‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 37 sur 141 · I.ES GORE-mOirClIES, niOUClIEROLLKS ET TTRAEVS · texte numérisé non relu

I.ES GORE-mOirClIES, niOUClIEROLLKS ET TTRAEVS

(UEXON.)

Au-dessous du dernier ordre de la grande classe des oiseaux carnassiers, la nature a établi un petit genre d’oiseaux chasseurs, plus innocents et plus utiles, et quelle a rendus trèsnombreux. Ce sont tous ces oiseaux qui vivent ‘ de mouches, de moucherons et d'autres insectes volants, sans toucher - aux IVuils ni aux graines.

EE RECEIGEE.

(UEXON.)

Cet oiseau, fameux par sa délicatesse, n’est ])oint remarquable par ses couleurs.

E’OISEÀV-IMOECBE.

(UEXON.)

Dans le genre volatile, c’est au dernier degré de l'échelle de grandeur que la nature a placé son chef-d’œuvre. Le plus petit des oiseaux en est encore le plus merveilleux ; il réunit tous les dons partagés aux habitants de l’air : légèreté, rapidité, prestesse, grâce, beauté, brillante parure de plus riches couleurs, tout appartient au charmant oiseau-mouche. L’émeraude, le rubis, la topaze éclatent sur son plumage ; dans sa vie tout aérienne, on le voit à peine toucher quelques instants à la terre ; il vole de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur, comme il a leur éclat ; il vit de leur nectar ; on a dit qu’il mourait avec elles : plus heureux, il habite des climats où elles ne se flétrissent que pour renaître, et parent tour à tour le cercle entier de l’année.

(connECTioNS de buffon.)

* Ce sont tous ces oiseaux qui ne vivent pas de chair, mais

qui se nourrissent de mouches...

- Büffon... Sans toucher ni aux fruits, ni aux graines.

HISTOIRE DES OISEAUX

M3S r.Oni-.MOt CHES, mOECHEnOEEES ET XYRAIVS.

(UUFFON.)

N.n. Biiffon n’a fait il ce passage que les deux Irès-pelils cliangenients indiqués en note, et je ne lii place ici que comme preuve de ce que j’ai dit dans le chapitre sur Bexon, que la collaboration de Bexon a commencé dès les moucherolles, et dès le quatrième volume de YHistoire des Oiseaux par conséquent.

le: bccfigle:.

(liOKFON.)

Cet oiseau qui, comme l’ortolan fait les délices de nos tables, n’est pas aussi beau qu’il est bon.

E'OISëAE-MOECHE *.

(boffo.n.)

De tous les êtres animés, voici le plus élégant pour la forme et le plus brillant pour les couleurs. Les pierres et les métaux polis par notre art ne sont pas comparables à ce bijou de la nature; elle l’a placé dans l’ordre des oiseaux, au dernier degré de l’échelle de grandeur, maximè miranda in minimis; son chef-d’œuvre est le petit oiseau-mouche ; elle l’a comblé de tous les dons qu’elle n’a fait que partager aux autres oiseaux ; légèreté, rapidité, prestesse, grâce et riche parure, tout appartient à ce petit favori. L’émeraude, le rubis, la topaze, brillent sur ses habits; il ne les souille jamais de la poussière de la terre, et dans sa vie tout aérienne on le voit à peine toucher le gazon par instants; il est toujours en l’air, volant de fleurs en fleurs ; il a leur fraîcheur comme il a leur éclat : il vit de leur nectar et n’habite que les climats où sans cesse elles se renouvellent.

I Voyez ce que j’ai dit, p. 23, savoir, que le manuscrit de Bexon sur y oiseau-mouche ne porte aucune correction deBuffon.

MAiNUSCP, ITS mî r.IIFFnN

MlliXO.V.l

(l’osl au iioiivoaii inoiulo que la ualure, plus variée et i)lus fécoude dans toutes les productions des régnes de l’eau et di> l’air, a placé ces rares oiseaux. Tous les oiseaux-inouclies sont naturels aux régions de TAuiérique comprises entre les tropi(iues. Si quelques-uns s’avancent eu été plus au nord, ou les voit disparaitre de ces contrées avant les Iriuias; ils suivent le soleil, se retirent avec lui et volent à la suite des zéphyrs sur les pas d’un printemps éternel.

