I-IKCKS .lUSTIKICATtVËS
rKn-iliire, dans les points où les véi’itcs naturelles doivent nécessairement se concilier avec elle, puisse autoriser les physiciens à en négliger le sens, je crois leur avoir donné nn exemple, non-seulement dn soin avec lcrpiel on doit chercher à le pénélrer, mais dn res|icct avec lequel on doit toujours regarder celte sainte Écriture, et des efforts que l’on doit faire pour y rapporter tout ce qu’une observation constante fait découvrir de vérités dans I histoire delà nature. Si mes icntalives n’éloient point heureuses, mes inientions du moins seroient estimables; et il y auroit plus que de l’inconséquence à m’objecter /pie j’ai aulrelbis réfuté des physiciens pour avoir proposé des systèmes inconciliables avec le récit de .Moïse, puisqu'ici je donne un nouvel exemple dn soin avec lequel on doit chercher à les concilier. Si j’ai dit que l’iiistoirc sacrée étoit écrite dans une langue pauvre, ce qui est reconnu de la langue hébraïque par tous les savants, ce n'est ipic pour mieux faire sentir la nécessité de porter la réflexion la plus profonde à l’interprétation de Ions les mois dn livre sacré (pu peuvent embrasser l’élendne des notions mélaphysi/pies, ou envelopper comme en énigmes les vérités de la nature : et il faut avouer avec moi que les inlerpréialions bornées on factices de l’ignorance, on le servile altacbemenl à la lettre, rendroient cette sainte parole aussi inintelligible qu’elle devient claire et lumineuse quand on en développe les sens profonds et qu’on ou pénètre l’esprit.
Je reconnois la différence immense qui se trouve entre les vérités révélées et celles que la simple observation nous
tü
l'IECKS JUSTIFICATIVES
l'iiit découvrir; j’avoue que la cerliUide de la vérité physique, fondée seulement sur l’observaliou, n'est jamais égale à celle que doit produire le témoignage de Dieu même; et je m’étonne meme que l’on ait semblé accorder que ces deux certitudes puissent quelquefois être de niveau h Mais je pense qu’il faût m’accorder aussi que ces certitudes, si différentes eu elles-mêmes, se rapprocbent dans la manière dont nous les acquérons toutes deux, qui est également le rapport conslant de nos sens, ici sur les phénomènes que nous présente unirormément la nature, là sur la suite non interrompue d’une Iradition authentique et transmise sans altération par tons ses organes.
L’aveuglement des philosophes dont parle saint Paul, sur les grandes vérités que prêchent les merveilles de la nature qu’ils ont coimues, ne peut pas plus nuire à la persuasion qu’elles produisent sur les vrais sages que l’incrédulité de ceux qui résistent à la foi ne nuit à la conviction des vrais chrétiens qui lui soumetlenl leur esprit. C’est en — vain (ju’on objecte que les grandes vérités physii|ues et astronomiques ne sont à portée que d’un petit nombre d’hommes : c’est pour ce nombre, petit mais précieux pour sa couviclion et sa persuasion, que Dieu a donné à ces vérités tant de force et de majesté, et qu’il a fait du spectacle de l’univers le magnificpie emblème d’une intelligence et d’une puissance infinie.
* Ce qu’on appelle vérités pliysiques connues pal’ des observations n’est pas aussi certain que les vérités que Dieu nous révèle, ou du moins ne l'est pas toujours. (Obs; de Jlessieurs de Sorbonne.)
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Ce ii’esl rien ôter de leur force aux miracles particuliers que Dieu dans certaines circonstances a voulu faire éclater aux veux des hommes, que d’écouter en même temps la voix toujours parlante des merveilles de la création, de ces grands miracles de la nature qui nous enseignent sans cesse celte science divine, que, suivant une expression sublime et sacrée, le jour annonce au jour et la nuit révèle à la nuit, bes miracles particuliers, dira-t-on, agissent plus gé--, néralement et sur un plus grand nombre; je l’avone, mais les miracles de l’univers n’en agissent que pi us puissamment sur le petit nombre des esprits qui, se tirant de l’ignorance aveugle de la foule commune, s’élèvent à la contemplation des œuvres admirables de la Divinité.
