‹ Des membranes muqueusesChapitre 2 sur 37 · DES · texte numérisé non relu

DES

Considérations générales.

L’ensemble (les muqueuses constitue dans l’économie de l’homme le système membraneux le plus étendu en surface; en effet, si l’on calcule l’étendue de la surface de la peau, si l’on additionne avec leurs nombreux replis les espaces tapissés par les séreuses, on voit que ni d’un côté ni de l’autre ne se trouve une étendue aussi considérable que celle des membranes muqueuses eL de leurs dépendances. Les calculs qui ont été laits, et qui ne peuvent être acceptés que comme une expression très imparfaitement approximative de la surface que représentent les divisions bronchiques, les valvules commentes, suffisent pour démontrer l’exactitude de la proposition ci-dessus. Et si l’on ajoute les prolongements muqueux qui lapissept l’intérieur des voies glandulaires, on se fera une idée encore plus complète de la vaste étendue des membranes muqueuses. L’importance de celte classe de membranes est bien grande, puisque, non seulement, par elles-mêmes, elles forment des conduits dans lesquels se passent des phénomènes in-

dispensables à la conservation de la vie, mais encore, par leur prolongement dans des organes parenchymateux, tels que le poumon elles grosses glandes, elles s’associent à la vie de ces organes, y jouent même, selon toute apparence, le rôle le plus important, non seulement dans l’état sain, mais encore dans l’ordre pathologique : aussi peut-être est-il permis d’affirmer qu’il n’est pas de système d’organes dont la connaissance importe plus au médecin proprement dit que les membranes muqueuses. En effet, c’est sur ce système membraneux que se passent tous les grands phénomènes de la digestion, de la respiration, des sécrétions les plus importantes, sans compter que, dans quelques unes de ses parties, il devient organe spécial de sens, ainsi que cela s’observe dans les appareils de l’olfaction et du goût. Les idées que l’on se forme sur la texture anatomique et les propriétés de ce système ne peuvent manquer d’exercer une grande influence sur le jugement et les opinions du médecin à l’égard d’une foule de maladies; et nous croyons pouvoir avancer que, si l’on relirait des ouvrages qui ont pour objet la pathologie interne, les descriptions de maladies qui, de près ou de loin, tiennent au système des membranes muqueuses, on réduirait dans des proportions considérablement moindres tout l’édifice nosologique.

Malgré ce qu’elles peuvent avoir de spécial dans leur texture, on ne peut méconnaître que les membranes muqueuses ne soient que des parties d'un tout, qui s’appelle le tégument : ensemble partout continu à lui-même, depuis la peau extérieure jusqu’aux dernières ramifications du conduit excréteur de la glande la plus reculée. Seulement les membranes muqueuses, au lieu de représenter la surface de l’animal au dehors, la représentent en profondeur, mais ne cessent pas pour cela de constituer une limite du corps organisé. Aussi l’idée la plus générale et la plus vraie qu’on puisse se faire des membranes muqueuses est-elle celle d’un tégument interne, d’une peau rentrée, suivant l’ingénieuse expression de M. de Blainville , continue avec la peau pro-

prennent <lile, dont elle conserve, en se modifiant, les principaux caractères de structure.

Le grand fait physiologique qui domine la constitution des membranes tégumentaires, qui donne la clef de leur structure et de leurs étroites analogies, quand on compare ces membranes entre elles , c’est que partout le système tégumentaire est en contact avec des corps étrangers à l’individu, soit qu’ils viennent du dehors, soit que, produits par l’activité même des organes, ils aient revêtu le caractère de substances étrangères à l’organisme. Former des limites vivantes, des barrières qui, soit dans la profondeur, soit à la superficie, protègent la substance intime des tissus contre les corps étrangers, tel est donc le grand caractère des membranes tégumentaires : aussi sont-elles organisées de manière à supporter impunément une foule de contacts étrangers; et quand ces contacts sont nuisibles à l’organisme, douées d’une sensibilité vigilante, elles avertissent les agents de nos déterminations volontaires ou instinctives pour nous préserver du danger. Mais , pour que ce rôle fût possible, il était besoin d’un certain degré de tolérance pour le contact des substances étrangères à l’organisme; c’est ce qui a lieu, et l’on peut dire que l’état en quelque sorte normal des membranes tégumentaires, c’est le contact avec des corps étrangers. C’est ce que Fichât a parfaitement exposé dans les considérations suivantes.

