EXPLIC\TIONS ET RÉPONSES
Deux mots, si sublimes qu’ils expriment la création de tout ce qu’embrasse l’univers, ne semblent-ils pas devoir envelopper les images de ces formalions immenses que les premiers instants de l’existence du momie virent sortir des mains du Créateur? Or, dans ces deux mots mystérieux, où la terre est nommée avec le ciel, où un point est compté avec l’immensité — au commencement Dieu fit le ciel et la terre — n’entrevoit-on pas que la terre appartenoit alors au ciel d’une manière beaucoup plus étroite que lorsque l’on put concevoir qu’elle en étoit entièrement détachée? C’est alors que je puis penser que dans ce ciel, océan de feu, d’où jaillirent des globes innombrables, la terre, pénétrée ellemême d’un feu qui n’étoit point pour elle de la lumière, étoit vide et nue, et le demeura de même jusqu'à ce que l’ex-
' I,c lecteur n’oublie pas que ce projet d’explications et de réponses est de Pexon.
IMliCKS .llISTII''lC.VTIVIiS
liiiclioii tic son feu la couvrît de ténèbres proprement dites, (pii en efl’et ne l’offusijiièrent pas plus que ne ponvoit faire sa propre incandescence, puisqu’il ejt reconnu que la seule réflexion des rayons sur des coiqis oparpies peut produire des images, ipie dans le foyer iiiémede la lumière tout objet est invisible, et (pi’iin œil placé dans le soleil ne verroit rien de l univcrs? C’est après ces ténèbres du chaos, où les feux et la nuit confondus ombrageoient à l’envi la terre; c’est dans ce premier instant d’équilibre et de repos, que la lumière jaillit sur elle, que le soleil exista pour elle, et que la lune lui prêta sa cLrté. Loin donc(|ueje nie (jue les premiers temps de la terre n’aient commencé par une nuit totale, je reconnois quelle ne put jouir que par la suite d’une clarté proprement dite, et que son premier état, qui la rendoit accidentellement lumineuse pour d’autres globes, étoit d’être pour elle-même un abîme absolument sans lumière.
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Ce qui est avancé ici n’e.'t donné que comme conjecture, et je reconnois, eu examinant plus [irofondément ce point, que l’établissement de la végétation sur de grandes portions (le la terre a pu et même dù précéder la production de la nature vivante au sein des eaux; et qu’en effet l’on peut encore admirer ici l’accord des monuments de la nature avec la narration de l’écrivain sacré ; car il est très-possible, et même probable, (luc la chute des grandes cavernes eût absorbé une partie de l’ancien océan, et par conséquent découvert des portions élevées du globe, où dut s établir dabord la végétation, avant que l’océan lui -même ne fût
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uarvcnu au point de température favorable à la naissance des êtres vivants dont il plut alors au Créateur de le peupler : ainsi la première production des végétaux a précédé, dans ce point de vue, celle des animaux vivants au sein des ^ mers; et ce n’est que relativement à la retraite subséquente de ces memes mers, et à l’établissement de la végétation étendue de proche en proche sur les terres qu’elles abaiidonnoient, que l’on peut dire que la population des eaux et la naissance des végétaux sur une grande partie de la terre sont contemporaines.
Sans doute qu’un coin de la terre planté de la main de Dieu même n’attendoil pas que la foihle main de l’homme vînt le féconder et l’embellir; mais cet heureux asile de l’homme innocent fut, comme on sait, efface duneteiie qui ne poiToit plus que des coupables: c’est à ces tristes origines que nous sommes forces de nous arrêter, piiisqu il ne resta rien de la félicité première qn’un souvenir et des regrets; et, en considérant le globe en ce dernier état, il faut avouer que, dans toutes ses parties, l’homme a subi l’arrêt qui le condamnoit à lutter contre la nature pour se la rendre favorable, et qu’il n’eu est aucune en effet où la persévérance et les efforts de l’homme n’aient dû seconder la nature pour amener cet heureux degré de température et de fécondité qui fait de notre séjour, no.i pas à la vérité un paradis, mais un lieu d’exil adouci ou du moins assez supportable.