Le système des époques, pour ce qui concerne la formation des planètes, est une hypothèse, et, loin de rétracter ce qne j’ai toujours pensé et ce que j’ai dit autrefois de la subordination des idées systématiques à des vérités d’un ordre infiniment plus l'espectable, j’ai, dans cet ouvrage même, renouvelé là-dessus ma soumission et ma déférence. Mais, quant à la partie des faits, j’avoue .. que je regarde mes Epoques comme un ouvrage vraiment historique, parce qu’en eflèt les faits y sont authentiques et constatés, et qu’à moins d’anéantir les preuves innombrables qne toute la nature nous en fournit, il faut rccounoîlre avec moi que le globe a passé par toutes les révolutions dont nous avons suivi les traces empreintes sur toute sa surface. C’est donc à concilier ces faits, puisqu’on ne peut les détruire, que doivent se porter tous les efforts
IMftCF,S .lüSTII'lCATI VKS
(les esprits sages; que si mn coiicilialioii n’étoit pus aussi complète et aussi solide que je la crois, ce ne seroit i|u’uiie raison de plus pour chercher à eu tiouver une autre; aucune découverte n’ayant été faite jusqu’à présent dans la nature qui n’ait pu se conrilier avec les principes sacrés, et réciproquement aucune vérité physique bien établie n’ayant pu jusqu’ici être attacpiée par l’Ecriture, sinon lorsqu’on sc rcl’usoil à l’interpréter et à l’entendre, comme trop souvent la présomption, l’obstination et l’ignorance en ont été la cause; cause luneste, puisqu’elle a compromis inulilemenl et sans fruit les principes respectables de la religion, en même temps que flétri la raison et affligé l’iiumanilé.
iVvcE xcii. C’est en effet à M. de Breteuil^ à donner des ordres au Jardin royal, et non à M. d‘ Angeviller, qui 11 y est rien tant que j’y serai.
Non-seulement Buffon ne supportait aucun empiétement sur son autorité, mais il la voulait entourée des formes les plus pompeuses, l/échantillon suivant (dont le modèle est resté dans les archives de l’administration du Jardin des plantes) prouve qu’eu ce genre il allait jusqu’au luxe.
« Nous, Georges-Louis Le Clerc, chevalier, comte et seigneur de Buffon, la Mairie et 1 s Berges, vicomte de Qnincy, Rougemont et autres lieux, l’im des Quarante de r.\cadémie Française, trésorier periiétuel de l’Académie royale des sciences à Paris, des Académies de Londres, Édimbourg, Berlin, Pétersbourg, Rome, Florence, Bo-
‘ Ministre de la maison du Uni.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
lo"iie, Philadelphie, Boston, etc., etc., Intendant dn Jardin et Cabinet du Roi, à Paris, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.
« Sur ce ([ui nous a été représenté que l’office de professeur de chimie aux écoles dn Jardin du Roi... est actuellement vacant par le décès du S. Macqner, et qu il est nécessaire de nommer un successeur capable de remplir les fonctions de cet office de professeur de chimie aux écoles dudit jardin. Eu conséquence et en vertu des pouvoirs à nous accordés par le Roi, ainsi qu à nos prédécesseurs Intendants dudit Jardin royal, de iiommei et présenter à Sa Majesté, tons les officiers qui dépendent de cet établissement, nous nous sommes duement informés de la personne et de la capacité du sieui .\ntoine-François Fourcroy, docteur eu médecine de, lu Faculté de Paris, comme aussi de sa bonne vie et mœurs et religion, l’avons, sous le bon plaisii de Sa Majesté, nommé et présenté, nommons et présentons par ces présentes, pour être etc.
