‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 16 sur 39 · I.XXXVIII ÎÎÎTRODLCIION · texte numérisé non relu

I.XXXVIII ÎÎÎTRODLCIION

« ma cour ; ils oot enlevé tous les suffrageA et se sont

« l'ait adorer p<iilout où ils oui passé; » et il ajoute : « FaUe$ bon usage de tout ceci auprès de « notre (frande impéraêriee. »

a Jugi'/., mon snI)Ume ami » écrit à son four madame Necker, et transcrit scrupuleusement Buffon, « du |)laiâir que j'ai dû goiiteren apprenant les niar- (( ques d admiration que le comte et la comtesse du « Nord vous avaient données à la séance de l'Académie « française; la comtesse dit loiil haut, avec chagrin : « Puisque j'ai le malheur de ne pas voir ce grand « homme, j'irai du moins lui faire ma cour en visi- « tant le cabinet qu il a loi nié. Klle m'a parlé long- (( temps de ses regrets sur votre absence, dans une <c course qu'elle a daigné faire à Saint-Ouen avec le a comte du Kord : les Époques de la nature ont été, « me dit-il, non-seulement le sujet de toutes les conii versations, mai» celui des disputes les plus vives et u les plus contuiuelles. Vous voyez que, même dans « le Nord, Ton ne peut vous aimer modérément. »

Dans ce IVord existaient quelques savants; et Bufton, qui aimait les bons et faciles rapports, écrit h son jeune me$s«iger * :

« V(Mîs me ïvvi'/ plaisir de dire des choses ohh- - « géantes de ma part à M. de Domaschnef, président <c de r Académie, et a mes autres confrères dans cette

« savant*^ (lomfvnfiiiio : M. Enler* fst, h vv ipron me « dit, aveugle et hieii âgé, mais cVst encore ie plus <c grand géomètre de l'Europe; j'estime aussi beau* «coup M. Palld> , M. Mayer' et pliisirnis autres « membres de celte Académie: taite.s-leur une visite «t pour le leur témoigner, w Et dans la lettre suivante * : « Vous ne me parlez pas du Cabinet d his- « toire naturelle de l'Académie de Pétersbourg; A TOUS me feriez plaisir de m*en donner un aperçu; « je sais que mademoiselle Clainm a envoyé d'assez « beaux madrépores, et, si je savais ce qui manque « dans ce Cabinet, je me ferais un devoir de l'offrir « a Sa Majesté Impériale. »

Pendant la durée de ce voyage, les lettres de Buf-

fon laissent entrevoir des préoccupations (jui se rapportent a la carrière de son fds : « L'on m'écrit « que les promotions de votre i r^iment ne sont pas «encore iailes; à mon retour je \errai souvent le a Maréchal et je tâcherai d'entretenir sa bonne yo* « lonté pour vous, n

L'instruction du jeune iiuit'on avait d abord été

' Eulcr (Léonard), le plus (('cond des géomèlres et l'un des plus illustres, A Râle le 15 avril 1701, appelé à Pélersbourg en 1153, mort en 178">.

* Pallas (Picrrc-Sifiiori), célèbre voyageur et f^rand nnturniisto, né à Berlin en 1741, appelé à Pétersbourg en 1769, mort i Berlin en

' Mayer (Frédéric-Gbristopbe), Académicien de Péternboarg. ^ Seplonbm 11^2.

x« I>iTRODi:CTION.

dirigée vers les sciences pliysiques. Les intrigues au moyen desquelles M« d'Angeviller s'était assuré la survivance de Tintendance du Jardin du roi lui a^aut été dévoilées, il avait obtenu que son père le confiât au vieux maréchal de Biron, et était entré au service è dix-sept ans.

Une dernière lettre, adressée à Saint-Pétersbourg vers la fin de i 782, trace au voyageur ritinéraire de son retour : a II est très-possible, » ajonie le prévoyant et affectueux menior, « que je sois à Paris «( dans le mois de janvier : dans ce cas vous seriez « obligé d*y arriver vous-même et de reprendre « tout de suite votre service ; au lieu qu'en arri- « vant à Montbard au 1^' février, vous êtes sûr de <c m'y trouver, et vous resterez avec moi jusqu'au u 15 ou au 20. »

Février était presque écoulé, lorsque enfin Buffon

put écrire à Bexoii '.

a Mon fils vient d'arriver;.... rimpératrice et le d Grand-Duc l'ont très-bien traité, et nous aurons de « beaux niinéiaux dont on achève Hcliiellenient la

« collection J'avoue que l'inquiétude sur son

« retour m'avait été le sommeil et la force de a penser. »

Ce iils, unique objet d'une tendrelsse à laquelle le grand âge donnait plus d'expansion, n'avait pu con-

i âi février i785.

naître, dans son enfance, aucune des salutaires rigueurs qui servent d'apprentissage à la vie. I>a jeunesse était arrivée, m trouvant eu lui que confiant abandon, que l^èreté, unis au culte tilial le plus

fervent.

L'admiration dont sua père était l'objet avait créé, autour du jeune homme, un monde idéal. Il y déve* loppa sa générosité de sentiineuls, sa droiture; mais en vivant dans une atmosphère factice il perdit cette sage réserve, qui est la sauvegarde de l'avenir et à laquelle rien ne supplée. A une société égoïste et insoucieuse de sa candeur, de son inexpérience, il se livra sans défense. Ce fut sa seule erreur-; il la paya de sou bonheur et de sa vie.

