INTRODUCTION
Dans une lettre adressée au président Bouhîer \
il dit, (lo fort bonne grâce, que l'Acaiiémie s était un peu hâtée,
« On m*a fait ici mille fois plus d'honneur que je « n'en mérite ; on a hâté la vacance de la place que u je remplis à l'Académie, on m'a préféré à des eon- « currents distingués; tous ces avantages dont je me
sens si peu digne n auraieul peut-être pas trouvé c< grâce à des yeux aussi éclairés que tes vôtres; « ainsi je tâchais de les supprimer, au hasard d'être « grondé, comme vous lavez fait* Permettez-moi de a vous remercier de vos bons sentiments
(( i 'dï déjà fait partir la note des trois livres d'An- « gleterre que vous souhaitez, car on attend tou- « jours trop longtemps les livres de ce pays-là. Si « nous n'avons pas la guerre avec ses compatriotes, « milord Kingston restera à Paris au moins un an. « Je vous enverrai dès demain les mémoires de Pétt tersbourg; mais comme j'étudie quelques questions « qu'ils contiennent, auriez-vous la bonté de les ai- «tendre jusqu riu pi Intemps?.. .. Il paritît depuis « qumze jours un petit écrit en forme de gazette, ou «c plutM de feuille de spectateur^ intitulé : le Cabiuet « du philosophe. On n'a pas goûté cet ouvrage.
<t M. de Marivaux a donné aussi une brochure qui a fait le second tome de la Vie de Marianne. Les pe> À tits esprits et les précieux aduureronl les réflexions «I.eaf/iTrieri73)i^
DE BUFFON. xt
« et le style. La pièce de Voltaire ne peut se soutenir « et ne se soutient pas, avec tous les raccoiiunudages m qn'û y a faits. Enfin, pour finir, j*aurai l'honneur « de vous dire que je vais au premiii jour faire im- « primer une traduction avec des notes d un ou- « Yrage anglais de physique cpii a paru nouirellement, « et dont les découvertes m ont tellement frappé et « sont si fort au-dessus de ce que Ton yo\t en ce ce genre, que je n*ai pu me refuser le plaisir de les a donner en notre langue au public; c'est un in-4° « d'environ 300 pages. »
Un ouvrage de physique dont les découvertes m'ont tellement frappé et sont si fort au-dessus de
ee que ton voit en ee genre Voici la première
elinceile i^ui aiil en éveil le génie de Buiïbn.
La traduction dont il parle était celle de la Sto-
tique des végétaux de Haies, qu il publia en 1755. ^ La belle préface qu'il mit en tête de cet ouvrage fut le premier écrit par lequel il se fit connaître du public. ^ |
En 1740, il donna une autre traduction, celle du Traité des fluxions, de Newton, et la fit précéder aussi d'une préface qui ne fut pas moins remarquée qut' ne ra\;iil rte la première.
De 1735 à 1740, il avait présenté à l'Académie, soit de concert avec Duhamel, soit seul \ plusieurs
* Avec Dttfatmely des Obsenraiîons sur la caute de resDeenHiM âeêcovehet Upmseê, et les effets des grandes géUes m les tHdjp^
%.n INTKOBUGTION.
mémoires, tous relatifs à des observations ou à des expériences sur les végétaux.
Ces efxpériences, il venait, chaque année, les faire dans le calme de sa province; les distuiclions obienues à Paris lui donnaient le plaisir d*y être admiré : briller dans son lieu natal eut, pour Buffon, i tous les âges de sa longue vie, une douceur particulière, et si réelle qu'elle semblait retremper les forces de son esprit.
A cette époque, les joifô juvéniles se font jour dans les lettres qu'il adresse de Montbard à son ami l'abbé Le Blanc. En 17ÔG, après avoir assisté à la tenue des états de Bourgogne, il lui écrit ^ : « S'il « m'avait été possible de jouir d'un instant, je n'au- « rais pas manque de vous témoigner combien j'ai a été sensible à votre souvenir, à vos succès et à
« cdui de votre pièce à la cour' Je n'ai pas
« rencontré l'abbé Flory aux états ; je crois qu il « avait suivi M. de Dijon dans sa disgrâce; vous avez ic su sang doute qu'il eut ordre de sortir de la vîUe « pendant la tenue des états, pour avoir refusé d'y « siéger après l'évéque d'Âutun.
«( Sî je n*ai pas vu vos parents, j'ai en revanche « vu beaucoup de vos amis. Kulïey me demanda si
i(fttx; seul, iiii in.'rnoire sur le moyen d'augmenter la force du bois^ et ])li)si(Mirs autres sur la culture^ sur U Htabimetmnl des forêts, etc.
* Le 1.3 juin.
*Ls tragédie (TilAMMiil.
