‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 21 sur 141 · DE E\UN · texte numérisé non relu

DE E\UN

sont il'uii détail iiuineiisc, j’ai scali que j’avais besoin de coopéra teurs, et j’ai engagé mon très-clier et savant ami M. Gueneaii de Montbeillard, l’nn des meilleurs écrivains de ce siècle, à partager ce travail avec moi; il a rempli une partie de cette làclie pénible jusqu’au sixième volume de cette Histoire des oiseaux; et, désirant aujourd’hui s occuper assidûment de celle des insectes, à laquelle il a déjà beaucoup travaillé, il m’a prié de me charger seul de ce qui restait à faire sur les oiseaux : ce septième volume et les deux suivants seront donc tous trois sous mou nom; néanmoins ce (pi’ils contiennent ne m’appartient pas en entier à beaucoup près. M. l’abbé Bexon, chanoine delà Sainte-Chapelle de Paris, déjà connu par plusieurs bons ouvrages, a bien voulu m’aider dans ce dernier travail ; non-seulement il m'a fourni toutes les nomenclatures et la plupart des descriptions, mais il a fait de savantes recherches sur chaque article, et il les a souvent accompagnées de réflexions solides et il’idées ingénieuses que j’ai employées de son aveu, et dont je me fais un devoir et un plaisir de lui témoigner inibliquement toute ma reconnaissance C

- Voilà tout raverlissement de Biil'fon. Bexon en fut-il content? Trouva-t-il que Buffon en disait assez? On peut en douter; on peut même croire que Buffon en doutait aussi :

Je vous envoie, écrit-il à l’abbé Bexon, 1 avertissement (|ui doit être mis en tête de notre septième volume de.s oiseaux; je crois que vous serez content de la manière dont j’y parle de vous; cependant voyez, mon cher monsieur, si

' Voyez I» lome Vit, page 495 de mon édition de Budon.

CORTlUiÉ l'AR lUIl'I’nK

vous désirez quelque chose de plus. M. Guencau de Moiitbeillard a vu cet avertissement, et c’est pour cette raison qu’il ne faudrait y rien changer; cependant dites-inoi nalurellenient si vous êtes aussi content que je le désire

Je ne sais ce que répondit Bexon, car nous n’avons pas ses lettres. Pour moi, j’aurais dit naturellement que je trouvais l’avertissement très-incomplet; car, d’abord, il y a preuve, par les lettres mêmes do Buffon, que l’union des deux auteurs date, pour le moins, du temps de l’article sur les fauvettes, et les fauvettes appartiennent au cinquième volume.

M. de Buffon fait ses compliments à M. l’abbé Bexon, et le prie de ne venir que dimanche, parce que demain, samedi, il ne pourrait le recevoir; M. l’abbé Bexon en aura d’autant plus de temps pour arranger les fauvettes

Et ensuite je vois clairement par nos manuscrits toute la part que Bexon a prise au sixième volume ; car il y a de lui l’histoire de l’oiseau-mouche, celle du colibri, celle de plusieurs espèces do perroquets, etc., etc.

11 est vrai que, de son côté, Buffon ne négligeait rien pour aider Bexon. 11 avait rassemblé un grand nombre de matériaux pour ses quatre derniers volumes : le Vr, le VIP, le VllF et le IX' ; il envoie Ions ces matériaux à son jeune collaborateur, à mesure que le travail de celui-ci avance.

' Lellro xm.

* Lettre ii.

DE BEXO.N

Je vous envoie, mou Li'ès-cher abbé, la coiue de tous les arliclessui’ les jiics etmarlins-pêcbeiirs... Je vous envoie le travail que j’ai fait sur cette famille si nombreuse d’oiseaux (les perroquets) *... Je vous envoie toutes mes notes sur les hérons, les courlis et ibis, les spatules, le pélican, le cygne, et une petite note sur le martin-pêcheur; et comme ce paquet était assez gros, je vous enverrai une autre fois les oiseaux guerriers^ car je crois que ce sont les mêmes que ceux que vous appelez oiseaux combattants; je joindrai à ce second envoi les notes sur les cigognes, la demoiselle de Numidie, le jabiru, l’oiseau royaP... Vous devez avoir reçu les notes que j’avais recueillies sur les oiseaux-mouches et colibris

A ces premiers matériaux, chose fort utile sans doute, Buffon joint quelque chose de beaucoup plus utile encore : sa direction, ses conseils.