Persévérant dans ses vues et chère liant des biais qui pussent préparer l'opinion publique en sa faveur^ M. d'Angeviller écrivait au poète Delille : « M. de « iiuUoa m'a enlevé mon cabinet, je n'y ai pas de (c regret, et vous savez que je n'avais fait des sacri- « fices considérables que dans ce seul objet. »

A BuCfon lui-même il avait adressé une lettre ainsi

conçue^ : c< Qui vous parle d'argent? Doit -il

« être question de cela entre nous? Vous prendrez, « comme 'je vous Tai dit, et le temps et les moyens « que vous voudrez. Tout m'est é^^^al, le temps et la

^ 15 dijeembre 177U.

a son une; vons ne pourrez pas nn«>iiu nier, niais vous 4c pourrez diminuer tant que vous voudrez. J'attends a vos ordres, et aussitôt je ferai porter au Cabinet « loiil ie niieii. ^'agissez donc avec moi que comme c< ami; vous désirez ce cabinet pour l'enfant que vous « avez créé et mis au monde, je me trouve Irop « heureux d avoir une goutte de lait à lui oiinr. H Encore une fois, j'attends vos ordres, et c*est par «> délicatesse et soumission que je ne les préviens a pas »

Deux ans plus tard, Tabbé Bexon, dont la conduite en cela n'est point justifiable, écrivait * à celui en qui

il voyait le futur intendant : « M. le marquis

f( ne doute pas de la suite et de Tintêrèt que j ai mis « à seconder ses vues auprès de notre grand ami. J'ai « lieu de penser qu'ealin il les adopte entièrement a pour le fond ; nous en dirons davantage en eau- « sant : que cet agréable moment me tni th î »

Bexon se flattait ; une lettre, adressée de Monlbard par Buffon à son fils*, à Toccasion d*une visite du roi de Suède, en donne la preuve. La lettre est dictée à un secrétaire, mais au bas se trouve un fWst'SCfipUm autographe, dont les caractères trahissent une vive émotion : « ('/est en elTet à M. do « Breteuil^ à donner des ordres au Jardin Hoyal, et

* i4 février 178S.

^ Monlbard, 14 juin 1784.

* M. de BretAtiil, «Unts ministre de In maiton du Rot.

DE BUFFON. xaii

« lion à M. d Aiigeviller, qui u y esl rien tant que « j'v serai. »

A ces intiitriics iiilestiiies, se joignaient de sinistres appréhensions. Builou écrit a un receveur général des fermes, ^ mécontent du système d'économie alors i n vigueur : « On est actuellcnient dans un nio- « nient de grande effervescence qui aimonce une « crise, et bien des gens assurent que Ton verra dans « peu (le grands changements dans le niinislère des « finances. Ce serait pourtant un grand malheur « pour l'Etat, si M. Necker quittait. »

Ceis signes précurseurs d une violente conmioUuii, et peut-être aussi son grand âge firent désirer à fiuffon de fixer Tavenir de son fils. Il le maria n'ayant encore que vingt ans^ Tout, dans cette union, avec une personne belle, noble et riche, semblait espérance et bonheur.

Se haut aux jours heureux qui s'ouvraient devant ces jeunes existences, l'énergique vieillard revint à ses travaux avec cette hâte que donnent des douleurs contenues ; les ravages de la maladie dont il souffrait se faisaient chaque jour plus cruellement sentir. Le premier volume de ÏHmioire des minéraux avait paru en 1783; d'année en année les volumes se succédaient. Là, se trouvaient encore des jouis-

* X. Hébert: 15 uni mi.

• U 4 jinvier 1184.

xciv iMUOniCTlOX

^allt:t^s, et llutloii, à celle deiiiitie é|)o(jue do sa grande vie, se plaisait à dire : « J'ai passé cinquante « ans à mon bureau. »

Il en avait quatre-vingts . Une douleur aussi imprévue que profonde l'atteignit alors dans ce qu'il avait de plus cher, et lui dicta pour son (ils, contraint à une séparation, les instructions les plus dignes, les plus touchantes que puisse inspirer un esprit ferme et Juste, uni à un cœur hautement moral. D'abord, il se prive d'appeler près de lui et de serrer sur son cœur le jeune homme abreuvé de chagrins, et lui inipos(> (Je s'éloigner, de voyager. Quelques mois plus tard, il lui écrit ; « Venez., mon (ils;.... ne ix venez pas seul... Je ne serai pas tranquille si vous « aêtcs pas accompugué de quelque peisounc raic( sonnable... Je vous attends pour le 7, c'est le jour a de ma naissance ; ce sera celui de mon bonheur si « je vous embrasse en bonne santé de corps et de (f tête, car vous avez besoin de rétablir tous deux...»

(le fut le dernier anniversaire de sa naissance que vit BulTon. Au mois de décembre, il lit son testament* Le mal allait s\iggra vaut, et avec le mal grandissaient les sincères inquiétudes de la France et de 1 liiurope» C'était un juste tribut de reconnaissance* L'expression en parvint jns(ju'au vieillard. Il se souvint alorî? douloureus(Mnent des plans de M. d Angeviller, et iil un dernier effort pour ressaisir ceflp survivance tant

DE lilIFFO.N. xcv

tlcbiiée pour son lils. La conduifc d»' celui-ci fut parfaite. Kien de ce monde pouvait-il le toucher près de son père mourant ?

Les deniières ligues que BulTou dicta furent adressées à madame Ifecker. La parole lui manquait déjà depuis plusieurs jours, lorsque parut tout à coup le |)ére Ignace, tardivement averti de cette dernière maladie; il accourait de Montbard.

