‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 30 sur 39 · PICS · texte numérisé non relu

PICS

(ditfon.)

Les animaux qui vivent des fruits de la terre sont les seuls qui entrent en société; l'abondance est la base de Tinstinct social, de cette douceur de mœurs et de cette vie paisible

qui n'appartient qu'aux êtres qui n'ont aucun motif de se rien disputer; ils jouissc^it sans trouble du ricbe fonds de subsistance qui les environne; et, dans ce grand banquet de la nature, 1 abondance du lendemain est égale à la profusion de la veille. Les autres animaux, sans cesse occupés à pour-

(cof'.ni:cTiONs dk irffux.)

* Lcsnnimaux qui vivent des iVuiU de la terre sont \es seuls qui enlrenl en société. L aboiulancc est la hase de l'instinct social, de celle douceur de mœurs el de celle vie paisible qui n'appartient t|a'aux êtres qui n'ont apcun motif de se rien disputer; ils jouissent snns trouble du riche

. ' Les ftuifes animaux sans cesse occupés à pourchasser une

proie qui

par le besoin * , aiguillonnés par Tappétit, retenus parle danger, sans moyens que leur activité, sans provision que leur indus-

Irie, sans rossourœ que dans leurs efforts, ont à peine le temps de vivre* et n'ont pas^ celui (raimer. Telle est la condition de tous les oiseaux chasseurs, excepte peut-être de quelques lAclies* qui s'acharnent sur une proie morte et s'attroupent plutôt en brigands qu'ils ne se rassemblent en amis : tous^ se tiennent isolés et vivent solitaires. Chacun est tout entier^ à se procurer un nécessaire étroit et pénible, et nul n^a de sentiments, coninjede biens", à |)artager avec autrui**

Ses uiouvi iutMits (les mouvements du pic) sont^ brusques, son air est inquiet, ses traits ont de la rudesse**, son natuiel paraît ** farouche : il fuit toute société, même celle de son semblable, et quand Tamour le force de la rechercher, c^est sans pouvoir lui donner aucune des grâces dont alors il embellit tous les êtres...

(C0RliBCiTI01(« M BDFP03I.)

* pressés par le besoin, retenus par le danger, sans provision, sans moyens que dans leur industrie, sans autre ressource que leur activité

^ de se pourvoir.....

n'ont giiLTC

* à l'exception de

* tous les autres

* tout entier à 80i, et nui n'a de sentiments

ni de biens,... •

IllSTUIUE DES OISEAUX

diasser une proie qui les fuit touyours, pressés par le besoin, retenus par le danger, sans pro^ion, sans moyens que dans leur industrie, sans aucune ressource que leur aclÎTité, ont à

peine lo temps do se pourvoir et n'ont ^nèrc celui d'aimer. Telle est la roiulitioii de tous les oiseaux chasseurs; et, à Texceptioude quelques làthesqui s'achariieut sur une proie morte et s'attroupent plutôt en brigands qu'ils ne se rassemblent en amis, tous les autres se tiennent isolé» et vivent solitaires. Chacun est tout entier à soi, et nul n^a de biens ni de sentiments à partager...

Ses mouvements sont brusques; il a l"air inquiet, les traits et la physionomit^ rudes, le naturel sauva<(e et farouche : il fuit toute société, même œlle de sou seud)hd)le, et quand le besoin physique de i amour le i'orce à recliercher une compagne» c'est sans aucune des grâces dont ce sentiment anime les mouvements de tous les êtres qui réprouvent avec un cœur sensible.

* â partager

* .. .. sont lourds cl bm:»qucs

.... il il l'air inquiet

" le» Irnits d'une physionomie rude

le naturel Mimage et même iarouthc

•* ..... le besoin physique de l'amour

le force à rechercher une compagne, c'est sans aucune de»

(Traces dont ce seotiment embellit les moiiyemeiits de tous ceux qui rqirouvent avec un cœur sensible

MANUSCRITS D£ liUFFOK

UB -MMICOI..

(IIBXOII.)

Cel oisoan quoi(|ii(^ soiilairc ci nulle part nombreux, est purloul reuiaïquc piu- une liabitude très-éU'Uii^je, et qui nVsl qu'à lui : c'est celle de tordre et de Ioui ikm^ le coJ de côté* et eii arriére» la tète jetée à la renverse ' sur le dos, et les yeux à demi fermés Ce niouvement n'a rîen de prédpilé S il est lent et moeHeux, et tout semblable aux replis ondoyants d'un reptile. C'est, à ce qu'il p;ir;nl'\ une convubiou de surprise et d'elïroi^ une crise d'étuinieuiont ^ n \'n>\uH'{ do tout objet nouveau : c'est aussi un elTort qu'il seuiijie lau c puur se dégager lorsqu'il est retenu (|uoi qu'il en soit, ce tournoiement lui est tout naturel. Les petits dans le nid se le donnent déjà, et plu!$ d'un diasseur effrayé les prit pour de petits serpents.

^ IMBCOllM Mm MJk NATimW M 4IMBA1JX D*BAV.

Le genre des quadrupèdes (un petit nombre d'ampbibie» excepté) n'a de séjoiu* que la terre ferme : le genre volatile, bien plus étendu, avec la terre et Tair embrasse aussi le domaine des eaux. Une partie les habite, y vit, y na^^e, y vogue, connue sur son ch'-nient naturel : jwirloiil nue abondante pâture, une captiu e facile y est offerte à ces botes ailés : pour

* îj<^ n'('(nin:ut ;ui |iroinior ronp cl'u il j»;ir un liiiil ou ^tlulùl

par une bubilude tpii ii'iippai lient qu'à lui; ç'c^l de lurdr^.....

* (le cùlé cl en arrière.....

^ ... . Iti Icle reiivciscc &ui . ...

* ., à demi feiynés iHïndaat ce mouvement qui n*a

* ..... rien de précipite, et qui est, au ooulruire, lent, sinueux cl tout semblable

(■urrogr.)

Cet oiseau se rocuiuiail .m pi'eiaier coup d'o iJ \iav un si^nc ou pliilôt par une habitinlr (pii n'appartient qua lui : c'est de lordre et de tourner le cou de côté et en arrière, la tète Inversée vers le dos et les yeux à demi fermés, pendant tout le temps que dure ce mouvementy qui n'a rieii de précipité, et qui est au contraire lent, sinueux et tout semblable aux replis ondoyants d'un reptile; il paraît être produit par une convulsion de surprise e^ d'effroi, ou par une crise d'étoimemeiit à l'aspect de tout objet nouv«*au : c'est aussi un effort qu il semble faire pour se dégagei' lorsqu'il est retenu : cependant cet étrange mouvement lui est tout naturel et dépend en grande partie d'une conformation particulière; puisque les petits dans le nid se donnent les mêmes tours de cou; en sorte que plus d*un dénicheur effrayé les a pris pour de petits serpents.

(boffo.v.)

Les oiseaux d'eau sont les seuls qui rémiissent h h jouii^ sance de Tair et de la terre la possession de la mer. De nombreuses espèces, toutes trés-multipliées, en peuplent les rivages et les plaines; ils voguent sur les flots avec autant d*aisance et plus de sécurité qu'ils ne volent dans leur élément jialnrel : partout ils y tioiivcnt nne subsistance ainuidante,

(coan£CTio.N3 de blkfos.)

* <ruu reptile; il parait élre produit par une convulsion

^ ou par une crise

* de cet oiseau

' ..... repenclant cet élraiige iiioiivemenl est tout naturel cl dé- |>eiid eu grande partie de lu cuulunaaliou, puisque leâ pclilï> dans le uid se donnent les mémos tours do col, et que pUi$ d'un dénidicm effrajé les a pris

MANUSCRITS DE BfIPPON

la saisii', les uns l'eudeut leâ uades et s y piuiigeat : à d'autres ii suffit d'en raser rapidement la surface; tous s'y établissent en grandes sociétés, et, sans rien redouter de rélément terrible, s'y jouent avec les flots» luttent avec les vents, bondissent sur la vague émue, p«f raîssent au milieu des tempêtes et ne coimaisseut pas les uaul rages*.

