-froid, sans l’aveu du génie,

Les Delilles, les Saint-Lamberts,

Buffon, je l’avouerai, j’aime assez peu les vers,

Maisj’adôre la poésie.

« Oui, monsieur, continuc-t-il, c’est elle que j’ad- « mire dans une foule de morceaux vraiment sublimes ( (le votre Histoire naturelle. C’est par elle que je f< voudrais rendre un peu durable l’ouvrage le plus :( cher à mon cœur, celui que je vous ai adressé.

« J’aime mieux chanter un ami qu’un héros, et, pour a tout dire, je préfère le héros de la physique à celui « des Alpes. »

Buffon, prend fort au sérieux ce désir de rendre durable l’ouvrage le plus cher au cœur de Lebrun, et lui répond' : (( Je ne doute pas que votre ode ne vous fasse « encore plus d’honneur que celle sur M. le prince « de Conti, quoique celle-ci ait été reçue avec ap- « plaudisseinents par tous les connaisseurs. L’arrivée (( de M. de Voltaire va faire qu’on s’occupera et qu’on (( parlera plus de poésie que jamais. Ce serait une « raison de publier cette magnifique ode plus tôt que « vous ne le comptiez, monsieur ; je parle ici beau- « coup plus pour votre gloire que pour la mienne ; « cependant j’avoue que, dans un ouvrage d’une <( aussi grande sublimité, on gagne toujours en diffé-

* Montlmnl, mars 1778.

« rant. » En perspective d’une publication, il ajoute des observations très-judicieuses et très-franches sur des suppressions nécessaires.

C’était surtout à la raison, au sens qu’elles s’adressaient, car le poétique prosateur se montrait fort indépendant devant les étroites rigueurs de La grammaire, qui sait régenter jusqu’aux rois.

En 1787, il reçut une lettre ainsi conçue* ; « Mon- « sieur, dans une de vos lettres à madame la mar- « quise de Sillery, vous dites, en parlant des philoso- « phes modernes qu’elle a dépeints : Vous n'avez pas « échappé un seul des traits qui les caractérisent. « Plusieurs gens de lettres prétendent que le mot « échappé n’est pas correct, parce que, suivant l'Aca- « demie, ce verbe est neutre et qu’il ne régit l’ac- « cusalif que lorsqu’il signifie éviter. J’ai soutenu « et parié le contraire, non-seulement sur votre « autorité, mais encore parce que j'imagine qu’^- « chapper peut se prendre quelquefois pour man- « quer, oublier, qui sont également des verbes « actifs. Cependant, étant convenu de nous en rap- « porter à la décision de M. de VNailly, grammai- « rien, j’ai perdu et payé. C’est chose Onic ; mais a cela ne me fait pas changer d’opinion, et j’ose « interrompre un temps précieux sans doute pour w vous prier de me dire si j’y dois persister, ne pou-

* Le 5 mai 1787.

INTRODUCTION

« vant soupçonner, comme on voudrait me le faire « croire, que ce soit une faute de copiste ou d’impresci sion. Je me glorifierais bien sûrement du tort que « l’on m’a donné, s’il pouvait m’être commun avec le « premier écrivain de notre siècle »

La réponse ne se fit pas attendre *. « M. de Bufibn a « reçu la lettre que M. Lambert lui a fait l’honneur de « lui écrire; il avoue qu’il n’a jamais étudié la grara- « maire. Ainsi il n’est pas surpris que M. Lambert « ait perdu son pari. Au reste, il pense qu’un verbe « neutre peut devenir actif lorsqu’il est employé à « propose! qu’il exprime clairement une idée; mais, à « la vérité, cela n’est pas du ressort de la grammaire, « qui n’a pas eu le pouvoir de donner de la vie à ce « qui n’en a pas, comme l'on voit par un certain « nombre de livres correctement écrits et qui sont « cependant d’un mauvais style. M. de Buffen remef- « cie M. Lambert de toutes les choses honnêtes qu’il « veut bien lui dire à cette occasion et le prie de ne « plus parier sur sa parole, parce que l’on perd .sou- « vent un bon procès quand on plaide devant des « juges pour qui la forme est tout et le fond très-peu « de chose. » j.

Cette boutade contre les juges et les jugements allait au delà des alTaires grammaticales.

* Jardin du Roi. 6 ma. 1787.

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