‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 33 sur 39 · DAUBENTON · texte numérisé non relu

DAUBENTON

qu'aidé d un bàtou ; et, dès qu'il veut marcber ua peu mie ou courir, il retombe aussitôt sur quatre.

« On n'avait, dit M. Cuvier, que des idées vagues a sur les différences de l'homme et de l'oranga outang : quelques-uns regardaient celui-ci comme c( un homme sauvage ; d'autres allaient jusqu'à pré- « tendre que c'est l'homme qui a dégénéré, et que « sa nature est d'aller à (jualic paltes. Daubenton a prouva, par une observation ingénieuse et décisive « sur l'articulation de la téle, que Thomme ne « pouiiait marcher autrement que sur deux pieds, « ni l'orang-outang autrement que sur quatre ^ »

Je passe sur plusieurs Mémoires de Daubenton, d un uiterét moins général ; je les indique, d'ailleurs, dans une note'; et je viens à ses expériences sur l'amélioration des laines de nos troupeaux.

« Jusqu'à présent, dit Daubenton, on n'a pu faire « des draps fins qu'avec la laine achetée chez les Es- ^ (( pagnols ; mais cette nation, qui a déjà établi asisez « de manufactures pour employer toutes ses soies, ne <K manquera pas de garder toutes ses laines, dès que

* Éloge hiêtwique de Danbenim,

* Sur dee etpèeeê de ehauvei'Soum qu il avait découvertes en France ; Sur une nomelle muêêraigne; Sur l'amnuil qui dmie le

musc ; Sur des orgartes singuliei ^' de !>i voir de quelques oiaeaux étrangers; Sur la stnictnre e! l'arf}ois\i'n!e}i{ du palmier etc. \\ y a plii-i( urs arliclesde lui dans l i jiKïmiLt c el dans l.t seconde EnnjchjM'dte 11 y a encore de lui un Taàleau méthodique des minétaux, etc. « Ce Tableau, dit l'auteur, a été exposé en manuscrit dès t l'année 1779, dans la salle du Collège lo^al, pendant mes leçons : • on en • tiré beaucoup de copies... »

iuO DAUBENTOK

ff ses fabriques de draps pourront les eoDSommer en

f( entier : alors il ne se ferait plus de draps fins en Cl France, et nom serions obligés de les tirer de « l'Espagne.

a MM. Trudaine, a\anl prévu ce grand inconvéa nient pour le commerce, me tirent Thonnctur de c< .venir me consulter en 1766, afin de savoir s'il a serait possible d'améliorer les laines de France an « point de suppléer aux laines étrangères dans nos a manufactures de draps fins. Les observations que u j'avais faites depuis longtemps sur les raci s mé- « lisses des animaux domestiques me firent penser « que, par un bon choix des béliers et des brebis c< pour leurs alliaiices, on pourrait rendre les laines « plus fines ou plus longues. D'après cette considéa ration, MM. Trndaine me proposèrent de faire les « expériences nécessaires pour cet objet. Je m* en «( chaïf eai avec espérance de succès^ »

Cet espoir ne fnt pas trompé. Le succès fut obtenu. Par une suite d expériences bien conduites, c'est-àdire par le soin constant d'unir ensemble^ à chaque nouvelle génération, les deux individus, tant mâles que femeiles, à laine plus longue, plus abondante, plus pure, et à taille plus haute, Daubenton parvint h accroître successivement, et très-notablement, la

* InsI rue lion pmtr les bergers et lex propru taira de troupeaux, etc., p. 556 et <;uiT. (an V..

DAUfiËNTON

longueur^ 1 abondance, la pureté iies iaiiies et la taille de l'animal.

11 fit venir, pour ses expériences, les béliei s de France qui ont la laiiu^ l i jilus longue, les béliers du Ronssillon, et les unit à des brebis de la Bourgogne n laine de longueur ordinaire.

Or les premiers béliers avaient une laine longue de 6 pouees, et les premières brebis une laine longue de 5 pouces. Au bout de sept ou huit générations, on eut des béliers à laines longues de 22 pouees.

Les premiers béliers avaient une toison Je 2 livres; on finit par avoir des toisons de 12 livres.

Tout animal, à l'état sauvage, a den sortes de poils : le poil laineux et le poil soyeux^ Le commerce appelle laine pfire le poil laineux dégagé de tout ])oil soyetix*. Au bout de trois générations, la laine des premiers béliers se trouva pure de tout poil segeux.

Enfin, pour ce qui concerne la taille de l'animal. On avait commencé avec ée& béliers hauts de 20 pouces, et Von finit par avoir des béliers hauts do 52 pouces.

De si utiles services rendus à la science, et par la science à la société même, avaient appelé sur

* Voyez, sur ces deux poils, mou livre intitulé : De Yînstînct etee Vintelligenre dea animaux, p. 163 et suiv. (troisième édition). ' jarre. Jarre est, dans le commerce» le nom du poil soyeiui'.

102 0A1IBERT0N

Daubenion l'attention sérieuse du Gouvernement. En 1778» une des chaires de médecine du Collège de France fut convertie, exprès pour lui, en une chaire d'histoire naturelle. En 1785, il fut nommé professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort; enfin, en 1783, el sous un gouvernement nouveau, le Jardin du Roi «ivant été transioi iné en Muséum d'histoire naturelle, il y fui chargé de l'enseignement de la minéralogie.