{OExns.}

^ous avons vu * la nature, marchant d'uu pas égal, nuancer * tous ses ouvrages, en lier ' Tensemble par une suite de rapports constants et de gradations insensibles*, remplir^ par des transitions les intervalles où nous pensons lui fixer

des divisions et des coupures, occuper*' par des productions intermédiaires les points i\o repos (jue la seule fatigue de notre esprit d ns la coateaiplation de ses œuvres immortelles nous oblige d'y marqum*^; établir sur le passage d'une forme à une autre forme éloignée <^ des relations qui les rapprochent^; composer enfin de son admirable ensemble un tout

(courections dk huffon.)

* Tous les aniiii;m\ quadrupèdes, à l'cxcrplton de quelque» aiiipiiibies, n'habitent que mu la terre; ils la parcourent >ans pouvoir s'en séparer, sans qu il leur soit possible de s'élever dans l'air ni de s établir sur l'eau ; les oiseaux, indépendamment de rempire^qa'ila ont dans l'élément de Taîr, usent comme les quadrupèdes de cebii de la terre, et y réunissent encore le domaine des eaux. De grandes, de nombreuses espèces, toutes très-muUipliées, fréqdentent les mers, les habitent, y vivent, y nageuU y voguent comme sur leur élémeut naturel; partout une abondante pâture, une capture facile leur oflrc une subsistance abondante. Pour la saisir, les uns fcndenl 1ns oniir-. et s'y plongent; d'autres no loiit que les elfleurer et raser leur surface par un vol rapide et luisuré sur la distance et la quanti!*' de la proie; tous s'y ëtablisscnl en grandes soiiétés, et, sans rien craindre de leurs uiouvenicnls, ils semblent se jouer avec les flots . lutter avec les vents, bondir sur la vague agitée, enlin s'exposer aux tempêtes sans les redouter ni subir de naufrages.

HISTOIRE DËS OtSEAtJl

une pmequi no peut les l'iui ; et pour la saisir les uns i'eiident les ondes et s'y plongeai; d autres ne font que les effleurer en rasanlleur surface par un vol rapide ou mesuré sur les distances et la quantité des victimes; tous s'établissent sur cet élément mobile, comme dans un domicile fixe; ils rassemblent en grandes soi ic lés. et vivent tranquillement au milieu des orages; ils sembleiil même se jouer avec les vagues, lutter contre les Tents, et s exposer wcl tempêtes, sans les redouter ni subir de naufrages.

Nous avons vu que la nature, marchant d'un pas égal, nuance tous ses ouvrages; que leur ensemble est lié une suite de rapports constants et de gradations successives ; elle

:r doîie rempli, par des transitions, les intervalles où nous pensons lui fixej" des divisiuns et des coupures, et placé des pix)ductions iulermédiaires aux points de repos que la seule fatigue de notre esprit dans la contemplation de ses œuvres nous a forcé de supposer : aussi trouvons^nous, dans les formes même les plus éloignées, des relations qui les rapprodieut,

' Mous avons vu ^ue la nature

* nuance

' que leur ensemble est lié

♦ successives. . . .

* . elle a donc rempli

• et placer des productions internédiairea aui pointa de repos.

^ noua a forcé de atippoaer

* Ausai tronvona-nous dans les formes même les plus éloignées. . . * en aorte que rien d'^ vide, tout se touche, tout se lient

dans ta nature et qu'il n'y a que nos méthodes cl no* systèmes qui soient in* olitTents, lorsque nous préteivionô lui miutiuer des secliou^ mi defi limites <|U elle ne connaît psf*.

OÙ l'ieu n'est vide, où tout se touche, où tout se tient et où se confondent iios méthodes et nos systèmes, lorsque nous prétendons lui marquer des sections, des distances, des limites qu'elle ne coanail pas.

Cet oiî»eau, considérable par sa grandeur autant que reinai^

((uableparsa strneture*,est non-soukim'iit iVwnv ♦:spôce iioii- \AÏL\ mais d'un yi iiie tout nouveau -, un piulul bciuhlc fait pour ri «nier o[ pour confondre loule idée de classitieatiun el tout uiTaii^eiiieiil deiiomenclalui e. Ses ion^s pieds iiidiqueul^ un oiseau de rivaux; son bec crochu ^ est celui d'un oiseau de proie; son ensemble offre ^ une tète d'aigle sur un corps de cigogne ou de grue : à quelle classe peut appai tenir^ un êti*e où se rapproclient' des caractères en apparence si opposés*? Xouvello preuve cpie la naUu'e, liltr(^ au milieu desIimile^ (pie nous peiibuus lui prescru e, est plus riche que uos idées el plus vaste que nos systèmes.

(IIBXOR.)

De tout le genre des oiseaux* sur lequel la nature a répandu laul (le vie et de grâces, qu'elle a jeté- à travers la grande scène de ?>es ouvra^jes pour en luire le inouvcment et la parure ^, et dont elle semble avoii* formé tous les ôtres heureux

(OWIlBGTKMIi» I K UUFVOll.)

* ligure

^ genre Uolé et singulier au point d'éluder el même de coufoudre tout ai ranj^ement de méthodes et de uomendalure.

* £u même temps que ses longs picJ» dusigueul

* bec crochu indiquerait un oiseau.....

"* il u pour ain^i dire une Icle

IIÎSTOIKK DKS OISEAUX 1 '»U

ftn sorte que rien n'est vide, loiitse toudie, tout se tient dans kl nature, et quM u*y a que nos méthodes et nos systèmes qui soient incohérents lorsque nous prétendons lui marquer des

sections 011 des limites qu'elle ne connaît pas.

Cet oiseau, considérable par sa grandeur autant que remar-

f|iiahlc par sa fi^^ure, est non-seiileniont d'une ospèco uouvoUe, mais d'uu «ijenre isolt^ et singulier au point d éhuler et mAme de confondre tout arrangement de nàéthodes et de nomenclalurc; en même temps que ses longs pieds désignent un oiseau de rivage, son bec crochu indiquerait un oiseau de proie; il a, pour ainsi dire, une téte d'aigle sur un corps de cigogne ou de grue : à quelle classe peut donc appartenir un être dans lequel se rrunissent des caractères aussi opposés? Autre preuvo (jiie la nature, libre au milieu des limites que nous pensons lui prescrire, est plus riche que nos idées et plus vaste que nos systèmes.

De tous ces êtres légers sur lesquels la nature a répandu

tant de vir et de grâces, et qu'elle paraît avoir jetés à travers la grande scène de ses ouvrages, pour animer i«' vuie de Tespae^

(CARtlCCTIOlfS VEWfrOHj

* peut donc appartenir

' s>e n'iinissoiit

. . . . mrsictcres niissi opposi's?

De tou<i c(s i'irf"i li'gers sur lesquels

et fpi'cllo paraît avoir jeté

ot la parure, le» oiseaux de marais sont ceux ^pii ont fu. . .

MAMSCUITS 1>K lil FFOX

pour Tamour e( pour la liberté, ceux qui ont le moins de pai (

h ces dons, les moins doités de cet instinct exqnîs donné aux voliUiles, vonx enfin don» le naturel panul le burné, le sens le pliiNublus. sofil tous ces oiseaux qui vivent à Fentoiir des marécages^, qui cherchent leur iiàlure sur la vase ou dans (a terre frmgeuse; conunesi^ attachées au premieT limon, ces espèces n'avaient pu prendre part au progrès plus heureux et plus développé qu^oiit fait successivement toutes les autres parties * de la natur e, développements étendus et embellis encore «l.ins la nalin-e cullivéc, et auxquels ces habitaïUs des ui;u aissont restée ué('ejÉ*iairemeut étrangers.

Ëu effet, aucun d eux n'a la gaieté ^ des oiseaux de no^^ champs; ib ne savent point, comme ceux-ci, s^égayer, se réjouir ensemble, on ne voit point entre eux* de doux ébats sur terre ni dans les airs; leur vol n*est qu'une fuite, une traite l apide iVnn froid marécage à un autre.

liO culte des animaux me semble' Tune des preuves les plus

Tnippaulfs de Péfa! de faiblesse où se trouviut Tespècx! humaine daiis les premiers teujps* du monde. Les espèces ^ aniniaie>,

^ . . . . à CCS iIdiis; leurs sens sont obtus, leur naturel est réduit aux «ensitiona les plus grossière», et leur instinct se borne è chercher à Pentoiir des marécages leur pâture

' comme si ces espèces, attaché au

* productions de la nature, dont les développements se sont

Liicorc étonduset embellis par les soins do l'homme, tandis que ces habitants des marais sont restés dans l'étal imparfait de leur nature hrute.

