XX INTRODUCTION
<t temps d'écrire, et c'est une plantation ou nne dé-
HL molilloil qui font ici la même chose... »
A la suite de ceci yiennent de longs détails sur une commission donnée par Milord Duc. Il s'agit de l'envoi de vins de Bourgogne; le zèle et 1 iiiiporlance sont pris en grand sérieux. A la yérité, dans la même pji^e, Buffon demande un exemplaire d Horace ; mais, après Horace, il vante les chansons de rabbé Le Blanc, qnil chante^ dit-il.
Au mois de février 1758, le désir d'aller en Angleterre se fait encore sentir : a Vous êtes donc à Londres, <( mon cher ami, pour jusqu'à Pâcpies? que je soute haitti ais pouvoir vous y aller juiudre, mais je cornet mence à désespérer de notre voyage. M. Macdon- (f nel m'écrit que ses forces reviennent si lentement, « qu'il se retire dans son ermitage pour se tranquil-
<x User cela n'annonce guère un voyage prochain,
m et j^en serai fUché par le plaisir seul que je me pro- « mettais de vous voir et mes amis. J'ai prié Du- « fay^ décrire à M. le duc de Richement, et il m*a (K assuré qu'il le ferait, et il a en effet écrit de et Versailles : ainsi, je n'ai pu voir la lettre, mais je « suis persuadé qu'il a parlé de vous comme vous « pouvez le souhaiter
* Dufay (Gliarles Fiaiiçois de Cisternay), né à Paris en 1698, suivit d'abord la carrière mifitaire» puis cette des sciences. U a été radministrateur le plus lubile qu'ait ea le jardin royal avant Buifon, et fut ron des membres les pins distingués de T Académie des sciences. Ses travaux sur l'électricité sont restés célèbres. Mcort le 16 juillet 1739.
DE BUFFON. xxi
« Vous auriez grand tort.de quitter, si vous vous n trouvez bien; et you8 ne pouvez manquer de vous « trouver bien, si vous avez appris à aimer la chasse
« et les courses Je soupire pour la tranquillité
a de la campagne. Paris est un enfer, et je ne Tai « jamais vu si plein et si fourre. Je suis fâché de n'ait voir pas de goût pour les beaux embarras : à tout « moment il s'en trouve qui ne finissent pas. J'ai- <A merais iiueux passer mon temps à i'aire couler de « Tcau ou planter des houblons, que de le perdre K ici en courses inutiles, et à faire encore pins inu- « tilement sa cour. Je compte nieltre à prolit vos « avis : nous planterons des houblons, nous ferons «r de la bière; et si nous ne pouvons pas la faire « bonne, nous nous vengerons sur du bon vin. »
Vers la fin de celte année, nous ne trouvons encore que le gai compagnon de lord Kingston et de Tabbé Le Blanc, k Je compte dans peu, dit-il, alhsr « e un luui à Dijon; bien des gens me demande- (K ront de vos nouvelles, je vous supplie de m en « donner souvent; il n'y en a point dans ce pays; « tout y est sur le même ton qu'il y a deux ans, nous « parlons souvent de vous, nous buvons quelquefois « & Totre santé à la fontaine Sainte-Barbe. Le vieux « avare que votre bon appétit pensa faire mourir est a crevé cet hiver sans avoir voulu iaire de testait ment. J'ai pensé que 'Voltaire réussirait fort mal
ixii INTRODUCTION.
, a i commenter Newton, et je ne erois pas que le «public appelle du jugement de M. Moivre^ Je
voudrais bien, mon cher, que vous fussiez ici, « nous a?ons un adroit charmant pour planter des « houblons. »
Voltaire se trouve placé ici entre le vieux avare et le houblon; il est moins irrévérencieusement traité dans une lettre adressée au président Bouhier* : « 11 K paraît une nouvelle épitre de Voltaire, y dit Buf- « fon, sur la philosophie de Newton, dédiée à ma- <c dame du Chàloltl; c'est assurément un très-beau « morceau de poésie, mais qui déplaît en quelques « endroits par des traits outrés contre Rousseau. »
Eu 1 739, Buiïon passa, dans T Académie, de la classe de mécanique à celle de botanique, et du rang d'adjoint à celui d'associé.
Cette même année, Dufay, intendant du Jardin du Roi, mourut, «t 11 fit son testament, dit Fontenelle, « dont c'était prescjue une partie qu une lettre qu il « écrivit à M. de Haurepas pour lui indiquer celui « qu'il croyait le plus propre à lui succéder dans 4c rintendance du Jardni royal, il le prenait dans l'A- « cadémie des sciences, à laquelle il souhaitait que a cette place fut toujotirs unie ; et le choix de H. de
* Moivre (Abralumi), n6 cti 1C07, h Vitri, en Chimpigne: ami el commentateur ck Newton. Mort ea 1754.
* Taris^ 25 décembre 1736.