Non seulement le système muqueux supporte sans danger la présence des corps qui sont introduits dans l’économie, mais encore, lorsqu’il sort au dehors, il peut impunément être exposé aux excitants extérieurs. Voyez ce qui arrive dans les chutes de matrice, où toute la membrane du vagin devient quelquefois extérieure, dans les renversements du tube intestinal à travers les anus contre nature, dans les chutes du rectum, etc.: alors les surfaces muqueuses servent véritablement de téguments. Or, dans ce cas, les corps environnants n’agissent guère plus douloureusement sur elles que sur la peau; au contraire, à l’in-

stant où une surface séreuse est mise à découvert, comme, par exemple , dans l’opération de la hernie, où on laisse l’intestin au dehors, à cause d’une ouverture malheureusement faite par la pointe du bistouri, celte surface s'enllammme inévitablement.

Si une fistule pénètre de l’extérieur du ventre dans les intestins, tout son trajet est hérissé de callosités; ce sont ces callosités qui défendent le tissu cellulaire et les muscles que traverse la fistule. Rien de semblable ne s’offre sur la surface muqueuse intestinale, parce que son organisation seule suflit pour la protéger. Jamais les fluides urinaire , salivaire, lacrymal, ne s’échappent au dehors par des conduits artificiels creusés dans les organes voisins sans que de semblables callosités 11e se trouvent dans le trajet de ces conduits; au contraire, ils traversent impunément les m e m b r a n e s m u q u e 11 s e s .

Concluons de ces diverses considérations que le système muqueux seul, avec le système cutané, est organisé de manière à supporter impunément, toutefois dans certaines limites et. pour certains corps , le contact des corps extérieurs, à ne point s’affecter de leur présence, ou du moins à n’en éprouver qu’une augmentation de sécrétion qui n’est nullement dangereuse : aussi les systèmes tégumentaires forment-ils deux limites, l’une interne, l’autre externe, limites entre lesquelles sont placés les organes étrangers , par leur mode de sensibilité et par celui de leur structure, aux corps extérieurs. On dirait que la vive sensibilité dont chacune d’elles jouit est une espèce de sentinelle que la nature a placée aux confins du domaine organique de l'âme pour l’avertir de ce qui pourrait lui nuire.

Si l’on compare la simplicité de surface des membranes séreuses aux accidents multipliés que présentent à leur superficie les membranes muqueuses, on trouve déjà l’indice d’une fonctionnalité aussi variée qu’active.

Dans les membranes muqueuses, dans celles mêmes qui sont le plus favorisées sous le rapport des nerfs, on voit que

généralement les vaisseaux l'emportent en quantité sur ces derniers. C’est la conséquence naturelle de leurs fonctions , qui ne sont jamais aussi exclusivement sensorielles que celles de certaines antres membranes ou organes de sens. Sous ce rapport, comparez avec les muqueuses les organes sensoriels proprement dits, comme le cerveau, la rétine, les cavités labyrinthiques, où la matière nerveuse prédomine visiblement sur les vaisseaux sanguins.

Du reste, sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, les divers segments des membranes muqueuses présentent, comparés les uns aux autres, des différences remarquables. El cela est d’autant plus frappant que, si le système tégumentaire interne se rapproche de l’externe par ses caractères fondamentaux, il fait contraste avec lui par la différence qui existe entre ses diverses parties, tandis que l’homogénéité de composition est beaucoup plus prononcée dans les diverses parties de la peau comparées entre elles.

Terminons ces considérations générales en faisant remarquer que l’ensemble tubuleux sous lequel se présente le système des membranes muqueuses offre une succession presque continuelle de renflements et de rétrécissements qui dépendent de la configuration des parties à la formation desquelles elles concourent en en tapissant la surface interne.

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