' les gi u 1^ ni hi g;\leir' d<* uns (>i?<\iiiv des chaTn|>s

** ni prendre iie doux ébats enire eux sur la lerre on dans

l'air.

HISTOIRR DES OISRVLX 151

«-t y produàre du mouvement, les oiseaux de marais sont ceux qdi ont eu le moins de part à ses dons ; leurs sens sont obtus, leur instinct est réduit aux sensations les plus grossières, et

[our natui el se bui ne à cliei chor à reiiloiir des maréc:iges leur pàtuie sur la vase ou datis la t«^rre fanji^euso: rouime i^i ces espèces, attachées au preuiier liuioii, n avait iu pu pn^idre pari au progrès plus beureux el plus ^M*and qu'ont fait successivement foutes les autres productions de la nature, dont les développements se sont étendus et embellis par les soins de rhomme; tandis que ces halritanis des marais sont restés dans l'état imparfait de leur nature brute.

En effet, au» un d eux n'a les <^ràces ni la *(aielé de nos oiseaux des champs; ils ne savent poinl, comme ceux-ci, s'amuser, se réjouir ensemlilt», ni prendre de doux ébats entre eux sur la terre ou dans Tair; leur vol n'est qu'une fuite, une traite rapide d*un froid marécage à un autre.

(BorroR.)

De toutes les superstitions qui aient jamais infecté la raison

et dégradé, avili Tespèce bum i ik , le culte des .mimaiix serait ^ans doute la plus honteuse, si i on iiVii < uii>itler;utpas Torigine et les premiers motifs : comineiit l'homme en effet »-t-il pu s'abaisser jusqu'à l'adoration des bêles ? Y a-tril une preuve plus évidente de notre état de misère dans ces premiers âges,

(conitiCTioifs fil ivrpo}i.)

* me parait étie une preoTe de l'état de faiblesse et du petit

nombre des hommes

* âges

Les espèces d'animaux immondes OU nuisibles étaient alors plus

noriil)ro!i-:cs et pont-ûlrc plus puissantes p\ pins grandes; elles entoiH raient l liomme solitaire, isolé ou dénué des arts nécessaires pour exercer sa force avec succès.

5JANi:sClllTS DE IîI:FI ON

p ifaiHées pai' la JUMivdlc nature, plub graudes alors, plus puissantes, pins nombreuses, ei;touraient, menaçaient rhomme dénué, qu'aucun art n'aidait encore à les contraindre et auquel

aucune encore n'avait appris à se soumettre. Ces mêmes animaux, devenus depuis ses esclaves, étaient alors ses maîtres ou du moins ses rivaux redoutables*; la superslilioa en fit ses dieux. Mais de toutes les contrées où le culte ^ des animauf a dû avoir lieu, celle où il s'en est oonsenré le plus de traces est rÉg) pie, et ce fait, d'accord avec les monuments ^ nous assin^' que ce pays fut un de ceux où l'homme se porta le plus tùl^ et du moins où il lut le plus longtemps à lutter contre les espèces ennemies ®

(BBXOir.}

De tous les animaux qui se plaisent rassemblés S les oiseaux sont ceux en qui cet instinct social paraît dominer davantage *,

qui l'orment de plus i;iands attroupements, qui vivent plus rénnis, entre lesquels semble mieux établie cette ronnnunaulé de goûts, de projets, de plaisirs' sur laquelle se fondent Tamour^ mutuel et la liaison générale^, ceux enfin qui, avec le

(cniimcrio?i.< ne nirrox.)

♦ El «lès lors la superstition . . . , .

où ce culte, plus vil qu'aucun autre, a fait partie des roli-

gions absurdes, l'Égyptc parait être celle

* ..... ce fait, Attesté par tous les monuments •

" prouve.

^ où rhomme fut le plus longtemps

nuÎMbles.

* De tous les animaux qui aiment i se rassembler et se plaisent à

demeurer en troupes, les oisoaux

- Non-5oulemrnt leurs attroupemenis sont plus nombreux et leur réunion plus coii'^tnnl»^ qiio celle des quadrupèdes, mais il semble que ce n'est qu'aux oiseaux seuls qu'appartient cette communauté' . . .

IIISTOIUE DKS OISEAUX I.m

OÙ les espèces nuisibles,» trop puissantes et trop nombreuses, entouraient rhomme solitaire,- isolé, dénué d^amies et des arts

nécessaires à rexercice de ses forces ? Ces mêmes animaux, devenus depuis ses esclaves, étaient alors ses maîlres, ou du moins des rivaux redoutables : la crainte et riiilérèl tirent don(* naitre des sentiments abjects et des pensées absurdes, et bientôt la superstition» recueillant les uns et les autres, fît égal<*ment des dieux de tout être utile ou nuisible.

L'Égypte est Tune àf^ contrées où ce culte des animaux s'est établi le plus anci»'nnement et s'est conservé, observe le plus SCI upuleuseiueiit peiidaiil nu gi^and nombre de siècles: el ce respect religieux, qui nous est attesté par tous les monuments, semble nous indiquer que, dans cette terre, les hommes ont lutté trésrlonp;temps contre les espèces malfaisantes.

l/instinct social n^est pas donné à toutes les espèces d'oiseaux; mais, dans celles où il se manifeste, il est plus grand, plus déridé que dans les autres animaux; non-seul t iuent leurs attroupements sont plus nombreux et leur réunion plus eonstante que celle des quadrupèdes, mais il semble que ce n'est qu^aux oiseaux seuls qu'appartient cette communauté dégoûts, de projets, de plaisirs et cette union des volontés qui fait le lien de rattachement mutuel, etle motif de la liaison {générale : cette supériorité d'instinct social dans les oiseaux suppose d'aliord ime nombreuse multiplication, et Yi<;nt ensuite de ci^

*■ de plaisirs, el celte anion de volontés qui iait le lien à^, .

* l'aUnchemenl,

^ irén.Tale : ccUg supériorité d'instinct social dansles oiseaux

vîoni (le re qu'ils ont plus de moyens

U»i . HAiNUSCIUrs l>K Ui f FUiN

plus de moyens et de fadlités de se rapprocher, de se rcgoindre, de demeurer, de voyager ensemble^, paraissent connaître

le pins (le ces «grandes lois d** sociélé qui^ supposent dans i esjx'ce lui pian dirigé et tles vues réunies*, et produisent, entre les individus, la comiaii>sance, rafîeclion^ et les douces habitudes.

En effet, si nous oonsidérons'® le peu de sociétés établies entre les quadrupèdes, ou réunis à Fécart dans Tétat sauva p:e. ou l'assemblés avec indifférence sous la verge de l'homme

et atlioupt's eu esrbves, nous ne jX)urrons les ( (Miiit.ii < r aux irrandes sociétés des oiseaux, tbrmées par ^^oût, rontuiuées par amour établies sous les auspices de la Itaute liberté.

(IIIOM.)

Le plus vite des navires qui cinglent sur les mers* a donné son nom an plus rapide des oiseaux qui planent sur leurs flots * .

La frégate cst^ de tous ces navigateurs ailés celui dont le vol est le plus lier, le plus puissant et le plus étendu : balancée sur des ailes d'une prodigieuse longueur, sans presque leur donner de mouvement sensible, elie^ semble nager paisible-

(cr>fiMEcrioit»t DE Btrporr.)

^ i>nsemble.. ce <|ui les met à portée de couuailre mieux W

grandes.

^ qui, dans toute espèce, supposent un plan

^ concertées.

* raffecUoii, la confiance et les douces habitudes de l'umoH,

de la paix et de tous les biens qu'elles procurent.

En effet, si nous considérons les soci 'lés libres ou forcées des animaux quadrupèdes, toit qu'ils se réunissent furtivement et à Técart dans l'état sauvage, soit qu'ils se trouvent rassemblés avec indiff^Votice ou à regrot son<; la Verge de l'homme, et attroupés en domestiques ou en esclaves.

^* affection

'* pleine

UlSTomË DES OISEAI X 15à

qu'ils oui plus de moyens et de farîlilés de se rapprocher, de se rejoindre, de deiHcui er et voyager ensemble, ce qui les met à portée de s'entendre et de se communiquer assez d'intelJigence pour cooiiailre les premières lois de la société, qui, dans toute espèce d'êtres, ne peut s'établir que sur un plan dir%é par des Tues concertées. G^est cette intelligence qui produit entre les individus raffection, la confiance et les douces habitudes de ruiiion, de la paix et de tous les biens ((irdb» procure. En effet, ni nous considérons les mm icli*s libic- (mi forcées des luiinianx quadrupèdes, soit qu'ils se réunissent furlivement et à l'écart dans Tétat sauvage, soît qu'ils se trouvent rassemblés avec indifférence ou regret sous Tempire de rhomme, et attroupés en dom(»stiques ou en esclaves, nous ne poiuTon$ les comparer aux grandes sociétés des oiseauic, formées pai j)ur instinct, entretenues par i^uùt, par alfection sous les auspices de la pleine liberté.