Deux ans plus tard, en 1795, il fil (iiu lques leçons à rÉcole normale. Ces leçons-ci nous ont été conservées. Tout y est exact, judicieux, solide ; rien n'y a de l'éclat ni de la poiiée. Daubenton proiéssait comme il écrivait»

Dans ces leçons de Daubenton, Buffon est à peine cité; et, ce qui élunne, c'est qu'il y est critiqué. Il y est critiqué pour avoir appelé le lion le roi des animaux : a Le lion n'est pas le roi des animaux, » s'écrie Daubenion ; « il n'y a pas de roi dam la naît ture' I »

D'aecord, dans le eens ordinaire du mot roi; mais

faudra-t-il toujours:

fluer la métaphore et la métonymie?

« L'éloquent auteur dont il s'agit, » continue Daubenton, « fait le chat infidèle, faux, pervers,

« Sémice$4ei éofOu nomaUs, 1. 1, p. 291. — On était en 1795; el ced valut au professeur de bfityants applaudîMemeiitt.

DAUB£^'TON 195

« voleur, souple et Uatteur comme les inpoas. Voilà « une grande opposition à la noblesse et à la magna- <( nimité du lion, et aussi de bons moyens pour faire

a briller les charmes du style M »

Quel mal à ceci? Et, pour le reste, qui donc pourrait 8*y méprendre? Qui ne démêle aisi nient les nuances humaines que Buffon ajoute à ses peintures des animaux pour ranimer ou attacher son lecteur, et d'ailleurs quelle métaphore plus juste que celle qui appelle un chat un fripon î Buffon parle un moment comme parlait Boileau :

J*appeUe un chat un chat et RoUet un fripon.

Daubenton conser\'a jusqu à la lin de sa TÎe Thabitude du travail et de la ponctualité à remplir ses

devoirs.

« Un de ses collègues, » dit M. Cuvier,,c( lui ayant « offert de le soulager dans son enseignement : Mm <i ami, lui répondit-il, jd ne puis être mieux remplacé « que par vous ; lorsque Vâge me forcera à renoncer « h mes fondions^ 8oye% certain que je voue en éhar- « gerai^, »

Il avait alors quatre-vingt-trois ans.

C'est vers ce temps qu il lut nommé membre du

* St^ticea des écoles normalei, \. I, p.

* Éloge imt&rique de Daubenton*

toi DAUBENTON

Sénat. Ponctuel en tout, il voulut se rendre aux

séances de ce Corps, malgré la rigueur du froid au moment où elles s'ouTraieot, et iîit frappé d'apoplexie à la première où il assista. Il mourut, le 31 décembre 1 799, âgé de quatre-vingt-quatre ans.

CHAPfTRK n

Philibert Queneau de Monlbeillard naquit en 1720 à Si liiur en Auxois. U y mourut le 28 novembre 1 785. Buflbn et lui étaient donc pleinement contemporains ; leur amitié fut intime; il y avait entre eux aftinilé de talent) conformité de penséé, et cette nuance de supériorité dans l'un, et de facilité dans l'antre, qui fait les amitiés durables et comme les adhésions naturelles.

Hn médecin de Dijon Jean Berryat, avait commencé en 1752, sous ie titre de Collection académi' qufy la publication d*un recueil destiné à rassembler, en les abrégeant, les travaux les plus importants des diverses Sociétés savantes. Berryat publia les deux premiers volumes de cette Cottectwn^ et mourut en

* Ou d'Auxerre.

196 GUENEAU DE MONTBEILLARD

1754. Gueneau de Monibeillard lui succéda en 1 755 S

et, dès le Discours mis en tête du troisième volume (le premier de la partie étrangère), on s'aperfut du changement de main.

Ce Discours fut très-remarqué. A la suite de Tarticie i^due de l'Encyclopédie, article qui est de Gueneau deMontbeillard, je trouve ces mots:

« Cet article est de M. Gueueau, éditeur de la Colet ledion académique^ ouvrage sur l'importance et « l'utilité duquel il ne reste rien à ajouter après le « Discours plein de vues saines et d'idées proi'ondes « que réditeur a mis à la téte des trois premiers yo* « lûmes qui viennent de par aître.

Je suppose que ces paroles sont de Diderot, d'abord parce que lut seul, ou à peu près, avait le droit de les placer là, el ensuite parce que Diderot est très-pompeusement cité dans le Discours de Gueneau

* Les collaborateurs de Gueneau, dont je trouve les noms en tète du quatrième volume de la Collectioti, sont MM Larcher, le clk vîdier de Buflbn, frère consanguin du prand Buffon; Dauhenton, subdélégué de Montbard, frère du coltahorateur de Buffon, ^adault, correspondant de l'Académie royale des sciences ; Barberet, docteur en médectoe de k Faailtô de ]|onlpe11t6r; Daubentoa le jeune ; Sevary, médecin de la Faculté de Paria.

* t Toyei, dîi Goenean. l'idée du phinmênê eaUrgl • [idée sans dmte an pen obacure, même pour Gaeneaa qoi le mie), • exposée < d'une manière aussi ing<^nieuse que p!nlo?ophique dans Touvrage a profon<l, iniituté: Pensées sur Vinterprétatiott de la mtur$, a [CMleUkm académique^ 1. 111, p. 24.)

r.UBNBAtJ DE MONTBElLLARn 197

Gueneau préludait par ces deux excellents écrits,

le Discours et rArticlc, aux grands efforts qu'il devait s'imposer plus tard pour oser paraître à côté de Buffon, comme Buffon avait préludé lui-même à sa grandeur future par les deux belh s Pr éfaces, ajoutées, Tune à sa traduction de la Statique des végétaux de Haies, et i'auirc à sa traduction du Tiailé des (luxtous de New Ion.