Au son de sa voix, Buffon se raniuia, la parole lui revint, il lit réunir tous ceux qui rcntouraient; puis, s* adressant à son vieil ami, il régla devant eux les comptes de conscience de toute sa vie, et ;jjuu(a qu'il voulait qu'après que toutes les céréniunies du culte auraient été scruj^nleusement remplies, sa dépouille fût conliéc an père Ignace, à qui il deniaiidaii de la reconduire à Montbard, et de la faire placer, sans |)ompe, entre celles de son ]iere et de sa femme.

Buffon mourut au Jardin du Uoi, ic 14 avril 178B«

DES MANUSCRIÏS DE BlifFON

CUAPJTUE PfiEMIEH

Des manusaiU de Duiïon que possède le Muséum on peut former à peu près sept volumes : deux ap** pari ien lient à V Histoire des minéraux ^ quatre h ÏUiatou e de8 oiseatiXj uu aux Époques de la nature.

Les quatre tolumes sur les meaux répondent aui tomes Vï, VU, Mil ot IX (le rédition iii-4^ de l'Imprimerie royale, et coiapreimeni, d'une niauiùre plus ou moins incomplète^ les histoires de la Fauvette^ de

4 DE BEXON

VOkem-mowhej dvk Calibri, des Perroquets^ des

Pies, des Mar lins-Pêcheurs \ etc., — des Oiseaux (t enu : la cigogne^ la grue^ les hérons, la bécasse, Yibis^ les ^otiWt^, les pluviers, le pélican^ le cormoran, le flammant, le c|/f//id, l'oie, les canardSy les sarcelles^ les pétrels^ les piftjfOtftn« % etc.

Presque tout cela est de la main deBexon, dn moins comme première rédaction; car les rédacùons^ ou plutôt les copies, se succèdent, et, ayec les copies de Bexon, les corrections de Buffon.

En général, voici comment on procède. Bexou fait une première rédaction et lenvoie à Bufifon. Buffon corrige et renvoie à Bexon. Bexoii recopie, BiilToii recorrige; et cela se renouvelle ainsi jusqu'à trois, quatre et cinq fois de suite.

Tout ce procédé de travail se voit ici parfaitement; mais on pouvait déjà s'en faire une idée par les lettres de Buffon à Tabbé Bexon, lettres qui ont été publiées

^ ikjoulei les (ffibe-muaheSt les nmaherêUeê, les ttgram^ le be(h figuet le rouffe-gorge, les bergeronnettes, le traquet, le pouWot ou \tehâtUf^^ la troglodyte, \ù jabiru, Va demoiselle deNumidie, le cartnma, h srcn^faire, les crabiers,ïe9 butors^ \e lnàareau,\QMuacoUy la spatule, h bécassine.

- Ajoutez les barges, les cfiernlicrs. los roiubaUanls, les mautiédies, le bi'rasfieau, la ijHujiu Ue, \ alouette de mer,\cchïcle, le vanneau, Vtfchasse, le coure-vUet le tourne-pierre, le merle eau grive âeaUi le canut, le ràle de terre ou 4e genêt, le rûle tf'^n, le eauralet k pouie d^eaUf le Jactma, h mareliet les phalaropes, les ffrétei, les plongemii, les Unmdellet de mer, Xnmau du Tnpique ou paiOe-^ eu'çueue, le la frégate, ïanhinga, le bec-en-ciseaux, Itnoddit Vamette, le ermnf, reuter, la bemmhe, ValbainfSt le macareux.

COURIGË PAU fif5FFÛN 5

d'abord par François de Ncurchàleau dans lo Conservateur de l'an YllI', et que j'ai reproduites dans mon Hirtaire des travaux et ieê idées de Buffan \

Je lis, dans la huitième de ces lettres : « Envoyezmoi vos Oiseaux-mouches et Colibiis, j'aurai le temps de les recevoir et d'y travailler avant mon départ' ; »

Dans la septième : « Lorsque j'aurai revu cet article (celui des Martins^êekeurs)^ je vous en enverrai la copie corrigée, à laquelle vons retrancherez, ajouterez ou changerez ce que vous croirez nécessaire ; »

Dans la douzième : « Voilà le CarfMran que je vous 1 envoie avec lee premières corrections, car j'en ai lait de plus grandes sur la seconde copie ; mais en tout il est bien et n'a pas laissé de vous codter heaucoup de temps pour les recherches; »

Et, dans la treizième : « Vous trouverez, dans ce paquet, votre article du PaUle-en-^iLeiie avec assez peu de corrections ; c'est un de ceux que vous avez le mieux écrits , et je m'aperçois de plus en plus que chaque jour vous vous perfectionner et que la belle imagination ne vous cibaadonne guère. »

L'imagination, la belle imagination^ un certain feu d'imagiualiun iln moins, était, en effet, la qualité dominante de Tabbé Bexon. 11 avait plus d'imagination que de goût. U avait ce que donne l'imagination : le

' f.i' Conservateur, ou Recueil de morceaux încdils d'histoire, de politique, de littérature et de philosophie^ 1. 1", p. 101 etsuiv. * Paris, (scconae édition!.

' En générul, les lettres de fiul'ioa sont écrites de Mantbard.

H DE BfilOIf

travail facile, l'expres^ou brillante mais vague, ei n'avait pas ce que lé goût seul donne : le travail dif- (îcile et l'expression juste. « Toutes les fois, lui écrit Buffon, que Ton traite un sujet dans un point de vue général, il faut tâcher d'être court et précis ^ » Court et précis j c'est ce que Bexou ne savait pas être ; et l'on verra tout à l'heure, par {dus d'un exemple curieux, comment BufTon le Ini enseigne.