C’est dans ces idées et l’œil frappé de l’éclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux que les Indiens leur ont donné les noms de rayons du soleil, do cheveux du soleil; celui de lomiiiejos, que leur donnent les Espagnols, est relatif à leur excessive petitesse : 1e tomine est un poids de douze grains. « J’ai vu, dit Nieremberg, essayerai! tréimcbet « un de ces oiseaux, lequel, avec son nid, ne pesa pas plus .( de deux tornines. »

Effectivement, la plus petite espèce d’oiseau-moucbe est 11. oins gro.sse qu’un bourdon, et iibisieurs so.it plus petites que le taon, ou la grande mou.be-asile. Leur bec est une aiguille fine et leur langue un fil délié. Leurs petits yeux noirs .sont deux points brillants. Les plumes de l’aile sont si délicates qu'elles eu paraissent transpai’entes; à peine aper(,'oit-0'.i leurs pieds, tant ils sont courts et menus. L’oiseau-mouclie en fait jieu d’usage ; il n’est guère posé que la nuit : le reste du temps, il est emporté dans les airs. Son vol est continu, bourdonuaut et rapide; Marcgrave compare le bourdonn.'meiit de ses ailes au bruit d’un rouet, et l’exprime par les syllabes : hur, liur,liur; leur battement est si vif que, suspe..du en l’air, il paraît immobile. Ou le voit s’arrêter ainsi quelques instants devant nue fleur et partir comme un trait pour aller à une autre; il les visite toutes, plongeant sa langue dans leur sein, les flattant de ,ses ailes ; sans jamais s'y fixer, sans le.! quitter jamais; il ne presse ses inconstances que pour mieux

11 ISTUl li li DES Ul SEAU X (dukfon.

C osl dans les cont ées les pins cl.amies du nouveau monde ,,,,0 -^e irouvenl toutes les espèces doiscaux-niouclies; elles sont assez nombreuses et paraissent conünées entre les deux ,,opiqnes. car ceux qui s-avanceat en été dans les zones te.npérées n'Y Ibnt qu'un court séjour ; ds semblent suiu c le soU i , s'avancer, se retirer avec lui, et voler sur l'ade des zéphyrs a la

suite d'un printemps éternel.

Les Indiens, frappés de l'éclat et du feu que rendent les couleurs de ces brillants oiseaux, leur avaient donne les noms de rayons ou cheueux du soleil. Les Espagnols les ont appelés lomiucjos, mot relatif à leur excessive petitesse; le lomine est un poids de douze grains. « J’ai vu, dit Nieremberg, peser au « trébuebet un de ces oiseaux, lequel, avec son md, ne pesait « que deux toviines, » et, pour le volume, les petites espèces de ces oiseaux sont au-dessous de la grande mouche asile (le laon) pour la grandeur, et du bourdon pour la grosseur. Leur bec est une aiguille line et leur langue un fil délié; leurs petits yeux noirs ne paraissent que deux points brillants ; tes plumes de leurs ailes sont si délicates qu' elles en paraissent transparentes; à peine aperçoit-on leurs pieds, tant ils sont courts et menus; ils en font peu d'usage, ils ne se posent que pour passer la nuit, et se laissent pendant le jour emporter dans les airs; leur vol est continu, bourdonnant et rapide. Maregrave conqiare le bruit de leurs ailes à celui d'un louet et l'exprime par les syllabes hour, hotir, hour; leur battement est si vif que l'oiseau, s'arrêtant dans les airs, paraît non-seulement immobile, mais tout a fait sans action; on le voit s arrêter ainsi quelques instants devant une fleur et partir comme un trait pour aller à une autre; il les visite toutes, plongeant sa petite langue dans leur sein, les llattant de ses ailes, sans jamais s'y lixer, mais aussi sans les quitter jamais ; il ue presse ses inconstances que pour mieux suivre ses amours et multiplier ses jouissances innocentes, car cet amant léger des lleui s

(bexon.)

suivre scs amours, distribuer ses caresses et iiuilLiplier ses baisers.

