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CHAPITRE II

Nombre des membranes muqueuses.

Si pour faire le dénombrement des membranes muqueuses on avait égard aux différences d’aspect et de structure quelles présentent dans les divers compartiments auxquels elles forment un tégument interne, on verrait que leur nombre est considérable, car elles semblent se modifier dans chaque organe en raison des fonctions auxquelles il est destiné; mais, si l'on a surtout égard à leur continuité entre elles, on voit qu’elles peuvent se réduire à trois divisions complètement isolées les unes des autres : 1° la gastro-pulmonaire; 2° la génito-urinaire; 5° la mammaire ou muqueuse tapissant la surface intérieure des conduits galactophores. On voit donc que si l’unité fait loi pour la peau, dont les diverses parties se continuent entre elles sans séparation complète, les muqueuses reconnaissent le principe de la pluralité.

Toutefois, tout en admettant la séparation des trois grandes dépendances qui constituent le système des membranes muqueuses, nous devons reconnaître que si elles n’ont entre

elles de communication que par l’intermédiaire de la peau qui se continue avec toutes les trois, elles forment conjointement avec le tégument externe une membrane générale partout continue, enveloppant au dehors l'animal, et se prolongeant au dedans sur la plupart de ses parties essentielles. Si maintenant nous voulons indiquer les principales dépendances de deux des trois grands départements muqueux qui viennent d’être mentionnés, nous rappellerons: 1° la membrane pulmonaire qui tapisse toutes les divisions lies bronches; 2° celles des cavités nasales, de leurs sinus et des arrière-fosses nasales , du tympan , du sinus mastoïdien et de la surface de l’œil; 5° les membranes qui tapissent les conduits excréteurs des glandes.

Quant au trajet des deux grandes divisions elles-mêmes dont nous venons de parler, il est le suivant :

La surface gastro-pulmonaire pénètre dans l’intérieur par la bouche, par le nez et la face antérieure de l’œil.

1° Elle tapisse la première et la seconde de ces cavités, se prolonge, de l’une dans les conduits excréteurs des parotides, des glandes sous-maxillaires, de l’autre dans tous les sinus, forme la conjonctive, s’enfonce dans les points lacrymaux, le canal nasal, le sac du même nom, et se continue dans le nez.

2° Elle descend dans le pharynx et fournit un prolongement à la trompe d’Eustachi, qui de là pénètre dans l’oreille interne, et la tapisse , comme nous le verrons ;

5° S’enfonce dans la trachée-artère et tapisse toutes les voies aériennes ;

4° Pénètre dans l’œsophage et l’estomac;

5° Se propage dans le duodénum, où elle fournit deux prolongements destinés, l’un au conduitcholédoque, aux rameaux nombreux de l’hépatique, au cystique et à la vésicule, l’autre au pancréatique et à ses diverses branches;

6° Se continue dans les intestins et se termine enfin à l’anus, où on la voit s’identifier avec la peau.

La seconde membrane muqueuse générale , celle connue

sous le nom île génito-urinaire, pénètre, dans l’homme, par ' l’urètre, de là sc déploie d’une part sur la vessie , les uretères, les bassinets, les calices, les mamelons et les conduits capillaires qui s’ouvrent à leur sommet ; de l’autre part, elle s’engage dans les tubes excréteurs de la prostate, dans les conduits éjaculateurs, les vésicules séminales, les canaux déférents et les branches mille fois repliées qui leur donnent naissance.

Chez les femmes, celle membrane commence à la vulve, en pénétrant d’un côté par l’urètre, et se porte, comme chez l’homme, sur les organes urinaires; de l’autre côté, on la voit entrer dans le vagin, le tapisser ainsi que la matrice et les trompes, et se continuer ensuite avec le péritoine par 1 ouverture de ces conduits. C’est le seul exemple dans l’économie d’une communication établie entre les surfaces muqueuses et les séreuses.

Si, comme l’ont pensé quelques anatomistes à l’égard de l’utérus , certains compartiments des cavités intérieures étaient dépourvus de membranes muqueuses, la continuité de ces membranes dans un même système, le génito-urinaire, serait interrompue. Nous sommes loin de partager celte opinion, et afin d’établir comme fait la continuité de la membrane muqueuse dans chacun des trois systèmes que nous avons indiqués, et de justifier la délimitation en trois sections, du nombre des membranes muqueuses, nous devons dès à présent examiner la question de l’existence de la muqueuse utérine; carde la solution qui sera donnée à cette question, dépend l’exact i tuile des divisions que nous venons d’établir.

Les anatomistes qui ont étudié la surface interne de l’utérus après l’accouchement, et en particulier Morgagni et Chaussier, en ont contesté l’existence, aussi bien que ceux qui réadmettent une muqueuse que là où on peut la montrer distincte dans une certaine étendue. Mais la présence d’une membrane muqueuse à la face interne de l’utérus me paraît incontestable d’après les considérations suivantes, à

l’égard desquelles je partage entièrement l’opinion de M. Cruveilhier.

1° Les cavités organiques communiquant avec l’extérieur sont tapissées par une membrane muqueuse.. Pourquoi la cavité utérine ferait-elle seule exception à cette règle?