« 23 lévrier IISI. »
A M. de Lacépè le sollicitant un ollice au Jardin royal, lintVou demanda l’engagement suivant ; ^
« J’ai riionneur de déclarer et d’assurer a M. le comte de Bufl’ou que si je suis assez heureux pour obtenir qucl- ([ue place qui demande que l'on réside à Paris, je renoncerai à tout emploi ou service étranger, incompatible avec la résidence dans cette capitale.
« l.e comte nr. Eacki'èiu;
(( 5 (léceiiibrc 'l'î8i. k
NKCES JUSTIF ICATIVRS
Page xciii. U le maria n'ayant encore que vingt ans.
La jeune femme qu’avait choisie Buffon était orpheline fie père; deux cent mille francs lui appartenaient à titre d’hérilage. Buffon se chargea de gérer la fortune des jeunes gens.
Dans le registre des dépenses courantes qu’il tenait se trouve cette note :
« Je donne à mon fds 4,500 livres par quartier, ce qui fait 18,000 livres par an. Or, je lui donne H,000 livres en un seul payement au commencement de chaque année, et madame la marquise de*.... lui donne 2,000 livres par chaque an, ce qui fait en tout’ 31,000 livres .
« Payé à mon fds jnsques au 7 février 1787. »
Un antre registre constate minutieusement les produits de ses terres, prés, vignobles, maisons, etc., etc., et enfin les revenus ou appointements que lui payait l’État.
« 1" Ma place d’intendant du Jardin et Cabinet du roi me vaut 6,000 livres, qui sont payés par semestre par l’administration des domaines du roi. Le sieur Lucas est chargé du recouvrement.
« 2“ Il m’a été accordé par le roi, après trente-cinq ans de service, une somme de 3,000 livres en supplément de mes appointements par une ordonnance sur le trésor royal, dont il faut tous les ans solliciter l’expédition.
* 'Sa iveik-mùi ft.
pikcf;s justificatives
« Reçu loutes les années jusques et y compris le 31 décembre 1786.
« O» 11 m’a été accordé par le l’oi une pension de 6,000 livres, dont 4,000 sont réversibles sur la tête de mon fils et qui me sont payées au trésor royal.
« Reçu toutes les années jusques et y compris le 31 décembre 1786.
« 4“ J’ai une pension, en qualité de trésorier de l’Âcaiiémie des sciences, de 3,000 livres.
« Reçu tout.;s les années jusques et y compris le 34 décembre 1785, ainsi l’année 1786 m’est due.
« 5° Le roi a eu la bonté de m’accorder sur sa cassette une pension de 800 livres par an, laquelle se paie d’avance et par quartier.
« Reçu tonies les années jusques et y compris le quartier d’octobre 1786.
« 6“ Le roi m’a accordé une gratification annuelle de 4,000 livres sur la caisse du commerce, et qui se paie chez M...., par six mois, sur ma simple quittance.
« Reçu jusques et y compris le 31 décembre 1786. »
Page xciv. Les instructions les plus dignes, les plus touchantes que puisse inspirer un esprit ferme et juste uni à lin cœur hautement moral.
Elles furent portées par M. Faujas de Saint-Fond. Le jeune Ruffon servait dans les Gardes françaises à l’époque de son mariage; il quitta ce corps en 1786 pour entrer comme cnpilaine dans le régiment de Chartres. Incapable de concevoir un soupçon injurieux, il s’était laissé éloi-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
gner. Le 22 juin 1787, son père lui écrit ; « L’hon-
neur vous commande, avec moi, de sortir de votre régiment
pour n’y jamais rentrer » La démission du jeune homme
lut remise au roi. Le maréchal de Ségur le lit, plus tard, rentrer dans un autre corps. Dans les premiers jours d’avril 1788, madame Necker lui adrcs.sc celte lettre ;
« Vous êtes major en second, monsieur; je le sais de|niis deux jours, mais c’est encore un secret, et je n’ai pas même aujourd’hui la permission de vous le dire: ainsi n’en parlez absolument qu’à votre sublime père, on me l’apprendra en forme quand vous devrez le savoir et remercier. Au reste, ce que je vous dis est sûr. Madame de Grammont et M. de Guibert ont mis le plus grand zèle dans votre cause, cl M. de Brienne s’y est prêté malgré tous les obstacles; j’ai déjà témoigné ma reconnaissance, mais nous conviendrons ensemble des visites que vous aurez à faire, quand la chose sera connue. C’est une nouvelle obligation que vous avez à votre sublime père, votre respect filial vous a bien servi dans 1 opinion. J'avais faitcopier votre billet, celui qui accompagnait cette ravissante lettre sur l’ouvrage de M. Neckei', et tout le monde a lu ce billet aussi avec attendrissement; .si j’étais capable de quelque mouvement de joie, cet événement me l’aurait donné. Adieu, monsieur, redoublez de soins, s’il est possible, auprès de ce lit de douleurs, et que vos vertus vous rendent digne du nom cpie vous portez ; mille compliments et amitiés. »
Page xciv. .lu mois do üdcombro il fit son testnment.