Le Discours de Gueneau, sorte de Préface d^une nouvello espèce d'Encijclopédie^ est un tableau raisonné des principes de la philosophie moderne, appliqués aux sciences physiques. L'auteur y parle successivement de Bacon et de Descartes, de Galilée et de Newton, de Leibnitz, en termes très-éievés, très-no* bles, mais un peu vagues; il faudrait aujourd'hui, sur ces grands esprits, quelque chose de plus précis.

On assure que Tarticle sur léleiidue fut composé dans une seule nuit. J'ose croire, pour l'honneur même de l'article, qu'il n'en fut rien.

«( Nous concevons, dit Gueneau, <x l'étendue « abstraite ou Tespace comme un tout immrase, <x inaltérable, inactif, qui ne peut ni augmenter, ni « diminuer, ni changer, et dont toutes les parties « sont supposées coexister à la fois dans une étemelle a immobilité ; au contraire, toutes les parties du « temps semblent s'anéantir et se reproduire sans « cesse : nous nous le représentons comme une

m GUENEIll Ofi 11019 TBCI Ml Alt D

(c chaîne infinie, dont ii ne peut exister à la fois « qu'un seul point indivisible, lequel se lie avec celui

c( qui n'est déjà plus et celui qui n'est pas encore. « Cependant, quoique les parties de Yétetulue abs- « traite ou de l'espace soient supposées pcrma- « nentes, on peut y cuacevoii' de la succession, « lorsqu'elles sont parcourues par un corps en « mouvement ; et, quoique les parties du temps <v semblent luu* sans cesse et s'écouler sans interrupc( tion, Tespace parcouru par un corps, fixe, pour « ainsi dire, la trace du temps et donne une sorte de « consistance à cette abstraction légère et fugitive» « Le mouvemént est donc le nœud qui lie les idées « si différentes du temps et de l'espace, comme il est a le seul moyen par lequel nous puissions acquérir «t ces deux idées et le seul phénomène qui puisse H donner quelque réalité à celle du tenq)s. »

11 y a sûrement là, dans ce démêlement d'idées, quelque chose de fin, d'adroit, et comme le germe heureux d'un talent riche et facile.

Au Discours prélimimre de la Collection académique dont je viens de parler, Gueneau en ajouta, sous le simple litre à Avertissements, deux autres très-dignes de celui-ci, et mis en téte, Tun du quatrième et l'autre du cinquième volume. Celui de ce dernier volume est une Notice, pleine d'intérêt, sur Swammerdam, cet homme de génie qui, d'un côté, nous découvrait la merveille des mètamor-

GUENBiiU DB HONTBKIUARD m

phases des insectâs^ et, deTautre, s'élevait jusqu'à la eoneeption la plus nette de ce qui constitue, les idéeg vraies dans nos scienct s.

* « Dans les sciences naturelles, il n'y a de bons rai* a sonnements que ceux qui sont appuyés sur des « observations bien faites et qui conduisent à de nou- « velles observations, lesquelles condrment et éclair- «. cissent les premières : il faut d'abord instruire les « sens par un nombre sufTisant de faits bien vus ; la (f raison doit ensuite réduire ces faits particuliers à (c des résultats plus ou moins généraux, et en former « des idées qui seront vraies et complet t s lorsqu'elles a pourront être réalisées par Texpérience; car je a n appelle idées vraies et complètes que celles que <c Ton peut réaliseï* ainsi ; et, dans ce sens, ce que <c nous pouvons est la mesure de ce que nous saa Tons »

Gueneau av^it un esprit très-vif, mais aussi trèsmobile. Il se lassa du monotone travail d'éditeur

d'une CollecLion; il céda la direction de la Collection académique à un autre (le médecin Paul) en 17''8, et se trouva ainsi» un moment, libre de toute occupation obligée. Or, à co moment même, de 1707 à 4770, Buffon terminait YHisloire des (piodrupèdes et commençait celle des oiseaux. C'est alors qu'il se tourna vers Gueneau, qu il savait lui être tendrement attaché, dont il goAtait tout t l'esprit^ le talent, le

caractère cl qui d'ailleurs tenait une grande place parmi ces hommes de lettres et d'esprit^ que réunissaient alors Scmur, Dijon, Montbard, lieux que Buffon ne perdit jamais de vue, et d'où la louange semblait lui venir plus suave et plus intime :

ille temrum milri prieter tmum Angulus ridet

L'adjonction de Gueneau à Bullon pour ïUiatoire de$ oiseaux date, en réalité du premier volume de celte histoire, publié en 1770. Mais liufïon n'avertit point d'abord le public; et le public , toujours charmé, continua d'admirer Buflbn en lisant Gueneau.

Ce ne fut qu'au troisième volume, publié en 1775, [ue le Yoile fut enfin levé, et q[ue Gueneau parut.

« J'en étais au seizième volume de mon ouvrage «sur rbîstoire naturelle, dit BufTon, lorsqu'une a maladie grave et lon^ue a interrompu, pendant « pès de deux ans , le cours de mes travaux « « Cette abréviation de ma vie, déjà fort avancée, c( en produit une dans mes ouvrages. J'aurais pu « donner, dans les deux ans que j'ai perdus, deux

* Voyez, sur les hommes dislîngués, paiiicolièrement sur les hommes dûlingués par l'esprit et par les leUres, de la Bouifogue, Tou- Tragc, déjà cité, de M. Foisset: U président de Brosi^a;. — HiUoire des Utlreret de$ parlement au dm-^MUm sUeU (1S42).

