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CHAPITRE PREMIER

DE BEXON CORRIGÉ PAR BUFFON

Des niaiiiiscrils de BulTon que possède le Muséum ou peut former à peu près sept volumes : deux apl)arlieuneut à VHistoire des minéraux, quatre à V Histoire des oiseaux, im aux Époques de In nature.

Les quatre volumes sur les oiseaux répoiideut aux tomes VI, VII, Vlll et IX de l’édition iu-4“ de l’Impruuerie royale, et comprennent, d’ûne manière plus ou moins incomplète, les histoires de la Fauvette, de

DE DEXUN

y Oiseau-mouche, du Colibri, des Perroquets, des Pics, des Martins-Pêcheurs \ etc., — des Oiseaux d’eau : la cigotjne, la grue, les hérons, la bécasse, Yibis, les courlis, les pluviers, le pélican, le cormoran, le flammant, le cggne. Voie, les canards, les sarcelles, les pétrels, les pingouins-, etc.

Presque tout cela est de la main dePexon, du moins comme première rédaction; car les rédactions, ou plutôt les copies, se succèdent, et, ax'ec les copies de Bcxon, les corrections de Buiïon.

En général, voici comment on procède. Bexon lait une première rédaction et l’envoie à Buffon. Buft'on corrige et renvoie à Bexon. Bexon recopie, BulTon recorrige ; et cela se renouvelle ainsi jusqu’à trois, quatre et cinq fois de suite.

Tout ce procédé de travail se voit ici parfaitement; mais on pouvait déjà s’en faire une idée par les lettres de Buffon à l’ahbé Bexon, lettres qui ont été publiées

* Ajoutez les gohe-mouches, les moiiclier»lles, les Igrans, le becpgue, le rouge-gorge, les bergeronnettes, le traquet, le pouillot ou le chantre, le troglodyte, le jabiru, la demoiselle deNiimidie, le cariama, \e secrétaire, les cral>iers,\e% butors, le bihoreau, hsavacou, la spatule, la bécassine.

- Ajoutez les barges, les chevaliers, les comballanls, les maubêches, le bécasseau, la guignette, V alouette de mer, le cincte, le vanneau, Véchasse, le coure-vite, le tourne-pierre, le merle d’eau, h grive d'eau, le canut, le râle de terre ou de genêt, le râle d'eau, le caurale, la poule d’eau, le jacana, la morelle, les phalaropes, les grèbes, les plongeons, les hirondelles de mer, Yoiseau du Tropique ou pailleen-queue, le labbe, h frégale, Vanhinga, le bec-en-ciseaux, \cnoddi, Vavocelle, le cravanl, Veider, la bernache, \' albatros, le macareux.

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d’abord par François de jNeufchâleau dans le Conservateur de l’an VIII', et que j’ai reiiroduilcs dans mon Histoire des travaux et des idées de Buffon Je lis, dans la huilièine de ces lettres : « Envoyezmoi vos Oiseaux-mouches et Colibris, j’aurai le temps de les recevoir et d’y travailler avant mon déparf ; » Dans la septième : « Lorsque j’aurai revu cet article (celui des Martins-pêcheurs) , je vous en enverrai la copie corrigée, à laquelle vous retrancherez, ajouterez ou changerez ce que vous croirez nécessaire ; » Dans la douzième : « Voilà le Cormoran que je vous renvoie avec les premières corrections, car j’en ai fait de plus grandes sur la seconde copie ; mais en tout il est bien et n’a pas laissé de vous coûter beaucoup de temps pour les recherches; »

Et, dans la treizième : « Vous trouverez, dans ce paquet, votre article du Paille-en-queue avec assez peu de corrections ; c’est un de ceux que vous avez le mieux écrits , et je m’aperçois de plus en plus que chaque jour vous vous perfectionnez et que U belle imagination ne vous abandonne guère, p L’imagination, la belle imagination, un certain feu d’imagination du moins, était, en effet, la qualité dominante de 1 abbé Bexon. Il avait plus d’imagination ~ que de goût. 11 avait ce que donne l’imagination : le

' Le Conservateur, ou Recueil de morceaux inédits d' histoire, de politique, de littérature et de philosophie, t. I", p. 101 elsuiv.'

Paris, 18i)() u«cconde édition).

F.n général, les lellres de Bulïan sont écrites de Monlbard.

DE UEXON

ti'avail facile, l’expression brillante mais vague, et n’avait pas ce fpie le goût seul donne : le travail diflicile et l’expression juste. « Tontes les fois, lui écrit Bnffon, que l’on traite un sujet dans un point de vue général, il faut tâcher d’être court et précis » Court et précis^ c’est ce que Bexon ne savait pas être; et l’on verra tout à l’heure, par plus d’un exemple curieux, comment Bnffon le lui enseigne.

Au reste, rien' n’est plus touchant que l’ahandon confiant avec lequel ces deux hommes se livrent réciproquement leurs pensées.

Je vous envoie, écrit Bufibti à Bexoïi -, le travail que j’ai fait sur cette famille si noml-reusc d’oiseaux (les perroquets);... ce travail mêlait peur pour vous aussi bien que pour moi;... je travaille au préambule, qui sera court cl qui lie contiendra que les qualités particulières et les rapports qui distinguent ces oiseaux de tous les autres, et qui leur doimeiit, par la faculté d’imiler la parole, quelque relalion avec celte faculté de l’iiomme. S'il vous vient quelques idées sur la nature en général de ces oiseaux, vous me ferez plaisii'de me les communiquer...