DE BUFFOH. vm
« TOUS ne viendriez pas, et il me dit qu'il vous « ayait écrit pour vous offrir un appartement chez « lui ; il me parut un peu mortifié de votre site lence. Le président fiouhier me fit bien des « cpiestions sur votre compte ; il vous aime asc( sûrement beaucoup ; si vous veniez à Dijon, « vous y seriez accueilli et recherché de tout la « monde. Ne croyez pas, mon cher, que je vous le « dise ainsi parce que Monlbard est sur h passage, « et que vous ne pourriez vous dispenser d'y sé- <t journer. Je vous assure que je le souhaite beauce coup, mais la vérité est que Wm vous honore beauce coup dans votre patrie. J'ai, en mon particulier, « bien à m'en louer; je m'y suis réjoui à merveille, « et M. le duc ^ m*a fait la grâce de me parler irès- « souvent, et de m'accorder une pépinière à Mont* « bard, aux frais de la province. Je suis actuelle- « ment très-occupé de sa construction
« Savez-vous qu'il doit s'établir à Dijon une Aca- « démie des sciences? Vous connaissiez peut-être le a vieux bonhomme Pouilier, doyen du parlement; « il a laissé des sommes considérables pour cet était blissemenl, et l'on v travaille actuellement. »
C'est, en effet, avec les sommes laissées par le bonhomme Pouffier^ comme Tappelle Buffon, que furent jetés les premiers fondements de T Académie de Dijon,
* Lepriooe de Coudé.
mu INTRODUCTION.
en 1740. Elle se compléta, en 1759, par sa réunion
à une Société littéraire qui s'était formée chez le président fiufey.
A quelque temps de là, Le Blanc, introduit près (lu duc de Kingston, reçoit à Londres une lettre où Buffon lui dit^ :
«[ Ne soyez pas surpris, mon cher ami, si je ne « vous ai pas écrit en anglais; je crains tout ce qui « fait perdre du temps, et je n'aime guère ce qui « mortifie rauiuur-propre. Vous parlez celte langue <K à merveille, et je n'ai garde de vous en taire com- « pliment en la parlant mal ; j'aime mieux tous « dire la vérité que de vous la faire sentir t u vous n ennuyant d'un jargon qui n'aurait d'autre mérite (c que de vous convaincre de votre supériorité et qui « m'ôterait, auprès de vous, celui de la reconnaître.
a Nous sommes tous charmés de vous savoir à
Londres, et je vous souhaite en mon particulier « bieii des plaisirs dans cette grande ville; je crains <c fort, ou, pour tout dire, je ne puis espérer pouvoir c( vous y aller voir; le pauvre Macdonnel a eu un « second accès de goutte,.,, enfin, je regarde cette c( partie de voyage comme désespérée, dont je suis
« très-fâché Je vais demain faire une boîte où
« il y a des insectes dans do l'espiit-de-vin, la
« Métromanie imprimée, etc J'ai été à la pre-
* Paris» 4 mars 1737.
DE BOFFON.
« mière représentation d'une pièce qui a très-bien «( pris, c'est Masimim^ tragédie de M. de la Chatis* « sée*; je crois qu'elle ne mérite pas absolument « toutes les claques qu'on lui a prodiguées, cepen- «r dant il faut aTOuer qu'elle est bien conduite et
(( que les caractères sont beaux et biea suuLeaus
a S'il venait quelque espérance pour notre voyage,
« TOUS en serez d'abord instruit De Brosses loge
a avec moi et vous fait ses coiiipliments. »
«Je suis charmé, lui dit-il dans la lettre suivante % « des descriptions que vous me faites. Sûr de votre a jugement, j ai un grand plaisir à juger d'après « vous. Vous faites un asses long séjour en Angle- « terre pour vous mettre au fart de toute la nation. a Je vous engage à prendre là le canevas de quel- « que ouvrage. Vous avez le coup d'œil bon, et « j'imagine que le bon et le mauvais, le convexe nable et le ridicule de ce pays, ne sont pas diffî-
« dles a saisir' Je sais combien je mérite les re-
« proches que vous me faites ; il ne s'en faut guère « que je ne sois aussi paresseux que Kickman ^ : « c'est une partie de pipe ou de chasse qui lui ôte le
* La Cbnussée (Pierre-Claude Ki\e\\t de), né à Paris en 1699 , mort en 1754. Auteur de VÉpUre à Clio, da Préjugé à la mode, de
VÉcole (les mères, etc., elc.
* MciiihiH, 26 septembre 1757.
* L'ji 1)1)0 Le BInnc dut à ce conseil le seul Je ses livres qui ait réussi : les iMlres d'un Français sur les Augktis.
^ Attachii à la maison du duc de Kingston.