QUBNfiÂU B£ MOKTUfilLLàKD m

« OU troiâ volumes de Thistoire des oiseaux, sans « renoncer pour cela au projet de l'histoire des « minéraux, dont je nroccupe dejjuis plusieurs aii- « nées. Mais, me trouvant aujourd'hui dans la né- « cessité d*opter entre ces deux objets, j'ai préféré « le dernier comme m êlant plus laiiiilier, quoique tf plus dilBcile, et connue élant plus analogue à mon • <c goût par les belles découvertes et les grandes vues « dont il est susceptible. Et, pour ne pas priver le <x public de ce qu'il est en droit d'attendre au sujet « des oiseaux, j'ai engagé lun de mes meilleui*s (( amis, M. Gueneau de Moutbeillard, que je regarde c( comme l'homme du monde dont la feçon de voir, ic de juger et d'écrire a plus de rapport avec la c( mieinie; je l'ai engagé, dis-je, à se charger de la ic plus grande partie des oiseaux; je lui ai remis tous « mes papiers à ce sujet : nomenclature, extraits, « uhseï' valions, correspondance; je ne me suis ré- (( serve que quelques matières générales et un petit « nouibre d'articles particuliers, déjà faits en entier u ou fort avancés. 11 a fait de ces matériaux iniormes « un prompt et bon usage, qui justitie bien le témoi* gnage que je viens de rendre à ses talents; car, « ayant voulu se faire juger du pulilic sans se faire «connaître, il a imprimé, sous mon nom, tous « les chapitres de sa composition depuis l'autruche c( jusqu'à la caille, sans que le public ait paru s apcr* « cevoir du changement de main ; et parmi lea mor-

2et GUËNKAU Db MO^'XfiËlLLAKD

« ceaux de sa façon, il eu est, tel que celui du paon^ a, qui ont été viTemeut applaudis et par le public et a par les ju<^es les plus sévères ^ » '

L'objet le plus cDnstant des lettres de ButTon à (lueneau est d'exciter le zèle de Gueneau, de lui demander sans ccss^ du travail, du travail, de nouvelles histoires d'oiseaux, de nouveaux matériaux pour le grand ouvrage.

11 lui écrit, le 20 janvier 1 7G7 :

<i J aurais été enchanté de recevoir un beau coq « pour mes étrennes ; mais, en quelque temps qu'il u vieime, il sera bien reçu.....; »

Le 17 avril 1769 :

« Le dindon et les autres gallines doivent, comme (( vous le savez, suivre votre beau et très-bon coq. H J'ai fait à peu près tous les oiseaux de proie, à « l'exception des lançons et des hiboux ; ce n'est donc K que sur ces deux genres d'oiseaux que je vous sup- « plie de me faire copier les observations et notices « que vous trouverez eu j)arcourant les livres; »

Le â avril 1771 :

« Depuis ma maladie, je n*ai encoi*e pris la plume tt que pour signer, et je trouve bien doux le premier «usage que j'en fais pour vous, ' mon très*cher et monsieur, qui tenez à mon cœur plus que per*

* OEuvreê de Ôuffon , t. Vf, p. 1.

6UENËÀU BË MÛ.MBKlLLAIli) 205

« sonne; j'ai reçu les etiillcs, mais je n*ai pu les « lire encore; on commence ù imprimer les perdrix, « et, si je reçois les alouettes avant quinze jours, « elles pourront entrer dans le volume et peut-être K le terminer. Bonsoir, cher bon ami, je compte sur

« vous comme sur moi-même »

Le 1^' mai 1771 :

« Le second volume des oiseaux iîuit par la caille, « les pigeons, les ramiers et les tourterelles, et il a sera plus gros que le premier. Après les alouettes, « il faudrait travailler aux becligues qui formeul « un genre assez considérable ; i»

LelOjuml771 :

« Noire impression avance, et il faudrait que

« cela (rhisloire des perdrix cl des cailles) ne tarde a pas plus de quinze jours, si cela est possible, « sinon je ralentirai le mouvement des presses. ... »

Le 15 juin 1077), il lui annonce VAverUsseweiil que Ton ?ient de lire :

« Nous sommes tous deux sous presse, et Ton doit « vous envoyer aujuurd liui ou demain vos pre- « mières feuilles d épreuves. Je voudrais bien m'oc* u cupcr du discours, ou plutôt de l'avant-propos que «je dois mettre en téte de votre volume; mais ce a pays-ci est trop peuplé pour pouvoir disposer de « son temps, et je prévois mémo que je ne pourrai c< faire qu uue partie des choses que j avais pro- (( jetées »

m GUfiNEAU BE MONTEfilLLARD

Le t26 juillet suivant, il lui envoie cet Avertisse* ment :

(( Lisez, mon cher ami, le petit Averlissemeiil que « je dois mettre à la tâle du volume des oiseaux, « que l'on imprime actuellement ; je souhaite que <K VOUS soyez content, et je vous le communique pour « y ajouter, changer ou retrancher ce qui pourrait « vous convenir ou ne vous pas convenir »

Enfin, le 4 août 1717, et dans un moment de gaieté, car il vient de recevoir un assez bon nombre d'histoires ou d'articles, il lui écrit :

a Cher bon ami, dont je me fais honneur d'être <( en même temps le bon voisin, j'ai lu les miolans « avec plus de plaisir que je ne les aurais mangés, « Cependant je les ai envoyés tout de suite à la « broche de rimprinieric rovale, et, si les bruants a et les bouvreuils sont déjà un peu avancés, vous a aurez du temps pour les autres, car ceux de ma « composition qui hiuvent immédiatement le bou- « vreuil feront cent pages d'impression, en y corn- « prenant les cotingas qui sont de la v6tre, et qui « me paraissent entièrement achevés... »

Ce que BulTon attendait surtout de Gueneau, c'claîl d abord du travail, et puis des louanges» Ses lettres ne roulent donc guère que sur ces deux points.