Vous voudrez bien suivre ma distribution et ma méthode pour les perroquets; je les divise d’abord en deux grandes classes, ceux de l’ancien continent et ceux du nouveau monde; dans la première classe je place : les kakatoès,

sur lesquels vous trouverez un petit cahier de six pages; 2" les perroquets proprement dits sur lesquels je n’ai encore r en recueilli, et que vous travaillerez tout à neuf; 3“ les loris sur lesquels je vous envoie un cahier de six pages. Dans la classe du nouveau continent ; 1“ les premiers sont les aras, sur lesipiels vous trouverez environ vingt-quatre pages

' I.cUi'c III.

- Eollrc VI.

■’ LclU'c vu.

CORRIGÉ l'AR RUl FON

d’écnture; 2“ les amazones, un caliier de vingt-huit pages; 5° les papegais, huit pages. J y joins un cahiei' de noies intitulé ; Les Perroquets, et qui a treize pages.

Ensuite viennent les perruches, dont il iaut faire un traité séparé, et qui doit suivre celui des perroquets, en distinguantaulant qu’il est possible les perruches de l’ancien continent de celles du nouveau, et aussi celles qui, dans chaque continent, sont à queue longue ou à queue cour te, à queue étagée ou non élagée, etc. Vous trouverez sur cela trois cahiers, l’un de vingt-deux, le second de huit, et le troisième de vingt et une pages h

En y pensant davantage, Buffon modifie un peu celte distribution, et aussitôt il en instruit Bexon :

J’ai cru devoir changer quelque chose à l’ordre de distribution des perroquets.

Les perroquets de l’ancien continent : 1° les kakatoès; 2'' les perroquets proprement dits; 3“ les loris, qui finissent par les loris-perruches ou loris <à longue queue; 4“ les perruches à longue queue également étagée; 5“ les perruches à longue queue inégale; 6" les perruches à courte queue.

Les perroquets du nouveau continent ; 1“ les aras; 2“ les amazones; 5“ les criks; 4“ les papegais; 5" les perruches à longue queue inégale (j’ai appelé perriches celles de l’Amérique, pour les distinguer des perruches de l’ancien continent, et cé nom perriche est assez en usage); 6“ les perriches à longue queue inégale; 7“ les perriches à queue courte.

Par cette distribution, l’énuniération dn grand nombre

* Lettre ni.

UE UEXUN

de ces oiseaux devient très-claire, et on en saisit aisément les diflerences *.

Sous un si habile maître, le très-laborieux et trèsintelligent Bexon se forma bien vite. Ce qui ennuyai! surtout Riilïon, c’étaient les descriptions-. 11 en avait chargé Daubenton pour les quadrupèdes. Bexou l’en débarrassa pour les oiseaux. Je ne vois presque pas de corrections dans nos manuscrits, tant qu’il ne s’agit que de descriptions. 11 n'en est plus ainsi dès qu’il s’agit de style. C’est que le style, aurait dit Buffon, le style! c’est une autre paire de manches'’.

Voyons donc quelques-uns de ces curieux et précieux exemples où Buffon s’applique à corriger Bexon, et, si je puis ainsi parler, à lui donner des leçons de style, ou, pour mieux dire encore, à lui donner des leçons de travail en fait de style.

Je lire mon premier exemple de l’histoire de Voie.

Bexon avait écrit :

L’oie est parmi le peuple de la basse-cour un babilanl de distinction : sa grande taille, son port droit, sa démarche grave, sa plume nette et lustrée, et plus encore son bumenr sociale, son instinct courageux, l’espèce d’inlelligence

' Lellre vu.

- J’entends ici les descfiptiotis techniques, les descriptions à la Daubenton. « J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre, mou très- « cher abbé, et je vous ferai mon compliment quand vous serez ■( tout à fait quitte de cette nomenclature cl même de ces descrip- K lions d’oiseaux qui sont bien ennuyeuses. i> (Lellre xv.)