Au reste, rien n'est plus touchant que l abandoii confiant avec lequel ces deux hommes se livrent réciproquement leurs pensées.

Je vous envoie, écrit BufTon à Bexon le travail que j*ai

fait sur celte famille si noml i-puse (roi<eaux (les perroquets);... ce travail méfait peur [tour vous aus$i bien que pour moi;... je travaille au préambule» qui sera court cl qui ne contiendra que les qualités particulières et les rapports qui dislingiiciit ces oiseaux de tous les autres, et qui leur donnent, par la faculté d imiter la parole, quelque re« Inlion avec cette iaculté de Thomme. S'il vous vient qudques idées sui* la nature en général de ces oiseaux, vous me ferez plai.>^ir de me les coraiiuuiiquer. . .

Ce préambule des perroquets, ou plutôt ce coup

d'œil profond jeté sur la iiic ulté de la parole, est un des morceaux les plus éloquents de Buffon; cepen* dant Bexon ne lui en dit rien. Aussi Buffon lui écritil bientôt, avec un certain dépit : « Vous ne me mar-

• I.ctirc XïV, « Lettre ni.

G0RRK5É PAU BUFFOH 7

qaez pas si le préambule des perroquets tous a fait plaisir; il me semble que la métaphysique de la parole y est assez bien jasée ^ » Cette métaphynque dé* passait un peu la portée de Tabbé Bexon.

Buifon coiiv'ieut ailleurs, avec bonhomie, de l'ennui que lui cause le détail infini de T histoire des oiseaux :

Je TOUS assure, mon cher abbé, que, quoique je u'aie pas à beauœup près, connue vous, la grandit la Ligue de ce travail, il me pèse néanmoins beaucoup^ et que je désire autant que Yous d'en être quitte et de ne plus travailler sur des plumes*.

Il écrit enfin à labbé Bexon^ et rien ne peint mieux

fson amour vrai pour le travail et le besoiu qu'il s'en était ikit :

Soignez-donc votre santé; ce n'est pomt le travail paisible qui Taltère; du moins je vois par mon expérience que la tranquillité du cabinet me fait «ilani de bien que le mouvement du tourbiliou de Paris me fait de mal'.

François de Neufchâteau, dans une lettre à Soi-

pioa fiexon, frère de notre abbé, lui dit ;

Vou^ avez raison de vous plaindre du silence vraiment étonnant que gardent tous les nouveaux éditeurs de r/ftstaire naturelle de Buffon sur la part qui devait revenir

« UttMYI.

* Lettre \U.

3 lettre XV. .

8 DE BKXON

dans le succès de cet ouvrage à la mémoire de votre digne frère. U u'est pas permis d'ignorer Taveu que BuiTon lui-même a fait de la coopération de Tabbé Bexon aux trois

derniers vohmics de VUlstoire des oiseaux^ claiib rAvcrtissemeiil placé à la tète du septième volume in-4*, publié en 1780; maïs cet Avertissement, tardif et restreint, ne donne qu'une faible idée des travaux, des recherches et

du talent tionl volrc frère a iaïL le sacrifice à l'histoire de la nalui e ; ce sacrilicc avait commcucé, à ma connaissance, dès 1777 *.

Dès 1777, dit François de Neufchâteau, et rien n'est plus vrai. La première lettre de BufTon à Tabbé

Bexon est du 27 juillet 1777, et elle commence ainsi :

Je suis très-satisfait, monsieur, et même plus que oonlent, car on ne peut se plaindre que du trop de travail qu*a

du vous coûter la composition des ai licles que vous m'avez envoyés; il y a» en général, trop d'érudition, et vous ne voulez pas qu^en comparant ras articles avec ceux qui sont imprimés, on voie qu'on a redoublé de science mythologique et d'érudilion assez inutiles à Tliisloire naturelle. J'en retrancherai donc beaucoup, et j'aurai Flionneur de vous envoyer dans peu le premier cahier corrigé de ma main; oela vous servira d'exemple pour ceux de ia suite; mais je vous le répète, monsieur, je suis parfaitement satisfait, et vous pouvez continuer, attaquer la famille des hérons et suivre ensuite la classe de tous les autres oiseaux de marais.

* Vovo/ h' C.omervaisur, ou Hecueil de morceaux inàUU^ etc. (an Ylil, p. vu).

CORRIGÉ PAR BUFFOSi 9

Vous en avez pour dn temps, et je trouve que vous en avez

beaucoup fait pour le peu de sema mes que vous y avez employées. Tâchez^ monsieur, de faire toutes vos descriptions d'après les oiseaux mêmes : cela est essentiel pour la préetsion

Cette dernière recommandation doit être notée, car eile nous lait voir, une fois de plus% combien Bulîon tenait à la fidélité, à la vérité. Je me rappelle avoir entendu dire à M. Cuvier que BuHuii était plus exact que Linné, et il avait grande raison. Seulement Buffon n'écrivait pas ses descriptions en termes techniques; et c'est ce qui a trompe beaucoup de naturalistes qui ne se reconnaissent guère en ce genre d écrits qu'autant qu'ils y trouvent un langage particulier, convenu, et, si je puis ainsi paiier, le langage officiel de la nomenclature.

Mais revenons à Bexon, et à cet avertissement du septième vdiume de V Histoire des oisemx, que

l iaugois de Neufchàteau ^)^ellc tardif et restreint.

