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CHAPITRE IX

Mode d'ouverture des conduits excréteurs sur les muqueuses.

Les muqueuses étant l’aboutissant naturel des produits sécrétés parla plus grande partie des glandes, il est d’un grand intérêt d’examiner les différents modes suivant lesquels se fait, à la surface de ces membranes, l’ouverture des canaux glandulaires. En effet, tout ce qui peut rigoureusement porter le nom de glandes est en rapport, soit avec la peau , soit avec la membrane muqueuse , par conséquent avec le système tégumentaire , au moyen d’appendices creux de ce système qui pénètrent dans l’intérieur des glandes.

1° Ce qui nous frappe au premier abord, c’est la direction, ou, si l’on veut, l’angle sous lequel s’effectue l’incidence du conduit excréteur à la surface de la muqueuse : or, sous ce point de vue, on remarque que, d’une manière générale, mais non toutefois sans de notables exceptions, les conduits excréteurs pénètrent obliquement, et sous un angle très aigu, dans les cavités muqueuses. C'est ce que l’on observe pour le canal cholédoque, pour les uretères, pour les conduits de Sténon de Wharton etde Bartholin. Celte obliquité, par suite de laquelle le conduit excréteur marche côte à côte de la paroi muqueuse avant de s’y ouvrir, donne lieu à des conséquences anatomiques et physiologiques remarquables. Sous le rapport anatomique, quelquefois il existe un pli formé par le relief du canal excréteur à la surface de la muqueuse; c’est ce que l’on observe au duodénum, dans la formation de ce que l’on a nommé le pli de Valer.

Voici les circonstances les plus remarquables du mode

(le production de ce pli : le canal cholédoque perfore la paroi postérieure du duodénum, le long de laquelle il descend en faisant saillie , à tel point que la membrane muqueuse forme ordinairement sur celte paroi un pli vertical, long de 1 pouce et de 2 lignes de saillie, qu’on appelle pli longitudinal ou vertical de Valer. Il parcourt une étendue d’un demi-pouce entre les tuniques musculeuse et muqueuse de l’intestin, subit un rétrécissement considérable, et s’ouvre par un orifice coupé en biseau de haut en lias. Cette disposition, qui ressemble à celle de l’insertion des uretères dans la vessie, non seulement ralentit la sortie de la bile , mais encore s’oppose an passage des aliments et des boissons dans le canal cholédoque. Si l’on pousse de l’air dans le duodénum, de manière à le distendre autant que possible, le gaz ne s'introduit pas dans le conduit.

Sous le rapport physiologique, on voit donc que cette disposition oblique constitue un obstacle presque invincible à la rentrée dans le canal excréteur du fluide d’excrétion une fois qu’il en est sorti.

Mais celle règle si souvent signalée de l’obliquité d’incidence avait été beaucoup trop généralisée, et comporte des exceptions remarquables, parmi lesquelles nous citerons linserlion delà trompe dans la cavité utérine. En effet, l’extrémité interne de chaque trompe pénètre par un orifice fort étroit, ostium uterinum , apertura uterina, dans la cavité de la matrice entre le corps et le fond de cet organe, sans qu’il y ait là ni valvule ni saillie, attendu qu’elle perce les parois utérines presque transversalement et non pas obliquement, comme fait l’uretère à l’égard de celles de la vessie.

2° Une autre disposition, qui peut presque être convertie en loi tant elle a un caractère général, consiste en ce que presque toujours, à l’endroit où un conduit excréteur s’ouvre dans une muqueuse, il présente une diminution de diamètre, comparativement à celui qu’il offrait un peu avant son entrée dans la muqueuse.

Ce resserrement de l’orifice, qu’on observe d’ailleurs dans

presque tous les appareils glandulaires, depuis les glandes salivaires jusqu’à celles qui sécrètent la bile, l’urine et les produits des organes génitaux, tient jusqu’à un certain point lieu d’une valvule, et empêche l’écoulement immédiat des produits de sécrétion. C’est ce fait du resserrement des orifices que nous allons chercher à constater par des exemples.