Voici un extrait de ce lestameni :
PIÈCES JUSTIFICATIVES
(( Par-<ievtiut les conseillers du roi, notaires au Châtelet,
« Fut présent iM. Georges Louis le Clerc de Buffon, seigneur, etc., etc.
(I Trouvé par les susdits notaires dans un cabinet ayant vue sur le jardin au premier étage ilu bâtiment de 1 intendance diulit jardin, dans son lanteu'il, malade de corps, mais sain d’esprit, mémoire et jugement, etc., elc
« Je laisse à mou fils les soins de faire coiivenablemëiit mes obsèques et de donner aux pauvres les aumônes qu il jugera à propos.
« Je prie ma très-respectable et plus chère amie, madame Necker, d’agréer le legs que je prends la liberté de lui faire du déjeuner de porcelaine qui m a été donné par le prince Henri de Prusse; on remettra aussi à madame Necker la boîte sur laquelle elle a eu la bonté de me donner son porirait.
« Je donne et lègue à M. le chevalier de Buffon, mon frèi’e, trois mille livres de rente eu pension viagère exempte de toutes retenues, etc.
(I Je donne et lègue à madame Nadault, ma sœur, deux
mille livres de rentes en pension viagère, etc., elc :
elle en recevra les intérêts sur ses simples quittances sans avoir besoin de l’autorisation de son mari. De laquelle rente la moitié sera réversible sur la tète de mademoiselle .Sophie Nadault, ma nièce.
« Voulant reconnaître les soins, le zèle et la fidélité de la demoiselle Blesseau, surveillanle de ma maison depuis dixneuf années, je lui donne et lègue quinze cents livres de rente viagère, et je lui donne et.lègue en outre cinq années de ses gages à raison de six cents livres par année, ce qui fait une somme de trois mille livres nnefois payée que j’en-
riÉCES JUSTIFICATIVES
tends lui être délivrée dans les six mois de mon décès
« Je confirme la pension d’aumônes viagères de huit cenis livres par année que j’ai faite au révérend père Ignace hougof, ancien gardien des capuciniens et actuellement vi-
caiie desservant ma paroisse de Buffon, et entends en
outre que ledit révérend père Ignace Bougot conserve la jouissance .pendant sa vie de tons les meubles meublants, effets mobiliei's, même de la vaisselle d’argent qui m’apparliennent et qui se trouveront dans ma maison seigneuriale de Buffon et dépendances d’icelle.
« Je donne et lègue au sieur Lucas, huissier de l’Académie des sciences, une somme de trois mille livres une fois payée, en reconnaissance des services assidus qu’il m’a toujours rendus.
« Je donne et lègue à M. le vicomte de Saint-Belin, mon neveu et filleul, un diamant de la valeur de huit mille livres.
« Je veux et entends que tous les legs par moi ci-dessus faits soient délivrés francs et quittes de tous droits d’insinuation et autres, lesquels seront entièrement à la charge de ma succession.
