MORTALITÉ POUR
Juillet
Juin
Octobre
Décembre
Mars
Novembre
Octobre
Mai
Avril
Septembre
Décembre
On ne saurait invoquer, pour expliquer ces différences, l’état fâcheux de l’une des cliniques, puisque c’est tantôt l’une, tantôt l’autre qui est le théâtre de l’épidémie.
Dans un tableau ci-joint (PL IV), j’ai, à l’exemple de M. Spath, représenté par un tracé graphique la courbe de la mortalité dans les deux cliniques en prenant pour exemple les années 1840, 1841, 1842, 1843, 1844, 1845 et 1846.
En mai 1840, l’état sanitaire des deux cliniques était assez satisfaisant, car la mortalité y était descendue à 1,1 et 1,2 pour 100; elle diminua encore les deux mois suivants dans la seconde clinique (0,6) et son maximum, qu’elle atteignit en octobre, fut de 5,8 pour 100. Pendant ce temps la mortalité s’éleva graduellement dans la première clinique ; elle atteignit successivement les chiffres de 10; 14; 19; 21 pour 100 en août, septembre, novembre, décembre; elle était montée, en octobre, à 29 pour 100, et en six mois, sur 1595 femmes, il en mourut 250; tandis que dans la seconde clinique, celle des sages-femmes, sur 1064 accouchées, il en était mort 45, c’est-à-dire que la seconde clinique avait conservé sa mortalité moyenne de 4 pour 100, tandis qu’elle s’était élevée dans la première à 17 pour 100.
En janvier et février 1841, l’épidémie entra en décroissance, l’état sanitaire redevint assez satisfaisant en mars, avril et mai, et, sauf une légère aggravation en juin dans les deux cliniques, cet état se continua assez bon jusqu’en octobre. Mais, à partir de cette époque, une grave épidémie envahit la première clinique, et la mortalité s’y éleva en novembre et décembre 1841, janvier et février 1842 à 22; 19 ; 20 et 12 pour 100, tandis que la seconde clinique, placée dans les mêmes constructions, mais sans communication de personnel avec la première, n’avait qu’une mortalité de 5 ; 5 ; 2 et 4 pour 100. Bientôt cependant la seconde clinique voit cesser son immunité relative, sa mortalité s’élève et reste élevée toute l’année (5; 12; 7 pour 100) ; mais celle de la première clinique s’élève bien davantage : une effroyable épidémie y fait périr en 8 mois 452 accouchées, et la mortalité y atteint, en décembre 1842, 51 pour 100, tandis qu’elle n’est dans l’autre clinique que de 2 pour 100.
A partir de ce moment le nombre des décès diminue dans la première clinique d’une manière constante, et en juillet la mortalité tombe à 0,5 pour 100. Elle suit une marche absolument inverse dans la seconde clinique, et du mois de décembre 1842 au mois d’avril 1848, elle monte graduellement et arrive à 20 pour 100.
Pendan L toutes les années suivantes, la mortalité de la première clinique reste toujours plus élevée que celle de la seconde; cette différence se prononce surtout en octobre 1845; elle se continue pendant treize mois jusqu’en novembre 1846.
Pendant que 545 femmes sur 5881 accouchées succombent dans la première clinique, donnant une mortalité moyenne de 15,9 pour 100, la seconde clinique perd 104 accouchées sur 5752 ou 2,7 pour 100.
Les mêmes divergences se sont montrées dans les années 1854, 1855, 1856, 1857 et 1858. En février 1854, la première clinique a 10 pour 100 de mortalité; la deuxième, 1 ,7 pour 100 seulement. En septembre, le rapport se renverse, tandis que la première garde sa moyenne (5 pour 100), la seconde perd 15 pour 100 des accouchées. En décembre, nouveau changement, la mortalité s’élève à 7 pour 100 dans la première, mais elle s’élève dans la seconde au chiffre élevé de 18 pour 100.
De telles différences ne sauraient exister si la maladie était purement épidémique dans le sens hippocratique donné ordinairement à ce mot. A quoi tiennent donc les différences si grandes dans Ja mortalité simultanée des deux établissements voisins? C’est que la contagion ne s’est exercée que trop facilement dans la clinique envahie, dans des salles renfermant un grand nombre d’accouchées; mais que cette contagion n’a pu s’exercer de l’une vers l’autre clinique, la première étant réservée exclusivement aux étudiants, la seconde exclusivement aux sages-femmes, et qu’aucune communication directe ou indirecte n’existait entre elles.
Peut-on, en présence de pareilles divergences dans la mortalité de deux établissements aussi voisins, admettre aujourd’hui que l’on a affaire à des épidémies pures de toute contagion? Si l’éclosion et le développement de la maladie étaient dus à des miasmes répandus dans l’air et s’arrêtant au-dessus d’une Maternité, ou à un état particulier de l'atmosphère: chaleur, humidité, électricité, pression barométrique, etc., capable de développer primitivement et dans le
même temps la fièvre puerpérale chez un grand nombre d’ accouchées, l’épidémie devrait sévir à la fois dans deux services placés dans le même établissement, presque dans la même cour, dans le même bâtiment ; la coïncidence devrait surtout exister lorsqu’une mortalité exceptionnellement élevée frappe une des Maternités; or, cette coïncidence dans la mortalité n’existe que lorsque cette mortalité est peu élevée, et elle disparaît, au contraire, quand la mortalité s’élève notablement ; de telle sorte qu’il faudrait admettre que ces prétendues influences épidémiques exercent d’autant moins laidement leur action qu’elles sont plus actives, et qu’une épidémie se localise d’autant plus qu’elle sévit avec plus de force. Soutenir une pareille proposition serait se mettre en contradiction avec tout ce que nous a appris l’observation, avec la logique la plus élémentaire. Les épidémies de fièvre puerpérale tiennent à la contagion, c’est ce que j’espère démontrer par de nombreux exemples.