‹ Des manuscrits de Buffon (volume 2)Chapitre 34 sur 39 · CHAPITRE Ul · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ul

Bexon (Gabhel-Iiéopold-Cbarles-Ainé), né à Remi-

remont (Loi raine) eu 1748, fut d ahonl chanoine, et puis grand chantre de la Saiule-Chapelle. Buiïon lui fait son compliment sur ce dernier titre :

« Je suis enchanté, monsieur le prieur, de ce petit « titrCf en attendant un plus grand; car, quoique « sans ambition, vous avez le mérite qu'il faut pour « en obtenir les iruits, et tous ceux qui vous con- « naîtront ne pourront manquer de s'intéresser à « votre avancement* Je vois que le petit surcroît de c( iurlune, loin de diminuer votre activité pour le a travail, semble au contraire Taugmenter^ »

A ce petit siircraU de fortune^ BufTon voulait, sans

* Voyez, pour los lollros (h BiiiToti ;i H-^xon, mon livre intiUil^:

llistoin dm travaux et des idées de Uu/Joiit p. 507 el suivanUîs. — lioUrc Vili.

220 BBIOM

doute, aider aussi un peu. Dans la lettre V, il lui dit :

« Vous travaillez tant et si bien, mon très-cher « abbé, que je dois par tous les moyens tous en « mai quel aia reconnaissance; je \ouô prie donc « d'accepter six cents livres que Lucas vous portera « dans douze ou quinze jours, et vous m'en enverrez « uu reçu inotivé comme les précédents pour votre « travail sur T histoire naturelle jusqu'au 1^ juillet «r prochain; je serais charmé que cette petite augti uientation pût vous iaire jouir plus longtemps de « la présence de votre chère maman et de votre très- « aimable sœur. »

Avec un jeune homme naïf et inexpérimenté, la vanité de Buffon se met à l'aise :

f( Vous ne me marquez pas si le prcaiabule des

« perroquets vous a fait plaisir ^ Je crois que

« vous serez content des corrections que j'ai faites

« sur le bec-eu-ciseaux* Toutes les personnes

« qui ont entendu lire la belle ode de M. Le Brun « s'accordent à Tadmirer' »

C'est, bien entendu, l'ode que Le Brun a faite pour lui.

François de Neufchàteau, dans une lettre à Scipion Bexon, frère de notre abbé, lui dit :

* LcUre VI.

* UUre XIV.

'LeUrem.

BEXO» m

« Vous aves^ raison de vous plaindre du silence « yraimenl étonnant que gardent tous les nouveaux

« éditeurs de VHistoire naturelle de Buffon sur la « part qui devait revenir dans le succès de cet ouïe vrage à la mémoire de votre digne frère. Il n'est Il pas permis d'ignorer l'aveu qne Bnffon lui-même « a fait de la coopération de l'abbé Bexon aux trois « derniers volumes de VHistoire des oiseaux^ dans « l'Avertissement placé à la tête du septième vuiuuie « in-4'', publié en 1780; mais cet Avertissement, « tardif et restreint, ne donne qu une faible idée K des travaux, des recherches et du talent dont votre « frère a fait le sacrifice a l*histoire de la nature; « ce sacrifice avait conunoncé, a ma connaissance, «dès 1777 ^»

Dès 1777, dit François de Neufchâteau, et rien n'est plus vrai. I<.a pi eniièie lettre de Builon à l'abbé Bexon est du 27 juillet 1777; et elle commence ainsi :

c< Je suis très-satisfait, monsieur, et même plus « que content, car on ne peut se plaindre que du

« trop (le travail qu'a dû vous coûter la composition

il des articles que vous m'avez envoyés »

Je vais plus loin. Je trouve, dans les lettres de

Buttoii, iies traces de la collaboration de Ucxon dès

* Voyez U' Conservateur ou Ikcueil de nwrceaux inéetiti, ele.

(AD VUl, p. Vil).