(BOFTON.)

L(; iiN-ilh'ur voilier, le pins vite de nos vaisseaux, la Iréj;ale, adonné son noni à l'oiseau qui vole le |»lus rapidement et le plus constamment sur les mers ; la frégate est, en effet, de tous ces navigateurs ailés, celui dont le vol est le plus fier, le plus puissant et le plus étendu balancé sur des ailes d'une prodigieuse longueur, se soutenant sans mouvement sensible, cet oiseau semble nager paisiblement dans FairtranquOle pour attendu- l instant de fondre sur sa proie avec la rapidité d'un

(CORRVCTlOlfS VE VUFFOX.)

* I.e meilleur voilier tle nos vaisseaux, la Irégate, a donné «Mi

noni

* sur les mers.

3 i;oi«eau frégate est en effet de tons ces navigateurs lîlés

^ se sonlensntssns mouvement sensible, la fr^le semble...

menl dans Tair^, fond sur sa proie avec la rapidité d'un trait ,

ou, lé<(ère cornnu^ \vs vc nts^, s'élêvo jusqu'aux nues, et va chercher le calme en s'élançaul au-dei^sus des orages. «

(■Il<Mf.>

Si la régularité df»s formes, la justesse des proportions. V^reord et Tensemble des parties* donnent aux animaux ce qui l'ait à nos yeux la grâce et la beauté, si leur rang' est marqué auprès de nous à proportion qu'ils savent plaire; pour qu'ails soient chers à la nature, il lui suffit qu^ils puissent vivre : elle nourrit également au désert la jolie et svelte' gazelle et le dif* forme chameau * ou la f^ij^antesque ^^^irafe; elle lance à la fois dans les airs Taigle superbe et \c, huleux vautour, rarhe •'^ sous rherhe mille générations d'insectes sous les tormos les plus bizarres, et en dérobe encore dans Tabime des eaux de plus étranges;- elle admet les composés les plus disparates en apparence pourvu que par une secrète correspondance de parties, ils puissent subsister et se reprMkdre : c^est ainsi que, sous la • forme de feuilles,, elle fait vivre les mantes, que sous une coque sphérique, pareille à celle d'un fruit, elle emprisonne les oursins, qu'elle filtre la vie et la rainilie, pour ainsi dire, dans les branches de Tétoile et de la méduse'', qu elle aplatit eu marteau la tète de la zygène et arrondit en boule épineuse le corps i*ntier de l'orbis ^

(COARECTIOKS M aUFTOX.)

* quand, à l'insUiiii^ elle fond sur s,i proie avec h rapidité

d*iin trait, ét lorsque les tàn sont agités par la tempête, légère. , • . • le vent.

* de toutes les parties. ....

* si leur rang près de nous n'est marqué que par ces cai iu -

tères, si nous ne les distinguons qu'autant qu'ils nous plaisent, la nature ignore ees distinctions, et il snfRt pour qu'elle les chérisse qu'ils puissent eiister et se imUiplior.

HISTOIRE DËS OISEAUX làî

trait, et lorsque les airs sont agités par la tempête, lêîrère eommc le veut, la frégate s'élève jiisfjir;iiix nues, et va chercher le calme en s'élauçant au-dessus des orages.

Si la ré^^ularité des lurmes, l'aïu ord ilt's proportions et les j-appui'ts de reiiseuible de toutes les parties donnent aux animaux ce qui fait à nos yeux la grâce et la beauté ; si leur rang près de nous n'est marqué que par ces caractères ; si nous ne les distinguons qu'autant qu'ils nous plaisent, la nature ignore ces distinctions, et il suffit {xuir qu'ils lui soient diers qu'elle leur ait donné l'existenc» et la faculté de se multiplier; elle nouiTit ét:alement au désert Télégante gazelle et le diltui nie « hameau, iejoli chevrutairi et la gigantesque girafe ; elle lance à la fois dans les airs Taigle superbe et le hideux vautour ; elle ^4iGhe sous terre et dan.s Teau mille générations d*insectes de formes biiarres et disproportionnées ; enfin elle admet les composés les plus disparates, pourvu que par les rapports résultants de leur organisation ils puissent subsister et se reproduire ; c'est ainsi que sous la forme d'une feuille, elle fait vîw les manteSf que, sous uncioque sphén(|ut'. pareille à celle «l'un fruit, elle emprisonne les oursuis, qu'elle liUre la vie et la ramifie, pour ainsi dire, dans les branches de l'étoile de mer, qu'elle aplatit en marteau la tète de la lygéne et arrondit en globe épineux le corps entier du poisson-lune.

(coMtcnoiit M Mnwf.)

^ au désert rétégante gaielle

* le joli cheviotain et

elle cache, sous terre et dans l'eau, inillc g»'nrralt(ins

d'in>i^ctf*s formp*: bizarres; enfin elle admet les rnînp{»sé}$ les plu< (lispfir ntes. {lourvu que,, par ïe$ rapports résultant de leur (u^aniflalioii, lis puissent

• de l'étoile de iin*r, qu cllf aplatit

* . ... du poiKson-lunc.

MANl^bCHlTS J»E ULFFO.\

Dans riiisioin* aniinnux, les noms ctmipost'.^ de ^ùiis tmilalifs qui rendent les voix, les chinils, les cris, sont toujours reconnaissables; ce sont S pour ainsi dire, les noms de la nature : aussi sont-re ceux que riionime a imposés les premiers; les langues sauvaj^es sont pleines « de ces noms donnés par insfiiu I ; cl le ç^oùi, cjui n'i'sl qu'un instinrl plus t'xquis, les cdUNt'rvi» pinson moins ;iiix lauj4Ui'^ pdl-cs'», (joui la plus belle, comme la plusani i«'nni', la grecque, est la plus i klie (\v ces mots d'iiarmonie qui la rendont;>i pittoresque, qui parlent sans cesse à Timaginatiou et peignent en noiiunant. Tel est celui d'élorios dans lequel nous reconnaissons le courlis, que la courte phrase d'Aristotc n'aurait pas suffi pour distinguer, et que caractérise indubitablement ce nom imilalif de sou cri, que notre nom de coitrlis veut imiter aussi....

EiB PÉLICAN.

Le pélican est* remarquable par sa grande taille et par le

^rand sac qu'il porte sous le bec, autan I que son nom e:>t célèbre dans les eud)lcm(s reliuii ux ; il y représente la cliarilé, et, suivant les Uclious pieuses, il la porte pour ses petits jusqu'à se percer la poitrine pour les nourrir de son sang; mais

(COARKCTIO.^ m DUPFOTt.) ' *

* I^s iioni^î composés des sous iiiiit:ilifs de la voix, du t Jinnl, des cris des animaux, sout, pour ainsi dire, les noms <lc la nature, et ceux qae l'homme

* nous offrent mille exemples de ces nomi»

'* les a conservés plus ou moins dans les langues polies; dans

Ia grecque surtout, plus pittoresque qu'aucune autre, puisqu'elle peiot môme en nommant. Tel est le mot iVëlorios. par lequel on peut rrconnaUre le courli»; la conrie description d'Arislote n'aurait pas sufti.

lllMQlhK liES OISKAI X

us cornus.

<WFPOK.)

Les noms compdsés des sons îmitalifs de la voix, du cliaiit» des cris des animaux, sont f>our ainsi dire, les noms de la na*

ture ; œ sont aussi ceux que Thomnie a imposés les pi t niiers; les langues sauvaj'es nous oiïrenl mille excmplr's de res noms donnés par inslincl, el le goûl, qui n'est qu ua instinct plus exquis, les a conservés plus ou moins dans les idiomes des peuples policés, et surtout dans la langue grecque, plus pittoresque qu*aucune autre, puisqu'elle peint même en dénommant. La courte description ({iTAristote fait du courlis n^aurait pas suffi sans son n<tiii élorios, pour le reconnaître et le distinguer des autres (ti>» aux. Les noms français courliSf cnrlis, turlis, sont des mots inutalifs de sa voix.