Depuis quarai^ ans que j écris sur l'histoire naturelk, y ditBufTon, mon zèle pour raccroissement de cette science ne s*est point ralenti; j'aurais voulu la traiter dans toutes ses

parties, ou du moins iijouler à ce que j'ai l'ait l'iiistoire des oiseaux et celle des insectes; mais comme ces deux objets

* Letlre L

* Voyez, «ur l'aUenlkm de Baffon à ne donner que des fiiîU exacts, mon Hiitûitie de m irmHttts et de m idées-

uigiii

DK EXON

sont d un détail immense, j ai senti qne j'avaiâ besoin de coopérateurs, et j'ai engagé mon très-cher et savant ami

M. Gueneau de Montbeillard, Vm des meilleurs écrivains d<j ce su l( , à partager ce travail avec moi; il a rempli uue partie de celte lâche pénible jusqu'au sixième volume de cette Histoire des oiseaux; et, désirant aujourd'hui s'occuper assidûment de celle des inseci es, à laquelle il a déjà beaucoup travaillé, il m'a prié de me charger seul de ce qui restait à faire sur les oiseaux : ce septième volume et les deux sui^ vants seront donc tous trois sous mon nom; néanmoins ce qu'ils contiennent ne m'appartient pas en entier à beaucoup prés. M. l'abbé Bexon, chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, dîjîx connu par plusieurs hons ouvrages^ a hien voulu m'aider dans ce deriner travail : non-seulement il m'^a fonmi tontes les nomenelaltires et ta plupart des descriptions, mais il a fait de savantes i t cherches sur chaque article, et il les a souvent accompagnées de réflexions solides et d'idées ingénieuses que j'ai employées de son aveu, et dont je me fais un devoir et un plaisir de lut témoigner publiquement toute ma reconnaissance ^

Voilà tout Tavertissement de Boffon. Bexon en

fut-il content? Troiiva-t-il que Bufibii eu disait assez? On peut en douter ; on peut même croire que Buffon en doutait aussi :

Je vous envoie» écrit-il à l'abbé Bexon» l'avertissement qui doit être mis en téte de notre septième volume des

oiseaux; je crois que vous serez content de la manière dont j'y parle de vous; cependant voyez, mon cher monsieur, si

* Voyez Wtome VU, page 495 de mon édition «le Rultun.

vous désirez quelque cliose de plus. M. Gueneau de Montbeiiiard a vu cel avertissement, et c'est pour cette raison qa'il ne foudrait y rieii changer; cependant dites-moi naiareHemeitt si vous dtes aussi content que je le désire ^.

Je ne sais ce que répondit Bexon, car nous n'avons pas ses lettres. Pour moi, j aurais dit naturettment que je trouvais 1 avertissement très-incomplet; car, d'abord, il . y a preuve, par les lettres mômes de Buflbn, que Tunion des deux auteurs date, pour le moins, du temps de l'article sur les fauvettes, et les fauvettes appartiennent au cinquième volume»

M. de BufTon fait ses compliments à M. l'abbé Bexon, et le prie de ne venir que dimanche, parce que demain, samedi, il ne pourrait le recevoir; M. Tabbé Bexon en aura d*autanl plus de temps pour arranger les fauvettes ^

Et ensuite je vois clairement par nos manuscrits tonte la part que Bexon a prise au sixième volume ; car il y a de lui Thistoire de l'oiseau-mouche, celle du colibri, celle de plusieurs espèces de perro* quets, etc., etc.

11 est vrai que, de son côté, Buiion ne négligeait rien pour aider Bexon. Il avait rassemblé un grand nombre de matériaux pour ses quatre derniers volumes : le Vr, le ¥11% le VlU* et le IX'; il envoie tous ces matériaux a son jeune collaborateur, a mesure que le travail de celui-ci avance.

* Lettre xiii.

^ Lettre ii.

IS DE BEXOK

Je vous envoie, mou Irès-cher abbé, la copie de tous les arliclessur les pics etnuirtiiifi-pêcheiirs... Je vous envoie le

travail que j'ai fait sur cette famille si nombreuse d*oiseaux (les pei i oquets) * ... Je vous envoie toutes mes notes sur les bérous, les courlis et ibis» les spatules, le pélican, le cygne, et une petite note sur le uiartiu-pécheur; et comme ce paquet était assez gros, je vous enverrai une autre fois les oiseaux guerrier?, cnr je crois que ce sont les mêmes que ceux que vous appelez oiseaux combattants; je joindrai à ce second envoi les notes sur les cigognes, la demoiselle de Numidîe, le jabini, Toiseau royal Vous devez avoir reçu les notes que j'avais recueillies sur les oiseaux-mouches et colibris^...

A ces promiers matériaux, chose fort utile sans doute, Buffon joint quelque chose de beaucoup plus utile encore : sa direction, ses conseils*

Vous voudrez bien suivre ma distribution et ma méthode pour les perroquets; je les divise d'abord en deux grandes classe.-, ceux de l'aïKien coiitiueul et ceux du nouveau monde; dans la première classe je place : 1° les kakatoès, sur lesquels vous trouverez un petit cahier de six pages; 9* les perroquets proprement dits sur lesquels je n*ai encore r-en recueilli, el que vous travaillerez tout à neuf; 3** les loris sur lesquels je vous envoie uu cahier de six pages. Dans la classe du nouveau continent : les premiers sont les aras, sur lesquels vous trouverez environ vingt-quatre pages

* I.eUrc III.

- J.('llrc VI.

"* Lettre vu.