« Je fais et institue Georges-Louis-Marie Le Clerc de ButTon, mon fils unique, mon héritier et légataire universel dans tous les biens dont je mourrai pourvu
(( Je veux et j’entends que les deux cent mille livres que j’ai reçus à compte sur la dot de madame de Buffon (sa bellefille) soient affectées spécialement sur les fonds qui m’appartiennent et qui forment les cinq huitièmes de la valeur des privilèges de \’ Histoire naturelle et de tous les volumes qui en font et feront partie, montant à plus de trois cent mille livres, ce qui est plus que suffisant pour le remboursement
PIÈCES JUSTIFICATIVES
(le ladite dot, le cas y ccliéuiil; en conséquence, j’engage mon fils à faire emploi des fonds qui proviendront dudit privilège jusqu’à concurrence de deux cent mille livres eu acfpiisition de contrats sur les états de Bourgogne on autres, à tilre de remploi des deniers dotaux de ladite dame de Bufi’on, afin (pie le surplus de mes biens soit déchargé de tonte affectation relativement aux créances de ladite dame pour les deux cent mille livres que j’ai reçus de sa dot.
« Je nomme et choisis pour exécuter mes dernières intentions, M. le chevalier de Bulfon, mon frère, et M. le chevalier de Saint-Belin, mon beau-frère; je les prie de vouloir bien me donner cette dernière preuve de leur attachement et d’aider de leurs conseils mon fils ; je l’exhorte à se conduire en tout par les sages avis de ses oncles.
« Je révoque tous testaments, codicilles et autres dispositions de dernières volontés que j’ai faits avant le présent testament, auquel seul je m’arrête comme contenant mes dernières intentions »
Page xciv. Il se souvint alors douloureusement des plans de M. d’Angeviller, et fit un dernier effort pour ressaisir cette survivance tant désirée pour son fils.
11 écrivit à M. de Breteuil. 11 fit écrire par son fils au marquis de la Billarderie, frère de M. d’.4ngeviller. Celui-ci quij seize ans auparavant, avait obtenu que la survivance du Jardin royal lui serait accordée, n'osa j)oint alors faire valoir ce titre, bien cpi’il eut reçu de Buffon une sorte de démission. Voici la réponse du marquis de la Billarderie au jeune comte de Buffon :
l'IÈCES .lUSTll'lCATtVES
({ J’ai écrit hier à mon frère, monsieur, comme je vous l'avais promis; ii’ayaul pas reçu la réponse, j ai pris le parti d’aller à Versailles. Je u’ai pu le voir que lard et j’arrive ce soir à onze heures. Je ne me suis |)us trompé en vous prévenaut de sa délicatesse sur ce qui est afi'airc d’argcnl; il ma dit qu il ne s était pas cru susceptible d’une pareille ofire, et qu il ne se pardonnerait jamais s’il avait ete capable de balancer un instant à la refuser; je m'y atlendais d’autant plus que ma manière de penser est toute semblable. 11 m’a ajouté qu’il a déjà fait des démarches assez fortes pour obtenir que je lui fusse substitué, et qu’il ne pouvait rien cbaiigcr à ses dispositions. Quant à moi, monsieur, ma tendre amitié pour M. votre père et celle que j’ai pour vous depuis votre enfance vous assurent des soins que je me donnerais pour vous obtenir ma survivance si nous avons le malheur de perdre M. votre père, et je compte assez sur votre amitié pour me llatler que dans ce cas vous me souhaiteriez d’aussi longs jours que j’ai désirés à mon respectable ami; c’est au moins une justice que vous rendrez aux
sentiments avec lesquels je suis
n !«' avril 1788, à minuil. »
Les deux lettres suivantes, adressées par le jeune Buffon probablement à M. de Breteuil, bien que celui-ci fut alors remplacé dans le ministère de la maison du roi par M. de Villedeuil, mettent en lumière sa déférence fdiale et son désintéressement.