Cet'àTTtaiit léger des fleurs tire sa substance de leur miel. C’est à le recueillir que sa langue paraît uniquement destinée: composée de deux libres creuses, jointes en un petit canal, et divisée au bout en deux filets, elle a la forme d’une tromiic, dont elle fait les fonctions. L’oiseau la darde hors de sou bec! apparemment par un mécanisme de l’os hyoïde, semblable en petit à celui que nous avons remarqué dans la langue des pics, et la plonge jusqu’au fond du calice des Heurs pour en tirer les sucs. Telle est sa manière de vivre, d’après tous les auteurs qui ont écrit sur l’Amérique, et suivant les meilleurs observateurs : Maregrave, Sloane, Catesby, Feuillée, Labat, Duterire; M. Brovvne joint son témoignage à celui de ces naturalistes. Ils n’ont eu qu’un contradicteur : c’est M. Badier, qui, pour avoir trouvé dans l’œsophage d'un oiseau-mouche quelques débris de petits insectes, en conclut qu'il vit de ces animaux et non du suc des Heurs, comme tout le monde l’a pensé ; mais nous ne croyons pas devoir faire céder une multitude de témoignages authentiques et respectables à une seule assertion, qui encore paraît prématurée ; que l’oiseaumouche, en effet, avale quelques insectes , s’ensuit-il qu’il en vive et s’en nourrisse toujours? et ne semble-t-il pas inévitable qu’en pompant le miel des Heurs, en recueillant leur poussière, il entraîne en même temps quelques-uns des insectes qui s’y trouvent toujours engagés ? Que, s’il était besoin d’ajouter à l’autorité des témoignages qui nous attachent à l’anciemie opinion, une raison, prise dans la nature même, contribuerait à nous y fixer. Ce n’est pas trop, en effet, de la nourriture la plus organique et la plus spiritueuse, telle qu’on sait être le miel, pour suflire à la prodigieuse vivacité de roiseau-mouche, comparée avec son extrême petitesse; pour soutenir tant de forces dans de si faibles organes, et fournir à la

IIISTUIIIE DES OISEAUX

(nOFFON.)

vil à leurs dépens sans les flétrir ; il ne fait tpie pomper leur miel, et e'esi à cet tisage cpie sa langue paraît uniquement destinée; elle est composée de deux libres creuses, formant un petit canal, divisé au bout en deux filets; elle a la forme d une trompe, dont elle fait les lonctions. L’oiseau la darde bors de son bec, apparemment par un mécanisme de l’os hyoide, semblable à celui de la langue des pics ; il la plonge jusqu au fond du calice des fleurs pour en tirer les sucs. Telle est sa manière de vivre d’après tous les auteurs cpii en ont écrit. Ils n’ont eu qu'un contradicteur ; c’est M. Badier, qui, pour avoir trouvé dans l’œsopbage d'uii oiseau-mouche quelques débris de petits insectes, en conclut qu’il vit de ces animaux et non du suc des Heurs. Mais nous ne croyons pas devoir faire céder une multitude de témoignages authentiques à une seule assertion, qui même parait prématurée. En effet, que l’oiseau-moucbe avale quelques insectes, s’ensuit-il qu’il en vive et s’en nourrisse toujours? Et ne semble-t-il pas inévitable qu'en pompant le mier'des fleurs, ou recueillant leurs poussières, il entraîne en même temps quelques-uns des petits insectes qui s’y trouvent engagés? Au reste, la nourriture la plus substantielle est nécessaire pour suffire à la prodigieuse vivacité de l’oiseaumouche, comparée avec son extrême petitesse ; il faut bien des molécules organiques pour soutenir tant de forces dans de si faibles organes, et fournir à la dépense d’esprits que fait un mouvement perpétuel et rapide. Un aliment d’aussi peu de substance que quelques menus insectes y parait bien peu proportionné; et Sloane, dont les observations sont ici du plus grand poids, dit expressément qu’il a trouvé l’estomac de l’oiseauiiiüu. lie tout rempli des poussières et du miellat des fleurs.

