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DEUXIÈME GROUPE

Glandes acineuses et arborescentes.

Les glandes de Brunner [glandulæ Brunnerianœ , conglomérâtes intestinarum), ainsi appelées du nom de l'anatomiste qui les a découvertes et décrites le premier, ont été depuis confondues avec les glandes solitaires Jusqu’au moment où Bœlim appela de nouveau l'attention sur les caractères particuliers qui les distinguent. On ne les rencontre que dans le duodénum, et on ne les aperçoit qu’après avoir enlevé les tuniques séreuse et musculeuse de cet intestin, attendu qu’elles ne soulèvent pas la membrane muqueuse, comme font celles de l’eyer. Celte préparation faite, on découvre immédiatement derrière le pylore une couche très serrée et presque non interrompue de glandes blanches qui font le tour de l'intestin. Leur nombre diminue rapidement, et déjà on n’en trouve plus aucune à la fin du duodénum et au commencement du jéjunum.

Ce sont des glandes conglomérées, anguleuses , comprimées, grosses au plus comme des grains de chènevis, retenues et enveloppées par les fibres de la tunique celluleuse. Au microscope, on reconnaît qu’elles ont une structure lobulée , acineuse. Elles ressemblent à des grappes. De chaque vésicule part un conduit excréteur délié et très court qui se termine à la membrane muqueuse par une ouverture dont le diamètre ne dépasse presque pas celui de l’orifice des glandes de Lieberkuhn.

On ne connaît pas leur produit sécrétoire.

A la vulve existent des petites glandes que nous croyons pouvoir rattacher à celle classe de glandes agrégées rameuses. Wendt et Burkliardl en ont dans ces derniers temps donné la description et la figure. Ces glandes se composent d’un sac extérieur et d’un sac intérieur, avec un orifice

étroit perceptible à l’aide de la loupe. Le sac interne se divise en quatre à neuf laciniures allongées et utriculifornies, que Weiult décrit comme des glandes en grappes.

Les glandes de Cooper , considérées au point de vue de la longueur de leur canal d’excrétion et de la forme en grappe bien caractérisée, appartiennent à lin degré d’organisation plus compliquée. Nous les examinerons chez l’homme et chez la femme.

Les glandes de Cowper ont des cryptes allongés et anguleux ; plutôt celluleuses que vésiculeuses elles se réunissent en conduits qui d’ordinaire aboutissent à un seul canal excréteur pour chaque glande; parfois aussi le canal excréteur est double, ou bien les conduits versent auparavant leur contenu dans une cavité que Krause a observée presque au centre de la glande. Le conduit excréteur se dirige presque en ligne droite, d’arrière en avant, sous la membra ne muqueuse de la portion bulbeuse de l’urètre, et sans se réunir avec celui du côté, opposé; il s’ouvre à la paroi inférieure du canal par un orifice à peine visible.

On pourrait croire, à la lecture des ouvrages d’anatomie publiés en France, même les plus modernes et les plus complets, que les glandes de Cowper sont exclusives au sexe mâle; et cependant un médecin français, Duverney, a découvert sur la vache, Barlholin chez la femme, des organes t<> ut— ù-l'ail semblables.

Les glandes de Duverney, de Barlholin ou de Cowper, correspondent aux glandes de Cowper de l’homme , mais ont beaucoup plus de volume. Barlholin leur a donné à tort le nom de prostate de la femme. Ce sont deux glandes conglomérées d’un blanc rougeâtre , placées symétriquement sur les côtés de l’entrée du vagin , qui s’ouvrent à la face interne des petites lèvres par un large orifice arrondi, et dont on peut exprimer, en exerçant une compression sur la partie postérieure des grandes lèvres, un liquide grisâtre, filant, analogue au suc prostatique. Elles se composent de petits lobules aplatis , arrondis, eux- mêmes formés de vési-

cilles rondes; la plupart contiennent aussi, d’après Krause, une cavité de laquelle naît leur conduit excréteur. Celui-ci sort de leur partie antérieure el supérieure, se dirige en dedans, en avant et en haut, presque horizontalement, derrière les grandes lèvres, couvert par le constricteur du vagin, el s’ouvre, dans le vestibule , au milieu de la partie latérale de l’entrée du vagin , en dehors de l’hymen on d’une des caroncules myrliformes latérales. Ce canal a 4 à 5 lignes de long selon Krause, 7 à 8 d’après Tiedemann, 1 pouce suivant Taylor; Krause lui donne 2/5 de ligne de diamètre.