Ce n’est pas du premier homme, ni de l’heureux et traii-
IMÈCES JUSTIFICATIVES
quille séjour (|u’il liabita si peu de temps, mais de ses descendanls malheureux, et de la vaste demeure de peine, d’angoisse et de mort, où ils furent tous jetés, que j’ai voulu parler, en les peignant éperdus et tremblants devant les puissances de la nature irritées, et qui sembloient les menacer de toutes parts; aussi n’ai-je pas dit le premier homme, mais, X&'s, premiers hommes, témoins des mouvements convulsifs, etc. Quant à Adam et Eve dans le paradis, je sais parfaitement qu’ils ne rougissoient point et n’avoient pas à rougir de leur nudité, que ce n’étoit point une nudité honteuse et affligeante, et j’avoue qu’en parlant de la nudité de leurs tristes entants, c’est surtout sur la nudité d'esprit qu’il me semble ([ue doit tomber tout ce que l’expression peut comporter d’idée d’aftliclion et de honte.
Et pour ce qui regarde la crainte ([u’imprimoit aux ])remiers hommes la fureur des animaux féroces, on ne peut se dissimuler que l’homme n’ait été dépouillé de son empire sur eux en même temps que de ses autres prérogatives, que dès lors ils ne soient devenus pour lui des ennemis redoutables que l’art seul, joint à la force, a pu dompter.
' Je sais de plus qu’.\dam, en signe de son domaine sur les animaux, les nomma tous; mais ces dénominations ont été sans doute perdues, car il paroît qu’il a fallu en créer d’am très dans toutes les langues ; les rabbins sont, je crois, les seuls qui aient soutenu que ces dénominations primitives ctoient conservées dans la langue hébraïque, et que de plus elles renfermaient la véritable notion des vertus et du naturel de chaque animal ; mais nous sommes forcés d’avouer qu’en consultant les noms hébreux des animaux rela-
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livenieiit à leiii- histoire naturelle, nous n’avons pu y ilécouvrir cette énergie.
Toutes les clioses que la rpvélatiou nous fait connolire • étant nécessairement de celles que la nature ne peut ni nous offrir ni nous apprendre, il suit (pie la prédiction de saint Pierre sur la destruction du monde doit nous l’annoncer d’une toute autre manière que de celles que nous pourrions conjectui’er par la suile des inductions naturelles; or celles-ci paraissant toutes nous convaincre du dépérissement futur du globe par l’extinction graduelle de la chaleur qui lui est propre, il suit que la prédiction de saint Piei're reçoit de cette hypothèse même le caractère le plus respectable et le plus important de la révélation, cpii est d’annoncer des choses entièrement au delà de la nature, et que par ses propres forces elle ne peut pas plus Itiii'e prévoir que faire arriver.
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L’époque de la séparation des deux grands conlinenls |)cnt bien être plus ancienne cpie la date des déluges, sans que celle de la première existence du genre humain en soit reculée an delà des bornes que les traditions sacrées lui assignent, puisque cette séparation peut s’êtie faite avant qu’il n’y eût des hommes; la conjecture qui fait rapporter cette séparation au moment de la submersion de rAtlan* tide ne doit point s’opposer à cette possibilité; premièrement, ce n'est (pi’une simple conjecture ; en second lieu, ce qui est dit de la puissante population de l’Atlantide
l'IÈCKS JUSTll-’ICATlVES
n’esl fondé que sur un récit de Platon; or il est clair que, dans la concurrence une autorité de ce philosophe ne peut jamais balancer celle de Moïse.
Rt quant à l’ancien peuple savant auquel il avoit peutclre fallu trois mille ans pour trouver la période luuisolairc,
UC put-il pas être détruit et disparaître dans ce point même de sa splendeur, sans (pie par couséiuent sa durée ait excédé celle qui peut être renfermée dans l’étendue des huit mille ans fixée par les interprétations permises de la chronicpie sacrée?
• Le déluge universel étant en lui-même un article de foi, piiisqu’aucune cause nalui'clle ne peut produire sur le globe une fois découvert, un déluge véiâtablement universel, et que l’Écriture nous le fait en effet regarder, non comme une catastrophe de la na'.nrc, mais comme un fléau versé par la vengeance divine, ce n’est point sur ce déluge que. j’ai pu raisonner (piand j’ai parlé de ceux qui sont arrivés p:ir la snilc des révolutions du globe ; ainsi les inductions tirées des temps, soit du déluge des Grecs ou d’Ogygès, soit de celui dont les Égyptiens avoient conservé la mémoire qu'ils avoient pu transmettre aux Hebreux , ne I peuvent fournir matière à aucune difficulté concernant i l’épocpic du déluge universel, que je crois d’autant plus j |)ar la foi, qu’il doit, comme je viens de le remanjuer, i moins être compris dans l’iiistoire de la nature. j
Loin que ce quej’ai dit sur l’interprétation légitime de