Ce préambule des perroquets, ou plutôt ce coiiji d’œil profond jeté sur la faculté de la parole, est un des morceaux les plus éloquents de Bnffon; cependant Bexon ne lui en dit rien. Aussi Bnffon lui écritil bientôt, avec un certain dépit : « Vous ne me mar-

' l.cllre XIV.

^ t.olli-o tu.

CORIllGÉ PAR RUFFON

()iiez pas si le préambule des perroquets vous a lait plaisir; il me semble que la métaphysique de la pa- • rôle y est assez bien jasée » Cette métaphysique dépassait im peu la portée de l’abbé Bexon.

lUiffoii convient ailleurs, avec bonbomie, de l’ennui que lui cause le détail infini de l’iiistoire des oiseaux ;

Je vous assure, mon cher abbé, que, quoique je ii aie pas à beaucoup près, comme vous, la grande fatigue de ce travail, il me pèse néanmoins beaucoup, et que je désire autant rpie vous d’en être quille et de ne plus travailler sur des plumes®.

11 écrit enfin à l’abbé Bexon, et rien ne peint mieux son amour vrai pour le travail et le besoin qu il s en était fait :

Soignez-donc votre santé; ce n’est point le travail paisible qui l’altère; du moins je vois par mou expérience que la tranquillité du cabinet me biit autant de bien que le mouvement du tourbillon de Paris me tint de mal^.

François de Neiifchàteau, dans une lettre à Scipion Bexon, frère de notre abbé, lui dit :

Vous avez raison de vous plaindre du silence vraiment étonnant que gardent tous les nouveaux éditeurs de l’Histoire naturelle de Buffon sur la part qui devait revenir

* Lettre VI.

- Lettre XII.

Lettre XV.

DE REXON

dans le succès de cet ouvrage à la mémoire de votre digue frère, Il n’est pas permis d’ignorer l’avcn que Buffon lui-mème a fait de la coopération de l’abbé Bexon aux trois derniers volumes de Y Histoire des oiseaux^ dans l’Avertissement placé à la tête du septième volume in-4®, publié en 1780; mais cet Avertissement, tardif et restreint, ne donne qu’une faible idée des travaux, des recberches et du talent dont votre frère a fait le sacrifice à l’iiistoire de la nature ; ce sacrifice avait commencé, à ma connaissance, dès 1777 '.

Dès 1777, dit François de Neufchàteau, et rien n’est plus vrai. La première lettre de Buffon à l’abbé Bexon est du 27 juillet 1777, et elle commence ainsi :

Je suis très-satisfait, monsieur, et même plus que content, car on ne peut se plaindre que du trop de travail qu’a dû vous coûter la composition des articles que vous m’avez envoyés; il y a, en général, trop d’érudition, et vous ne voulez pas qu’en comparant ces articles avec ceux qui sont imprimés, on voie qu’on a redoublé de science mythologique et d’érudition assez inutiles à l’iiistoire naturelle. J’en retrancherai donc beaucoup, et j’aurai l’honneur de vous envoyer dans peu le premier cahier corrigé de ma main; cela vous servira d’exemple pour ceux de la suite; mais je vous le répète, monsieur, je suis parfaitement satisfait, et vous pouvez continuer, attaquer la famille des hérons et suivre ensuite la classe de tous les autres oiseaux de marais.

' Voyez le Conservateur, ou Recueil (le morceaux inédits, eie. (un Vni, p. viû.

CORRIGÉ PAR RIJFFOX

Vous en avez pour du temps, et je trouve que vous eu avez beaucoup fait pour le peu de semaines que vous y avez employées. Tàcliez, monsieur, de faire toutes vos descriptions d’après les oiseaux mêmes : cela est essentiel pour la précision 1.

Cette dernière recommandation doit être notée, car elle nous fait voir, une fois de plus ', combien Buffon tenait à la fidélité, à la vérité. Je me rappelle avoir entendu dire à M. Cuvier que Buffon était plus exact que Linné, et il avait grande raison. Seulement Buffon n’écrivait pas ses descriptions en termes techniques; et c’est ce qui a trompé beaucoup de naturalistes qui ne se reconnaissent guère en ce genre d’écrits qu autant qu’ils y trouvent un langage particulier, convenu, et, si je puis ainsi parler, le langage officiel de la nomenclature.

Mais revenons à Bexon, et à cet avertissement du septième volume de l’Histoire des oiseaux, que François de Neufchàteau appelle tardif et restreint.

Depuis quarante ans que j’écris sur l’histoire naturelle, y.tlitBuflon, mon zèle pour l’accroissement de cette science ne s est point ralenti; j’aurais voulu la traiter dans toutes ses parties, ou du moins ajouter à ce que j’ai lait l’histoire des oiseaux et celle des insectes; mais comme ces deux objets

* Lettre I.

\oyez, sur 1 attention de Buffon a ne donner que des faits exacts, mon Histoire de ses travaux et de ses idées.

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