'■ Mot familier à liuffon : « Oh ! oh ! la clarilicalion du style ! c’est a une autre paire de manclic.s. »

ir.

coui'.iüÈ r.\n uurio.x

nui la rend suscepliblc d’iiu l'oii attachement, et dhme longue reconnaissance, dont nous donnerons des exemples, sa vigilance enfin pour laquelle les anciens l’ont rendue si célèbre: tout concourt à nous présenter l’oie comme l’un de nos domestiques les plus intéressants, comme il est un des plus utiles pour les usages multipliés auxquels elle sert, morte ou vivante. Son corps fournit une chair ahotidanle, etc.

11 y avait là bien du négligé, bien du lourd, ue fût-ce que cette dernière phrase :

Tout concourt à nous présenter l’oie comme, l’un de nos domestiques les plus intéressants, comme il est un des plus utiles pour les usages multipliés auxquels elle sert, mode ou vivante.

Et d’ailleurs rien de distingué, rien de vif, aucun de ces traits qui frappent, qiii restent, qui font des répulations, qui ont fait la réputation de Histoire de l’oie.

Voici Buffon :

Dans chaque genre, les espèces premières ont emporté tous nos éloges, et n’ont laissé aux espèces secondes que le mépris tiré de leur comparaison . L’oie, par rapport au cygne, est dans le même cas que l’àue vis-à-vis du cheval; tous deux ne sont pas prisés à leur juste valeur ; le premier dcgi'é de l’infériorité parais.saut être une vraie dégradation, et rappelant en même temps l’idée d’un modèle plus parfait, n’ofl're, au lieu des attributs réels de l’espèce secondaire, que ses contrastes désavantageux avec l’espèce première.

-Ifi

DE REXON

Eloignant donc pour un moment celle du cygne, nous trouverons que l’oie est, parmi le peuple de la basse-cour, un habitant de distinction ; sa corpulence, son port droit, sa démarche grave, son plumage net et lustré, et plus encore son naturel social qui la rend susceptible d’un fort attachement et d’une longue reconnaissance, enfin sa vigilance trèsanciennement célébrée, tout concourt à nous présenter l’oie comme l’un des plus intéressants et même des'plus utiles de nos oiseaux domestiques ; car, indépendamment de la bonne qualité de sa chair et de sa graisse, dont aucun autre oiseau n’est plus abondamment pourvu, l’oie nous fournit cette plume délicate sur laquelle la mollesse se plaît à reposer, et cette autre plume, instrument de l’esprit, avec laquelle nous écrivons ici son éloge.

A l'impression, Buffon a fait encore, cai\il avait le don de n’être jamais content, deux ou trois corrections.

Au lieu de : « Eloignant donc, pour un moment, celle (l’espèce) du cygne), » il a mis : « Éloignant donc, pour un moment, la trop noble image du cygne. »

Au lieu de ;« Nous trouverons que l’oie est, parmi le peuple de la basse-cour, » il a mis : « Nous trouverons que l’oie est encore, dans le peuple de la basse-cour. »

Et, au lieu de ; « Cette autre plume, instrument de l’esprit, » il a mis : « Cette autre plume, instrument de nos pensées. »

A propos du macareux, Bexon avait écrit : « Le bec.

CORIllGÉ PAU BUFFON

col ürj^fuio priiicipul tics oiseaux, dans lecjucl résidé la meilleure partie de leurs facultés, de leurs forces, de leur industrie. »

lliiffou corrige trcs-lieureLisemenl, je veux dire très-judicieusemeut ; « Le bec, cet organe principal des oiseaux, et duquel dépend l’exercice de leurs forces, de leur industrie et de la plupart de leurs facultés. »

A propos du héron, Bexon avait dit :

Le bonheur, non plus que la beauté, n’est pas également départi à tous les êtres sensibles. Il en est qui semblent nés dans le dénûmeut pour vivre dans la privation, qui paraissent dévoués à la peine, destinés à endurer la pénurie, à ' lutter contre le besoin, dont la vie douloureuse se consume I dans les souffrances, dont toutes les vertus se boi'ueut à celle de patienter, et toutes les ressources à celle de s’endurcir, dont enfin la peine intérieure, marquant dans tous leurs I traits sa triste empreinte, ne leur laisse aucune des grâces i dont la nature anime tous les autres êtres.

