CHAPITRE X
Des muqueuses glandulaires ou du prolongement des muqueuses dans les glandes , dans les réservoirs de sécrétions et dans les canaux excréteurs.
Plusieurs anatomistes , plus frappés des différences d’aspect de la muqueuse prolongée dans les appareils glandulaires que de l’analogie qui existe entre ces prolongements et les membranes muqueuses, ont soutenu que les muqueuses ne se prolongeaient pas dans les glandes; c’est une opinion quia été professée par M. de Blainville. Voici comment s’exprime sur ce sujet l’illustre physiologiste que nous venons de citer :
« Quant aux muqueuses, qu’on a dit se prolonger dans les canaux excréteurs des glandes, notamment dans les uretères et dans le canal hépatique, je crois quelles n’exislenl pas à l’état de muqueuse, et ces canaux se composent d’une membrane fibreuse revêtue intérieurement, non point,
comme ou l’a prétendu , d’un prolongement de la membrane tégumentaire qui irait en s’amincissant, mais seulement d’une sorte d’épithélium. Je dois ajouter que les vésicules dans lesquelles se rendent certains canaux excréteurs ne doivent point être assimilées à ces canaux et considérées comme n’en étant que de simples dilatations, mais que ce sont bien véritablement, ainsi que la caisse du tympan , des espèces de hernies de la membrane tégumentaire, dont on retrouve en elles la composition. En conséquence, la vessie urinaire et la vésicule du fiel sont, aussi bien que leurs canaux de communication avec les surfaces cutanée et intestinale, tapissées par une véritable membrane muqueuse. Il n’est pas difficile, en effet, d’y démontrer le muco-derme surmonté d’un réseau vasculaire, pourvu de cryptes muqueux, et qui a même entraîné avec lui la couche musculaire sous-posée aux téguments. »
Malgré l’autorité imposante que nous venons de citer, nous pensons que la membrane qui se continue à l’intérieur des glandes est de nature muqueuse, et nous invoquerions à l’appui de cette manière de voir les raisons suivantes.
1° Cette loi presque universelle de l’économie, dans laquelle toute cavité qui aboutit directement ou indirectement à l’extérieur est tapissée par une membrane tégumenlaire, peau ou muqueuse.
2° Les faits dans lesquels l’oblitération d’un conduit excréteur ayant lieu pathologiquement, on trouve à la place de la sécrétion ordinaire un liquide pathologique qui se rapproche de la composition du mucus.
5° L’argument d’analogie qui se déduit de ce que la muqueuse se continuant incontestablement dans certains conduits excréteurs , comme les conduits biliaires et la vésicule, comme les uretères et le bassinet, il y a lieu de penser que celte môme muqueuse se continue également dans les ramifications plus déliées des conduits glanduleux.
4° Les maladies qui affectent les conduits glanduleux sont généralement celles des membranes muqueuses; quel-
quefois même, comme dans certaines orchites, la transmission semble s'effectuer par continuité de texture de la muqueuse type à la muqueuse modifiée dans les conduits excréteurs.
5° Les follicules et les glandes simples des muqueuses, qui sont évidemment la forme rudimentaire des glandes complexes, sont tapissées par la muqueuse elle-même. Seulement-, s’il m’est permis de m’exprimer de celte manière, d’un côté c’est la glande qui appartient à la muqueuse, tandis que de l'autre c’est la muqueuse qui appartient à la glande.
6° J’ajouterai deux considérations auxquelles je n’attache pas une grande importance sous le point de vue démonstratif : c’est, d’une part, le prolongement de l’épithélium des muqueuses dans les glandes; d’une autre part, l’impossibilité de rattacher les membranes intérieures des glandes à un autre tissu ; car assurément personne ne dira que ces membranes soient de nature séreuse.
Nous disons que ces considérations n’ont pas un caractère suffisamment démonstratif; en effet, quant à l’épithélium, comme il existe dans les séreuses , on n’en peut pas faire un caractère exclusif des membranes légumenlaires ; et quanta l’impossibilité où l’on serait de rattacher les muqueuses glandulaires à un système de membranes déjà connu , ce ne serait pas une preuve quelles sont véritablement muqueuses, car elles pourraient constituer un tissu à part et sans analogue.
Je ferai remarquer que si l’épithélium des conduits glandulaires était, pour un certain nombre de glandes, de la même qualité que celui de la membrane muqueuse, dans les environs du lieu où s'ouvre les conduits excréteurs, il v aurait une raison de plus d’admettre que la membrane intérieure de ces conduits est dénaturé muqueuse; sous ce rapport, nous ferons remarquer que la trompe qui s’ouvre dans l’utérus présente un épithélium vibralile, c’est-à-dire précisément le même que celui qui tapisse la muqueuse
utérine dans le lieu où s’ouvre la trompe. (Juoi qu’il en soit des dernières considérations que nous venons d’émettre, nous posons comme conclusions de la discussion ci-dessus que les membranes muqueuses se continuent, dans les appareils glandulaires.