(MFrO!l.)

Le pélican est plus rerïiaKpiaWe, plus intéressant pour un naturaliste par la hauteur de sa Uiiile et par le ^rand sac qu'il porte sous le bec, que par la célébrité fabuleuse de son nom, consacré dans les emblèmes religieux des peuples ignorants; on a représenté sous sa figure la tendresse paternelle se déctiûrant le sein pour nourrir de son sang sa famille languis-

(cwMCTtoMft M npn>ii.'t

sans ce nom, pour le distinguer des antres oiseaux. Les noms français cOHrliêf eftrlis, iurUs, sont aussi des sons iroitatifs du cri de eet oiseau.

1 plus remarquable, plus intéressant pour un naturaliste par

Il hatileur de sa taille et par le grand sac qu'il porte sons le bec que

I ar la célébrité fabuleuse de son nom, consacré rians les emblème» *eligieiit des peuples ignorants. On a représenté la charité sous sa figure, et la tendr^'^^sp paternelle se déchirant le sein pour nourrir de son sang sa bmiUe Unguissanie; mai» cette fable

160 BiA?«rSGRITS DE BUFFON

cette fable, que les Égyptiens racontaient déjà du vautour convient mal à un oiseau pécheur, qui vit plus qu'aucun autre dans Tabondance» et auquel la nature a donné de plus' qu^à tous un sac dans lequel fl porte et met en réserve le produit*

d« sa pè( lie, toujours très-considérable.

(iKIO*f.)

Malgré des différences essentielles dans la forme du beeet des

pieds, c'est avec raison qu'on a donné le nom d'hirondelles de mer* à nno petite i'amille d'oiseaux pêcheurs^, à lon^^Mus ailes et à queue fourchue, qui, par leur vol constant à la surface des eaux, repréisentent assez bien sur la plaine liquide les allures de rhirondelle de terre dans nos champs et autour de nos demeures. Non moins agiles et aussi vagabondes, les hirondelles de mer*, dont quelques-unes vivent sur nos laciî et nos rivi ères, d'une aile rapide rasent les flots, longent les cAtes et enlèvent en volant ou en seposaïit léjrèremfnt sur Teau, les petits poissons qiu Ibnt leur proie, sans les poursuivre à lanage, quoique leurs pieds soient garnis de membranes ; mais, à la vérité, ces membranes sont moins pleines et plus retirées entre les doigts que dans les vrais oiseaux nageurs : comme si la na-

(coRBEcnmrs w bofpoii.)

ne deviit pas s'appliquer au pélicaii qui vit dans. . . qu'aux autres msflauz pécheurs un grand sac, . . . toujours irès-oonsidérable d6 sa péehe*

* Dans le grand nombre de noms tran portés pour la plupart

sans raison des animaux dp la terre à rmx de la mpr. il s'en tronvf> quf'lriue^uns d'assez heureusement appliquée, comme cehû d'hirondelle» qu'on a donné

* pécheurs qui l•e^sêlnbltnt aux hirondelles par leurs longue..

ailes et leur queue fourchue et qui par leur vol

* . . . . les hirondelles de mer rasent les canx d'une aile rapide et

lUSTOlKfi DES OlSKAl \ iAi

>ant<'; mais ct'th» faille, quo les E!»y[»ti(Mis i aroiilaieiii déjà du vautour, ne devait pas s'appliquer au pélican qui vit dans iV hondance, et auquel la nature a donné de plus qu'aux autres oiseaux pêcheurs une grande poche dans laquelle il porte et met en réserve Tample provision du produit de sa pérlie.

Dans le grand noiiilnv de noms tran-iun u's [lum'la pluparl sans raison des animaux de la terre à ceux de ia mer, il s'en trouve quelques-uns d'assez heureusement appliqués, comme celui d'hirondelle qu'on a donné à une petite famille d'oiseanx pécheurs» qui ressemblent à nos hirondelles par leurs longues ailes et leur queue fourchue, et qui par leur vol constant à la surface des eaux représentent assez l»u ii sur la plaine liquide les allures des hirondelles de terre dans nos campagnes et autour de nos habitations : non moins agiles et aussi vagabondes, les hirondelles de mer rasent les eaux d'une aile rapide et enlèvent en volant les petits poissons qui sont à la surfke de Teau, comme nos hirondeOes y saisissent les insectes; ces rapports de forme et d'habitudes naturelles leur ont fait donner, avec quelque fondement, le nom d'hirondelleSy malçré les différences essentielles de la forme du bec et de la conformation despieds, qui, dans leslûrondellesde mer, sont garnis de petites membranes retirées entre les doigts, et ne leur servent pas

rnlèvpiU, en volant, les petits poissons qui sont à la surface de Teau, comme nos hirondelles y saisissent les insectes ; ces rapports de forme etd'habitudes naturelles leur ont fait donner, nvcc quelque loiulrment, le nom d'hirondelles de mer, malgré les dilïéreiices essentielle?* de la forme du bec et de celle des pieds; car les hirondelles de mer les ont garnis de petites memhmnes retirées entre les doigts et ne s'en «ervent pas pour nager; il semble qiieli n«titre n'ait confié ces oiseaux qu'à la pnismnee de leurs ailes

m MA.M'SCIUTS l)K r.l FKON

tore conflait plutôt ceux-ci à la puissance de leurs ailes, qui sont extrêmement longues et échancrées comme celles de Thi-

r ondelle de lorce * ou du martinf»t. et dont rhirondelle df» mf*r fait le môme usaue pour plnnfT, c iii-lcr, ploni^er, carm ol» r » en l'air, élan 'or, r;il):ii>^('r son vu!, le ( «niiM^r. \o ( roisordc uiillf» manières, suivant que le caprict;, la Kaielé ou la proie fu^^ilive dirigent ou entraînent l'oiseau ^.

UB ■SCBMimAC'X.

Le genre de vie el les habitudes nalun'He< ne >oi\[ point dans lesanimntixnn protiiiil de liberté, niun résultat dechoix^Miais* les effets nécessaires de la conformation, de lorganlsalion et des' facultés physiques. Fixés* diacun a la manière de vivre que cette nécessité leur'^presrrit, nul ne cherche®, nul ne peut chercher à s'en ér;irl( r:el c'est cette nécessil*' même qui peuple et anime tous les (li>tii(t^ de la nature. Laiule iiequit te point ses rochers', non plus que le héron ses rivages; 1 un lond du haut des airs sur Tagneau qull enlève et ^ décliire^ du droit des serres cruelles; Tautre, le pied dans la fange, attend, à Tordre

* liti nos hirontloUes. cl dont ils tonl i« nirnu? usage

* '* plonprer flans l'air, en ('levant, rabaissant, coupant cl croi-

>ant U'ur vol de mille el mille manières

* la gaieté ou l'aspect de la proie fugitive dirigent leurs iiiou-

vementt^.

* Le genre de Tie, les habitudes et les mœurs ne sont pas aussi libres, qu'on [ urrait l'imaginer, dans les animaux; leur conduite n'est pas le produit d'une pure liberté do volonté, ni même un résultat

de choix

* mais r'est un cfTcl nr'rc'jsaire elrésnlUmldc la conformation...

'*.... et de l'exercico de leurs faculté.<

* d«' terminés el lixi's

•* leur impose et prescrit

HlSTuIHK hES OISEAISX 105

pour nager, ear il semble que la nainre n^ait conAé ces oiseaux qu*à la puissanoe de leurs ailes» qui sont eilréniement longues et échancrées connue relies de nos hirondelles; ils en font le

rnème usage pour planer, cin^^ifr, |»I<tnu»'r dans l'air en élevant, rabaissant, roupant, crui^ant leur vol de mille et milïi^ manières, siiivaul que le rapriœ, la gaieU'% ou raspecl de la proie fugitive dirigent leurs mouvements.

