CHAPITRE VIII
Excavations des membranes muqueuses.
A la surface interne des membranes muqueuses , indépendamment des orifices des glandes ou des conduits excréteurs, on rencontre des excavations ou loges, dont les unes
forment des fosses ou dépressions plus ou moins profondes, tandis que les autres constituent de véritables diverticules muqueux.
Excavations ■proprement dites — Si , parmi les excavations qui s’observent dans les membranes muqueuses , la plus grande partie n’existe que sous forme de bosselures sur les parois latérales extérieures des cavités muqueuses, il en est qui offrent le même axe que ces cavités, ce qui peut donner lieu à la distinction des excavations muqueuses en excavations collatérales , et en excavations ampullaires.
Parmi les fosses ou dépressions , nous indiquerons les culs-de-sac de l’estomac, les ampoules du cæcum et du rectum , les cellules qui se rencontrent sur le trajet du gros intestin, l’espèce d’ampoule que présente à sa partie supérieure la cavité du vagin, surtout citez les femmes qui ont eu des enfants, les fosses amygdaliennes , les gouttières qui se rencontrent sur les parties latérales el postérieure du larynx, les cellules de la surface interne de la vessie , dont la membrane muqueuse, se moulant, en quelque sorte , sur toutes les saillies de la membrane musculeuse, s’enfonce quelquefois entre les faisceaux musculaires, pour constituer des loges dans lesquelles s’engagent et peut-être se forment des calculs. On appelle vessies à cellules les vessies qui présentent cette disposition.
Nous rangerons aussi parmi les excavations les dépressions diverses que l’on aperçoit à la surface de la langue: l’une longitudinale, qui règne sur le milieu de l’organe et qui s’étend de la base à la pointe correspondant au raphédu palais ; les autres obliquement dirigées el formant des angles ouverts à la partie antérieure; el enfin sur la ligne médiane, l'enfoncement infundibuliforme, le trou borgne, qui a quelquefois un demi-pouce de profondeur et plus, et qui remplit probablement l’office d’une glande, mais qui diffère des glandes nuicipares proprement dites de la langue, d’abord par la largeur de son orifice , celui de ces derniers étant beaucoup plus étroit que leur cavité, ensuite par les papilles
qui existent toujours clans son intérieur; car non seulement la plus grosse des papilles caliciformes se trouve assez souvent contenue dans le trou borgne, mais encore, lorsque la chose n’a pas lieu , les parois internes de ce dernier n’en offrent pas moins des saillies semblables aux papilles caliciformes. Suivant Sœmmerring, le trou borgne serait à la luette ce qu’est à la crête médiane du palais, le sillon dorsal de la langue.
Nous citerons encore deux petites excavations qui existent sur les côtés du raphé médian de la voûte palatine, et qui sont très prononcées sur un grand nombre de sujets: à l’occasion de ces deux petites dépressions, nous dirons que celte particularité anatomique a été notée par M. Cruveilhier dans la deuxième édition de son ouvrage d’anatomie descriptive. Il considère chacune de ces dépressions comme étant l’aboutissant d’orifices multiples de glandules lympathiques. L’opinion que je m’étais faite sur la signification de ce fait, c’est que la dépression produite sur la muqueuse dans ce point tient à l’implantation de l’extrémité supérieure des muscles palato-staphylins à l’os palatin.
Diverticules des membranes muqueuses. — Les diverticules proprement dits constituent dans les membranes muqueuses des excavations beaucoup plus profondes que celles dont nous avons parlé jusqu’ici, des espèces d’arrière-cavilés qui semblent en quelque sorte s’isoler du reste de la muqueuse, et former comme des organes spéciaux. Nous allons en trouver de remarquables exemples dans chacun des grands appareils muqueux :
1° Dans l’appareil respiratoire, les ventricules du larynx ;
2° Dans l’appareil digestif, l’appendice vermiculaire;
5° Dans l’appareil générateur et urinaire, les diverticules des vésicules séminales, le vas aberrans et l'utriculus prostaticus.
1° Ventricules du larynx. — Les ventricules du larynx sont les deux poches situées, une de chaque côté de la cavité laryngienne, entre les ligaments lliyro-ary tliénoïdiens
supérieurs et inférieurs. Ce sont des sinus latéraux qui se dirigent d’abord transversalement en dehors, dans l’étendue d’une ligne et demie à deux lignes, puis se contournent, et, se rétrécissant peu à peu, montent sous la forme d’une bourse resserrée vers le haut, le long de toute la paroi externe du ligament thyro-arythénoïdien supérieur, atteignent ordinairement à la hauteur du bord supérieur du cartilage thyroïde, mais assez souvent aussi le dépassent et se terminent ensuite en cul-de-sac derrière la membrane byo-thyroïdienne. Ces sacs singuliers peuvent être «enlevés sans que la faculté de produire des sons aigus et graves reçoive aucune atteinte. Savart y plaçait le principal siège de la voix, parce qu’il les comparait à la cavité d’un appeau de chasseur. Cependant ils ne sont, sans aucun doute, que des organes purement accessoires, qui peuvent fortifier et modifier le son formé par les cordes vocales; semblables sous ce rapport aux cavités retentissantes analogues que l’on trouve à la région hyoïdienne et laryngienne chez divers animaux.
