‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 4 sur 141 · XV · texte numérisé non relu

XV

INTRODUCTION

mémoires, tous relatifs à des observations ou à des expériences sur les végétaux.

Ces expériences, il venait, chaque année, les faire dans le calme de sa province; les distinctions obtenues à Paris lui donnaient le plaisir d’y être admiré : briller dans son lieu natal eut, pour Buffon, à tous les âges de sa longne vie, une douceur particulière, et si réelle qu’elle semblait retremper les forces de son esprit.

A cette époque, les joies juvéniles se font jour dans les lettres qu’il adresse de Montbard à son ami l’abbé Le Blanc. En 1756, après avoir assisté à la tenue des états de Bourgogne, il lui écrit ‘ : « S’il « m’avait été possible de jouir d’un instant, je n’au- « rais pas manqué de vous témoigner combien j’ai « été sensible à votre souvenir, à vos succès et à

« celui de votre pièce à la cour® Je n’ai pas

« rencontré l’abbé Flory aux états ; je crois qu’il « avait suivi M. de Dijon dans sa disgrâce; vous avez « su sans doute qu’il eut ordre de sortir de la ville « pendant la tenue des états, pour avoir refusé d’y « siéger après l’évêque d’Autun.

« Si je n’ai pas vu vos parents, j’ai en revanche « vu beaucoup de vos amis. Ruffey me demanda si

laux; seul, un mémoire sur le moyen d’ augmenter la force du bois, et plusieurs autres sur la culture, sur le rétablissement des forêts, etc.

* Le 13 juin.

* La tragédie à’Abensaïd.

« vous ne viendriez pas, et il me dit qu’il vous « avait écrit pour vous offrir un appartement chez « lui ; il me parut un peu mortifié de votre si- « lence. Le président Bouhier me fit bien des «questions sur votre compte; il vous aime as- « surément beaucoup ; si vous veniez à Dijon,

« vous y seriez accueilli et rechercbé de tout le « monde. Ne croyez pas, mon cher, que je vous le « dise ainsi parce que Montbard est sur le passage, « et que vous ne pourriez vous dispenser d’y sé- « journer. Je vous assure que je le souhaite beau- « coup, mais la vérité est que l’on vous honore beau- « coup dans votre patrie. J’ai, en mon particulier, « bien à m’en louer; je m’y suis réjoui à merveille, « et M, le duc ‘ m’a fait la grâce de me parler très- « souvent, et de m’accorder une pépinière à Mont- « bard, aux frais de la province. Je suis actuelle-

« ment très-occupé de sa construction

« Savez-vous qu’il doit s’établir à Dijon une Aca- « démie des sciences? Vous connaissiez peut-être le « vieux bonhomme Pouffier, doyen du parlement; « il a laissé des sommes considérables pour cet éla- « blissement, et l’on y travaille actuellement. »

C’est, en effet, avec les sommes laissées par le bonhomme Pouffier, comme l’appelle Buffon, que furent jetés les premiers fondements de l’Académie de Dijon,

* Le prince de Condé.

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en 1740. Elle se compléta, en J 759, par sa réunion tà une Société littéraire qui s’était formée chez le président Rufey.

A quelque temps de là. Le Blanc, introduit près du duc de Kingston, reçoit à Londres une lettre où Buffon lui dit‘ :

« Ne soyez pas surpris, mon cher ami, si je ne « vous ai pas écrit en anglais; je crains tout ce qui « fait perdre du temps, et je n’aime guère ce qui « mortifie l’amour-propre. Vous parlez cette langue « à merveille, et je n’ai garde de vous en faire com- « pliment en la parlant mal ; j’aime mieu.\ vous « dire la vérité que de vous la faire sentir en vous « ennuyant d’un jargon qui n’aurait d’autre mérite « que de vous convaincre de votre supériorité et qui « m’ôterait, auprès de vous, celui de la reconnaître.

