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CHAPITRE PREMIER

Définition des membranes muqueuses. — Expose succinct de l’historique de ces membranes.

Nous appellerons muqueuse toute membrane qui présente ce double caractère: 1° de tapisser une cavité intérieure communiquant au dehors; 2° de fournir le produit que l’on appelle mucus.

La dénomination de muqueuse, dérivée, suivanlBécIard, du substantif grec pu£«, sous lequel les anciens désignaient la

sécrétion nasale, n’esl pas celle sous laquelle ont toujours été connues les membranes muqueuses. Tantôt frappés de leur aspect, les auteurs leur donnèrent les noms de villeuses ou fongueuses, pulpeuses, poreuses, villoso-papillaires; tantôt on les désigna d’après le nom de leurs produits, comme la pituitaire; ou bien, d’après l’existence de leur appareil glanduleux, on leur donna le nom de folliculeuses ou glanduleuses. Ces membranes sont remarquables par la quantité de leurs vaisseaux et de leurs nerfs.

On a fort improprement désigné sous le nom de bourses muqueuses, des cavités, la plupart de formation accidentelle, qui, comparées aux membranes muqueuses, n’ont rien de commun avec elles que leur nom. Ce sont des cavités complètement closes qui se forment dans le tissu cellulaire sous-cutané, et sont complètement dépourvues d’épithélium, cavités sur la structure et les maladies desquelles M. le professeur Velpeau a particulièrement insisté dans ces derniers temps.

Composition élémentaire des membranes muqueuses.

Quoique nous soyons obligé , par la nature du sujet, de consacrer dans la suite de ce travail des chapitres spéciaux et détaillés sur chacun des éléments anatomiques qui entrent dans la composition des membranes muqueuses, nous nous croyons forcé dès à présent d’indiquer, ne fût -ce que d’une manière abrégée, ces divers éléments, afin que, pour nous-même et pour ceux qui nous liront, notre sujet soit, dès le début, nettement défini; d’autant mieux que, d’après l’ordre dans lequel nous exposerons l’histoire générale des membranes muqueuses, les chapitres spéciaux sur la texture n’arrivant qu’après la description des surfaces et des prolongements qui en dépendent, il est indispensable de s’expliquer tout d’abord sur des éléments dont le nom reviendra à chaque page avant que leur description soit complète.

Ainsi donc, pour nous les membranes muqueuses se composent:

1° D’un derme : c’est la trame continue qui forme en quelqne sorte le corps de la membrane, et de la surface libre duquel s’élèvent les petits prolongements qu’on appelle papilles ou villosités ;

2° D’un épithélium < c’est la couche non vivante qui tapisse la surface libre ou derme muqueux, et dans laquelle on a distingué l’épithélium proprement dit et le corps muqueux de Malpighi. Quoique celle distinction ait été récemment admise par un savant anatomiste, M. le professeur Flourens, nous ne croyons pas devoir considérer le corps muqueux comme ayant une existence essentiellement distincte de l’épithélium ; nous ne l’envisagerons que comme la couche profonde de celui-ci , et nous ferons remarquer dès à présent que si dans certaines parties des membranes muqueuses elle est facilement séparable à l’état de couche distincte, il en est beaucoup d’autres où l’on n’en rencontre pas le moindre vestige;

5° De glandes qui, sous des formes variées, versent leurs produits à la surface des membranes muqueuses, et peuvent être considérées comme faisant corps avec elles;

4° De vaisseaux, les uns sanguins, artériels et veineux; les autres lymphatiques et qui se présentent dans les membranes muqueuses sous des formes diverses, tantôt sous l’aspect de réseaux en quelque sorte distincts, tantôt avec le caractère d’un élément intimement fondu avec le corps du derme ;

5° De nerfs qui abondent dans la composition des membranes muqueuses, soit que, comme cela s’observe près des orifices extérieurs, ils dépendent du système céphalo-rachidien , soit que, comme on le voit dans les parties plus profondes, ils émanent du système ganglionnaire.

D’après le rapide exposé que nous venons de faire, on voit que les parties élémentaires des membranes muqueuses sont toutes représentées dans la composition de la peau , et

que , par conséquent , les deux ordres de membranes ne sont en quelque sorte que deux variétés d’un même type de formation, que l’on peut désigner sous le nom d’appareil légumentaire. C’est ce que Béclard a surtout fait ressortir dans les considérations suivantes.

La peau et la membrane muqueuse, comparées l’une à l’autre, semblent très différentes au premier coup d’œil; mais dans la série animale, la différence s’efface par degrés dans les animaux les plus simples; elle est encore assez peu marquée, en général, dans les animaux plus élevés qui habitent l’eau. Dans le fœtus humain, la différence, quoique réelle, est d’abord peu tranchée. Dans l’adulte même, on voit la peau se transformer aisément en membrane muqueuse, et celle-ci en peau. — Quand , par exemple , une partie de la surface du corps est longtemps soustraite à l’action de l’atmosphère, comme on l’a vu dans des cas de contractures où la jambe était fortement fléchie et appuyée sur la cuisse, et comme on le voit souvent dans les plis de la peau chez les enfants très gras, l’épiderme se ramollit et disparaît, et la peau finit par sécréter du mucus. D'un autre côté, dans les prolapsus de l’utérus, on voit la membrane muqueuse du vagin , et, dans les prolapsus de l’anus naturel ou accidentel, celle de l’intestin, s’épaissir, se sécher et prendre les apparences de la peau. — Dans l’étal de santé, enfin, on voit, dans beaucoup de parties, la peau ne se changer que graduellement, et d’une manière insensible, en membrane muqueuse: c’est ce qui a lieu aux lèvres de la vulve, au prépuce, à l’anus, aux mamelons et aux narines; ce n’est guère qu’aux paupières et aux lèvres que la ligne de démarcation paraît un peu tranchée. Il n’y a donc point d’interruption réelle; il y a, au contraire, une identité et une continuité véritables entre les deux parties principales de la membrane légumentaire.