2° Appendice cœcal. — L’appendice cœcal se détache du cæcum chez l’adulte ; il ne contient ordinairement que du mucus; on y trouve rarement des matières alvines ou des débris d’aliments ; mais du méconium s’y rencontre chez le nouveau-né. La membrane muqueuse offre, dans. sa partie supérieure, des plis transversaux irréguliers, surtout quand l’intestin est contracté, et, à sa partie inférieure, des plis longitudinaux. Elle est couverte d’une grande quantité de mucus. Suivant M. le professeur Cruveilhier, la muqueuse de l’appendice vermiculaire présente dans toute son étendue l’aspect gaufré de la fin de l’intestin grêle.
3° Parmi les muqueuses des organes sécréteurs, nous croyons pouvoir mentionner comme diverticules: 1° le vas aberrans de Haller, elles diverticules des vésicules séminales. Ces dernières en effet, quand elles sont complètement dépouillées du tissu cellulaire qui enveloppe leurs flexuosités, se convertissent en un canal long de 4 à G pouces, large et épais de 2 à o ligues, qui fournit six à douze branches
latérales , longues de 4 à 9 lignes, et se termine supérieurement en cul-de-sac, comme toutes ces branches. Mais ce canal et ses ramifications sont enroulés sur euxmêmes, et leurs tours tellement réunis par un tissu cellulaire dense, que le tout représente une vésicule bosselée beaucoup plus large et plus courte. — Chaque vésicule est donc plutôt un canal large et rameux qu’une vésicule proprement dite, et au fond elle ne constitue qu’une branche du canal déférent dont la structure celluleuse et noueuse représente en partie déjà celle de la vésicule.
Après le milieu de la vésicule, on découvre, au bord externe, un ou deux diverticules , longs de 6 à 10 lignes, qüi se dirigent en bas, en partant de la vésicule sous des angles obtus, pouraller s’appliquer à sa surface, au moyen du même tissu cellulaire rigide qui y maintient toutes les branches accolées.
Dans le même appareil génito-urinaire existe un autre exemple de diverticule extrêmement remarquable : c’est celui que renferme la prostate, sous le nom à'utriculus prostaticus ou sinus pocularis , et sur lequel, à l’occasion du grand intérêt qui s’y rat tache, nous entrerons dans quelques détails puisés dans les auteurs qui ont le mieux décrit celle excavation. A la partie antérieure du point le plus élevé et le plus abrupte de la crête urélrale, se trouve précisément dans le milieu entre les deux orifices des canaux éjaculateurs, une ouverture impaire qui conduit en arrière et en haut à une vésicule, utriculus prostaticus. Celle cavité commence par une portion rétrécie en manière de col qui forme à peu près la moitié de sa longueur entière, et à la suite de laquelle elle se distend en une vésicule membraneuse, arrondie. Les parois de l’iitricule sont un peu plus minces au fond qu’au col. — De chaque côté, elles renferment un conduit éjaculaleur. Ces parois sont composées de deux couches, l’une externe, ferme et fibreuse, l’autre interne , muqueuse, qui est partout converti; de glnndules mueipares, serrées les unes contre les autres, Ces glandules ressemblent parfois à de
petites verrues surmontées chacune d’une ouverture; mais elles diffèrent des conduits de la prostate, qui tous s ouvrent en dehors de la poche, sur la crête urétrale: cependant il y a aussi quelques orifices glandulaires plus considérables dans le col de la poche.
La poche, quelque petite qu’elle soit, a de 1 intérêt sous le rapport physiologique et chirurgical. Son importance phy-, siologique lient moins à ce qu’au moment de 1 éjaculation la sécrétion particulière qui en provient se mêle avec le sperme, qu’à ce quelle est l’analogue de la matrice. C est une mallice à l’état rudimentaire, mais offrant cela de particulier, que les conduits éjaculateurs (trompes) ne s’ouvrent pas dans sa cavité. Du reste, l’analogie est grande aussi eu égard à la forme et à la situation . puisqu’on peut distinguer un col et un fond, par conséquent un orifice externe et un orifice interne, et que la portion inférieure de la crête urétrale serait une lèvre postérieure prolongée ; les glandes prostatiques représenteraient donc les follicules mucipares développés ici autour de l’orifice utérin par opposition avec ce qui a lieu dans la matrice. Weber a, le premier, signalé ce petit sac comme un analogue et un rudiment de la matrice, en lui attribuant pour fonction d’agir comme une soupape qui empêche l’urine de pénétrer dans les conduits éjaculateurs. Celle seconde opinion est peu probable. (Kuschke.)
L’intérêt chirurgical consiste en ce que, quand la poche est grande et son orifice large, les sondes et autres insliuments s’y introduisent aisément lorsqu’on n en dirige pas le bec vers la face supérieure de l’urèlre ; ce qui empêche de les faire parvenir dans la vessie. Le sommet de la crête urétrale, par conséquent l’orifice de l’utricule, est sujet aussi à devenir le siège d’excroissances qui rétrécissent la voie de l’urine.
Peut-être bien que les cas dans lesquels certains auteurs ont vu ou cru voir les deux conduits éjaculateurs s ouvrant par un orifice commun n’étaient autre chose que des cas dans lesquels ils s’ouvraient tous deux à l’intérieur du sinus pocu-
laris, par analogie avec l'ouverture des trompes dans la cavité utérine et par une disposition qui , anormale chez riiomme, est constante chez certains animaux, chez le lièvre, par exemple (Huschke).