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(( avez la même bonne tète, la même £i aichem* d idées, <x la même gaieté, les mêmes expressions de cœur, « toujours chai mantes pour vos amis , et je jouis « de tout ceci moi-même en vous le rappelant
« Je quitte avec plaisir ces ai&ires pour reyeuir a « vous, mon bon et très-illustre ami : que l'espérance « de vous posséder deux ou trois jours à Montbard « m'a remué délicieusement I II me semble que j'ai « cent mille choses à vous dire et tout autant de sentice ments à vous exprimer. Ramenez promptement votre « cher fils en bonne santé à sa tendre maman; cela lui u donnera le courage de vous prés^ter celui qui est « prêt à paraître. Je lui dois des remerciments infinis « des bontés dont elle n comblé mon fils, et je lesre- (( connais dans Téloge qu'elle a bien voulu vous en
« faire Je penserai chaque jour à votre voyage de
« Montbard En partant de Dijon à cinq ou six
c( heures du matm, vous pourriez arriver pour dîner^ (t et nous dînerons à notre aise, et je serai comblé de « la joie la plus pure »
Ces expressions simples, cette franche cordialité ne nous rappellent point Timage officielle de Buflbn, qui nous le représente entouré d'un nuage d encens dont il aspire la fumée. De son désir ^d'être loué, voici comment il parle à M. de Vaines * :« Qu'on serait « heureux, quand on a le petit malheur d'être auteur,
* Monlbartl, IG septembre 1778*
DE UUi l CM. Lxvii
« si Ton ne donnait ses livres qu'à des gens qui sa- « vent en Juger;.... je voudrais au moins être jugé a avec justice et bonne foi, et cependant rien n'est si « rare. Je ne Yois que des éloges outrés ou des cri- « tiques injustes; et, quoique votre lettre soit trop 4K flatteuse, conune tous tirez du fond de» choses tout «c ce qu'elle contient d'âoges, je tous en fais mes « très-sincères remerciments. »
Le poêle Lebrun, ayant composé, à Toccasionde la maladie qui faillit enlever Buiîon, une ode, deyenue fameuse depuis, la lui enToya : a Je Tai lue avec un a extrême plaisir, » lui écrit celui-ci^; et j'y ai a trouvé plusieurs traits qui supposent un beau génie « et une ftme tout aussi belle »
La louange, empruntant à la poésie ses formes pompeuses, en acquit» aux yeux de madame Necker, un charme bien plus grand ; son amitié s'en émut : « H. de Buffon m a fait partager sa reconnaissance c< et son admiration pour la belle ode où tous pei* « gnez, d'un ton aussi élevé que le sujet, les tra- « vaux de ce peintre de la nature, et cette maladie « d'un seul homme qui alarma TEurope entière*.*. »
Ce billet transporte de joie le poëte (M. Necker était alors ministre) ; il fait part de son bonheur à Buffon, et, dans sa précipitation, met une feuille de
^ Au Jardin da Roi, 1*' décembre 1717.
■ Jumrier 177Si
Lmii INTRODUCTION.
trop SOUS l'enveloppe. De Montbard arrive bientôt cette réponse^ : « Je vous remercie, Monsieur, de la
« charmaDle lettre que vous venez de m'écrire, et « dont je vous renvoie le brouillon, que j'ai respecté, «c n'ayant pas regardé les ratures; je n'avais nul doute « que vous ne fussiez accueilli et même recherché «t par madame Necker ; elle aime les grands talents et « les estime au delà même de ce qu'ils valent dans les a personnes vertueuses. Vous ne pouvez donc manie quer de lui plaire à tous égards, en vous montrant a ce que vous êtes, et lui parlant toujours vrai.... »
A Bexon, à qui il croit pouvoir tout dire, Bu (Ton écrit* : «t je viens de recevoir une lettre de M. liC- « bnui avec son ode siirla campagne d'Ilalie du priïiccî « de Conti. 11 y a de très-belles strophes, et de magni- « fiques images ; mais, en tout, cette ode n'est pas c< aussi sublime que celle qu'il m'a adressée »
Remerciant 1 auteur, il lui dit ' : « J'ai été enchanté a de votre ode sur la paix ; il y a surtout trois « strophes qui sont de la plus grande beauté; par- « tout des traits de génie et les sentiments de a l'âme la plus honnête, de la hauteur d'idées, du u nerf dans l'expression, de la couleur dans les
« images et du mouvement dans le style Conti-
« nuez, monsieur, à cultiver vos grands talents, et
* Montbard, 6 fc^Ticr 1778.
« Mombaid, 11 février 1778.
» MQiitbaid, 1778.
DE fiUFFOM. LXIX
u TOUS serez bientôt huis de pui tée à tous les traits « de l'envie. »
Exalté par le succès, et incapable de s'arrêter en chemin, Lebrun, dans une inspiration nouvelle, avait passé les limites que la raison impose à la poésie elle-même. Aux éloges précédents, Buffon ajoute donc avec ménagement et finesse : <( En m'occupant « de vous, monsieur, j'oubliais de vous parler de * (( moi, et de vous remercier de la place que vous «m'avez donnée dans votre dernier écrit; assuré- « ment, je ne la prends pas si haut, et je serais fort « fiché que le voisinage de mon nom, comme celui « de ma personne, put indisposer ou gêner quelqu'un. « Nos grands hommes sont trop délicats, et malheu- « reusemeiil les petits ont h vie si dure qu'on les « écorche sans les faire souffrir. »
Précédemment il avait dit à ce même Lebrun ^ : « Vous avei^ mis entre le gcnio et le bel esprit une « distinction bien forte'', mais qui n'en est pas moins « juste, ni moins heureusement appliquée. Si elle a déplaît à quelques beauXj elle plaira à tous les bons « esprits. »
lid verve satirique de Lebrun lui dicte ces vers :
• Jardin du Roi, déceiubro 1777.
' FiaUé de plaire aux goùU volagei$,
L'esprit est le dieu des iostanls;
Le génie est le dieu des ftges,
Lui seul embiaise tous les temps.
[Ode à Buffim.)