CHAPITRE XV
IWrfs «les ineiniiraites muqueuses.
A 1 égard delà terminaison des nerfs dans les muqueuses, nous rappellerons une observation curieuse de Henle sur la terminaison des nerls dans la membrane niclilante de la
grenouille , où l’on peut aisément suivre les fibres près du bord, sans avoir besoin de recourir à aucune préparation.
Les petits troncs, à leur immergence dans la membrane, accompagnent les vaisseaux. Les ramifications devenues plus déliées se séparent , au contraire , de ces mêmes vaisseaux. Déjà grêles au moment de l’immergencc, les fibrilles nerveuses le deviennent encore plus sans fournir de branches. Souvent elles parcourent, isolées, des trajets d’une certaine longueur, en passant auprès des glandes , sans qu’on voie de terminaison distincte. Quelquefois un tube nerveux semble se terminer brusquement par une espèce de petit bouton arrondi et obscur. En y regardant de plus près , on reconnaît presque toujours que cette apparence est due à une flexion onduleuse. De temps en temps une fibre primitive paraît cesser peu à peu et se terminer par un renflement. Henle présume que cela est dû à une intersection artificielle de la substance du tube nerveux par une pression.
Il est très probable, mais non eifcorc rigoureusement démontré, que dans les papilles des muqueuses, comme dan? celles de la peau , d’après E. Burdach , il existe une anse nerveuse, avec une ou plusieurs anses vasculaires.
Treviranus a avancé, d’après l’examen de la pituitaire de la souris et de celle du hérisson , que les tubes du nerf olfactif se terminent dans les papilles. M. Froment, dans un consciencieux ouvrage sur l'anatomie du système nerveux, dit que Sœmmerring regarde les nerfs olfactifs comme formant un véritable plexus à leur terminaison sur la paroi externe des fosses nasales.
Il paraîtrait donc, si l’on excepte les nerfs des sens supérieurs, comme le veut Trevinarus, que, dans les muqueuses comme dans la peau, les nerfs n’ont pas d’extrémité libre, mais fournissent simplement des anses, et que chaque fibre représente une longue arcade allant de l’organe central vers une partie pour revenir à l’organe central en s’accolant, soit à des fibres du même nerf, soit à des fibres d’un nerf différent. Le seul changement quelle subisse dans ce trajet an-
siforme consiste dans l'amincissement de son névrilème vers le sommet de la courbe que représente l’anse nerveuse. Celle doctrine est admise par M. Longet dans son ouvrage sur le système nerveux.
L’influence nerveuse sur la coloration des muqueuses, et particulièrement sur la muqueuse de l’estomac, a été constatée par M. Bernard, de Villefranche. Ayant coupé les nerfs pneumo-gastriques sur un chien chez lequel le travail de la digestion stomacale avait développé dans la muqueuse gastrique une coloration d’un rouge vif, la muqueuse, immédiatement après la section des nerfs, se décolora subitement et devint pâle comme dans l’état de vacuité de l’estomac, et de plus la sécrétion du suc gastrique s’arrêta aussitôt. Cette expérience nous semble de nature à prouver l’influence du système nerveux sur les phénomènes de coloration des muqueuses , c’est-à-dire sur leur circulation capillaire aussi bien que sur leurs sécrétions.
Nous indiquerons d’abord très brièvement les différents nerfs de chacune des principales muqueuses.
Nerfs de la muqueuse labiale; ils viennent de la cinquième paire.
Nerfs de la muqueuse buccale (cinquième paire).
Nerfs de la muqueuse palatine et gingivale (cinquième paire).
Nerfs de la muqueuse du voile du palais; ils viennent de la cinquième paire et du glosso-pbaryngien.
Nerfs de la muqueuse linguale ; ils viennent du nerf de la cinquième paire et du glosso-pbaryngien à la base.
Nerfs de la muqueuse pharyngienne; ils viennent principalement du nerf glosso-pbaryngien (peut-être aussi du pneumogastrique et du grand sympathique).
Nerls de la muqueuse œsophagienne ; ils viennent du pneumo-gastrique, peut-être aussi de quelques branches du grand sympathique.
Nerfs de la muqueuse stomacale ; ils viennent du pneumogastrique et du grand sympathique (plexus solaire).
Nerfs de la muqueuse intestinale; ils viennent du plexus solaire.
Nerfs de la muqueuse rectale ; ils viennent du grand sympathique et des nerfs sacrés.
Nerfs de la muqueuse laryngienne ; ils viennent du pneumo-gastrique (laryngés supérieurs).
Longtemps on avait cru que le nerf laryngé supérieur fournissait des filets au muscle arylhénoïdien, et par conséquent qu’il se partageait entre ce muscle et la muqueuse; mais ceux des iïlets du laryngé supérieur qui traversent ce muscle ne s'y arrêtent pas : ils vont tous se rendre à la membrane muqueuse, ainsi que l’a démontré dans sa thèse inaugurale (1^25) M. le professeur Blandin.
Nerfs de la muqueuse trachéale et bronchique ; ils viennent du pneumo-gastrique.
Nerfs de la muqueuse vésicale; ils viennent du grand sympathique et des nerfs sacrés.
Nerfs de la muqueuse utérine ; ils proviennent surtout du grand sympathique.
Nerfs de la muqueuse vaginale; ils viennent du plexus hypogastrique (grand sympathique et nerfs sacrés).
Nerfs de la muqueuse pituitaire; ils viennent du nerf ol' factif et de la cinquième paire (rameau nasal interne et sphéno-paiatins).
Nerfs de la muqueuse oculaire; ils viennent de la cinquième paire (filets de l’ophthalmique et du maxillaire supérieur).
Nerfs de la muqueuse du tympan et de la trompe d’Euslachi ; ils viennent de la cinquième paire (auriculo-temporal), du glosso-pharyngien (rameau lympanique), et du ganglion d’Arnold.
Si l’on jette un coup d’œil sur le résumé qui précède, et qui reste incomplet parce qu'il a été fait à la hâte, on est frappé, avec M. Longet, des soins (pie la nature a misa multiplier les sources de la sensibilité générale sur les muqueuses sensoriales ; en effet, chacune de ces muqueuses
reçoit à la fois, ou bien des deux branches du trijumeau, comme la conjonctive et la pituitaire, ou bien d’une branche de ce nerf à laquelle s’unissent des divisions d’un nerf en quelque sorte complémentaire, le glosso-pharyngien (qui, à la langue, est nerf spécial du sens), comme les muqueuses auditive et guslatrice. Cette répartition remarquable des rameaux nerveux autour de chaque orifice sensorial était nécessaire à l’intégrité et à la conservation des organes des sens.
Pour ce qui regarde les muqueuses autres que les muqueuses sensoriales, je ferai une seule remarque qui a trait à la nature des ramifications nerveuses. Aux orifices des muqueuses jusqu’à une distance plus ou moins grande de ces orifices, on n’observe que des nerfs de la vie animale, tandis que le grand sympathique domine si même il n’existe pas seul dans la profondeur des muqueuses.