11 lui écrit le 11 septembre 1778 :

« Mon très-cher bon ami, je suis pénétré de recon*

UUËMEÂl DË MOKTBEILLAKl) m

« naissance de tout ce que vous avez la bonté de « faire pour moi. Vos premiers vers étaient d'un « coeur sublime^ et les derniers sont d'un esprit « charmant. Je ne crois pas que vous ayez jamais c( gâté personne, et vous ne voudriez pas comment « cer par yotre meilleur ami; je reçois donc vos « éloges sans m^en enorgueillir; je les reçois coniino « les sentiments précieux de votre estime, qui fait « la partie la plus essentielle de mon bonheur n

Je ne connais pas les vers charmants. Quant aux vers sublmeSj ce pourrait bien être ceux où Gueneau appelle le jour qui vit naître Bulïou la luaiième époque de la nature^.

Buffon lui écrit le 7 janvier 1780 :

a Vous trouvez donc, mon très-cher ami, que je

(( n'ai pas mal pétri ma terre végétale ; ce que

« vous me dites me fait le plus grand plaisir, et je « vous remercie mille fois de l'attention avec lace quelle vous avez la bonté de me lire »

J'ai dit, ou plutôt c'est Buffon lui-même qui nous

l a dit, que, lorsqu'il se lit remplacer par Gueneau, le public ne s'aperçut pas du changement* Conmient

' Ojour iicurcux qui vis naître Rufîoii!

Tu bcras à jamuis, chez la race l'ulurc, Pour les amis du vnii, du beau, de la raison, Une époque de lu nature.

expliquer cela 7 Comment I un écrivain se substitue a un autre, et à quel autre I h Vun des plus goûtés, des

plus admirés, à l'un de ceux qui tiennent le plus complètement captive lattention publique, et il ne se trouve personne qui s'en aper çoive !

En examinant la chose de près, on voit combien Gueneau mit d'arf, de tact, de prudence habile, de défiance de soi bien raisonnée, de confiance en soi bien entendue, pour masquer la rupture et prévenu' ou sauver toute dissonnance.

Remarquons d'abord quel est le moment où il |irend la plume. C'est le moment où BuObn, lassé des monotones descriptions de cette interminable famille des oiseaux de proie, ne donne plus à son si vie que le mouvement nécessaire pour se soutenir, et n*aspireplus qu'à retrouver ailleurs, c est-à-dire dans ïliistoire des ïïiineraux et les époques de la nutuve^ le champ des « belles découvertes et des grandes vues^»

Ballon vient d'écrire l'histoire du chat-lnKinl, delà ckouetle^ de la chevécliej etc. ; Gueueau conlmue par Thistoire de V autruche^ du touyou, du easoar^ du dronte^ etc. L'histoire de ces oiseaux vulgaires ne pouvait prêter à de grands effets de style. Celle de Tautruehe aurait pu sans doute comporter un ton plus élevé, et cependant Gueneau ne se le permet pas ; il

* Vojec, ci-devant, p. 201.

iiLË^^EAU DE MitMliEll.LABD Wi

n'était pas encore sûr de lui-méoie, il n'avait pas

assez préparé ses forces.

Hemarquons ensuite avec quel soin Gueneau s'est imprégné de toutes les idées de BufTon, de toutes ses iloclrines, de tous ses préjugés même.

Buiîon veut qu'il y ait des espèces isolée$j séparées, sans espèces voisines, comme Yélépha$U^ comme le lion; c*est une erreur, niais enfin c'est ce que veut BuifoUy et Gueneau nous dit de Tautruche : « Qu'elle <K est, dans les oiseaux, comme Téléphant dans les « quadrupèdes, une espèce entièremeut isolée et dis- <c Unguée de toutes les autres espèces. »

RuHon rappelle à tout moment ses molécules organiques^ et Queneau nous dit, à propos du limite : c< Que cet oiseau est composé d'une matière brute^ « inaetive, où les molécules vivantes ont été trop a épargnées. »

Buffon ne laisse passer aucune occasion de lâcher quelque mol contre les méthodes^ et Gueneau les déduit spintueiieiiient, dans i iii;sloii*e du coq : « Des (c espèces de filets scientitiques, dont, malgré toutes « nos précautions , il s'échappe toujours quelques

Gueneau va plus loin. Il nous dit du eoq : « Un bon

« f oq est relui qui a du Feu dans les yeux, de la fierté u dans la démarche, de la liberté dans ses mouveu ments, et toutes les proportions qui annoncent la

« force; » cl Gueneau luul seul s'arrêterait là. Gue-

m GUKNEAU DE WONTBEILLAKn

neau, qui veut qu'on le prenne pour Buffon, ajoute : « Un coq ainsi fait n'imprimerait pas la terreur à «( un lion, comme on l'a dit et écrit tant de fois^mais « il inspirerait de Tamour à un grand nombre de

« poules. »

Ënlin, apîès quelques autres histoires encore, telles que celles du dindoti, de la pintade^ du eoq de bniyèrej etc., Gueneau arrive au paon ; et c'est alors « que, pour la première Ibis, il ose prendre l'essor, et donner à son style tout ce qu'il peut avoir d'éclat.