222 PEXOX

le temps de Tartide sur les famtta^ lequel appiv-

liLMit au cin([uièine volume; et je trouve dans nos nianuscrils des iiaguieulâ aou-seulement des fai^ vetteSj mais des bec-figues^ des rmujes-ijorges^ des gorfjeS'bleueSj des bergeronnettes^ des iavandièresy du troquet^ du tarier^ du pouUlotj du troglêdyUy qui tous appartiennent à ce même cinquième volume; j'y m trouve même des gobe-moucheSj des moucherolles^ des lyran^, qui appartiennent au quatrième.

Ce n'est donc pas seulement aux trois derniers volumes de \ Histoire des oiseam que Bexon a pris part, comme le dit V Avertissement de Buffon; 3 a pris part aux six derniers volumes, aux deux tiers de cette Histo'^re^ à six volumes sur neuf.

Il a pris part à Y Histoire des mnêrans^; et nos manuscrits le prouvent. On nurnit pu, d'ailleurs» le conclure (les seules lettres de Buiiou*

« Je reçois, dit Buffon, les quatre cabiers du fer, « et je remercie mon très-cher abbé des courtes rea marques qu'il a cru devoir y joindre^ et que je V n'ai pas encore eu le temps d'examiner, mais que

« je crois bonnes comme tout ce qui vient de lui

a Je suis persuadé que vos recherches sur les belles « pierres les rendront encore plus brillantes K »

Une fois associé à Buffon, Bexon n'eut plus de

* Lettre XX.

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BEXON 22Ô

lemps à lui. Le peu d'écrits qu'il a laissés sont tous

d'une date antérieure à celte adjonction : une Oraison funèbre d'Anvc Charlotte de Lorraine, abbeise de Bemirmonti 1773 ; un Catéchisme d'agr'mUtnre ou Bibliothèque des gem de la eainjxujne, 1775; un Système de ia fertilisatiouf \yuhiié aussi en 1773; meHiftoire deLoname^ publiée en 1777. 11 avait, de plus, enirepris une Histoire naïuvelle de la Lorraine j dont quelques iragmenls ont été recueillis et publiés dans le toroe H du CmMrvateur de Tan VIII par François de ^eulLliàteau ; etc.

De ces écrits, Buffon en a cité deux : le Systètne de la fertiUsatim et VHistaire naturelle de la Lorraine. Il dit à propos du premier :

a U vient de paraître un petit outrage rempli de « grandes vues, de M. Tabbé Scipion Bexon, qui a « pour titre Système de la fertilisation ^ Il propose

1 Mniit le Syêtème de la ferlilUatim esUil de rnblx' nc^on? l'en ai quelque temps iloulé, cl par deux raisons : il abord parce que Scipion <'st le prénom de ^on frère la lettre de François de Neufchàlenu, que je vitMis de citer, v.-i adressée : Au citotfen Bexon, ex^ présidetêt du iribunal criminel de la Seine, 12 friu lidor au Vîl), el n'élait pas le sien ; el, en second iieu, parce que j'ai .-eus les yeux une édition du Système, publiée eu l'an V, et qui porte sur le llirt : par le citoyen Bexon,

Malgré ces deux misons» le Sif^Hne de le /Milheikm est sâroment de Tabbé Beion. D*one part» la Bioffrapkie wmenelle nous apprend qu'il avait mis, sur son prenuer mn/roge, le nom de Scipion Bexon, D'autre part, Buffon, qui ne pouvait pas ne pas ôtrc au fait, lui attribue le S jusqu'à deux reprises différentes : la première dans les formes que nous venons de voir, of la seconde dans les termes suivants : c Ceci est extrait du Système de la fertilisation,

BEXON

« mes miroirs comme un moyen facile pour réduire a en ciiaux loules les malièrcs talcairos; mais il leur « attribue plus de puissance qu'ils n'en^ont réellea ment, et ce n'est qu'en les multipliant qu'on pour-

c par M. rahlxS BeioOy ouvrage que j'ai d^jn cité oomine offrant dans

« sa brièveté les vues les plus étendues cl ios plus profondes (ÛBw- «f ires de Duffon, t. X, p. 108). » F.nfin dnns deux cssnis de <l('il!«>aio que je trouve dans nos mniuisrriis, 1 im à Huriuii, l';iulre au prince Ctiarles de Lorraiae, ootre abbc s'en déclare iormellcment l'auteur.