Historique.

Avant que les membranes muqueuses eussent été considérées comme formant un système partout identique dans sa nature , malgré la diversité de siège et d’aspect, elles étaient décrites dans chaque organe comme sa membrane interne particulière. C’est à Bichat que nous sommes redevables de la première description générale qui a été donnée de ce système ; c’est d’une idée en quelque sorte purement médicale que naquit la classilicalion des tissus, et, par conséquent, la réunion des membranes muqueuses en une même classe C’est ici le lieu de remarquer combien un progrès accompli dans la pathologie peut exercer d'influence même sur la marche des sciences anatomiques; car, si c’est à un médecin anatomiste qu’est due la création de l’anatomie générale, c’est à un médecin qui n’était point anatomiste qu’en est due la première idée. On s’accorde, en effet, généralement à reconnaître que Pinel , en rapprochant par leurs analogies les affections catarrhales, a donné l’idée de réunir anatomiquement les organes qui sont sujets à une maladie identique. Il serait difficile d’apprécier l’influence que celte idée féconde a exercée sur les progrès des sciences anatomiques, mais on ne saurait douter qu’elle n’ait été utile, presque à l’égal des grandes découvertes de la science. Nous sommes disposés souvent .à donner plus d’attention aux découvertes dues à l’emploi des moyens matériels des investigations anatomiques, et, par contre, à méconnaître la puissance des idées généralisatrices sur l’avancement des sciences de fait : c’est la une tendance fâcheuse. Chacun sert la science à sa manière, et c’est un dédain aussi mal fondé, aussi injuste d’un côté que de l’autre, que celui qui s’applique, soilaux travaux tout entiers d’investigation matérielle, soit «à ceux qui consistent dans le labeur souvent fécond de la pensée. Du reste, nous devons reconnaître qu’on peut adresser à Bichat un reproche dont le justifie çn partie

l’élat d’enfance de la science des tissus ou histologie , à l’époque où il l’a pour ainsi dire régulièrement constituée: c’est d’avoir présenté comme tissu élémentaire un appareil complet composé de plusieurs éléments organiques. En effet, ainsi que le fait remarquer M. de Blainville, il a compris dans son système muqueux, non seulement le derme , mais le réseau vasculaire, l’épiderme, les cryptes qui constituent des parties distinctes , et qui appartiennent à des éléments anatomiques différents.

Depuis l’époque à laquelle Bichat a donné sa description générale des membranes muqueuses, les travaux de Béclard, Meckel , Henle, Valentin, Purkinje, Huschke , Blainville , Flourens, M. Cruveilhier, M. N. Guillot , etc., ont imprimé de nouveaux perfectionnements à la connaissance de ces membranes; mais c’est surtout au travail remarquable de Bœhm sur la muqueuse intestinale, ainsi qu’aux recherches plus récentes de Berres et de Goodsir, que nous sommes redevables de connaissances plus approfondies sur la structure des muqueuses. Il est bien entendu que je ne rappelle pas en ce moment les études partielles sur différents points particuliers de la structure des muqueuses; car je ne manquerais point de citer, comme s’en étant occupés dès le xvie siècle, Vésale, le créateur de l’anatomie moderne, et Fallope, son élève, qui décrivirent la muqueuse digestive, et signalèrent les premiers la disposition et Futilité des valvules conniventes; Malpighi , qui au xvu° siècle étudia avec tant de soins les papilles linguales, et la couche épidermique profonde leur enveloppe , qui a conservé le nom de ce grand anatomiste, que ses recherches multipliées et approfondies sur la texture intime des organes doivent faire considérer comme le premier fondateur de l’histologie ; Ruysch, son illustre adversaire; Schneider, Meibomius, Peyer, Brunner, qui ont attaché leurs noms aux organes si bien décrits par eux; Lieberkuhn, un des disciples les plus brillants d’Albinus, dont les recherches sur les villosités et les follicules de l’intestin sont des modèles impé-

rissables de sagacité et de patience anatomiques; enfin, dans des temps plus rapprochés de nous, Soemmerring, qui, sous le nom de membranes nerveuses , a décrit les membranes celluleuses et les membranes muqueuses; Rudolphi, qui s’est surtout occupé du feuillet interne des membranes muqueuses ou feuillet vasculaire; J. -F. Meckel et Hildebrandt, qui séparent d’une manière distincte la couche celluleuse delà membrane muqueuse prpprement dite ; Wilbrandt, qui a exposé avec beaucoup d’art le mode d’après lequel se fait aux divers orifices du corps humain la continuation de la peau avec les membranes muqueuses.

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