Plusieurs muqueuses glandulaires ont de l’épithélium à cylindres qui ne se rencontre que dans les membranes muqueuses; exemple : le canal de Sténon, le canal déférent.
Muqueuse des conduits excréteurs. — Si nous jetons un coup d’œil sur l’état de la muqueuse dans certains conduits excréteurs, nous y voyons les dispositions suivantes.
1° Conduit de Sténon. — La muqueuse y est couverte d’un épithélium à cylindres. Suivant Henle, cet épithélium commence subitement à l’orifice même des conduits excréteurs des glandes salivaires, et s’étend aussi loin qu’on puisse suivre ces conduits dans la substance glandulaire.
2° La muqueuse des conduits hépatique et cholédoque est remarquable : 1° par l’absence des valvules; 2° par l’absence de la disposition aréolaire celluleuse qui existe dans la vésicule. Celle de la vésicule du fiel est remarquable par sa disposition réticulaire. Un grand nombre de plis peu saillants s’élèvent dans toutes les directions, s’unissent les uns avec les autres, et représentent ainsi un lacis de pentagones , de carrés, de triangles , de polygones irréguliers , figurant assez bien un poumon de serpent. Ces mailles ont plus de largeur et de hauteur dans le milieu de la vésicule ; elles sont plus petites et plus basses dans le fond et le col. Le réseau se répète au fond de chaque maille, comme on peut s'en convaincre à l’aide de la loupe, ce qui, de même qu’aux amygdales, fait le passage aux glandes agrégées, et donne lieu à une sécrétion abondante de mucus. Cet état de choses devient plus marqué au col et au canal cystique. Là, en effet, on aperçoit distinctement les ouvertures des cavités muqueuses arrondies, ayant le volume de grains de millet.
Dans la vésicule du fiel, la membrane muqueuse présente
un aspect réticulé qui rappelle l’aspect de certains fruits conservés dans l’esprit de vin.
5° La membrane muqueuse du canal déférent est pourvue d’épithélium à cylindres; elle ne lient que faiblement à la tunique musculeuse par du tissu cellulaire; elle est blanche, et présente quatre plis longitudinaux, engrenés les uns dans les autres, outre un grand nombre de plis transversaux ou de rugosités villeuses, ce qui fait que peu à peu elle se couvre de nombreux enfoncements, et devient rétiforme, surtout dans sa dernière portion, où en même temps le canal acquiert tant, d’ampleur, et se contourne tellement sur luimême, qu’il y ressemble beaucoup aux vésicules séminales. Evidemment il sécrète aussi davantage en cet endroit, et produit peut-être le même liquide muqueux que celui qui est fourni par les vésicules.
Dans les vésicules séminales, l'a membrane muqueuse présente des plis et des mailles d’une plus grande étendue que ceux de la membrane muqueuse du canal déférent.
La membrane muqueuse est blanchâtre, et, comme l’a remarqué le premier Valentin , couverte d’un épithélium pavimenleux, tandis que celui du canal déférent et des canalicules séminifères est à cylindres. Les cellules épithéliales sont grenues, d’après Valentin et Ilenle, et contiennent peut-être, suivant Henle , le pigment auquel les vésicules séminales sont redevables de leur couleur verdâtre. Les mailles glanduliformes de la membrane muqueuse sont d’autant plus grossières, et les plis d’autant moins élevés, proportion gardée, qu’on se rapproche davantage du sommet. Du moins cette partie est-elle, comme la membrane interne du canal déférent, munie de mailles et de plis d’une grande finesse.
Muqueuses des glandes. — Dans la profondeur des glandes, la muqueuse constitue des culs-de-sac ou vésicules à la surface desquelles se répandent les réseaux capillaires sanguins; entre autres exemples, nous citerons les suivants :
Dans la glande mammaire , chaque vésicule est entourée
d'un réseau vasculaire élégant et serré , ce qui, joint à la couleur du lait , qu’on voit percer à travers sa paroi , lui donne un aspect rougeâtre pâle ; c’est ce réseau qui la rend apte à sécréter le lait, qu’elle fournit par suite de ses rapports avec les capillaires, sans que ces derniers s’ouvrent dans son intérieur, comme le croyaient les anciens. La cavité intérieure des vésicules et les conduits secréteurs qui communiquent avec elle ont beaucoup d’ampleur, comparativement à ce qui a lieu dans d’autres glandes.
