‹ Des MaternitésChapitre 43 sur 106 · PRAGUE · texte numérisé non relu

PRAGUE

Le 17 août 1789, l’empereur Joseph II créa à Prague un établis semeiit spécial pour les accouchements et l’entretien des enfants trouvés. Les femmes enceintes étaient antérieurement reçues dans le Walsche Spital, qui ne renfermait pour elles que trente lit.

Le décret qui annonçait la création de la Maternité renfermait une phrase qui mérite d’être citée, et qui mériterait plus encore d’être méditée à l’époque actuelle. D’une philanthropie éclairée, sachant (pic ce n’est pas moraliser les femmes que de les pousser à l’infanticide et à l’avortement en les forçant, pour être secourues, à divulguer leur faute, Joseph II disait : « La maison d’accouchements « offre aux femmes enceintes et malheureuses les secours néces- « saires et prend l’enfant sous sa protection. Désormais le manque d’asile et la peur de la honte ne servira plus d’excuse aux mères <i[ pour tuer leur enfant. L’asile pour les femmes enceintes et mal- « heureuses existe; elles sont invitées à y venir, et l’on ne s’in- « quiétera ni de leur religion ni de leur position sociale. » On gardait en effet le secret le plus absolu L

Depuis, la maison a été modifiée et augmentée matériellement, surtout en 1824 et 1825, époque où l’on construisit la façade principale, tout une aile latérale et un autre bâtiment isolé.

La Maternité de Prague est située à l’extrémité sud-est de la ville, entre l’hôpital et la maison des incurables. Placée sur une colline élevée, elle est séparée par un ravin de ces deux établissements. On y jouit d’une vue splendide sur la ville, sur la campagne et sur la Moldau qui traverse la ville de Prague.

L’établissement sert à la fois de Maternité et d’hospice d’enfants trouvés. 11 se compose de deux maisons, une grande et une petite, séparées par une cour; en arrière, se trouve le jardin. Avant 1860,

Naumann Prager Vierteljahrsschrift. 1863, p. 7.

DES MATEDNITÉS.

la grande maison était destinée aux acconcliements, la petite aux enfants trouvés ; mais par suite de raugmentation des pensionnaires, l’établissement se trouva insuffisant, et on dut louer au voisinage quatre maisons particulières. Dans l’une, on a placé les femmes accoiicbées, dans la seconde les médecins, et dans les deux autres les enfants trouvés, La maison principale sert aux accoucliements, sauf le rez-de-chaussée, où se trouvent les services généraux et la communauté.

La maison a deux entrées : la grande porte et la porte secrète. Cette dernière, placée j)rès de l’église, est surveillée par la sagefemme chargée de la division secrète, qui a pour cet effet sa demeure au-dessus de cette porte.

La division secrète a un jardin et un escalier particuliers. La sagefemme et l’accoucheur en chef peuvent seuls y entrer.

Il y a quatre classes de malades : les trois premières appartiennent à la division secrète.

Première classe. — Chambre particulière, payement : 1 florin 5 kreuzer par jour (2 fr. 81) ; en cas d’abandon de l’enfant, il y a à ])ayer 63 florins (158 fr. 60) ; c’est ce qu’on appelle taxe des enfants (Kindes-Taoce) .

Penxième classe. — Une chambre pour deux personnes, 63 kreuzer par jour (2 fr. 90); Kindes-Taxe, 31 florins 50 kreuzers (82 fr. 75).

Troisième classe. — Deux chambres pour toutes les malades, 52 kreuzer 1/2 par jour (2 fr. 29) ; Kindes -Taxe, 12 florins (31 fr. 20).

La femme qui peut payer d’avance les frais d’entretien de l’enfant pour dix ans, a le droit de choisir la famille nourricière, et si l’enfant meurt avant dix ans, le restant du prix lui est remboursé.

Lorsque le séjour de la mère à l’hôpital ou en prison force à placer momentanément aux Enfants-Trouvés un enfant à la mamelle, le prix d’entretien est de 43 kreuzer 3/4 par jour (1 fr. 89). Le

lào

prix pour les enlanls sevrés, jusqu’à l’àge de dix ans esl de 55 kreuzer 1/2 (1 fr. 45).

Pour les enfants naturels ap})ortcs du dehors, la taxe est de 65 kreuzer (2 fr. 70) ; elle est réduite à moitié sur présentation d’un certilieat d’indigence. Pour les enfants nés dans les provinces autrichiennes autres que la Bohême, leur admission aux Enfants- Trouvés n’a lieu qu’après payement de 126 florins (527 fr. 60).

Les accouchées de la première classe peuvent arriver voilées ou masquées. Toutes les femmes de la division payante peuvent taire leur nom et donner à leur cniànt celui qui leur convient. Les enfants sont transportés dans la maison des Enfants-Trouvés aussilot après leur naissance, à moins que la mère ne veuille garder le sien avec elle et le conserver plus tard à sa sortie, ce qui nécessairement arrive très-rarement.

Quatrième classe, Clhiique cV accouchement. — La clinique d’accouchement comprend les femmes appartenant à la quatrième classe. On leur accordait jadis le secret quand elles le demandaient ; mais depuis 1854 elles doivent montrer un certilieat de domicile.

Celles qui ont un certificat d’indigence [testimonium paupertatis) sont reçues gratuitement ; les autres payent 52 kreuzer 1/2 par jour (2 fr. 24); pour toutes, la réception et l’entretien de l’enfant aux Enlànts-Trouvés a lieu sans rétribution ; mais la femme doit se prêter aux observations obstétricales, servir comme nourrice dans l’hospice des Enfants-Trouvés, mais pour un temps qui ne peut en aucun cas excéder quatre mois.

Depuis le 1" novembre 1861, l’établissement est entré dans radministration de l’État [Venvaltimg des Landes).

Malgré sa situation favorable au dehors de la ville et son isolement, la Maternité de Prague a toujours eu une mortalité assez élevée. Les épidémies y sont assez fréquentes, et si dans la statistique que nous avons produite, la mortalité n’arrive pas en moyenne à 4 pour 100, il ne faut pas oublier qu’un assez grand nombre des femmes affectées de lièvre puerpérale sont transportées à l’hôpital

général, ce qui diminue notablement le chiffre de la mortalité à la Maternité.

L’impression que m’a fait éprouver la section clinique d’aecouchemeiit, lors de la visite que j’y fis avec mon ami M. Liouville (juin 1864), fut des plus défavorables. Les salles sont en général trop remplies ; elles communiquent directement, ou par l’intermédiaire de corridors, les unes avec les autres. Nous y avons trouvé un assez grand nombre de femmes malades ou mourantes de lièvre puerpérale au milieu d’accouchées non malades, et l’on me pardonnera de dire que je serai beureux le jour où j’apprendrai la démolition de l’établissement actuel et son remplacement par une construction nouvelle, où seront observées les règles de l’hygiène spéciale des Maternités, tant pour ce qui regarde le bâtiment, que pour ce qui concerne les précautions qu’on peut prendre plus ou moins partout, comme l’isolement des malades.

Détruire la Maternité actuelle de Prague nous paraît le seul moyen de l’améliorer, car on ne peut la détruire avant d’en avoii’ créé une nouvelle.

RUSSIE

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