Le genre de vie» les habitudes et les munu s dans les animaux ne sont pas aussi libres qu*on pourrait l'imaginer; lem* «xmduHe n'est pas le produit d'une pure liberté de volonté ni même un résultat de choix, mais un effet nécessaire qui

dt-riv*' dt' la t cuilurmalion, de l'orf^anisalion «;t de l\'\eri ù e de leurs l*a 'nUrs plivskpies : détcmiiués et fixés cliacun à la mani»^re de vivrtMpi»* « ctte nécessité lenr impose et prescrit, nul ne cherche à Tenfreindre» ne peut s'en écarter ; c'est par cette mWssité, tout aussi variée que leurs formes, que se sont trouvés peuplés tous les districts de la nature: Taigie nerpiitte point ses rochers, ni le héron ses rivages ; Tun fond du haut des airs sur l'agneau (pt'il enlève ou déchin» par le seul di oil que lui donne la force de ses annes, et par Tuvat^e qu il fait «le ses serres truelles; l'autre, le pied dans la lange, attend, à l'ordre <lu besoin, le passage de la proie fugitive ; le pir n'aban-

(OOKBICTIOIIA M BCPPtN.)

^ nul ne cberehe & l'enfreindre m même à s'en écarter, et c*i»i

par cette nécessité, lout aussi variée que leurs formes, que «aui trouves peuplés tous les districts

^ l/aigle ne peut quitter ses rochers ni le héson

* ou.

^ pnr le seul droit que lui donne In forre de s4»a armes et

par l'usage qu'il fait de ses serre»

loi MANUsr.niTs m ntiFFo.x

du besoin» le pasjiage de la proie i'ugilive, qui souveiU trompe sa patience souffrante le pic ne pent sortir da fond des bois ni abandonner le tronc des arbres à Fenlour desquels il lui est

ordonné de viwe; la barge doit rester dans ses marais »* et y chercher sa nourriture; l'alouette, gîfée dans les sfuérels, est fidèle à suivre les sillons; et, pour ne pas sortir ici du genre des oiseaux» ne voit-on pa$ ceux qui vivent de graines chercher les pays habités, suivre le progrès des cultures et ne se plaire dans les champs que sur la trace du laboureur» tandis que ceux dont la subsistance est |u V parpe dans les baies santaf(es et les petits fruits des bois, ei)nstants à nous fuir, ne quittent point les reti-aites (Vnrtées au plus sombre des fon'ls ou au plus escarpr des nuintaj^nes, où ils vivant loin de nous et seuls avec la nature**. C'est ainsi que sous l'ombre épaisse des sapins» et au milieu des royirtilles» elle retient la gelinotte et le tétras» qu^elle défend au merle solitaire de descendre de son rocher et qu'elle ne donne au loriot» pour répondre à ses cris, que les échos des bois; en même temps elle envoie Toularde sur les terres «'levées et les friches arui* s; elle cache \o râle au fond le plus frais et le pins herbu de la prairie, elle remplit nos vergers du petit peuple léger des vives et gaies fau» vettes; et» comme pour nous prouver que ce que nous croyons nous être le plus approprié dans son empire n'en reste pas moins sous son domaine, elle nouscharge de loger sous nos toits

(aoftiiBCTMHfs i>E BirrroN.)

Le pic n'abandonne jamais la tige des aibres i l'entonr de laquelle il loi est ordonné de ramper

marais, la fauvette dans ses bocages, — l'alouette dan<i

les sillons; cl ne voyons-nous pns tons les oiseaux granivores chercher les pays habités et suivre nos cultures, tandis que f eux qui pr»'fèrent à nos grains les fruits sauvages et les baies, cous! nuls à nous fuir, ne quittent pas les bois et les lieux escarpés des montagnes. , .

la nature qui d avance leur a dicté ses lois; elles retiennent la gelinotte mtnn l'ombre ^paiitKe dea aapin», le merle solitaire

JliSTUlUt: DKS OlSEAt'X 105

donne jamais la tige des arbres, à reutour de laquelle il hii est ordonné de ratuper ; la barge doit rester dans ses marais, rakmette dans ses silknis» ta fauvette dans ses bocages ; et ne

voyons-nous pas tous les oiseaux granivores chercher les pays . liabités et suivre nos cultures? tandis que ceux qui prctèrciit h nos i;raiiis les fruits sauvages et les baies, constants à nous iuir, ne quittent pas les bois et les lieux escarpés des uioulagnes, où ils vivent loin de nous et seuk avec la nature qui d'avance leur a dicté ses lois et donné les moyens de les exécuter ; elle retient la gelinotte sous Fombre épaisse des sapins, le merle solitaire sur son rocher, le loriot dans les forêts dont il fait retentir les échos, tandis que l uularde va chercher les Iriciics arides et le râle les lunmdcs prairies : ces lois de la nature sont des décrets éternels, immuables, aussi coustanls que la forme des êtres; ce sont ses grandes et vraies propriétés qu'elle n'abandonne ni ne cède jamais, même dans les diosesque nous croyons nous être a}q)ropriées, car, de quelque manière que nous les ayons acquises, elles n'en r* stent pas moins sons son empire; et n'est-ce pas pour le dénionti*er qu\'iic nous a chargés de loger des hôtes importuns et nuisibles, les rats dans nos maisous, rhirondeile sous nos fenêtres, le

(cOKRCCTlOXâ DE VtKPON.)

feur ^uil iuilior, le loriot dans les IbrêU Uoui ii lait retentir les échos, tandis que, ^ar les mémos lois, Toutardc vu tlici cher les friches uiides et le ràlc les humides prairies; ces lois sont des décrets éternels, immuables, aussi constants que la forme des êtres, qui dans diaqne espèce est toujours la même; ce sont les grandes et vraies propriétés de la nature qu'elle n'abandonne ni ne âde jamais, même dans les choses que nous croyons nous être appropriées; de quelque manière que nous les ayons usurpées, elles n'en restent pas moins sous son empire; et n*esl-cc pas pour nous le démontrer qu'elle nous a charges de îoirerdcs hôtes importuns ou nuisible.^, les nits dans nos maisons, riiirondelle sous nos fenêtres, le nioîncun «nr nos toit8, et lorsqu'elle amène la cigogtie au haut de nos viedies tours en ruine

MAMSCRITS DE BUFFON

rhirondeUe, de souffrâr le moineau, h6te imporlun de nos demeures et sur créneaux en ruine de nos YÎeilles tours, où

s'est déjà cacliét» la triste famille des oiseaux de nuit, elle ruiuiie !;• (iii»»giie comme "pour se hâter de reprendre sur nous tie> possessions '* qu elle a pu céder, mais qu elle a . chargé la main $ûre des siècles de lui rendre?

(BBïOX.)

Nous avons vu des oiseaux se porter du nord au midi ^ de riiémisphère, et d*un vol libre et vague peupler tous les climats; nous en verrons d'autres confmés aux deux pôles-, eoniiiu' les derniers eniaiits (U* la naluri' iii<jin'auLe dans ce;? régions glacées'^; celui-ci semble allaclié à suivre* le char du soleil sous la zone brûlante que bordent les tropiques : volant s:mis cesse sous ce ciel enflammé, sans s^écarter des deux limites extrêmes de la route du grand astre, il aimonce aux navigateurs leur prochain passage sous ces lignes célestes ; aussi tous lui ont-ils donné le nom d'oiseau du tropique^, et ils ne doutent pas à sa vue de toucher dt» prés à rciiti éo de la Torride', soit qu*ils y* arrivciit })ar 1<' côté du nord ou par celui du sud®, et qu'ils se trouvent dans les mers de l lnde. de TAlrique ou de TAmérique, que cet oiseau fréquente également.

{connECTiom os bvpfon.)

ue semble-t-elle pas se hâter de repreodi-e

des poseeisions usurpées pour un temps, mais qu'elle »

au midi et parcourir d*ua vol libre tous les eltmtls de U terre et des mers, nous en verrons « « . . ,

chargé

HISTOIRE DES OISEAUX

momeau bui nus loiU; et ion»qu*elle auièue la cigogne au haut (Je nos vieilles tours en ruine, où s^est déjà cachée la triste famille des oiseaux de nuit, ne semble-t-elle pas se hâter de reprendre sur nous des possessions usurpées pour un temps, mais qu^^elle a chargé la main sûre des siècles de lui rendre?

Nous avons vu des oiseaux se porter du noid au niidi, el parcourir d un vol libre tous les climats de la ten-i; et des mers; nous en verrons d'autres confinés aux régions polaires comme les derniers enfants de la nature mourante sous celte sphère de glace; celui-ci semble, au contraire, être attaché au char du soleil sous la zone brûlante que lx)rnent les tropiques; volant sans cesse sous et; ciel ennannné, sans s'iV arler dc^ deux limites extrêmes de la l'oule du grand aslre; il annonce aux navigateurs leui- procliaiji passage sous ( es lignes célestes ; aussi tous lui ont donne le nom lïoiseau du tropique, parce que son apparition indique rentrée de la zone torride» soit qu*on arrive pan* le c6té du nord ou par celui du sud, dans toutes les mers du monde que cet oiseau rréquenlc également.

aux i<ugioii8 polaires.