Cornmeje suis resté longtemps sans connaître ces glandes, elles avaient donné lieu de ma part à une méprise que je dois faire connaître pour l’éviter à d’autres. Plus d’une fois, pendant les quinze mois que j’ai passés à l'hôpital de Lourcine en qualité de chirurgien intérimaire, il m’est arrivé d’ouvrir des kystes de la vulve qui se continuaient jusqu’au contact des branches de l’arcade pubienne. La première fois que pareille chose m’est arrivée , j’ai cru que j’étais tombé dans un sac hernière. Ces kystes profonds ont pour siège les glandes de Cowper ou de Duverney. M. Huguier m’a dit avoir observé des faits analogues.

A côté des glandes de Cowper, et par analogie de fonctions el de position , nous parlerons de la prostate surtout sous le rapport de la structure , le seul qui nous intéresse en ce moment.

Une coupe du tissu glandulaire de la prostate permet d’apercevoir un grand nombre de canalicules sécrétoires. Ces canalicules commencent par de nombreux orifices autour de la crête urélrale. Les plus gros se trouvent placés de chaque côté en demi-cercle, sur la partie inférieure de l’urètre, immédiatement auprès du sommet de la crête ; de là on voit partir de chaque coté un faisceau de conduits, souvent d’un blanc brillant el comme fibreux, qui se dirigent transversalement el en ligne droite à travers chaque lobe latéral , mais s’écartent peu à peu les uns des autres

dans tous les sens, en avant comme en arrière , et se ramifient quoique assez rarement. Les extrémités en cul-de-sac de ces conduits sont des follicules dans lesquels Henle a trouvé un épithélium pavimenleux très mince, tandis qu’on commence déjà à apercevoir des cylindres dans les canalicules glandulaires de la prostate, ainsi que dans les glandes de Cowper et les vésicules séminales.

Enfin nous rappellerons l’amygdale dont nous avons déjà eu l’occasion de nous occuper dans ce travail , et nous prions qu’on nous pardonne de présen er ici à son égard quelques vues qui nous sont propres, ou du moins dont nous n’avons rien trouvé d’indiqué dans les auteurs.

On sait que tant que l’amygdale n’a point dépassé son volume naturel, elle reste renfermée dans l’espèce de loge qui lui est ménagée entre les deux piliers du voile du palais ; mais quand elle 'acquiert des dimensions exagérées, elle franchit l’espèce de goulot que tendent à former les piliers antérieur et postérieur. Il se produit alors comme une espèce d’étranglement, ou du moins de conslriction due à l’action des muscles faisant pilier, qui agissent alors comme sur une espèce de pédicule. Cette circonstance expliquerait la ténacité des engorgements de l’amygdale une fois qu’elle s’est en quelque sorte énucléée de sa retraite naturelle , car l’action continue des piliers devient une cause de stagnation des fluides dans le tissu de l’organe malade.

Parmi les substances médicamenteuses employées dans le but de réduire le volume de l’amygdale, il s’en trouve peut-être qui ont en même temps pour effet d’accroître la conslriction déjà exercée par les piliers. Toujours est-il que les résultats obtenus dans les amygdalites par l’emploi des astringents, n’ont pas des effets constants : si quelquefois ils paraissent améliorer l’état de la gorge , d’autres fois ils semblent l’aggraver. Ne serait-ce point dans la circonstance anatomique ci-dessus mentionnée que l’on pourrait trouver et l’explication de ces différences dans l’action d’une même classe de moyens, et des règles plus sûres et plus précises

dans leur emploi? Ne pourrait-on pas dire, par exemple, que les astringents, loul-à-fail favorables tant que l’amygdale ne s’est pas déebalonnée, perdent leur opportunité dès qu’elle a débordé le niveau des piliers. L’action des mêmes muscles , comme faisant obstacle à la sortie des concrétions amygdalicnnes , aurait besoin d’être étudiée.