Dans le pancréas, les parcelles les plus petites sont des ulricules en cul-tre-sac, et arrondis ( acini ). Leur volume égale celui des ulricules de la parotide, ce qui fait qu’on les distingue très bien à un grossissement médiocre, et qu’on peut les injecter aisément par le conduit excréteur, celui-ci n’ayant pas de valvules. Ces ulricules sont très serrés à la surface des ramifications les plus déliées du canal excréteur commun.
Glande hépatique. — E.-H. Weber, après de magnifiques injections des conduits biliaires, a trouvé que les plus déliés de ces canalicules s’unissaient réellement ensemble pour produire un réseau , mais qu’ils ne s’anastomosaient point avec les vaisseaux sanguins, et que les mailles de leur réseau se bornaient à entourer les capillaires sanguins, à les loucher de tous côtés, sans avoir aucune communication directe avec leur intérieur.
J. Muller représente les dernières extrémités des canalicules biliaires (à la surface du foie du lapin) sous la forme d’espèces de rejetons allongés, écartés les uns des autres en manière de rayons, mais ne formant pas de vésicules terminales (acini).
Les injections ne lui ont pas assez bien réussi, non plus qu’à Krause, pour qu’il lui fût possible d’apercevoir nettement la manière dont se comportent les dernières extrémités de ces canalicules. Mais, chez l’embryon d’oiseau et chez celui de grenouille, il a vu sans la moindre équivoque, sur la surface du foie, des cylindres terminés en cul-de-sac. d’un
blanc jaunâtre, qui se ramifiaient chez les embryons plus avancés en âge, de sorte que les faisceaux de ces cylindres affectaient la forme de petites plumes ou de petits bouquets.
Encore que le poumon ne soit pas susceptible d’élre assimilé complètement à une glande, nous examinerons sa membrane muqueuse, qui n’est que le prolongement de celle de la trachée-artère.
La trachée-artère, avec ses branches, représente un conduit excréteur, tapissé d'une membrane muqueuse, qui diffère des canaux excréteurs des glandes proprement dites en ce qu’il est très large, et contient encore des libres musculaires bien apparentes, ce qui le rapproche du canal intestinal.
Les éléments constituants de la trachée-artère pénètrent d’autant plus profondément dans le poumon qu’ils sont moins grossiers et qu’ils se rapprochent davantage de la face interne de la trachée. C’est pourquoi on voit disparaître d’abord les cartilages, dont on ne trouve plus aucun vestige, sur les bronches d’une demi-ligne à un quart de ligne de diamètre; puis, à ce qu’il semble, les libres musculaires, qu’on remarque encore sur des ramifications dont le diamètre 11e va pas à une demi-ligne; ensuite les fibres élastiques, que Rudolphi distinguait encore lorsque le microscope ne lui montrait déjà plus de fibres musculaires. Enfin la membrane muqueuse atteint jusqu’à la surface du poumon, où elle forme les cellules pulmonaires; elle est, en réalité, la partie la plus importante de l’organe. Son épaisseur est d’environ 1/15 de ligne dans la trachée-artère , et 1/99 dans les bronches; et enfin il 11c reste plus que la membrane muqueuse dans la plus grande partie des poumons, toutes les autres couches disparaissant successivement. Seule , elle forme la partie spongieuse de ces organes, c’est-à-dire les cellules pulmonaires. Elle est couverte d’un épithélium vibralile, dont les cils se meuvent, a-t-on dit, de manière à favoriser le cheminement des mucosités vers le larynx. Elle commence à l’épiglotte, dont la face antérieure ou linguale n’a encore
quede l’épithélium pavimenleux, comme aussi les ligaments glosso-épiglotliques, tandis que la face postérieure ou convexe présente déjà, chez le fœtus à terme, des cylindres armés de cils. De là elle s’étend dans l’arbre entier de la trachée-artère jusque dans les cellules pulmonaires les plus petites, celles même de la surface du poumon.
Les dernières ramifications, terminées en cul-de-sac, dont le diamètre varie de 1/6 à 1/19 de ligne, représentent une sorte de chou-fleur sur la surface des poumons remplis d’air : on les nomme vésicules pulmonaires. Berres rapporte ce type de formation glandulaire à la catégorie de ses folliculi lubulosi baccati.
Les cellules pulmonaires sont les acini des poumons : le système capillaire de ces organes les recouvre : ce sont les culs-de-sac dilatés par lesquels se termine l’arbre de membrane muqueuse. Ils partent en tous sens des dernières ramifications du tube, sans s’anastomoser les uns avec les autres, ni communiquer soit avec les vacuoles de tissu cellulaire ambiant, soit avec le système vasculaire; car, de même que toute membrane muqueuse glandulaire, ces cellules représentent des sacs clos. Les limites nécessairement restreintes de celle partie de notre travail ne nous permettent pas d’exposer ici les opinions de notre honorable et savant compétiteur M. Bourgery, sur la structure du poumon.