; Après une première correction, que je place en note’, Bul’fon est arrivé à cette autre, qui est restée définitive :

, ' « D.ins l’homme, le bonheur vient de la pureté de l’âme, et con-

’ « sisle dans le bon emploi do ses vertus morales; le bien-être des

« animau-v ne dépend, au contraire, que de la seule puissance des fal « cultés physiques, et, comme leurs formes sont variées à l’infini, il « y en a quelques-uns qui paraissent faits pour jouir de toutes les « aisances de la vie, tandis que d'autres, par imperfection d’organes « ou dénûmeut de facultés, semblent être condamnés à vivre dans la j « privation et destinés à endurer la pénurie. Leur vie pénible se con-

ni'; ifExoïN

Le bonheur ii’esl pas égalemenl départi à tons les êtres sensibles; celui de l'bomme vient de la douceur de son âme, et du bon .emploi de ses qualités morales; le bien-être des animaux ne dépend, au contraire, que des lacultés pbysiipies et de l’exercice de leurs forces corporelles; mais si la nature s’indigne du partage injuste que la société fait du boidienr parmi les hommes, elle-même dans sa marche rapideparaît avoir négligé certains animaux, qui, par imperfection d’organes, sont condamnés à endurer la souffrance et destinés à éprouver la pénurie : enfants disgraciés, nés dans le dénùment pour vivre dans la privation, leurs jours pénibles se consument dans les inquiétudes d'un besoin toujours renaissant; souffrir et patienter sont souvent leurs seules ressources, et cette peine intérieure trace sa triste empi’einte jusque sur leur ligure, et ne leur laisse aucune des grâces dont la nature anime tous les êtres heureux.

Par CCS remaniements successifs, sAns doute que le fond de Bexon s’est fort embelli, mais enfin c’est toujours le fond de Bexon; et, dans le cas présent, ce fond n’est penl-ôli'e pas très-juste. Est-il bien sûr que le héron soit plus malheureux que les antres oiseaux? La Fontaine se moque de ce qu’il

. . . montrait un goût dédaigneux.

Connue le rat du bon Horace ;

« snnic dans tes inquiétudes d’un liesoin toujours renaissant : souffrir U et patienter sonl souvent leur seule ressource; cette peine intérieure « trace sa triste einpicinte jusque sur leur ligure, et ne leur laisse « aucune des sracos dont la nature anime tous les êtres lieureux. »

CÜRUUiÉ TAU 1UM’1'’0N

iiiai.-î ce, n’est pas pour des hérons que la Fontaine coiujxisait ses labiés :

Ne soyons pas si iliKicilcs ;

Les plus accomiiiodaiils, ce sont les plus lial)iles.

Ce n’est pas aux lierons

Que je ]iarlc ; écoutez, liumains, un autre conte.

I Combien de fois n’ai-je pas entendu certains naturalistes vanter connue une idée profonde de Buffon l’idée de la nature s’essayant, s’instruisant peu à peu, et, faille d’assez d’inslruclion, ayant manqué d’abord quelques-uns de ses premiers ouvrages. Eh bien! cette idée profonde, si profondeur il y a, n’est pas de Rnffon; elle est de l’abbé BexonC Je crains bien que cette révélation ne lui nuise un peu : elle ne sera plus ; aillant citée.

Bexon avait dit ;

De toutes les productions que put enfanter la nature, i lorsque, dans sa première fécondité, elle essayait ses forces, traçait les germes et remplissait le plan immense de la vie, celles en qui les [iroporlions d’organes et de slrncture

* .A la rigueur, elle est ilc Lucrèce; la personuilicalion île la ualurc csl (le vieille date :

Ünmia migraiiL;

Oiunia comniulat Nalura, et vertere cogit.

[Lucrèce-, liv. V.)

.MuUaque lum iiiteriisse animnnluin sæcl.a ncccsse e.->t, Kec poliiisse projiagaiulo prociulmc prolcni

[Luem-e, liv. V. '

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