(l'écriture; 2*^ les amazones, ua cahier de viugt-huil pages; ù" les papegais, huit pages. J*y joins un cahier de noies in* titalé : Les Perroquets, et qui a treize pages.

Ensuite viennent les perruches, dont il faut faire un traité séparé, et qui doit suivre celui des perro([uets, en distinguaut autant qu'il est possible les perruches de Tancien continent de celles du nouveau, et aussi celles qui» dans chaque continent, sont à queue longue ou à queue courte, à queue étagée ou non élagée, e(c. Vous trouverez sur cela trois ralûers, l'un de vingt-deux, le second de huit, et le troisième de vingt et une pages ^.

En y pensant davantage, Buffon inoditie un peu cette distribution, et aussitôt il en instruit Bexon :

J'ai cru devoir changer quelque chose à Tordre de distribution des perroquets.

Les perroquets de l'ancien continent : 1'^ les kakaloës; 2^ les perroquets proprement dits; 5" les loris, qui futissent par les loris-perruches ou loris à longue queue; 4*^ les perruches à longue queue également étagée; 5^ les perruches à longue queue inégale; 6" les perruches à courte queue.

Les perroquets du nouveau continent : 1° les aras; 2"^ les aOKaeones; 3" les criks; 4*^ les papegais; 5" les perruches à longue queue inégale (j*ai appelé perriches celles de l'Âmérique, pour les distinguer des perruches de l'ancien continent, et ce nom péniche est assez en usage); les perriches à longue queue inégale; 7"^ les perriches à queue courte.

Par cette distribution', l'énumération du grand nombre

* Lellre m.

DE SEÏOK

de ce$ oiseaux devient très-claire» et ou eu .«^lisit aisément les dfflTérences ^

Sous un si habile maître, le très-laborieux et très* intelligent Bexon se forma bien vite. Ce qui ennuyait surtout Bu Hun, celaient les descriptions 11 en avait chargé Daubenton pour les quadrupèdes. Bexon l'en débarrassa pour les oiseaux. Je ne vois presque pas de corrections dans nos manuscrits, tant qu'il ne s*agit que de deiicriptions. 11 n'en est plus ainsi dès qu'il s'agit de style. C'est que le style, aurait dit Buffon^ le style i c esl une autre paire de mamhes^.

Voyons donc quelques-uns de ces curieux et précieux exemples où l'iiffon s*apjjlit|ue a cui riger Bexon, et, si je puis ainsi parler, à lui donner des leçons de style, ou, pour mieux dire encore, à lui donner des leçons de travail en l'ail de style.

Je tire mon premier exemple de Thistoire de Voie.

Bexon avait écrit :

L*oie est parmi le peuple de la basse-cour un habitant de distinction : sa grande taille, son port droit, sa démarche

grave, sa plume nette et lustrée, et plus encore son humeur sociale, son insliucl courageux» l'espèce d'mLeiiigeuce

' Lellre vu.

- J'entends ici les descriptions techniques, les descriptions à la Daubenton. « J'ai reçu avec grand plaisir votre lettre, mou Irèst cher abbé, et je votis ferai moa compliment quand vous serez •c tout à fait qutUe de cette nomenclature et même de ces descrip- « lions d'oiseaux qui sont bien ennuyeuses. » (Lettre xv*)

'* Mot familier à BulTon : « Ohl oh! h clarittcakion du style I c'est « une autre paire de manches* «

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C0BRI68 PAR BlIFFON

qui la rend susceplible d'un fort allachenienl el d'une Iqngae reconnaissance, dont nousdonnâ'ons des exmples, sa vigilance enfin ponr laquelle les andens Tonl rendue si

célèbre: tout Luiiconrt à nous présenter l'oie comme l'un de nos domestiques k& plus intéressants, comme il est uu des plus utiles pour les usages multipliés auxquels elle sert, morte ou vivante. Son corps fournit une chair abondante, etc.

11 y avait là bien du négligé, bien du lourd, ne fût-ce que cette dernière phrase :

Tout concourt à nous présenter l'oie comme l'un de nos domestiques les plus intéressants, comme il est un des plus utiles pour les usages multipliés auxquels elle sert, morte

ou vivante.

Et d'ailleiH's rien de distingué, rien de vil', aucnn de ces traits qui frappent, qui restent, qui font des réputations, qui ont fait la réputation de YBUtoire de Voie,

Voici Buffon :

Dans chaque genre, les espèces premières ont emporté tous nos éloges, et n*ont laissé aux espèces secondes que le

mépris tiré de leur comparaison. I/oie, par rapport au cygne, est dans le même cas que l'âne vis-à-vis du cheval; tous deux ne sont pas prisés à leur juste valeur : le premier degré de l'infériorité paraissant être une vraie dégradation, et rappelant en même lemps l'idée d'un modèle plus parlait, n oiire, au lieu des atiributs réels de i espèce secondaire, que ses contrastes désavantageux avec Tespèce première*

DE DEXÛN

Éloignant duiic pour im moment celle du cygue, nous trouverons que l'oie est, parmi le peuple de ia basse-cour, mi habitant de distinction : sa corpulence, son port droit, sa démarche grave, son plumage net et lustré, et pins encore son naturel social qui la rend susceptible d'un fort attachement etd'une longue reconnaissance, enfin sa vigilance trèsanciennement célébrée, tout concourt à nous présenter Toie comme l'un des plus intéressants et même des plus utiles de nos oiseaux domestiques ; car, indépendamment de ia bonne qualité de sa chair et de sa graisse, dont aucun au4re oiseau n'est plus aboudamment pourvu, Toie nous fournit cette plnme délicate sur laquelle la mollesse se plaît à reposer, et cette autre plume, instrument de Tesprit, avec laquelle nous écrivons ici son éloge.