« Si l einpire appartenait à la beauté et non à la a force, le paon serait, sans contredit, le roi des oi* « seaux; il n'en est point sur qui la nature ait versé a ses trésors avec plus de profusion : la taille grande, « le port imposant, la démarche fière, la figure noble, « les proportions du corps élégantes et sveltes, tout ce « qui annonce un être de distinction lui a été donné : « une aigrette mobile et légère, peinte des plus riches « couleurs, orne sa tèie et l éléve sans la charger ; d son incomparable plumage semble réunir tout ce « qui flatte nos yeux dans le coloris tendre et frais « des plus belles fleurs, tout ce qui les éblouit dans « les reQels pétillants des pierreries, tout ce qui les , a étonne dans l'éclat majestueux de rarc-en-ciel. a Non-seulement la nature a réuni sur le plumage du « paon toutes les couleurs du ciel et de la terre pour « en faire le chef-d'œuvre de sa magnificence, elle les « a encore mêlées, assorties, nuancées, fondues de

GtlENEàU BE VONTBEILLAAD 900

«I 8on inimitabie pinceau, et en a fait un tableau uni- « que, où elles tirent de leurs mélanges avec des « nuances plus sombres, et de leurs oppositions entre « elles, un nouveau lustre et des effets de lumière si

« sublimes, que notre art ne peut ni les imiter ni les « décrire. »

Apràs le portrait du paon, car c'est ainsi que

Bu lion appelait ces partit s brillantes de ses descrip- (ions : « Chaque espèce, dit-il, doit avoir son por* « trait^ ; » après le portrait du paon, ce qui a été le plus admiré dans Gueneau, ce sont les pages où il peint le chant du rossignol; ce sont aussi celles où il peint le vol de YhirondeUe.

Je ne citerai de ces ^belles pages que quelques phrases, et je choisis celles où Ton peut croire que • récrivain s'est imposé le plus de difficultés i vaincre :

<c 11 a est point d'homme bien organisé à qui ce « nom (le nom du rossignol) ne rappelle quelqu'une «I de ces belles nuits de printemps où, le ciel étant H serein, l'air calme, toute la nature en silence, et, « pour ainsi dire, attentive, il a écouté avec ravis-

c sèment le ramage de ce chantre des forêts Le

41 rossignol charme toujours et ne se répète jamais, «( du moins jamais servilement; s'il redit quelque a passage, cepnssnge est animé cruii aceent nouveau, « embelli par de nouveaux agréme^its; il réussit dans

> ÛBuvreê de Bvffm, t. iV, p. 10.

210 GUE.NEAl DE MONTBEILLARD

a tous les genres; il rend toutes les expressions; il <( saisit tous les caractères, et, de plus, il sait en « augmenter l'elTet par les contrastes* Ce coryphée a du printemps se prépare-t*il à chanter Thymne de « la nature, il commence par un prélude timide, par* « des tons faibles, presque indécis, comme s'il vou* « lait essayer son instrument et intéresser ceux qui a récoutent; mais ensuite, prenant de Tassurance, « il s'anime par degrés, il s'échauffe, et bientôt il i< déploie dans leur plénitude toutes les ressources « de son incomparable organe : coups de gosier a éclatants, batteries vives et légères, fusées de chant « où la netteté est égale à la volubilité, murmure inn térieur et sourd, qui n'est point appréciable à ' « Toreille, mais Irès-propre à augmenter l'éclat des ff tons appréciables^ roulades précipitées, brillantes Cl et rapides, articulées avec force, et mètae avec une « dureté de bon goût; accents plauitiis cadencés « avec mollesse; sons filés sans art, mais enflés avec

« àme; sons enchanteurs et pénétrants »

Venons à ïliirondelte :

« Tantôt elle rase légèrement la surfoce de la « terre et des eaux, pour saisir ceux (les insectes) « que la pluie ou la fraîcheur y rassemble; tantôt ir elle échappe elle-même à Pimpétuosité de Toiseau « de proie par la flexibilité preste de ses mouve- « ments; toujours maîtresse de son vol dans sa plus « grande vitesse, elle en change à tout instant la

GDEliBAU DE NONTBEILURO m

« direction; elle semble décrire au milieu des airs cr un dédale mobile et fugitif, doot les routes se « croisent, s'entrelflcent, se fuient, se rapprochent, <x se heurtent) se roulent, montent, descendent^ se « perdent et reparaissent pour se croiser, se re- Ci brouiller encore en mille mauières, et dont le « plan, trop compliqué pour être représenté aux yeux (( par l'art du dessin, peut à peine être indiqué à V l'imagination par le pinceau de la parole. »

Je sab que de très-bons juges reprochent à ces brillants tableaux quelque peu de rech^che et d'aft'eclation. Mais aussi que de beautés, et de beautt'^s différentes de celles de Buffoni

Voici comment, dans un projet d'article que je trouve dans nos manuscrits, Bexon, devenu par la communauté de travail le juge le plus compétent, annonce le quafrième volinue de VHistoire des oiseaux^ œuvre de Moutbeiiiard pour la plus grande partie :

« Cette suite, longtemps attendue et vivement « désirée du magnifique ouvrage de M. de Buffon, « n'est pas moins digne que le reste de son illustre « auteur. Ce nouveau volume de l'histoire des oi- « seaux contient celte de tous ces petits oiseaux qui « virent de graines, classe dans laquelle, tant pour « la facilité de l'éducation que pour la docilité, la (c douce familiarité et les talents du chant, nous « avons choisi ces hôtes agréables de nos demeures,

