CHAPITRE PRËMIËR
DAUBBMTOll
Daubeiiton (Louls-Jean-Marie) était né à Montbard^ le 29 mai 1716* 11 ses premières études au collège de Dijon. Dès qu'il se trouva en âge convenable, ses parents renvuyèrent à Pari^ pour y étudier la llicologie. Entraîné par un goût différent, il y étudia la médecine. En 1739, il se rendit à Reims, y prit ses degrés eu 1741, et de là, rcvmi dans sa ville natale sans autre ambition que d y exercer son art.
BlitTon \eimi d'être nommé intendant du Juidin du Roi en 1759. On a vu quel vaste plan il s était proposé : celui d'embrasser et de peindre la nature
l'iitière.
Mais dès qu'il voulut pénétrer la structure intérieure de l'homme et des animaux, il sentit le besoin
iWme science à iuquelle ii ne s était point préparé, de ranatomio,
BufTon était l'hounnc du monde le moins propre à l'aire un anatoumle; ii avait la vue eoiuie; mais c'était aussi rbomme du monde le plus habile à se faire aider. Il se souvint d'un de ses jeunes compatriotes, (pli s'était distinj^ué par des études sérieuses, et précisément en anatomie. C'était Daubenton. 11 l'appela auprès de lui ( 174'i), et le nomuia (1745) gardedémonstrateur du (]nî)inet du Roi.
Butîon trouva en Daubenton ce qui lui manquait : une nuiin v[ des yeux, et la main la plus adroite, les yeux les plus sûrs. Tout ce qu il* y a d'anatomie, dans les quinze premiers volumes de Buffon, est de l)îud)entoiî ; et dans ce travcul si essentiel, mais si long, si fatigant, si minutieux, tout a été si bien vu, que presque tout ce qu'il avait vu a été retrouvé et irouvé i:\ail par ses successeurs.
Le mérite propre de Daubenton est d'avoir contribué, pliïs fpie tout autre avjint Cuvier, ;'i lu réuov:ition de 1 anaiuuiie eonqiaréc. Ai'istotc avait jeté leb
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premiers fondements de cette science dans l'antiquité; mais, dans les teiii^j^ mudenies, il a fallu tout lecoincnencer, tout revoir; et, pour rattraper Aristote, il a fallu arriver jusqu^à Cuvier.
L'anatomie couipaièe iiioderiie compte trois époques nettement marquées : celle de Perrault et Du* verney, celle de Daubenton et celle de Cuvier.
Louis XIV avait établi à Versailles uue ménagerie. Ën 1699, année même du renouvellement de TAcadéniie des sciences, il fut décidé que tous les aniaiaux qui luourraieut à Versailles seraient mis à la disposition des anatomistes de la Compagnie pour être disséqués et décrits. Ce travail revint à Perrault et à Duverney : à Perrault pour les descriptions, et à Duverney pour les dissections.
Duverney ^ était le plus grand anatomiste de son temps, du moins en France ; il avait mis Tanatomie à la mode, à ce que dît Fonlenelle : c*esl bien Ibrl, mais que ne peut le talent? et il paraît que, comme professeur, il en avait un admirable. Claude Perrault^ avait uue capacité qui embrassait beaucoup de choses, et les plus diverses : profond anatomiste, savant mé* decin, architecte de génie ; on lui doit la colonnade
* Duvuiiicy (Joscpli-GuicUaid/, né à Fours, eu Yoici, en 1648, mort à Paris co 1750. Membre de l'Acadéniie des sciences (1076], profcs> seurau Jaidio coyal (1670).
* PerrauU (Claude), né à Parts ea 1013, mort en 1088. Neniin^ tnembre de T Académie des adenccs eu 1666. .
du Louvre, ce qui n'a pas euipêché les deux vers de
Boileatt :
Vous êtes, je ravoue, ignorant médecin»
Mais non pae habile architecte;
et cela parce que Boileau s'était brouillé avec Charles
Perrault^ a roccasiuu de la fameuse querelle sur les anciens et les modernes.
Ce qui caractérise les Jlémoires* de Perrault et de Duverney, c'est l'esprit d'exactitude et de précision, esprit qui n'iivait point encore paru dans les études de ce genre et qui dès lors était celui de l'Académie, où, dit Perrault, « l'amour de la certitude prévaut sur toute autre chose ; » mais, du l este, nulle méthode, nul plan ; ce sont des anatomies individuelles^ et qui se succèdent selon qu'en décide le hasard des animaux qui périssent.
Les Mémoires de Perrault et de Duverney sont le premier pas assuré qu'ait fait Tanatomie comparée moderne. Daubeulun lui en fit faire un second. Non, à la vérité, qu'il ait mis plus de méthode d^ns la série de ses descriptions ; il suivait BufTon, et BufTon n'en avait pas. Buiion commence j^ar les aniiuaux qu'il connaît le mieux, et les seuls alors qu'il connaisse : \e cheval^ l'ânCy le bœuf^ la chèvre^ etc.; il n'a eu
* Perrault (Charles), fr&re du préeédeat. Né à Paris en 1628, mort eu 1705. Membre de l'Académie française en 1S71. Auteur du Pmflèie des anciens et dei modernes, des Ctmtei de fUei, etc., etc.
* Mémoiree pour servir à C histoire naturéUe des anhnaux^