Déjà Weber avait appelé l’attention sur les glandes mucipares conglomérées, logées à une certaine profondeur dans la substance charnue de la langue, dont le conduit excréteur pénètre de plusieurs lignes dans cette substance, s’y partage en quelques branches, et se termine par un grand nombre de vésicules serrées les unes contre les autres et adhérentes ensemble. Deux glandes analogues existent, selon Krause , sur les côtés du frein.

M. Nulin a publié une monographie sur des glandes non encore décrites , placées sous la muqueuse qui revêt la face inférieure de la portion libre de la langue près de sa pointe. Comme il n’est pas à notre connaissance que.l’opuscule de cet anatomiste ait été traduit en français, nous croyons nous rendre utile en donnant ici un extrait détaillé de ce travail. (Voy. pl.Y.)

On remarque que la membrane muqueuse sous la pointe de la langue n’est pas complètement lisse, mais quelle présente un aspect velouté , qu’elle est hérissée de papilles très petites, mais nombreuses. Plus loin, s’élève dans la ligne du milieu de la surface inférieure de la pointe de la langue, dans la direction d’avant en arrière, un petit filet étroit qui se perd successivement en arrière , vers le commencement du filet de la langue, ou se replie sur lui-même, et se termine tout près du bord de la langue. En avant, et dans le milieu de ce filet médian, se trouvent quelques petites ouvertures qui se reconnaissent facilement à ce qu’elles sont entourées d’un petit bourrelet.

Quelquefois, on en voit des deux côtés du pli, qui se réunissent en bourrelet annulaire, pour former la petite élévation du pli de la langue.

Ces ouvertures sont les orifices des conduits de la glande située dans l’intérieur de la pointe de la langue. Ordinairement elles sont si petites, ou bien les bourrelets annulaires qui les entourent sont si peu sensibles, qu’on a de la peine aies apercevoir; elles sont souvent plus faciles à observer dans les langues qui sont depuis quelque temps dans l’alcool.

Dans chaque moitié de la partie inférieure de la langue, on trouve une grosseur oblongue qui , la plupart du temps, est placée entre le filet du milieu et le plicci fimbriata , et qui correspond à la glande placée dans l’intérieur de la langue et décrite ci-dessous , de telle sorte que la grandeur de celte proéminence est proportionnelle au développement et à la grosseur de la glande, plus faible quand la glande est petite, plus forte quand la glande est grosse.

Sous la membrane muqueuse, se trouve un faisceau de fibres musculaires longitudinales. Si l’on enlève ce faisceau de muscle avec une lame de scalpel, on arrivera à une glande oblongue, large de moitié de sa longueur, épaisse du quart: c’est une glande acineuse.

Les grains donnent naissance à plusieurs conduits aboutissant aux ouvertures de la partie inférieure de la langue. Dans un cas au moins M. Nühn a vu jusqu’à cinq conduits.

Au-dessus de la glande est une couche de fibres musculaires transversales. Entre ce faisceau et la glande , ou plus près de la glande, on aperçoit l’extrémité antérieure de Y artère ranine; elle est, la plupart du temps, tout-à-fait environnée par des lobules de la glande; elle envoie toujours plusieurs ramifications dans la glande même. La veine ranine qui accompagne l’artère reçoit la plupart des ramifications de veines qui sortent de la glande. L’extrémité antérieure du nerf lingual se dirige vers le côté intérieur de la glande et pénètre, avec beaucoup de ses ramifications, à travers les petites parties de la glande; mais M. Nühn n’a pas pu reconnaître s il y a de ces ramifications qui se portent à la glande elle-même.

