FIÈVRE PUERPÉRALE
La fièvre puerpérale, qu’on pourrait appeler avec .M. Cruveilbier tv|)bus puerpéral, est-elle une maladie essentielle, peut-on la rap- [iroclier du tyjibus des armées, de l’infection [mrulente ou de l’infection putride? est-elle une phlébite ou une intoxication par un principe toxique particulier? Ce sont des questions que je n’ai pas à aborder ici, et qui, je l’avoue même, ne me sollicitent guère. Ce n’est pas la théorie, c’est l’observation des faits qui nous conduira, je l’espère, sinon à faire disparaître, du moins à rendre beaucoup plus rare cette terrible complication de la }merpéralité. Sauvons nos malades d’abord, occupons-nous de conserver, par des mesures efficaces, la vie des malbeureuses ([ui viennent en si grand nombre mourir dans nos hôpitaux; garantissons les accoucliées contre l’a[)parition incessante du lléau qui les décime, restons dans le terre-à-terre de la pratique, et quand nous aurons, comme nos voisins d’outre-Manche, fait de la fièvre puerpéi'ale une maladie exceptionnelle, nous pourrons nous élever aux sublimités des théories et discuter en toute liberté d’esprit l’essence de la maladie, et même, comme on l’a fait dans la discussion de l’Académie de médecine en 1858, l’existence de la fièvre puerpérale comme entité morbide.
La lièvre puerpérale se montre dans tous les hôpitaux, dans toutes les Maternités d’Euro|)e, dans tous les climats : dans le midi de la France comme à Saint-Pétersbourg, à Üublin comme à
DES MATEHNITES.
Vienne, à Londres comme à Moscou, les chiffres slatisliqiies que j’ai rapportés le monirenl suffisamment*.
Cependant la fièvre puerpérale estime affection rare; elle est rare dans la clientèle privée, en dehors de sa propagation par Faccoucheiir lui-même, soit qu’il en ait puisé le germe dans l’hôpital qu’il dirige, soit qu’if la transporte de la malade chez laquelle elle s’est spontanément développée aux accouchées qu’il visite. Elle est rare comme maladie spontanée, elle est fré(|uente comme maladie communiquée. Elle se montre spontanément dans la clientèle privée une ou deux fois sur mille accouchements ; Guy’s Hospital, dans son service à domicile, [)erd environ 1 femme sur 500; mais la fièvre puerpérale figure d’une façon absolument exceptionnelle dans le tableau qui com[)rend toutes les causes de mort. J’ai parcouru les registres de la Maternité du workhouse de Mary le Boue : en trois ans, sur 6 femmes mortes, j>as une seule n’avait succombé à la lièvre puerpérale. Les statistiques de la clientèle pi’ivce de plusieurs accoucheurs d’Angleterre ont été publiées, leur mortalité totale n’excède ]>as 2 ou 3 jiuur 1000. La fièvre jmerjiérale spontanée est rare partout; elle n’est fréquente, dans les hôpitaux, dans ({uelqnes clientèles particulières, que par la contagion. Cette différence doit sinon disparaître, du moins s’amoindrir d’une manière notable.
Voyons maintenant quelles causes peuvent faciliter le développement de la maladie.
Les saisons influent d’une manière notable sur la mortalité des femmes en couches; sans doute, on a vu des épidémies survenir à
* La fièvre puerpérale se inonlre en Ainérifiue exactemer.l tlans les mêmes condilions fjii’en Europe. De 1803 à 1855, 735 accoucliemenls furent pratiqués à Pensylvania Hospital (Philadelphie) , dans le service spécial; 40 femmes moururent. Les décès furent surtout fréquents dans les dernières années; de 1829 à 1855, il y eut 20 morlssur245 accoucliemenls, c’est-à-dire 8 pour 100 de mortalité. Cependant rhôpital, placé au milieu d'un square de près de deux hectares, entouré d'arhres séculaires, occupe une situation très-sahihre, et le service d'accouchcmeni, situé au deuxième étage du bâtiment central, consistait en deux grandes salles de 24 pieds de long sur 25 de large, séparées par la chambre de la surveillante.
M DKS MATERNITÉS.
Ions les mois de l’aimée; mais les saisons froides favoriscnl davantage leur apparition et leui's ravages. Pour arriver, sous ce rapport, à une conclusion légitime, il ne faut pas se contenter de prendre, comme on l’a fait trop souvent, un seul établissement et un très-petit nombre d’années; pour diminuer les cbanccs d’erreurs, il faut multiplier les bases d’évaluation et les cbiffres statistiques. C’est ce qu’ont fait, pour Vienne, MM. Braun' et Spiitli®; pour Pétersbourg, M. Hugenberger ^ ; pour Londres, M. Tilbury Fox ^ ; pour Dublin, MM. Sinclair et Johnson L
Il suffit de jeter les yeux sur le tableau suivant, où se trouve indiqué, dans di^ers tracés graphiques, la marche de la mortalité suivant les mois, pour voir que la mortalité après raccoucbement est partout notablement moindre pendant les mois d’été que pendant les mois d’bivci*. Pendant la période estivale, les épidémies sont plus rares et en général moins graves ou plus rapidement ai'rètées.
Des exceptions existent sans nul doute, mais elles n’intirment pas celte règle générale; ainsi, dans la l'" Clinique de Vienne, nous 11‘ouvons ;
Eu août 1857, iiiio uiortalilc ilc 22,7 [tour 100.
En août 18i2, — 25,2 —
Dans la 2' Clinique du même hôpital :
En juillet 1832, une mortalité de 2i,7 pour 100.
,\ la Maternité de Pétersbourg (Enfants Trouvés) :
En juin 1850, une mortalité de 27 pour 100.
En juillet 1852, — 22 —
l’École (raccoucbement de la même ville :
En juillet 1840, une mortalité de 15 pour 100.
' Aerxllicher Berichi des KK. Gehar itml Findelhauses. Wien 18C4.
- Sintistische iirtd hislorüche Mrhbliche auf die Vorkornmnisse des Wieuer Gebürhnmes. Vienne 1803.
^ Bericht ans dem llebammcn-Inslilule. l'étcrsbonrg 1863.
‘ Obstétrical Transactions. 1862, III, p. 371.
■' Sinclair et Johnson, p. 16.