DE BUFPOU. mil
<x Buffon, qu'il proposait, était si bon, que le roi n'en « a pas Toulu faire d'autre^. »
Fontenelle raconte ici avec toute 1 aisance d'un historien* Buffon écrivait de Montbard à un confrère de Dufay*, avec l'ardeur contenue d'un candidat : « J'allais, mon cher ami, répondre à votre « première lettre, quand j'ai reçu la seconde. Je « savais drjà la mort du pauvre Diifay, (jui m'aii vait véritablement affligé. Nous perdons beau-
« coup à l'Académie Il a fait des choses éton-
w Hautes pour le Jardin du Roi, et je vous avoue a qu'il Ta mis sur un si bon pied, qu'il y aurait grand « plaisir à lui succéder dans cette place, mais je m'i- « magine qu'elle sera bien convoitée. Quaud j aurais a plus de raison d'y prétendre qu'un autre, je me « donnerais bien garde de la demander. Je connais « assez M. de Maurepas' et j'ert mis assez connu pour « qu'il me la donne sans sollicitations de ma part. Je « prierai mes amis de parler pour moi, de dire hautea ment que je conviens à cette place : c'est tout ce « que j'ai de raisonnable à faire quant à présent. A « l'égard de ce que vous me dites que M. de Maurepas « est déterminé à conserver le Jardiu du Roi dans « l'Académie, je n'ai pas de peine à le croire; mais, « quand même il n'aurait pas pris en guignon i^lau*
* Éloge de Dufay. 1739.
* Moiilhaitl, 23 juillet 1739
^ Alors miuUlre do la maison du roi.
IHTRODQCTIOK.
c( periuis, je ne crois pas qu'il lui donnât cette place, « mais îi y a d'autres gens à l'Académie; marquez*moi « si vous entendez nommer quelqu mi; en un mot, « dites-moi tout ce que vous saurez..
« Le comte de Caylus^ vous pourra bien lâcher « quelques mots des vues de M. de Maurepas. 11 y a « des choses pour moi, mais il y en a contre, et surce tout mon âge ; et cependant, si on y faisait réflexion, c< on sentirait que l'intendance du Jardin du Roi « demande un jeune homme actif, qui puisse braver « le soleil, qui se connaisse en plantes et qui sache la « manière de les multiplier, qui soit un peu con- <c naisseur dans tous les genres qu on y démontre, « et, par-dessus tout, qui entende les bâtiments. De « sorte qu'en moi-même il me paraît que je serais « bien leur fait ; mais je n'ai pas encore grande espé- « rauce x>
A la nouTelle de la nomination de BufTon, De Drosses, qui en ce uioiucnl éLait en Italie, écrivait à un ami commun ; a Que dites-vous de l'aventure de Buffon? Je ne sache pas avoir eu de plus grande joie que celle que m'a causée sa bonne fortune. Quand je songe au plaisir que lui fait le Jardui du Roi i Combien nous en avions parlé ensemble I Combien il le souhai*
» Gaylus (Anne-Glaode-Philippc de Tobières, etc.. comte de), ne à Paris en 16^, morl en 1765. Ayant quitté le service où il était entré A rt jeune et s'était distingué, il se livra è son goAt pour les sciences, les leUres et les arls. I) fut membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et membre honoraire de celle de peinture.
DE BUFF09. xtr
tait, et combien il était peu probable qu'il Teut jamais à Tâge qu'ayaît Dufay t »
On s explique maintenant pourquoi BuiTon avait quitté la classe de mécanique pour celle de botanique* Il aimait très-peu la botanique, <c qu'il avait apprise « et oubliée trois fois, » disait-il; mais la botanique le rapprochait du Jardin du Roi.
Mis en possession de cette intendance qu'il avait tant souhahée^ les projets déjeune homme qu'il avait confiés à son ami De Brosses lai apparurent dépouillés des prestiges de l'illusion. Il ne s'agissait pas iebraver
le soleU de se eann&Ure en plafUes^ m peu dam
tous les genres quon y démontre^ et d'entendre^ pardessus tautj les bâtiments. Rien n'existait qu à l'état d'ébauche; tout était à faire, la science elle-même n'était pas constituée ; mais, en Uuilou, se trouvait le geçBe heureux des grandes pensées et l'énergie qui les féconde, L avenir de gloire, qu'il entrevit, le transforma ; et, durant un demi-siècle, il imposa a la science, et à rétablissement dont la direction lui était confiée, la inarche ascendante du génie qui, de- ' vaut une noble tâche, se révéla en lui.
Par un appel fait à tous les hommes instruits et sensibles à l a tirait du progrès et de la louange, Buffon sembla les associer à son œuvre; il obtint des envois; les collections s'accrurent; dès que le nombre des objets nouveaux le permit, des galeries furent
XXVI INTRODUCTlOIt.
onv( 1 tes, et, pour la première fois, livrées à la curiosité générale. Daubentoii^ venu de sa province, fut chargé de classer ces échantillons, encore si inconnus, et de les déraontier aux élèves qui surgirent de toutes parts.
Le public, avide de nouveautés, accorda à celle-ci une vive sympathie. ^Séduit par la grandeur même du projet, Buffbn entreprit dors de décrire le plus splendide et le plus ignoré des spectacles.
Après avoir donné une impulsion vigoureuse & son administration, après s'être choisi des hommes capables de le suppléer, il quitta Paris, pour n'y plus passer que quah*e mois chaque année, et se retira à Montbard.
Dix ans s'écoulèrent dans la solitude. S instruisant pour instruire les autres, le travail le plus profond
ne put ébraulur sa constance, u Un gi'and [>lati, un a grand but, disait-il, laissent tant de bonheur dans « Tàme. » Plus tard, il ajouta : « Avec de la patience « et de la méthode, chaque jour on s'aperçoit du « progrès et de la vigueur de son intelligence. »
Ce progrès^ cette vigueur^ produisirent les trois premiers volumes de I Histoiie naiurelle. Ils parurent en 1749. Le premier contient la Théorie de la terre et le Système sur h formation des phmites ; le se» cond, YHistoire générale des animaux et VHiëtoire particulière de l* homme; le troisième n'est, dans sa
DE BUFFON. mit