PIÈCES JLSriFICAÏlVES
« Monseigneur ,
U Monseigneur l’arclievècjue de Sens‘ n’est point à Paris, et il m’est impossible, dans des moments où mon père est aussi malade, de le cpiitter et d’aller à Versailles; j’ai donc riionnenr de vous envoyer les deux papiers relatifs à la survivance du Jardin du roi. Vous en ferez, monseigneur, ainsi que de la lettre que vous a écrite mon père, l’usage que vous croirez convenable. Je suis bien sûr que l’amilié que vous avez toujours eue pour mon père et la supériorité de vos lumières vous fera prendre le parti que je dois suivre.
« 1'"' avril 1788. »
« Monseigneui',
(( J’ose vous prier de vouloir bien ne faire aucun usage de Pacte que je vous ai remis de la part de mon père concernant la survivance de l’intendance du Jardin du roi. Je n’ai fiiit en cela qu’exécuter sa volonté positive, et je n’ai nulle part à Pacte qu’il a fait. La démission qui exisle clans vos bureaux, monseigneur, me persuade que mon père a eu à ce sujet une absence de mémoire, qu’il n’est pas étonnant d’avoir après une maladie aussi longue. Enfin je vous demande, monseignem, de vouloir bien regarder cet acte comme non avenu et d’ordonner qu’il me soit renvoyé. J’ai
* Étienne-Charles de Lomdnie de Brienne, né à Paris en 1727; sacré évêque de Condom en 1761, archevêque de Toulouse en 1763; chef du conseil des finances en 1787; archevêque de Sens et ministre principal en 1788.
l'I f;CKS .IliSTirit'.ATlVKS
écrit à Mouseigneur l’archevètiuc de Sens [lour lui faire la même demande, et j’espère qu’il voudra bien avoir égard à ma lettre.
« J’ai l’honneur, » etc.
Le marquis de la Dillarderie parvint à être Inleiidaiit du Jardin du roi; mais il le fut peu de temps. Eu 1791, effrayé de la gravité des événements, il quitta sou poste et passa à l’étranger.
Son frère, qui avait aussi émigré, tomba dans la détresse, et mourut en Russie en 1810. L’impératrice Catherine lui avait fait une pension.
l'age xcv. Les dernières lignes que Buffon dicta f urent adressées à madame Necker.
11 venait de se faire lire (deux jours avant sa morli l’inlroduction du livre de .M. Necker sur les opinions religieuses :
« .Ml ! la superbe inlroduclion ! Ce ne sont point de vains arguments, mais des vérités constantes que 1 auteur développe avec une Ibrce qui n’appartient qu’à lui. Y a-t-il, en effet, aucun ordre social dans lequel le souverain et son peuple ne doivent être de même opinion religieuse, quelle (jue soit cette religion? et notre grand homme, plus attaché à la sienne, a eu toute raison de la donner pour exemple, en disant même comment il a été conduit, après le vide des affaires, à des spéculations plus élevées. Je puis lui promettre en effet trois sortes d’immortalités : la première, celle dont il ne doute pas, et qui, par un élan su-
PIÈCES JUSTIFICATIVES
blime, porte son ànie dans celle iinmensilé dont elle est propre à faire partie; la seconde immortalité sera celle que riiistoire donnera à M. Necker, comme administrateur regretté de la nation entière; et enfin la troisième immortalité de mon éloquent ami sera celle d’un écrivain qui n’a pas en de modèle, et dont le cœur et l’àme se réunissent |)onr le bonheur des bomnies.