2° L’anatomie démontre que la muqueuse du vagin se continue dans la cavité du col, puis dans celle du corps de l’utérus : seulement, en pénétrant dans la cavité utérine, son épithélium s’amincit et change de nature.

La présence de la muqueuse est démontrée par les observations suivantes :

1° Vue à la loupe, la surface interne de l’utérus offre une disposition papillaire, mais à papilles très peu développées; 2° cette surface interne est parsemée de follicules ou cryptes dont on peut exprimer le mucus par une foule de points, et qui forment de petites vésicules, quand ils sont distendus par le mucus que retient leur orifice obstrué ou oblitéré; 5° elle présente une grande vascularité, et un réseau capillaire dont l’aspect est le même que celui des autres muqueuses; 4° elle est continuellement lubrifiée par des mucosités; 5° ses affections sont les mêmes que celles des autres muqueuses.

La seule exception que j'admettrai, à l’égard de la conti nuité non interrompue des membranes muqueuses, exist à la cornée transparente pour la conjonctive , dont l'épithélium passe seul sur la cornée.

On ne saurait considérer la surface membraneuse qui tapisse l’intérieur des glandes de la peau comme une membrane muqueuse. Si par quelques uns de ses caractères celle membrane semble se rapprocher des membranes muqueuses, elle en diffère par plusieurs caractères essentiels, el notamment pai; le défaut de production du mucus; nous devons donc sous ce rapport nous conformer aux usages reçus, qui nous paraissent tout-à-fait fondés.

Classification des membranes muqueuses.

On a fait divers essais de classifications des membranes muqueuses, et il est certain qu’en ayant égard aux diversités d’aspect qu’elles présentent sur les différents points de leur trajet, en comparant, par exemple, la muqueuse des sinus frontaux à celle de l’estomac, celle de langue à celle del’utérifs, on se sent porté à établir diverses catégories, c’est-àdire à faire une classification ; mais plusieurs obstacles s’opposent à ce que l’on puisse établir à cet égard quelque chose de net et de satisfaisant : l’un des plus grands est la manière graduelle et presque insensible d’après laquelle les diverses portions de membranes muqueuses se continuent entre elles; ensuite, si l’on adopte pour base la considération d’un des éléments des membranes muqueuses, soit l’épithélium, soit les villosités, soi L les glandes, soit la couleur, l’épaisseur et la consistance du derme, on voit que ces divers points de départ ne se coordonnent point entre eux de manière à permettre d’établir des classes régulièrement constituées de membranes muqueuses à épithélium épais ou mince, à villosités, ou à papilles à glandes caractéristiques, etc.; constamment, en effet, on rencontre à la limite des diverses classes que l’on établirait sur les bases dont nous venons de parler, des membranes muqueuses qui constituent des formes intermédiaires impossibles à rattacher à une classe plutôt qu’à l’autre. On peut donc tout simplement se borner à quelques généralités , nécessairement vagues , comme celles-ci: il y a des membranes muqueuses très épaisses, comme celle du palais, des gencives et de la langue ; il y en a de très minces, exemple : la muqueuse des sinus frontaux, celle des glandes et celle de l’utérus. Il y a des membranes muqueuses fortement adhérentes aux parties qu’elles recouvrent ; exemple: celles de la langue et de l’utérus; d’autres qui n’adhèrent que lâchement, celles de l’œsophage et du rectum ; des muqueuses fortement colorées,

comme celles de la cavité buccale, du vagin; d’autres qui sont très pâles, comme celle de l’estomac, surtout cliez l’enfant. Les unes sont consistantes et résistent à la déchirure et au froissement, comme la membrane du palais ; d’autres sont très faciles à déchirer, comme la muqueuse du grand cul-de-sac de l’estomac. Les unes sont couvertes de replis muqueux, comme la muqueuse de l’intestin grêle; d’autres présentent une surface parfaitement lisse, comme la conjonctive. Il en est dans lesquelles les villosités prédominent, comme à l’intestin, tandis que chez d’autres, c’est la forme papillaire. Chez plusieurs, le caractère glanduleux est excessivement prononcé, tandis que pour d’autres, comme, par exemple, les muqueuses des grosses glandes, les follicules sont à peine marqués ou même n’existent pas. Enfin il en est dont l’épithélium se rapproche, par son épaisseur, de l’épiderme cutané, tandis que d’autres en offrent une couche d’une finesse extrême. Il est toutefois digne de remarque que l’on n’en trouve aucune qui soit complètement dépourvue de celle matière protectrice.

Nous n’ajouterons plus qu’une seule remarque à l’égard delà classification des muqueuses: c’est que l’on parviendra peut-être à quelques résultats en les rangeant d’après le degré de leur perfection de structure, si une pareille échelle pouvait à la .rigueur porterie titre de classification. On verrait, par exemple, qu’il est des muqueuses à la fois riches en plis (valvules, villosités ou papilles), en glandes, en vaisseaux , en nerfs et en appareils de mouvement qui leur permettent une appropriation plus spéciale au mécanisme de leurs fonctions, telles que celles de la langue et de l’intestin grêle; d’autres dans lesquelles on voit successivement décroître l’un ou l’autre des divers éléments de perfection que nous venons d’indiquer. Le défaut de temps ne nous permet pas de donner suite à ces vues, qui ne peuvent être considérées que comme un simple projet.

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