Rien n’égale, en effet, la vivacité de ces petits oiseaux, si ce n’est leur courage, ou plutôt leur audace. On les voit poursuivre avec furie des oiseaux vingt fois plus gros qu’eux, s’attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter

JIANUSCUITS l»E ÜUFEU.N

(lIEMlX.)

clépciii^c crc'spi’ils.cnic l'ail un iiiouvuiiicnl pcTpéUicl cl rapide : lu aliiiicuL d'aussi i)eu de substance que quelques menus insc. les y parait bien peu proportionné, et Sloane, dont les ol)scrvalions sont sans doute du plus grand poids, dit expressénie .t qu’il a trouvé l’estomac de l’oiseau-moucbe tout rempli des poussières et du miellat des fleurs.

llien n’égale la vivacité des oiseaux-mouches, si ce n’est leur courage, ou plutôt leur audace : on les voit poursuivre avec l'urie des oiseaux infiniment plus gros qu'eux, s’attacher à leur corps, et, se laissant emporter par leur vol, les becqueter à coups redoublés, jusqu’à ce qu’ils aient assouvi leur petite colère. Quelquefois môme ils se livrent entre eux de ces combats très-vifs; l'impatience paraît être leur âme; s’ils s’appro- ( lient d’une fleur et qu'ils la Iroilvent limée, ils lui arracheiil I ouïes ses feuilles, avec une précipitation qui marque leur dépit. On voit, dit-on, sur la fin de l’été des milliers de fleurs ainsi dépouillées par la rage des oiseaux-mouches. Ils n'ont pas d’autre voix, outre leur bourdonnement, qu’un petit cri de screp, screp, fréquent et répété. Ils le font beaucoup entendre dans les bois dès l’aurore, jusqu’à ce qu’aux premiers rayons du soleil tous prennent l’essor et se dispersent.

L’oiseau-mouche est solitaire, suivant la remarque du docteur Grew; il est difficile, en effet, que des oiseaux, sans ces.se emportés dans les airs, se reconnaissent et se joignent; mais l'amour sait les réunir : on les voit deux à deux dans le temps des nichées. Le nid qu’ils construisent répond à la délicatesse et à l'élégance de l’ouvrier; il est fait d’une espèce de coton ou de bourre soyeuse, recueillie sur des fleurs ; ce duvet est fortement tissu et de la consistance d’une peau douce cl épaisse. La femelle se charge de l’ouvrage ; elle laisse au nifde le soin d’aiiporter les matériaux; on la voit empressée à sa besogne chérie, chercher, choisir, employer brin à liriii les libres de ce doux berceau de sa progéniture, en polir les bords avec

IIISTumii ))IiS OISEAUX

' (llLPKOX.)

il coups redoublés jusqu'à ce qu'ils aient assouvi leur pelilé colère. (Juelquefois iiiéinc ils se livrent entre ou.v de très-vifs combats; l'impatience paraît être leur âme; s'ils s'approdient d’une Heur et qu'ils la trouvent fanée, ils lui arraclientles pétales avec une iirécipitalion qui marque leur dépit. Ils n'ont lioint d'autre voix (ju'un petit cri, scj-ep, screp, fréquent et répété; ils le font entendre dans les bois d's l'aurore, jusqu'à ce (ju'aux premiers rayons du soleil tous prennent l'essor et se dispersent dans les campagnes.

Ils sont solitaires, et il serait difficile qu'étant sans cesse emjiortés dans les airs, ils pussent se reconnaître et se joindre. Néanmoins l'amour, dont la puissance s'étend au delà de celle des éléments, sait rapprocher et réunir tous les êtres dispersés : on voit les oiseaux-mouches deux à deux dans le temps des nichées ; le nid qu'ils construisent répond à la délicatesse de leur corps; il est fait d'un coton tin ou d'une bourre soyeuse recueillie sur des fleurs; ce nid est fortement tissu et de la consistance d’une peau douce et épaisse; la femelle se charge de 1 ouvrage et laisse au mâle le soin d'apporter les matériaux. On la voit empressée à ce travail chéri, chercher, choisir, employer brin à brin les libres propres à former le tissu de ce doux berceau de sa progéniture; elle en polit les bords avec sa gorge, le dedans avec sa queue; elle le revêt à l'extérieur de petits morceaux d'écorce de gommier qu'elle colle alentour pour le défendre des injures de l'air autant que pour le rendre plus solide; le tout est attaché à deux feuilles ou à un seul brin d'oranger, de citronnier, ou quelquefois à un' fétu qui pend de la couverture de quelque case. Ce nid n’est pas [ilus gros que la moitié d’un abricot et fait de même en demi-coupe ; on y trouve deux œufs tout blancs et pas plus gros que des petits pois. Le mâle et la femelle les couvent tour à tour pendant douze jours; les petits églosent au treiziéme jour, et ne sont alors pas plus gros que des mouches. « Je n'ai jamais pu re-

MANUSr.im’S DE DUFFUN

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