^ sous celle sphère de glace

^ attaché nn rhnr du solcU

^ lut oui doniK'

^ . . , . . parce que «^ou appuriliou ludique.

' de la zone, lorridc

" suil ciu'ou arrive

' du sud dans toute- les iiier> du inoiule «pic cet oiseau

L'Iioilinu' si lier do mjii doinaiiic, oL (jui en effet coiuinaiidc Al iiiaiiie Mil ^ presque tuute la terre, est a jieine connu dans une autre grande partie du vaste cuipii'e de la nature *. Les mers, ces barrières du monde qu'il a osé franchir, et sm* lesquelles, non content d>nsanglanler la terre, il va porter ses rui*eurs, les mers sont cet écueil de son audace, où il trouve des eimemis au-dessus de ses forces, des obstacles plus puissants que son art, et des périls plus grands que son courai;e ^, oii tous les éléinenls qui semblent ailleurs lui obéir, l'air, IVauJe feu, la terre même, sont conjurés contre lui, et où la nature veut régner seule : aussi ne paraît-il qu'en fugilit et sims laisser de trace sur la plaine sillonnée des flots : s'il en trouble les habitants, si rnéme^ une partie d entre eux, tombée dans les filets ou sous les harpons, devient victime d'une main qu*elle ne connaît pas, le plus grand nombre, à cou- \ert au fond de se» abîmes, voit bientôt les frimas, les venls et l(îs orages balayer de la su i face des mei"^ ces bol es importuns et destl'ucteui's qui ^ en troublaient la liberté et la vaste solitude.

(OEXOR.)

yuoicjue ravoielle ait les pieds palmés*, elle a les jambes Irés-lâaules, au couti'aire de presque toujs les oiseaux palnn-

(C0nRCCTI0.t8 M BOPPOH.)

* eur lu terre qu il habite, est à peine

delà n:ilurc. Il trouve sur les mers des ennemis. . . .

^ courage; CCS barrières du monde qu'il a osé franchir sont

lus écucils on se brise son audace, où tous les éléments, conjurés tontre lui, t'oii>pirenl à ruiac, et où hi ualurc, en un mot, veutré- •^liCi' hcuic. Aussi ik'yj ^)arait->il qu'en fugitif phiiot qu'eu maître; s'il eu trouble

MM IH^IIOI*

(BVFffOfl.)

L'IlOlllIiU* si (it'i' (le .suU doiiiaiik', cl (|ui CH elïi'l cOilliiiaiidL' 1*11 iiiailif :>ui' lii l< TU' «ju'il lja)jit(\ est à peine eumiii dans utie aulrt' grande i>arlic du vaslc ejupirc de la ualuiv ; il trouve sur les mers des eimeinis au-dessus de ses forces, des obstacles plus puissanU que son art, et des périls plus grands que son courage : ces barrières du monde qu*U a osé francliir sont les écucils où se brise son audaee, où tous les éléiuenls conjuivs ruiihelui rmis[»ireiil à sa perle, où la nature, en lui mol, vent rrrner seule mu* lui liojii.iiiie ([u'il s'elToree vauÉCiiienl d'usurper*; aussi n\ parail-il qu'en Ingilif pUilùL (pi'rn niailre. S'il en trouble les babitaiits, si même quelques-uns d entre eux, lumljôs dans ses iilets ou sous les barpons, deYieunent les victimes d'une main qu ils ue connaissent pas, ie pins grand nombre, à couvert au fond de ces abîmes, voit bientôt les frimas, les vents et les ora^^es balayer de la surface des mers et*8 liôles importuns el «leslruel<nn s. (jui ne peuvent tpie par inslanb U"oubler ieui repus et leur liberté-

Les oiseaux à pieds palmés ont presque tous les jambes courtes; Tavocette les a très-longues, et cette dispropoiliou, qui

si méuie quelqueHins d'entre eux

ue peuvent que par insUot» troubler leur repus ei leur li-

* Lcâ oiâcaui à picd^ [laliuL h uni, prcs({uc luu6, les jambes couriez; ra« ocelle les a trcs-lougucs, et celle liisproporliou qui 6uiTirail, piesqae seule, pour distinguer cet oiseau des autres plllDipède^, est aceompaguée d'un caractère encore plus frappant tiar sa tingulani*'. G*cst le renversement du bec; sa courbure

berté.

MAVUSCRfTS DE BUFFOU

pèdes et nageurs; mais celte dispraporlioii de ses jambes est encore moins frappante que le renversement de son bec, dont la courbure rebroussée en haut* trace un' arc relevé dont le centre est au-dessus de la tèle; sa substance* est tendre

• et presque nu mbi anoiise à la poinle, min e^, faible, comprimé IJorizoïilalciiitMit, incapable d auniiie défense ♦»! ^ presque égalemciit d'aucun effort. Ce bec de Tavocelle paraît être une de ces erreurs, ou, si 1 on veut, de ces essais de la nature au delà desquels elle n a pu passer sans détruire ellemême son ouvrage, car s supposant à ce bec un degré de courbure de plus", il devient comme impossible à Toiseau de saisir ni d'atteindre aucune sorh^ de noun ilure, et l'organe donné pour la subsistance^ produit en efiet la destructicm. L'on doit donc regarder le bec de Tavocette comme Texlrème des modèles qu^a pu tracer, ou du moins oonsen-er la nature^^ et comme le trait le plus écarté, et pour ainsi dire le plus saillant hors de la masse des formes sous lesquelles elle a dessillé la physionomie des oiseaux.

Dans la langue d^un peuple spirituel et sensilile S les mots,

caractérisés par l objet, >ou[ Tabrégé de son image. Le nom de

^ ..... tonniée* ' présente.

* il est d'une MbsUnice

* il est mince

^ défense et d'aucun effort; c'est encore une de ces erreurs

' car, en siipj>osant.

^ de plus, 1 uideau uc pourrait atteindre ni suibir aucune

»oiLe

* ne serait qu'un obi^Uiclt' qui pi-tMluirait la «U>>lructîuu.

HISTOIRE DES OISEAlîX

suflirail presque seuie pour distinguer cet oiseau des autres palmipèdes, est accompagnée d'un caractère encore plus frappant par sa singularité; c^est le renversement du bec: sa courbure tournée en haut présente un arc de cercle releré, dont le

centre est au-dessus de la têti' ; œ bec est d uiie substance tendre et presque nieinhraiieuse ;« sa pointe: il est niuue, faible, grêle, coaipi iaie iionzouialement, incapable d auciine défense et d'aucun effort. CVst encore une de ces erreurs, ou, si Ton veut, de ces essais de la nature» au delà desquels elle n'a pu passer sans détruire elle-même son ouvrage; car, en supposant à ce bec un defgxé de courbure de pins, Toiseau ne pourrait atteindre ni saisir nu( une sorte de nuiuriture, et l'organe donné puiu Jii suhsislauce et la vi»' ne serait qu'un obstacle qui produirait le dépérissement et la mort. Lon doit donc regarder le bec de Tavocette comme Textrème des modèles qu'a pu tracer ou du moins conserver la nature ; et c^est en même temps, et par la même raison, le trait le plus éloigné du dessin des formes sons lesquelles se présente le bec dans tous les antres oiseaux.

■JB jrmis Manj am'ïïi m Êi ou mm njunuuvr.

(MJPfON.)

Dans la laugue de ce peuple spirituel et sensible, les Grecs, presque tous les mots peignaient Tobjet on caractérisaient la chûbe, et présentaient l'image ou la description abrégée de tout

*^ c'est en même temps, et par la même raison, le trait le

plus éloigné du dessin des formes sous lesquelles se présente le bec ilans tous les autres oiseaux.