212 6UENEAU DE MOr^TBElLLARD

«r ces petits animaux, et pour ainsi dire ces petits

« amis qui égalent nos foyers et y transporteut au « milieu des hivers les concerts du printemps, qui « nous rendent f^n empressements, en chants de « reconnaissance et de gaieté, les petits soins que « nous prenons d'adoucir leur esclavage : le char- « donneret, la linotte, le tarin, le bouvreuil, etç., « composent cette aimable famille »

« liCs articles, reprend Bexon, que M. Gueneau a de Moutbeillard a donnés à ce volume sont dignes « d'être mis à côté de ceux de M. de Buffon, et cet « éloge est au-dessus de tout autre.M. deMonlbeillard « écrit avec goût, avec grâce; sa touche est nigéa nieuse, élégante ; il sait sentir et peindre ; on lira « avec le plus grand plaisir les arlicdes du cliardonfi neret, de la linotte, du pinson, du bouvreuil : dans « celui-ci, les mœurs douces, l'agréable familiarité, « le nalui el docile, affectionné, même sensible, de « cet aimable oiseau , sont parfaitement reprâien-

«I tés C'est avec le même agrément que M. de

c< Montbeillard peint les mœurs du tarin »

Pour justifier ces éloges, Bexon cite deux morceaux de Montbi'illard, tirés l'un de l'histoire du bouvreuil, et l'autre de celle du tarin. Après avoir parlé du bouvreuil dans son état sauvage et de sou cbant, Moitlbeillnrd continue:

« Tel est le chant dq bouvreuil de la nature, c'estu à-dire du bouvreuil sauvage abandonné à lui-même,

GIËNËAU J)Ë MONTBEiLLARD S15

« et n*ayant eu d'autre modèle que ses père et mère, « aussi sauvages que lui; mais, lorsque rhomme « daigne se charger de son éducation, lorsqu'il veut « bien lui donner des leçons de goût, lui faire en- « tendre avec méthode des sons plus beaux, plus « moelleux, mieux filés, l'oiseau docile, soit màle, « soit femelle, non-seulement les imite avec justesse, « mais quelquefois les perfectionne et surpasse son a maître, sans oublier son ramage naturel. Il ap- « prend aussi à parler sans beaucoup de peine et à «( donner à ses petites phrases un accent pénétrant, c( une expression intéressante qui ferait presque « soupçonner en lui une âme sensible, et qui peut « bien nous tromper dans^ le disciple, puisqu'elle

« nous trompe si souvent dans l'instituteur n

Montbeillard peint ainsi les mœurs du tarin : « Le tarin apprend à faire aller la galère comme « le chardonneret; il n'a pas moins de docilité que « lui, et, quoique moins agissant, il est plus vif à « certains égards et vif par gaieté : toujours éveillé «r le premier dans la volière, il est aussi le premier à « gazouiller et à mettre les autres en train; mais, Cl comme il ne cherche pomt à nuire, il est sans dé- « tiance et donne dans tous les pièges, gluaux, tré- « buchets, filets, etc.; on l apprivoise plus facile- « ment qu'aucun autre oiseau pris dans Tâge adulte; « il ne faut pour cela que lui présenter habituelle* « ment dans la maia une nourriture mieux choisie

21i GUENBAU DE HONTBBULARD

« que celle qu'il a à sa diaposition, et bieutèi il sera, a aussi apprivoisé que le serin le plus familier : on a peul mdaïc l'accoutumer à venir se poser sur ia « main au bruit d'une sonnette; il ne s'agit que de « la faire sonner dans les 'commencements chaque « fois qu'on lui doune à niâuger; car ]^ mécanique H subtile de Tassociation des perceptions a aussi lieu « chez les animaux »

Cet art délicat de parler, avec distinction, des petites choses, cet art exquis de relever de petits détails |»ar (les traits de plus de portée : « L'âme a sensible du bouvreuil qui peut bien tromper dans ule disciple, puisqu'elle trompe si souvent dans « l'instituteur.... . » — cette mécanique suLlile de « Tassocialion des ^perceptions qui a aussi lieu chez a le tarin; » tout cela rappelle et permet presque de eiter le mot iaïueux de Buffon, qu il est des cas « où

l'art de dire de petites choses devient peut-être « plus difficile que Vart d*en dire de grandes. »

Au fond, quoique parvenu à imiter, jusqu'à un certain point, le style de Buffon, Gneneau n'en avait pas moins des goûts de travail et même de style très-différents des goûts les plus décidés de ce grand homme. Gneneau excelle à peindre les détails, et se sentait porte vers les études fines et délicates. Buiion n'approcha jamais d'un détail; il lui fallait de grands objets el de grands on>; mble^î.

GUENEÂD DE NONTBEIIJ.ARD 315

« L cxaiueu doi petits objets», disait-il, dc peiuiel rien au génie. »

Et Guencau disait que :

« Le plus petit animai était un gi*and problème 1i résoudre. »

Il quitta vers 1779, c'est-à-dire avec le sixième volume de ï Histoire des oiseaux j l'étude des oiseaux pour celle des insectes^ ces petits mimaux qui sont, en efTet, de si (jrands problèmes. Il consentit même à se charger plus tard de l'article Insectologie^ pour i*Encijclopédie méthodique; mais une maladie grave lui permit à |)eine de rassembler des matériaux qu'il ue put mettre en œuvre. 11 n'y a de lui dans VEneydopédie méthodique que le mot Insecte^

' n est un écrit de Gaeneau, Ircs-différent de tous les autrci». cl sur lequel je crois devoir in*trréter un moment. Je veux |>arlcr du Mémoire* où il rend compte de Vinoûulation qu'il vieui de pratiquer lui-même sur son propre fils. lut le 7 mai 1760 'lu'il fit cette opénilion avec la main tremblante d un i)ère'\ Elle lui -uivic d'un sut< <'< compli t. Les avantages de ïinoculntion ('Inicnl ciicon», très- LontesUs. 1,»' cliL'varrcr de Chastellux, le pieinnîr Français qui se >oit fatl inoculer, avait paru faire, ou, pour mieux en parler, a\ail iait uii acte d un vrai courage Mais ici il ne s'agissait plus seulc-

* Mémoire sur l" inoculai ion {Mimohrts ie fAcadémU 4e DiJo»t 1761.)