« ..... Nous sommes tous charmés de vous savoir à « Londres, et je vous souhaite en mon particulier « bien des plaisirs dans cette grande ville; je crains « fort, ou, pour tout dire, je ne puis espérer pouvoir « vous y aller voir; le pauvre Macdonnel a eu un « second accès de goutte..., enfin, je regarde cette « partie de voyage comme désespérée, dont je suis

« très-fâché Je vais demain faire une boîte où

« il y a des insectes dans de l’espiit-de-vin, la

« Métromanie imprimée, etc J’ai été à la pre-

’ Paris, 4 mars 1737.

« mière représentation d’une pièce qui a très-bien « pris, c’est Maximien, tragédie de M. de la Ghaus- « sée*; je crois qu’elle ne mérite pas absolument « toutes les claques qu’on lui a prodiguées, cepen- « dant il faut avouer qu’elle est bien conduite et « que les caractères sont beaux et bien soutenus...,. « S’il venait quelque espérance pour notre voyage,

« vous en serez d’abord instruit De Brosses loge

« avec moi et vous fait ses compliments. »

«Je suis charmé, lui dit-il dans la lettre suivante^ « des descriptions que vous me faites. Sûr de votre « jugement, j’ai un grand plaisir à juger d’après « vous. Vous faites un assez long séjour en Angle- « terre pour vous mettre au fait de toute la nation. « Je vous engage à prendre là le canevas de quel- « que ouvrage. Vous avez le coup d’œil bon, et « j’imagine que le bon et le mauvais, le conve- « nable et le ridicule de ce pays, ne sont pas difli-

« elles à saisir® Je sais combien je mérite les re-

« proches que vous me faites ; il ne s’en faut guère « que je ne sois aussi paresseux que Kickman * : « c’est une partie de pipe ou de chasse qui lui ôte le

* La Chaussée (Pierre-Claude Nivelle de), né à Paris en 1692, mort en 1754. Auteur de YÉpitre à Clio, du Préjugé à la mode, de V École des mères, etc., etc.

* Montbard, 26 septembre 1737.

^ L’abbé Le Blanc dut à ce conseil le seul de ses livres qui ait réussi : les Lettres d’un Français sur les Anglais.

* Attaché à la maison du duc de Kingston.

« temps d’écrire, et c’est une plantation ou une dé- « molition qui font ici la même chose.,. »

A la suite de ceci viennent de longs détails sur une commission donnée par Milord Duc. 11 s’agit de l’envoi de vins de Bourgogne; le zèle et l’importance sont pris en grand sérieux. A la vérité, dans la même page, Buffon demande un exemplaire d’Horace ; mais, après Horace, il vante les chansons de l’abbé Le Blanc, qu’il chante, dit-il.

Au mois de février 1738, le désir d’aller en Angleterre se fait encore sentir : « Vous êtes donc à Londres, « mon cher ami, pour jusqu’à Pâques? que je sou- « haiterais pouvoir vous y aller joindre, mais je com- « mence à désespérer de notre voyage. M. Macdon- « nel m’écrit que ses forces reviennent si lentement, « qu’il se retire dans son ermitage pour se tranquil-

« liser cela n’annonce guère un voyage prochain,

« et j’en serai fâché par le plaisir seul que je me pro- « mettais de vous voir et mes amis. J’ai prié Du- « fay‘ d’écrire à M. le duc de Richemont, et il m’a « assuré qu’il le ferait, et il a en effet écrit de « Versailles : ainsi, je n’ai pu voir la lettre, mais je « suis persuadé qu’il a parlé de vous comme vous « pouvez le souhaiter

* Dufay (Charles François de Cisternay), né à Paris en 1698, suivit d’abord la carrière militaire, puis celle des sciences. Il a été l’administrateur le plus habile qu’ait eu le jardin royal avant Buffon, et fut l’un des membres les plus distingués de l’Académie des sciences. Ses travaux sur l’électricité sont restés célèbres. Mort le 16 juillet 1739.

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