11 dit à Buffon (juillet 1772):

« Monsiear,

(( Vous in';ive:(^ liouoré de votrf^ affection, voii"^ m'nvez immorlalisé « de voire sutïrage, vous avez pour moi une honli' de père; une « chose re;ite à faire, c'est de rendre di'jne de vous voire ouvrajre, « el vous seul encore le |>ouve^. Ce faible essai, ce livre sinjple, c champêtre, (;e catéchisme d'agriculture que vous avez daigné « protéger, peut devenir un objet cher â la patrie, important à TÉc tat, glorieui à la nalion et consolant pour l'humanité. Permettes

que je vous expose un projet qoi développe ces idées : et vuus qui, « avec le peu d'hommes qui vous ressemblent, faites la gloire d*un « siècle et l'honneur d'une nation, soutenez des desseins conçus • sous vos auspices, favorisez des vues inspirées par votre génie... »

Ces vues inspirées par le génie de Buffon ne peuvent pruèrc so rapporter qu'au Système la fertilisalion. La dédicace au prince Charles de Lorraine lève, d ailleurs, jusqu'au dernier doute.

« Monseigneur,

« Daignez accepter l'hommage de ces deux ouvrages que j'ai « rhonneur d'otTrir n Votre Altesse Uovale. L'un contient peut-élre « une dctua\Lite dans Yidi'cdc fa in' servir le fende la îmniêre h la « calclnalion des corps bruts relativement à la fertilisalion tini- « verselle; l'autre, simple, champêtre, sans autre prétention que c d'être utile, est destiné a rinstrudion, à Venoouragement, à la c consolation du peuple cultivateur, la partie du peuple la plus im- « portante et la plus respectable, et à lui donner cette portion de

BEXOî« 225

« rait en obtenir les grands efTels qu'il s'en pro-

« met \ »

Et, à propos da second, ii appelle Bexon ; ce nn de nos plus habiles naturalistes, » comme il appelait tout à l'heure Gueneau de Muntbeiilard : « un des meilleurs écrivains de ce siècle ; » dans les deux cas, c'était jusHce.

Le Catéchisme d* agriculture de l'abbé Bexou est un petil livre de morale, pour le moins autant que d'agriculture. C'est un dialogue entre un père et son fils, mais où par un renversement très-Judicieux, c^est l'enfant qui fait la question et le père qui fait la réponse.

H n'a paru de son Histoire de Lorraine que le pre-

0 sentiments et de lumières prupi cà ses travaux, utile à ses mœurs «( néccs.^airc à son bonheur ; tous deux sont également dévoués au t bien pabKc et médités par Tamour de rhomiDité. Par les droits « du génie, Toffrande du premier vous était 4a6 : i dea titres non « moins sublimes, celle du second tous est consacrée. Cher Prince, c idole des eoMirs Lorrains, tous que, dans leur attendrissement, si a souvent ils nomment leur père, vous verres avec bonté ce qu'ils a spire l'amour de la patrie. »

Conirnorit donc expliquer maintenant l'édition de Tan V et les moispar le citoyen Bemii' C est tout simplement que Scipion R«*xon, frère de l'ubbé, aura cru utile de reproduire sous son ]>roprt' nom, en l'an V. le Système de la /rrlilisation, et qu'il n'aura pas cru |>ouvoii' le faire sans eu adapter le titre et le ton âux circonstances : f Depuis plusieurs années je l'avab proposé ; mais le moment de le c voir réussir n'était pas encore venu: ators un système d'oppression t avait le plus grand succès ; un système d'agriculture ne pouvait en fi espérer... s (P. 6).

^ Œwfres wmplétei de Bmffm, t. IX, p. 247.