*• Exprc^j^ion* de Gueiieau.

**" Le chevalier de (.baslcllux avait à peine vingt et un ans loraqu'il se fit inoculer. Bons la réponse à son discours de réception h TAcadémie françaii^e, Bulfon lui rappelle aiasi ce trait de sa vio: ■ Je fus le premier

« t»';mo!n (le votre heureux bdccôs : avnc quclio >aiI>faclion je vou? vis ar- « river de lu cuin|)agi)e, portant lc> iIlIpr(■^»inlls qui ue nir parurent que

• de:> :»tiginale:> de votre courage. Souvenez-vous de cet instant ! L'hilarité

• peinte sur votre visage en couleurs plus vives que celles du mal, tou?

• rae dile> : Je 9h's tBtré, el mm exemple en sauvera bie» ^autreié »

21G GlEiSEAl MOiNïBElLLÂHD

On voit, par la lettre «uWaote, adressée à madame de Mootbeillard, avec quel charme il s'occupait de ce nouveau travail.

• €< Voilà encore, mon cher mouton, mon départ « retardé : j'espère qu'il ne le sera pas au delà de «( samedi) mais je ne vois guère de moyen de partir « avant ce jour-là; les insectes sortent de dessous c< terre à la lettre; car dans le moment où je croyais « avoir fini, M. Daubenton m'a mené dans un ma- « gasiu souterrain où il me tenait en réserve 1,500 a ou 1 ,400 de ces petites bôtes qu'il a fallu, qu'il « faudra éplucher; or, je ne puis quitter ce pays-ci « sans avoir tout vu ce qui est à voir. Plains-moi, a mon enfant, car je ne me sens point du tout à

ment de soi, il s'agissait de son fils. On sent de quéUe inquiétude cruelle dut être saisi le cœur de Gueneau. « J*atteste, s'écrle-t-tU que tt je ne me suis déierminé à inoculer mon fils que parce que ce parti

c m'a paru moins téméraire que celui de lo laisser exposé à tous les '< dangers de la petite vérole naturelle. Le sort de cet enfan( est dans «( nios mains, me disais-jc à moi-même ; j eu dois disjwser, non so- « ion mon goût ou ma laibiesse, mais selon son intérêt et l'équité, «c et selon une équité d'un ordre bien supérieur, puisque le^ devoirs « n'eu sont jamais remplis entre un père et son iils que lorsqu'ils se

« sont fait run a l'autre tout le bien qu'Us pouvaient se fkire

a Plusieurs m'ont retenu le bras, et m'ont dit : Qu*alles-T0U8 faire? c En inoculant votre fils, vous vous chargez de l'événement I..» Ce « raisonnement d'une politique froide et inhumaine m'a toujours c déehiré le cœur sans jamais influer sur ma résolution. Je sentafo

« trop que toutes les inspirations de la prudence s'unissaient aux

« cris de Tamour paternel pour me porter 'i examiner les faits, à pe- « ser les probibilités, et à suivre courageuseniept le parti qui me n paraîtrait le tueilleur pour l'enfant, dùt-ii être le plus pénible pour le père. >

Digitizca b

(( mon aise dans ce pays-ci,, quoi que j'y aie plus de « ce qu*oii nomme agrément que je ne pouvais en « espérer, et j'ai autant d'empressement d'arriver « «à tui que tu en as de me voir arriver. Madame a de Mallet sera du voyage; sa malle, comme tu le <X sais, est partie avec la mienne.

a J'embrasse mon Frère bien tendrement et vou* « drais faire fondre dans cet eiiibrassement son in- « couimode pituite. J'embrasse aussi sœurs, ne- « veux et nièces, grands et petits, et nos amis et « tous ceux qui se souviennent de moi.

« Ecris-moi toujours en réponse à celle-ci; ne me « parie que des santés, sans nommer personne : si « je suis parti, elle deviendra ce qu'elle pourra; si je « suis encore ici, j'aurai de tes nouvelles, et cela « m'est nécessaire.

« Tu peux vendre 2 ou 7)00 de blé au prix « courant : tu ferais tout cela mieux que moi si (c tu voulais. On te fait mille compliments, amitiés. « Je te serre contre mon cœur, mon pauvre mouci ton; mes moments les plus doux ici sont ceux <f où on me dit du bien de toi, et on m'en dit beau- « coup. D

Gueneau avait une aine douce vl aimante. 11 eut des amis, il conserva jusqu'à la iiu de sa vie 1 habitude singulière de comq^encer presque toutes ses journées par un madrigal ou une cbanson. Ce fonds

m GUENfiAU DE NUI«TBE1LLARD ■

de gaieté naCureile était un premier bonheur, U en eut un plus grand : une compagne dévouée, instruite,

savante même, et au point de posséder plusieurs langues, l'aida, à ce qu'on assure, jusque dans ses travaux les plus arides, et, très-probablement, beaucoup mieux encore dans quelques unes de ces pages délicates et fines, auxquelles restera attachée la meilleure part de sa renommée.

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