' tels qu'étaient les .Grecs, les mots présentaient Timage ou

la flcseription Kbrég^« de la chosn. T^- nom de phénicoptère

IHANI'SCRITS riK BUFFON

phénicoptéret de Toismu à l'aile de fiaxnme ^, a letle juslosAt* •ot cette beauté qui prètaîent la grâce avec Ténergie au langage de ces Grecs ingénieux, et que nous donnent' si rarement nos

Inufîues modernos*, forniéi^s pour la plus <îrandft partie dans il<'s sitVIos isnioranls, sous des iiimirs liarharos, o\ par des iiïiagiuaUons peu vives, dans des climats moius heureux; ainsi* le 'nom de ret oiseau^, traduit par nous, ne peignit plus ^, et )>erdlt enfin la vérité dans l'équivoque : nos plus anciens naturalistes* prononcèrent flambant ou fiammmi; peu à peu Fétymologie oubliée permit d'écrire flamant ou flamand, et, d'un oisj'au de pourpre'* ou de flainiiif, on til un ois. .m<l*' Fhuidre'^. * où il n'a Jinuais paru; c'était nssez snn< <loule pour nous obliîîer de conserver au pynicoptèrc son nom anci«*n, plus riche, plus approprié, que les Romains eux-mêmes *' adoptèrent, el que nos versions, en voulant le rendre, n^vaient fait que dvfi^rurer.

MM ÇAMASI».

(l'est de la pari de 1 homme une double conquMe que de sVtre assujetti des animaux à la fois habitants de Tair et habi- ^ tants de Peau. Libres sur ces deux vastes élémenU, également prou s à prendreles routes de ratr,à sillonner-les Ilots,

ou à ploniîer sous Tonde, les oiseaux d'ea»i sendilaient devoir toujours nous échapper, et ne pouvoir janiai.'\ contracter

(COKRECTIOXS I»E UI FFOM.)

- ost lin exemple de cette justesse et de cette beauté qui

font la grâce

* trouvons si rnrfiiueiit dans nos

* qui srmvcrii mémc la dt'iigurenl en la tr;uliiisnnt

• au8si.

le nom de phénicoptère,Knkàn\i

'' ne peignit pliH l'oinftaii

HlSTOinÉ DES OISEAUX

èlre idéal ou réel. Le nom de pliénicopUre, oiseau ù l^aile de flamme y est un exemple de ces rapports sentis qui font la grâce et Ténergie du langage de ces Grecs ingénieux, rapports que nous trouvons si rarement dans nos lan<,aies modernes* lf»squels ont souvent même défiguré leur mère en la traduisant. Ij> nom df phénic (^Urn , traduit par nous, ne peignit plus l'oiseau, tl i)ienlùl, iie ivprésentaiil plus rien, perdit ensuite sa vérité dans lequivoque. Nos plus anciens naturalistes français prononçaient fiambani ou flammant : peu à peu Tétymologie oubliée permit d'écrire fUimani ou flamande et d*nn oiseau couleur de feu ou de flamme» on fit un oiseau de Flandre; on lui supposa même des rapports avec les habitants de ci'tte contrée où il n'a jamais paru, ^'^ous avons cru devoir ra[>p<^l(M* ici soii ancieu nom, qu'on aurait dû lui conserier romuie le plus riche et si bien approprié, que les Latins crurent devoir Tadopter.

(BtFfO!*.

L*homme a fait une double e^Miquête, lorsqu'il s'est assnj» tti fies animaux habitants à la fois et des airs et de Teau. Libres sur ces deux vastes éléments^ également prompts à prendre les routes de Tatmosphère, à sillonner celles de la mer, ou k

plonger sous les flots, les oiseaux d'eau semblaient deviiir lui échapper à jamais, ne pouvou" tontracter de sociétit ni d lia-

(COi;iiECTIO>"!^ DE IHTFON.)

naturalistes fiançais

. ... ft d'un oisoaii coiih (ir de l'eu ou de nriHiiiie

"* et 011 lui supposa »los rapports avec les habitants de celle

toniiée, uù il n*a jamais p»ru. Nou^^ avons doiw cm devoir lui cnn-

>m«r son ancien nom

qno \eti Bmnaini* adoptèrent.

. . . n*onl.

NANISCKITS DE fitl'FOxN

avop nous do société, ni d'habitude, devoii* rester éternellement étrangers à notre séjour.

En effet, ils n'y tiennent que par un seul besoin» celui de leurinultipltcation» et» durant un temps assez court, celui de la ponte et de la nichée; mais r est par ce besoin même, c^est prédsément dans ce temps, le plus cher à tout ce qui respira, que nous avons su les approcher de nous, les roptivor ««t enfui les attacher à nos demeures. Des œuh tniU vés du milieu des roseaux et des joncs, el donnés à couver à une ni» re étrangère qui adopte cette fiunille turtive, ont produit sous nos yeux ime race, à la vérité encore toute sauvage, farouche, fugitive, et sans cesse inquiète de retrouver et de rejoindre son séjour de liberté, mais qui, adoucie peu à peu, et goûtant enfin Tasile domesiique, a consenti â vivre près de nous, à rester dans nos nnirs, à gîter sons nos toits, à produire sous nos yeux. Kt, ceqtiidoit être remarqué, ce n'est qn'alors, cVst-àdire lorsque nous avons pu «Mi^'a«fer une espèce à produire et à se multiplier en domesticité, que nous pouvons nous flatter d'en avoir fait la conquête; autre iient nous n'avons assujetti que des individus, et la race entière, ou l'espèce, ne nous en reste pas moins étrangère; mais lorsque, malgré le dégoût de la chaîne domestique, nous sommes parvenus à voir naître entre quelques individus ces sentiments que la nature a partout fondés sur un lilu c ( li<ii\, lors |ue l'amour a ronnnencé à uiiu' ces coiqiles » aplils. alors leur esclavaf,^e, devenu pnur eu\ aussi doux que la douce liberté, leur a fait oublier et leurs franchises naturelles et leurs privilèges sauvages; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers à tout ce qui est sensible, sont devenus leur demeure de prédilection et leur habitation de choix. L'éducation de la - famille, en approfondissant ce sentiment. Ta gravé plus profondément encore sur les petits qui se sont trouvés naturellement citoyens d'un séjom* adopté par leur père : ils n'ont

illi>T(»lKE DES OlbEAl \

bitude avec uous, rester enfin éteraellement éloignés de nos habitations, et même du séjour de la terre.

Ils n'y tiennent, en efiet, que par le seul besoin d'y déposer le pro^hiit de leurs .nnours: mais c><t par ce besoin iiiome et par ce senluiient si cher à luut œ qui respire, que nous avons su les captiver sans (-ontrainte, les approcher de nous, et, par raffection à leur famille» les attacher à nos demeures.

Des œufs, enlevés sur les eaux du milieu des roseaux et des joncs et donnés à couver à une mère étrangère qui les adopte, ont d'alxn d produit d.ins nos basses-cours des individus >auvai;es, f;triMichr>, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver leur séjour de lih(M lé; mais, après avoir goûté les plaisirs de ramour dans Tasile domestique, ces mêmes oiseaux, et mieux encore leurs descendants, sont devenus plus doux, plus traîtables, et ont produit sous nos yeux des races privées; car nous devons observer, comme chose générale, que ce nVst qu'après avoir réussi à traiter et conduire une esp M O de manière à la faire multiplier en doniesHcitè ijuc nous pouvons nou> flatter de Tavoir sidijuguée; autreuieitl nous n'assujettissons que des individus, et l'espèce, conservant son indépendance, ne nous appartient pas. liais,lorsqtte, malgré le d^oût delà chaîne domestique, nous voyons naître entre les mâles et les femelles ces sentiments que la nature a partout fondés sur un libre choix, lorscjue l'amour a ronmiencé à unii- ces roupies captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur fait oubliêr \)vn à peu leurs droits de franchise naturelle,et les prérogatives de leur état sauvage; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers :i tout être sensible, deviennent leurs demeures de prédilection «'t leur habitation de clioix: IVdiualion de la famille rend encore cette affection plus proloudc et la couiniiuinpie en même temps aux petiis, qui, s'étant trouvés citoyens par naissance d'un séjour adopté par leur parents, ne chen hent point

m MANUSCRITS DR IIIIFFOX

pasclierché à eu changer, ils n*onl p9& môme conçu qu'ils pussent être formés pour un autre que eelui où ils avaient vu le jour, tant est aimée la patrie ! tant est chère la terre natale, raéme à qui y naît en esclave l

HISTOIRE IIKS OISKirV 177

à eii ehmigor; rar, 110 pouvant avoir qxw \mi ou )»oint dldéc d'un étal différent ni d'un autre séjour, ils s attachent au lien où ils sont nés comme à leur patrie, et Ton sait que la terre natale est chère à ceux même qni Thahitent en esclaves.

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DES GOLLABORMËURS DË BUFFOiM

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