2^ BEXOK

raier volume. Ce volume est dédié à la reine Marie- Antoi licite, princesse alors si heureuse et bieulôt si infortunée. On croit que c'est à cette dédicace qu'il dut le titre de chanoine, et puis de grand-chantre de la Sainte-Cba(>elie.

En comparant ces divers écrits avec ce que Bexon a produit plus tard sous l'inspiralion de Buffon, on voit combien son esprit avait alors i>esom de se développer, de s'étendre, combien ses vues se sont plus tai (1 agrandies, et tout ce que peut avoir d'influence, sur une nature heureuse et de soi-même fertile, le contact immédiat du génie.

Malgré sa petite mine, sa petite taille, sa petite bosse, à force de mérite, Bexon était devenu un personnage, un personnage avec qui l on comptait, un personnage à qui Ton faisait sa cour. J'en ai pour preuve les lettres de deux hommes qui avaient alors une ambition énorme, l'un de remplacer Buiïon, comme intendant du Jardin du Roi, Tautre de le continuer comme écrivain et comme naturaKste : le comte de la Billarderie d'Angeviller et Lacépède.

Le comte de la Billarderie écrrt à Bexon « le 18 mars 1783:

« Je vais aujourd'hui, mon cher abbé, dîner chez « H. de Buffon; je me suis chargé de vous bire dire « qu'il dîne che« hii, et je vous offre d'être voire fiait cre. Je désire inliniment que vous acceptiez ma

BEXOM m

« proposition; j'y gagaerai quelques moments que « jo passerai de plus avec vous, el vous savez que « j'en connais le prix. Je vous embrasse, mou cher « abbé, de tout mon cœur. »

A celte coiaplaisance, à cette amabilité, Bexon répondait de son mieux, et il est curieux de voir comment il s'égare dans le style épistolaire :

« Eu»sé-je le choix d élre porlé sur le char de la <^ gloire, je préférerais de monter dans celui de Ta- * cr miiié : 11 faut arriver au bonheur, et ici je le trouve a en route. A deux heures donc j'attendrai d'être <r conduit par Tlionneur chez le génie. »

Ijacépëde se rend aussi le plus aimable qu'il peut pour Bexon. Il lui écrit le 2 lévrier 1783 :

«t En attendant, Monsieur, que mon retour à Paris « me mette à même de jouir d une manière plus partt ticuiière de voire conversation el de votre amitié, « permettes-moi de chercher à me dédommager de «f mou absence de la capitale en me renouvelant

a dans votre souvenir Mes désirs à ce sujet me

a sont inspirés par les sentiments les plus forts, et « particulièrement par le jdaisir et le prolît que je a retire chaque jour avec le public de vos lumières et « de tous vos grands talents. ...»

Voici des compliments plus désintéressés. Je les tire d'une lettre du chevalier de Buiîon.

« Vous voyez souvent notre grand philoso*

« phe, » dit le chevalier de BufTou à Bexon; a il est

« en même temps excellent frère et bon ami ; je l'a? « iâui de fois éprouvé, que Je lui dois cet hommage « pour ma satisfaclion et pour l'honneur de la phi- « losophie : tandis que vous causez tous les jours u avec lui. je Tatteuds et je suis jaloux de vous, mon

<x cher abbé, car je le suis même de mes amis

« Ma jalousie à votre égard^u'est qu'un regret de ne « pouvoir partager qu'intuitivement les moments « agréables que vous employez si bien avec et pour a noire grand philosophe. Diles-lui mille tendresses c( de ma part ainsi qu'à son cher fils. J'habite un lieu « solitaire où les plaisirs sont rares, la société cir- <i consente et le corps privé de toute occasion de « mouvement ; mais mon âme est et sera toujours ac-

« tive, lorsiju'il s'en présentera de vous prouver, mon (X cher abbé^ tous les sentiments de tendre attacbe-

« ment que vous m*avez inspirés »

Bexon mourut le 15 février 1784, à peine âgé de trente-six ans.

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