« Celte partie m’a d’autant plus louché, qu’il y réunit les vertus de ma sublime amie, que je n’ai cessé de respecter et d’admirer comme un don divin, et dont elle seule avait été favorisée par le souverain Être. »
(( J’ai présenté la plume à mon père, et il a encore eu la force de signer. »
Madame Necker écrit au jeune Buffon ;
« Comment vous rendrais -je, monsieur, toutes les impressions que nous avons reçues hier? L étonnement, la douleur, la tendresse, mille sentiments réunis, sont entrés dans nos cœurs comme par torrents. L’uurions-nous pu croire que ce grand homme, que dis-je? cet homme sans pareil, eût ajouté à notre admiration, et que ce fût au milieu de ses souffrances, après une longue maladie, qu’il se montrât plus sublime encore que lui-même ? car il offre seul une mesure digne de lui; il me semble que je succombe sous le poids de cette merveille qui me paraît une sorte de rêve; mais, hélas ! tous ces mouvements cèdent bientôt la place aux angoisses qui me dévorent. Comment a été cette nuit si redoutée? J’ouvre toujours vos lettres avec effroi. Croyez cependant, monsieur, que votre piété filiale est une consolation pour moi, et qu’elle ajoute beau-
2!)2 IMÊCES JUSTIFICATIVES
coup encore à tout rattachement que vous m’aviez inspiré. »
.Après la perte de sou père, le jeune comte de Bnffoii reçut de madame Necker cette lettre :
« Ail ! monsieur, vous avez tout perdu, et moi que pourrai-je vous dire? Ma douleur est affreuse; j’avais pour ami cet homme unique sur la terre par la puissance de la pensée, jointe à la sensibilité, à la bouté, à des vertus aussi sublimes que sou génie. Vous aviez pour père et pour le medleur des pères celui dont le nom vivra autant que ce monde dont il fut le plus bel ornement; il vivra pour la gloire, mais il ne vivra plus pour nous. O mon Dieu! daigne recevoir dans ton sein celui dont les vertus te rendirent nu si bel hommage sur la terre; daigne entretenir sou enliint unique dans les principes nobles et purs dont il reçut 1111 si bel exemple, qui sont gravés d'avance dans son cœur, et (|ui seuls peuvent honorer encore en particulier une mémoire illustre qui sera chère à toutes les nations. Je ne sais ce que j’écris, je ne sais ce que je pense; tout m’avertit qu’il n’est plus, et je le cherche encore dans les objets qui lui furent cbers et qui ont été témoins de ses derniers moments. 11 me sera doux de vous voir dès que votre affliction vous permettra de sortir, si je puis an moins trouver encore ipielque douceur au milieu de l’amertume dont mon âme est inondée. Je ne puis continuer sans excéder mes forces. Vous jugez de notre affliction et de l’intérêt que M. Necker prend à vos peines.
« Le séjour de Paris m’étant odieux, je ne tarderai pas à me l endre à Sainl-Onen; mais je serai également tà por-
PIÈCES JUSTIFICATIVES 295
tée d’avoir de vos nouvelles et de communiquer avec vous. »
Plein de reconnaissance pour une amitié que n’affaiblissait point son isolement, le fils de Buffon se montra dévoué à Ncckcr. Son caractère généreux lui fit embrasser avec ardeur toutes les réformes; pour un moment il devint l’objet de la liiveur populaire; cefe faveur lui valut une ovation à Bordeaux, et le fit nommer général de la première fédération que formèrent les quatre départements composant l’ancienne Bourgogne. Mais, lorsqu’on en vint à exiger qu’il abandonnât le nom porté par son père, il écrivit au président de l’Assemblée nationale :
« Le nom de Buffon, que mon père a toujours porté
et a tant illustré, est devenu pour moi la partie la plus chèie et la plus précieuse de mon patrimoine. Je dois tout à ce nom si justement célèbre, et cependant, comme c est le nom d’un village, je serais forcé de l’abandonner ou d en prendre un autre. L’Assemblée nationale n’exigera pas un pareil sacrifice; il est au-dessus de mes forces, et le moment où elle a placé dans la salle de ses séances le portrait de Franklin sera celui où le fds de Buffon obtiendra d elle de continuer à porter le nom d’un père aussi illustre par ses talents que par ses vertus. C’est à l’ombre de sa mémoire, de sa réputation et de sa gloire que j’ose vous présenter cette demande. Les titres, les armes, je les ([uitte sans regrets; mais renoncer à un nom si précieux est impossible pour moi
« 23 juin 1790. »
Dès qu’une loi autorisa le divorce, il en réclama le bé-