« Je n’ai encore jamais manqué, dit-il, de trouver cette glande , même chez les nouveaux-nés ; elle est , il est vrai , tantôt plus grande, tantôt plus petite que d’habilude, et peut, dans ce dernier cas, facilement être enlevée, inaperçue qu’elle est dans les préparations, et cela peut arriver d’autant plus facilement que , même quand la glande a sa grandeur normale, il est difficile de l’obtenir tou t-à-fait isolée , et qu’il est nécessaire de prendre certaines précautions pour ne pas en enlever une certaine partie, tandis qu’on la dégage des muscles qui entourent et recouvrent ses lobules : c’est probablement aussi la raison pour laquelle la glande dans sa grandeur véritable a échappé jusqu’à présent aux yeux des anatomistes ; car je suis persuadé que certainement déjà, maint anatomiste a confondu une plus grande ou plus petite partie de celle glande avec des muscles dans la préparation du bout de la langue , sans se douter que c’était une partie d’une plus grande glande, et l’aura enlevée avec des fibres musculaires, regardant comme insignifiant de rechercher d’autres lobules pareils.

Une question peut rester à résoudre, et au sujet de laquelle mes expériences ne m’ont encore amené à aucun résultat précis : c’est de savoir ce que celte glande sécrète, est-ce de la salive, est-ce du mucus? En effet, dans la partie antérieure de la bouche se trouvent les glandes sub-maxillaires et sublinguales, qui fournissent déjà une quantité suffisante de salive pour cette partie de la cavité buccale. Une glande salivaire de plus paraîtrait donc superflue ; et, au contraire, une glande muqueuse pourrait être jusqu’à un certain point utile, car l’extrémité de la langue est dans la bouche la partie qui éprouve les mouvements les plus nombreux et les plus variés, tant pendant la mastication des aliments que dans l'acte de la parole, et où, par conséquent , une imbibition continuelle du derme de la langue est nécessaire. Or, la salive qui sort dans la bouche au-dessous de la partie inférieure de la langue et ne communique pas , à cause d’une trop grande fluidité , au derme de la langue toute

l’oncluosilé nécessaire pour les mouvements, a besoin de se mêler convenablement à du mucus, et la glande est la source qui satisfait à ce besoin. »

Cette glande est placée dans l’intérieur de la partie antérieure de la langue, et un peu au-dessous de la membrane muqueuse delà face inférieure de l’organe; il faut chercher la cause de celte situation dans la.relalion qui existe entre la position des orifices sécréteurs et les mouvements de la partie antérieure de la langue ; car cet amasglanduleux, tout environné de muscles , se vide sous l’influence de la compression qu’il reçoit, d’un côté, de la part des fibres qui se contractent. en l’exprimant, et de l’autre parce que l’extrémité antérieure de la langue se meut, compression qui aurait été bien moins efficace pour fournir une forte expression du mucus, si la glande avait eu son siège seulement sous la muqueuse.

« Une chose remarquable, dit M. Nühn , c’est que cette glande située à l’extrémité de la langue est propre à l’homme, et que parmi les animaux, on ne la retrouve que chez l’orangoutang à peu près avec le même développement que chez l’homme, tandis qu’elle manque complètement chez tons les autres animaux , même dans les autres espèces de singes ; au moins je puis l’affirmer pour les espèces suivantes, sur lesquelles j’ai pu faire des recherches jusqu’à présent: cynocéphales, makis, etc.

» Les autres mammifères chez lesquels j’ai cherché, mais en vain, la glande, sont le cerf, le phoque , etc.

» Si cette glande ne se trouve chez aucun mammifère, il est bien certain quelle se trouve encore moins chez les oiseaux et les amphibicns , et c’est ce dont j’ai acquis la preuve par les recherches que j’ai faites.

» Cette glande ne se trouvant que chez l’homme, et manquant dans le reste du règne animal, on peut supposer qu’elle existe surtout pour la parole, peut-être en ce que sa sécrétion facilite beaucoup les mouvements de l’organe de la parole, c’est-à-dire de la langue. C’est pourquoi cette

glande a son siège à la pointe de la langue, partie la plus mobile dans l’exercice de la parole.»

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