‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 19 sur 141 · CIII · texte numérisé non relu

CIII

(( non à M. J’Angeviller, qui n’y est rien tant que « j’y serai. »

A ces intrigues intestines, se joignaient de sinistres appréhensions. Buffon écrit à un receveur général des fermes, ‘ mécontent du système d’économie alors en vigueur : « On est actuellement dans un mo- « ment de grande effervescence qui annonce une « crise, et bien des gens assurent que l’on verra dans « peu de grands changements dans le ministère des « finances. Ce serait pourtant un grand malheur « pour l’État, si M. Necker quittait. »

Ces signes précurseurs d’une violente commotion, et peut-être aussi son grand âge firent désirer à Billion de tixer l’avenir de son fils. Il le maria n ayant encore que vingt ans^ Tout, dans cette union, avec une personne belle, noble et riche, semblait espérance et bonheur.

Se fiant aux jours heureux qui s’ouvraient devant ces jeunes existences, l’énergique vieillard revint à ses travaux avec cette hâte que donnent des douleurs contenues; les ravages de la maladie dont il soiilfrait se faisaient chaque jour plus cruellement sentir. Le premier volume de l’Histoire des minéraux avait paru en 1783; d’année en année les volumes se succédaient. Là, se trouvaient encore des jouis-

' M. Hébert: 15 niai 1781.

* 1.C 4 janvier 1784.

INTKüDUCTlON.

sauces, et Üuttoii, u cette dernière époque de sa glande vie, se plaisait à dire : « J’ai passe cinquante « ans à mon bureau, w

Il en avait quatre-vingts. Une douleur aussi imprévue que profonde l’atteignit alors dans ce qu’il avait de plus cher, et lui dicta pour son fils, contraint à une séparation, les instructions les plus dignes, les jdus touchantes que puisse inspirer un esprit ferme et juste, uni à un cœur hautement moral. D’abord, d se prive d’appeler près de lui et de serrer sur son cœur le jeune homme abreuvé de chagrins, et lui impose de s éloigner, de voyager. Quelques mois plus tard, il lui écrit : a Venez, mon fils;.... ne « venez pas seul... Je ne serai pas tranquille si vous « n’êtes pas accompagné de quelque personne rai- « sonnable... Je vous attends pour le 7, c’est le jour « de ma naissance ; ce sera celui de mon bonheur si « je vous embrasse eu bonne santé de corps et de « tête, car vous avez besoin de rétablir tous deux...»

Ce fut le dernier anniversaire de sa naissance que vit Buffon. Au mois de décembre, il fit son testament. Le mal allait s aggravant, et avec 1e mal grandissaient les sincères inquiétudes de la France et de l’Europe. C était un juste tribut de reconnaissance. L’expression en parvint jusqu’au vieillard. 11 se souvint alors douloureusement des plans de M. d Angeviller, et lit un dernier effort pour ressaisir cette survivance tant

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désirée pour sou lils. La comluile de celui-ci liil, parfaite. Rien de ce monde pouvait-il le toucher près de son père mourant ?

Les dernières lignes queBuflon dicta furent adressées à madame ?(ecker. La parole lui manquait déjà depuis plusieurs jours, lorsque parut tout à coup le père Ignace, tardivement averti de cette dernière maladie; il accourait de Montbard.

Au son de sa voix, Buffon se ranima, la parole lui revint, il fit réunir tous ceux qui l’entouraient; puis, s’adressant à son vieil ami, il régla devant eux les comptes de conscience de toute sa vie, et ajouta qu’il voulait qu’après que toutes les cérémonies du culte auraient été scrupuleusement remplies, sa dépouille fût confiée au père Ignace, à qui il demandait de la reconduire à Montbard, et de la faire placer, sans pompe, entre celles de son père et de sa femme.

Buffon mourut au Jardin du Boi, le 14 avril 1788.

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