1° Canal de Sténon. — Au moment où le conduit de Sténon perfore le buccinateur, on peut y introduire une plume de corbeau ; mais son orifice n’admet qu’un corps plus délié. De là résulte que la salive s’amasse dans son intérieur, et qu’elle est versée en grande quantité dans la bouche pendant la mastication.

2° Canal de Warthon. — Capacité d’une demi-ligne; plus considérable dans le milieu, moindre de moitié à son orifice. La salive peut donc s’amasser dans son intérieur. La pression du mylo-hyoïdien et de la langue la lance souvent à distance par l’étroite ouverture qui le termine.

5° Le canal cholédoque se rétrécit notablement à son entrée dans le duodénum.

4° Canal 'pancréatique. — A son extrémité , le canal de Wirsung a un diamètre d’une ligne à une ligne et demie, par conséquent un volume presque égal à celui d’une petite plume d’oie. Après s’ètre porté en bas et en arrière pour gagner la paroi postérieure du duodénum , il perce celle-ci obliquement, comme fait le canal cholédoque, et devient plus étroit qu'il ne l’était immédiatement auparavant.

5° Uretères. — J’ai eu occasion , pendant que je faisais à l’hôpital Cochin un service de remplacement pour mon honorable collègue M. Michon , d’observer un cas dans lequel cette disposition resserrée des uretères à leur extrémité terminale m’a paru donner lieu à quelques conséquences re marquables. Il s’agissait d’un cas d’exlrophie de la vessie dans lequel les uretères présentaient à leur extrémité un renflement qui pouvait contenir à peu près deux cuillerées d’urine et formait de chaque côté comme une petite vessie collatérale. Ces petites vessies urétérales pouvaient, en se

vidant brusquement par la pression des muscles abdominaux , lancer un jet d’urine à quelques pouces de distance. Je me demandai si celte disposition, qui était réduite à un état rudimentaire, ne pourrait pas être augmentée artificiellement parles moyens de la chirurgie, et si, en exagérant la capacité de ces vessies collatérales , il n’y aurait pas moyen de diminuer les inconvénients du vice de conformation constitué par l’exlrophie.

En conséquence de cette idée , je tentai d’obtenir une dilatation plus grande de ces petites vessies de l’uretère en y retenant forcément l’urine plus longtemps que ne le faisait le malade, par l’introduction de bougies pleines que l’on ne relirait qu’à la demande du malade. Mais , soit que la présence de ce corps étranger dans l’uretère déterminât une irritation trop forte, soit que cette rétention artificielle de l’urine entraînât les accidents ordinaires à cette condition pathologique, toujours est-il qu’il survint des vomissements et d’autres symptômes assez graves pour me faire renoncer sur-le-champ à la médication que j’avais entreprise.

6° Les conduits galactophores , qui, bien que ne s’ouvrant pas à la surface d’une muqueuse, peuvent cependant être rapprochés des conduits que nous venons de mentionner sous le rapport de la disposition qui nous occupe, présentent de même à leur orifice terminal un resserrement succédant à une dilatation et faisant jusqu’à un certain point l’office d’une valvule pour ces canaux qui en sont complètement dépourvus.

Celle disposition , que nous venons de signaler dans l’ouverture des conduits excréteurs à la surface des muqueuses, nous paraît avoir deux conséquences physiologiques : la première, c’est que le rétrécissement de l'orifice terminal retient jusqu’à un certain point le liquide de la sécrétion dans le conduit vecteur, et tend à y produire un réservoir en quelque sorte rudimentaire ; la seconde , c’est qu’au moment où la résistance de cet orifice rétréci est vaincue, il peut y avoir un jet de liquide à une certaine distance.

5" Un aulre point do vite sous lequel il est d’un assez grand intérêt de fixer l’attention , c’est celui qui se rapporte aux accidents de surface qui signalent surla membrane muqueuse l’entrée des conduits excréteurs. Trois conditions diverses peuvent se présenter : 1° tantôt l’endroit où s’ouvre le conduit excréteur ne diffère du reste de la muqueuse, que par la présence de l’orifice du conduit ; 2° tantôt on y observe un enfoncement, une excavation plus ou moins profonde; 5° quelquefois, enfin, l’ouverture du conduit se fait sur une espèce de verrue ou de monticule plus ou moins considérable.