A rimpression, Buflbn a fait encore, car il avait

le don de n'être jamais content, deux ou trois corroctions.

Au lieu de : « Éloignant donc, pour un moment,

celle (respèce) du cygne), » il a mis : « Eloignant donc, pour un moment, la trop noble image du cygne. »

Au lieu de :((Nous trouverons que l'oie est, parmi le peuple de la basse-cour, » il a mis : « Mous trouverons que Foie est encore, dans le peuple de la basse-cour. »

Et, au lieu de : « Cette autre plume, instrument de Tesprit, » il a mis : « Cette autre plume, instrument de nos pensées. »

A propos du macareux, Bexun avait écrit ; « Le bec,

CORRIGÉ PAR BUFFÛN 17

cet organe [)riiicipal des uiseaux, dans lequel réside la meilleure partie de leurs facultés, de leurs forces, de leur industrie. »

T^uffon corrige très-heureusement, je veux dire très-judicieusement : « Le bec, cet organe principal des uiseaux, et duquel dépend l'exercice de leurs forces, de leur industrie et de la plupart de leurs facultés. »

A propos du héroiiy Bexon avait dit :

Le bonbeuri non plus que la beauté, n*est pas également

départi à ions les êtres sensibles. Il en est qui semblent nés dans le dénùnieiiL pour vivre liuiis la privalion, qui paraissent dévoués à la peine, destinés à endurer la pénurie, à lutter contre le besoin, dont k vie douloureuse se consume daas!e>; souffrances, dont toiiles les vertus se boi'iieiit à celle de patienter, et toutes les ressources à celle de s*endurcir, dont enfin la peine inlérienre, marquant dans tous leurs traiis sa triste empreinte, ne leur laisse aucune des grâces dont la nature anime tous les autres êtres.

Après une première correction, que je place en noie', Buiioa est arrivé à cette autre, qui est restée définitive :

* « Dnn? rhnmmc, ImnlitMir vionl de ta pureté de l'iuno, et con- « ^isle diiiis le h(M\ oïDjiloi de ses vertus morales; le bieii-èlre des ' aninimix ne ilt'|>eiui, au cuiitraire, que de la seule puissance des fu- ! tultés pliysir[uc>, et, comme leurs formes ^oIlt variées à l'infini, il « y en a quelques-uns qui paraissent faits pour jouir de toutes les n aisances de la vie» tandis que d'autres, par impcrreclîon d'organes « ou dénûment de facultés, semblent dtre condamnés à vivre dans la 9 privation et destinés à endurer la péaurie« Leur vie pénible se con-

DE BEION

lie l)Oiiheiir n'est pas également départi à tous les êtres sensibles; celui de rhomme vient de la douceur de son âme, et du bon emploi de ses qualilcs morales; le bien-être des aoîmaux ne dépend, au contraire, cpie des facultés phy- .^itjues et de rextMcicc de leurs forces corporelles; mais si la nature i»'iudii;ne du partage injuste cjue la société fait du bonheur parmi les hommes, elle-même dans sa marche rapideparait avoir négligé certains animaux, qui, par imperlectioa d'organes, sont condamnés à endurer la soiilii aiice cl destinés à éprouver la pénurie : eniauts disgraciés, nés dans le déuûment pour vivre dans la privalioQ, leurs joitrs pénibles se consument dans les inquiétudes d'un besoin ioujours renaissant; souilnr cl patienter sont souvenl leurs seules ressources, et ceUe peine iuléiieurc trace sa triste empreinte jusque sur leur figure, et ne leur laisse aucune des grâces dont la nature anime tous les êtres heureux.

Par ces remaniements successil's, sans doute que le fond de Bexon s* est fort embelli, mais enfin cest toujours le fond de Bexon ; et, dans le cas présent, ce fond n'est peut-être pas très-juste. Est-il bien sur que le héron soit plus malheureux que les autres oiseaux? La Fontaine se moque de ce qu'il

. . . montrait un i^dùt dcdaigHeux, Comme le rai du bon lioruce ;

« Rumc dans les iiiquiétuiles d'un besoin luujours renaissant : souiïnr «t et pDlieoter sont souvent lenr seule ressomce; ciHtc peine intérieure n trace sa triste empreinte jusque sur leur figure, et ne leur laisse « aucune des grftces dont la nature anime tous les ôtres heurei». a

CORHIGÉ PAR BUFFON «

maïs ee n est pas pour des hérons que la Fontaine

composait ses fables :

Ne soyons pas si difâciles ; Les plus aGcommcdanls, ce sont les plus habiles.

Ce n*est pas aux liérous

Que je parle ; écoutez, humains, uu auti'c coule.

C()nil)i('n (le fuis ii'ai-je pas entendu cfi laiiis naturalistes vanter coamie une idée proibnde de Buffon ridée de la nature s^essayant, s*instruisant peu à peu, et, faute d'assez d'insU uclion, ayant manqué d'ain»! d quelques-uns de ses premiers ouvrages. Eh bien! cette idée profonde, si profondeur il y a, n'est pas de Buffon; elle est de i abbé Bexoa ^ Je crains bien que cette révélation ne lui nuise un peu : elle ne sera plus autant citée.

