‹ Des manuscrits de BuffonChapitre 6 sur 141 · XI.II · texte numérisé non relu

XI.II

INTRODUCTION

furent bientôt d un prix infini par le concours qu’elles apportèrent aux travaux de Buffon.

Le 2 mai 1766, celui-ci écrit à madame de Mont-

beillard, dont le fils vient d’être inoculé « Si je

« n’avais pas d’enfant, je saurais tout ce qui vous in- « téresse sur cela, car j’aurais été à Chevigny vous en

« demander des nouvelles Je vous félicite de votre

« courage; je plains tendrement vos inquiétudes »

Comment en aurait-il été autrement? Buffon avait eu d’abord une fille qu’il perdit encore enfant L Lorsqu’il écrivait à madame de Montbeillard : « Si je n’a- « vais pas d’enfant, » il faisait allusion à son fils, Georges-Marie-Louis, né en 1764.

Des jours tranquilles et doux s’écoulaient alors dans l'intimité de la famille.

« J’ai vu l’article du Mercure, » écrit-il à l’abbé

Le Blanc" « Ayant lu une seconde fois, car on

« relit volontiers ce qui flatte, je crus apercevoir « des traits de votre style ét d’autres évidents de « votre cœur, et je vois avec grand plaisir que je ne « m’étais pas trompé. Recevez tous les remercîments « que je vous dois. A l’exception de l’éloge qui est « trop fort, cet extrait est très-bien fait, et ce que « vous dites des orateurs anciens fait bien de l’bon- « neur tà la pbilosopbie — Ma femme, qui vous fait

* Octobre 1759.

- Moiilbard, 22 septembre 1705.

ÜE 15UFF0N.

« bien des ainiliés, a relu l’article dès qu elle a su « qu’il était de vous ; elle l’a trouvé encore mieux

« qu’à la première lecture Ce que vous m avez

« marqué de M. de la Bourdonné m’a fait grand « plaisir, car je fais plus de cas de son jugement que « de celui de tous les philosophes dont vous me parce lez, fussent-ils même de bonne foi. C’est un homme « de beaucoup d’esprit et de sens, et qui de plus a « sur eux l’avantage de connaître le monde et de le « bien juger. Faites-lui nos compliments, je vous (c supplie »

Précédemment à cette lettre, Buffon, qui, sur ce point, était en possession d’un fonds inépuisable de consolations, avait écrit à Le Blanc toujours malencontreux dans ses prétentions : ce J ai été aussi « surpris qu’indigné de cette élection de 1 Académie (( française, que vous m’avez apprise; vous avez raic( .son, c’est plus contre Duclos, contre Voltaire, et (( contre d’autres que l’on agit que contre vous et « contre les autres aspirants. C’est le temps du règne « des médiocres ; mais, quoiqu ils soient en grand c( nombre, et que ce nombre augmente chaque jour c< par le succès de leurs cabales, il faut espérer qu ils c( ne réussiront pas toujours, et je sais bon gré à Sau- « rin* d’avoir vu tranquillement la plate préférence

‘ Monlbard, le 23 mars 1701.

- Saurin (Bernard-Joseph), né à Paris en 1706; nommé membre

xuv

INTRODUCTION

« cju ils ont donnée a 1 abbe Trublel. Je voudrais, « mon cher ami, que vous eussiez un peu de cette « tranquillité ; les choses changeront de face, et peut- « être à 1 heure que nous y penserons le moins. « Donnez-moi des nouvelles de la seconde élection; « car, quelque dégoûté que je sois de l’Académie, j’y « prendrai toujours intérêt à cause de vous »

La santé de madame de Buffon s’affaiblissait de jour en jour. En 1767, Queneau reçoit ce billet : « Quoique notre pauvre petite malade soit mieux,

« venez la voir, mon cher monsieur je suis sûr

« du plaisir que vous lui ferez. Je ne vous parle pas « du mien ; j’aurais besoin de vous voir tous les « jours pour être parfaitement heureux. »

A quelque temps de là, indispensablement obligé de s absenter, Buffon adresse encore à Montbeillard deux billets qui nous ont conservé la trace d’une confiance sans bornes : « Le service, mon cher mon- « sieur, que vous et madame de Montbeillard voulez « nous rendre est si grand, que je n’ose vous y en- « gager un peu et ne puis vous en remercier assez. «Je suis sûr que notre pauvre malade en sera com- « blée; elle n’aime personne autant que sa bonne « amie : elle me l’a dit mille fois »

Et, dans le billet suivant : « C’est le service le plus

de l’Académie française en 1761; mort en 1781. Auteur de Spartacus, etc.

« touchant et le plus essentiel que vous puissiez me

« rendre que de recevoir, dans mon absence,

« notre pauvre malade pendant douze ou quinze

« jours Ce sera un surcroît de reconnaissance.

« Vous en multipliez chez moi les motifs à chaque « instant. »

Quelques mois plus tard, la pauvre malade succombait C

Queneau s’était attaché à Buffon; il s’occupait de sciences; il était écrivain, homme de goût et ami : comment aurait-il refusé sa plume ? Longtemps il se défendit, comme d’une témérité, de placer des pages écrites par lui à côté de celles de Buffon. Celui-ci sut vaincre sa résistance. Mais à cette collaboration, d’abord voilée, il serait difficile d’assigner une date précise.

Toujours dominé par la vue d’ensemble, par le désir de remplir le cadre qu’il s’était tracé, Buffon trouvait en lui-même une activité infatigable. Montbeillard, moins enthousiaste, moins énergique, moins constant, et d’ailleurs d’une santé délicate, était, dès 1769, en quête d’un adjoint laborieux. Le 17 mai, Buffon lui écrit : « Faites-moi part de la réponse du « cher abbé. Je me tiens toujours prêt pour lundi, à « moins qu’il ne veuille autrement. »

Cet abbé se présente, c’est Bexon; il n’a que vingt

* Au commencement de 1769.

INT-RODIICTIOIS.

cl un ans, mais il possède au suprême degré cette qualité d’être laborieux. Longtemps il devra travailler avant que ses écrits prennent place à côté de ceux du maître. Ses premiers articles ne parurent qu’en 1777.

Buffon eut l’art de découvrir, dans chacun de ses collaborateurs, ce qu’il était susceptible de donner, et de lui faire produire tout ce qu’il pouvait donner. A ses encouragements, chacun d’eux eût pu répondre, comme l’abbé de Saint-Pierre à madame Geoffrin : « Je ne suis qu’un instrument dont vous « avez bien joué. » Il se sert du savoir anatomique de Daubenton, mais il n’attend de lui que des descriptions ; il ménage Monlbeillard, il l’estime, il l’aime, il compte sur son goût, sur sa délicatesse, lui demande des avis, et se réserve le droit de lui en donner.

« Je suis très-flatté, mon bon ami, » lui écrit-il ‘,

« que vous ayez adopté mes corrections Vous

« verrez peut-être avec, regret que j’ai sabré de « longues tirades : mais il n’y a pas une suppression « ou une correction dont je ne puisse vous donner

« la raison; et, si j’étais auprès de vous, je crois

« que vous seriez de mon avis Enfin j’ai traité

« vos feuilles comme les miennes »

Bexon est celui de ses collaborateurs sur lequel

^ Monlbard, 5 octobre 1775;

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