1° La première disposition est celle qui s’observe pour le plus grand nombre des orifices excréteurs sur les muqueuses, exemple : les conduits de la glande lacrymale, de la parotide, etc.

2° La seconde existe pour les conduits de l’amygdale. En effet, la face interne des amygdales offre douze à seize ouvertures d’une à deux lignes de diamètre et beaucoup d’autres orifices plus petits qui conduisent dans des culs-desac irréguliers de capacités diverses, dans lesquels s’ouvrent les glandes dont la réunion constitue les amygdales.

Quelquefois les amygdales affectent la forme d’une véritable poche dans le fond de laquelle sont percés les petits orifices des glandes mueipares; c’est alors la répétition du type des singes et autres mammifères.

Nous trouvons encore dans le canal digestif un autre exem-

pie de canaux sécréteurs s’ouvrant à l’intérieur d’une petite cavité qui s’abouche elle-même directement dans la muqueuse intestinale; cet exemple nous est fourni par les canaux cholédoque et pancréatique à leur terminaison. Suivant E. -II. Weber, l’enfoncement dans lequel se fait l’ouverture des deux conduits est long de 2 lignes, et ressemble plus par sa structure à la membrane muqueuse du canal pancréatique qu'à celle du canal cholédoque; car la surface interne de ce dernier est jaune et couverte d’une multitude d’enfoncements muqueux, tandis que le canal pancréatique a des

parois fermes, quoique minces, elunc membrane muqueuse lisse el blanche, comme celle de renfoncement du duodénum auquel les deux conduits aboutissent. Au reste, un petit repli frangé de la membrane muqueuse sépare le plus souvent les deux orifices l’un de l’autre; il est rare de les trouver tout-à-fait distincts, soit placés tout à côté l’un de l’autre, soit séparés par un intervalle de 1 à 2 lign’es. Sœmmerring dit qu’il arrive quelquefois au canal pancréatique d’offrir une petite dilatation peu avant son embouchure ; dans certains cas, on voit les deux canaux excréteurs marcher parallèlement l'un à l’autre, et ne se réunir ensemble qu’au moment de leur terminaison.

Les deux gouttières latérales de la prostate, qui reçoivent un certain nombre des canaux excréteurs de cette glande, appartiennent encore à la disposition dont il s’agit en ce moment.

5° Enfin la dernière disposition, celle du monticule, s’observe dans un certain nombre de conduits excréteurs ; exemple : le petit mamelon , ou tubercule , par lequel se termine le canal de Wharton, et qui a été désigné sous le nom de caruncula sublincjualis .

Nous en trouvons un autre exemple dans les petites élevures au sommet desquelles s’ouvrent les points lacrymaux. A ce sujet, j’ai fait la remarque suivante : le point lacrymal supérieur est plus difficile à sonder que le point lacrymal inférieur. L’une des causes de cette difficulté pins grande lient évidemment à la situation comparative des deux paupières; mais il en est une autre qui me paraît tenir à la disposition comparéedes deux orifices lacrymaux. Le supérieur m’a paru occuper le sommet d’un petit mamelon, ou monticule, beaucoup plus aigu que celui sur lequel s’ouvre le conduit lacrymal inférieur. Or, il résulte de là que si la pointe du stylet heurte un tant soit peu le bord de l’orifice, elle glisse aussitôt sur les côtés du petit monticule, et le but se trouve manqué.

Les canaux galaclophores , par leur embouchure au som-

met du mamelon , se rapportent encore à la disposition que nous venons de signaler. Mais l’un des points où elle existe a un degré très prononcé, c’est au verumontanum, ou crête urétrale, au sommet de laquelle s’ouvrent les canaux éjaculateurs et les canalicules glandulaires de la prostate. Cette crête forme une élévation arrondie, longue de 9 lignes, située sur la région inférieure delà portion prostatique de l’urètre.

Quant à la forme de l’ouverture par laquelle les conduits glandulaires s’ouvrent dans les muqueuses, elle est le plus habituellement arrondie; mais dans quelques endroits elle prend la forme d’une fente, c’est-à-dire d’une ouverture allongée, comme on le voit pour l’orifice des conduits éjaculateurs sur la crête urétrale.

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