Bexon avait dit :

De loules les productions que put cnraiilcr la nature, lorsque, dans sa première léconditc, elle essayait ses forces, traçait les germes et remplissait le plan immense de la vie, celles en qui les proportions d'organes et de structure

* A la rigueur, elle est de Lucrèce; la personnification Ue la nature est (le vieille date ;

Onmia migrnnt;

Omnia commuiat ^alura, et vcrtcrc cngil.

{Lucrèce, liv. V.)

Multaque tuni interiissf» nDiinatitani MRcla neeesse est, pôluisse profNigaDdo prooideic prolcm.

{iMcrèce, liv. Y.)

BE BEXON

s'unirent avec les facuJiés ^le subsister et de se reproduire .

purei.t feules ê(re conservées : elle iradopti pas toutes les fermes qu'elle avait tentées d'abord; elle choisit ies })lus belles p3ur en composer le tout harmonieux et l'ensemble admirable des êtres qui nous environnent. Mais, au milieu de ce magnifique spectacle, quelques productions iié^^ligées, jetées comme dts ombres dans le grand tableau, quelques formes moios heureuses, paraissent subsister comme les restes de ces dessins mal assortis, de ces composés disparates que la nature dut rejeter de son ouvrage.

Après une première correction, dcja ii ès-heureuse et que je mets en note \ après bien des changements, bien des hésitations, bien des ratures, Buffon s'arrête à celle-ci, qui est plus heureuse encore.

L'écliasse est dans les oiseaux ce que la gerboise est dans les quadrupèdes : ses jambes, trois fois longues comme le

corps, nous présenlent une disproportion monslrneuse; et

' 'f L'i't'Iinsse Ght dans les oicciuix ce que la ^r* i l oi>t' est dans los « quadrupèdes ; ies jambes, trois fois longues oomnie le corps, nous ff présentent une disproportion monstrueuse, et, en considérant ces 4 eicës, ou plut6t ces défauts énormes, il semble que, quand la (c natare essayait ses forces ci traçait le plan de la forme des êtres, <r ceux en qui les proportions d'organes s'unirent avec la faculté de se « reproduire ont été les seuls qui se soient conservés; elle ne put donc « adopter toutes les formes qu'elle avait tentées d'abord; elle choisit « les pins belles pour composer le tout harmonieux des êtres qui îious « environnent. Mais, au milieu do ce magnifique spoctacle, quclquos « productions négligées, jetées comme des ombres au tableau, (juol- (i qucs formes moins heureuses paraissent subsister comme les restes « de ces dessins mal assortis et de ces composés dispacates qu'elle «t eût dû rejeter de son ouvrage et même de ses projets, b

GOUHItiÉ PAR BUFFON 21

LU considérant ces excès, ou plutôt ces défauts énormes, il semble que, quanti la nature essayait loules les puissances de sa première vigueur, et qu'elie ébauciiait le plan de la forme des êtres, ceux en qui les proportions d'organes b^w nîrent avec la faealté de se reproduire ont été les senls qui se soient maintenus : ne put donc ailoptcr à perpétuité toutes les formes qu elles avait tentées; elle choisit d aboixi les plus belles pour en composer le tout harmonieux des êtres qui nous environnent; mais, au milieu de ce magnifique spectacle, quelques productions négligées, et quelques formes moins heureuses, jetées comme des ombres au tableau, paraissent être les restes de ces dessins mal assortis et de ces composés disparates qu'elle n'a laissé subsister que pour nous donner une iiiée plus étendue de ses projets.

Conune ce dernier trait, d'un ordre plus délicat, d'un tour plus \ if, est bien amené et termine ])ien tout ce tableau ! Mais enQn, et la simple justice veut que je le répète, cW toujours le fond, c'est toujours ridée première de Bexon, et tout le travail du maître n*a eu pour effet, et n'avait pour objet que de mettre celte idée dans son jour, dans son plus beau jour.

Plus j'examine ces manuscrits, corrigés par liuiïon, plus je me convaincs que son dessein le plus arrêté, lorsqu'il chargea successivement Gueneau de Mont* beillard et Rexoii de ['Histoire des oiseauXy ce fut de ménager ce don supérieur qui a fait sa puissanc^î, celte force de penser qui l'a mis au-dessus de tous les naturalistes, et de ne pas l'employer, pour me servir

de son exj>reî>bion, « à travailler sur des plumes*. » Lui-même nous le dit ailleurs irès-éloquemmeni :

Me trouvant aujourd'hui dans la nécessité d*opter entre

ces deux objets (riiistoire des oiseaux et celle des minciuux)» j'ai pi éféi é le dernier comme m'étant plus iamiliery quoique plus difficile, et comme étant plus analogue à mon goût par les belles découvertes et les grandes vues dont il est susceptible

Ici le soin de ménager sa pensée, que s*est imposé Buffon, va si loin qu'il profite de tout dans Bexon : de ses idées, de ses vues, de ses tours, de ses expressions : quelquefois, après avoir effacé mie expression, il la reprend ; après avoir écarté une idée, il y revient ; et tout cela aux niuindres frais possibles, uiénie pour la peine physique d'écrire, car il se sert le plus qu'il peut des mots écrits par Bexon, sauf à les modifier plus ou moins, selon le besoin.

Je donne, dans ce volume, quelques fae^simile de ces corrections. Je multiplierai d'ailleurs, un peu plus loin, les exemples du genre de ceux qui précodeni» 11 est bon de pouvoir parler de BulTon, comme Montai <,me nous dit qu'il aimait à parler de César : tout à l aise.

* Voyez, ci-tlevanl, p. 7.

* Voyei t. VI, p« 1, de mon cdiUoa de Buiïon*

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