CHAPITRE III
Situation et continuité des membranes muqueuses.
Situation des membranes muqueuses. — La situation (les membranes muqueuses est toujours à l’intérieur des cavités qui communiquent avec la peau ; mais il y a entre elles celle grande différence, que les unes, comme la conjonctive, la membrane des fosses nasales, celles du poumon, sont en contact permanent avec l'air extérieur, tandis que d'autres ne reçoivent ce contact qu’accidenlellement , ou même jamais. Il est assez remarquable que l'anatomie n’ait signalé jusqu’à ce moment aucune différence d’organisation en rapport avec deux conditions aussi différentes que celles d’offrir un contact permanent avec l’air extérieur ou de ne jamais subir ce contact.
C’est toujours sous forme membraneuse que s’observe l'appareil muqueux. Tantôt la membrane se présente avec une seule épaisseur, un seul feuillet. Dans certains organes, elle s’adosse' à elle-même pour constituer des plis, des valvules, des franges, dont l’étude sera pour nous l’objet d’une attention spéciale.
Le grand fait de la continuité étudié dans les membranes muqueuses peut être envisagé sous trois aspects différents : premièrement, continuité des diverses portions des membranes muqueuses entre elles dans un même système; deuxièmement, continuité des membranes muqueuses avec la peau; troisièmement, continuité des membranes muqueuses avec les séreuses.
1° Continuité des muqueuses entre elles. Lorsque dans un même système, comme dans l’appareil digestif par exemple, la muqueuse passe d’un compartiment à un autre, elle le lait tantôt a travers un rétrécissement, et c’est ce qui a lieu le plus habituellement ; tantôt sans qu’il y ait diminution dans le calibre des voies par lesquelles s’effectue le passage.
Eu égard aux modifications de texture que présente la muqueuse dans deux organes continus entre eux, on remarque que tantôt la transition s’effectue d’une manière graduelle et prépare en quelque sorte le passage d’une forme à une autre ; que tantôt, au contraire, la transition est brusque et instantanée, se faisant sur un trajet linéaire : c’est ce que nous aurons l'occasion de voir plus d’une fois sur des plis muqueux dont une lame a des caractères entièrement différents de ceux de la lame qui lui est adossée, le changement ■ se faisant sur le bord même, quelquefois excessivement mince, de ce repli.
Les voies de continuité des muqueuses entre elles, dans un même système, sont généralement bien connues; il est cependant quelques points sur lesquels les anatomistes ne sont pas d’accord , les uns admettant une communication là où d’autres pensent qu’elle n’existe pas. Sous ce rapport , nous croyons devoir mentionner comme voie douteuse de communication le prolongement qui est décrit comme passant à travers le canal incisif ou palatin antérieur, établissant ainsi une communication directe entre les fosses nasales et la voûte palatine.
Voici, du reste, quelques détails que nous empruntons sur ce sujet à l’Anatomie de Husbke , et qui nous ont paru utiles en ce sens qu’il s’agit d’un point litigieux en anatomie.
Ce canal est pour les parties molles ce que celui du même nom est pour le squelette. Il se compose d’un tube de mcnnbrane muqueuse qui descend du plancher de la fosse nasale au palais, et qui, par conséquent , fait communiquer la bouche et le nez. Il commence à environ 1 pouce et demi derrière l’extrémité du nez, sur le plancher de la cavité nasale, sous la forme d’une fente, descend obliquement d’arrière en avant, en se rétrécissant peu à peu, et, après un trajet de 6 lignes à travers le canal incisif, parvient à la surface du palais. Là , les conduits des deux côtés se continuent dans la couche glandulaire du palais, se resserrent de plus en plus
en iorme d’entonnoir, et s’ouvrent, soit isolément, soit par un canal commun, derrière les dents incisives internes, au centre d’une verrue oblongue située immédiatement derrière ces dents. L’ouverture est fort étroite , presque circulaire , et ordinairement remplie d’un mucus visqueux qui rend difficile de trouver et d’injecter le conduit. Suivant Krause, ce dernier est plus étroit que partout ailleurs à sa partie moyenne, où il n’a que 1/5 de ligne, et son orifice palatin infundibuliforiue est double, tandis que Jacobson, Rosenlhal et M. J. Weber le disent simple, comme celui du canal osseux. Mais, de même que chez l’homme les conduits osseux correspondants diffèrent fréquemment à droite et à gauche, celui de droite ayant plus souvent que celui de gauche un diamètre plus considérable, de même les tubes de membrane muqueuse ne sont constants ni sous le rapport du diamètre, ni sous celui de l’existence. Rosenlhal n’a quelquefois pas rencontré d’ouverture palatine, et il a vu les canaux différer beaucoup d’ampleur, ou l’un d’eux manquer tandis que celui du côté opposé était fort large. Weber aussi les a parfois trouvés oblitérés, ou bien seulement la papille n’était point perforée. Il les a vus plus larges et plus réguliers chez les enfants, surtout pendant la vie. Huschke a plus d’une fois observé un canal ouvert, mais il lui est arrivé aussi souvent de n’en pas trouver, même chez les petits enfants. Tanlôl l’une des ouvertures ou toutes deux étaient oblitérées, et il n’y avait de cavité que dans le milieu ; tantôt les ouvertures existantes n’admettaient pas une soie de sanglier. On ne saurait démontrer l’existence du canal sur le vivant. Dans tous les cas, ce n’est que le débris de la période fœtale, quand les cavités de la bouche et du nez communiquaient largement ensemble , non par le canal incisif, mais par la fente du palais, et il ne paraît pas avoir plus d’importance que d’autres restes d’une période antérieure de développement (I).
(1) On trouve déjà ce canal indiqué dans Vésalc (,'lmtomia , p. àO; De corp. hum. J alu-ica, f.eydc, 1725, 1, 12, p. 46 ) ; mais sa découverte proprement
2° Continuité des muqueuses avec la peau. — Le mode suivant lequel s’effectue celle continuité est loin d’être le même,et présente des différences sous divers rapports, suivant l'orifice au niveau duquel s’effectue la communication.
Nous pouvons remarquer d’une manière générale que toutes les grandes ouvertures au pourtour desquelles la peau se réfléchit à l’intérieur pour se continuer avec les muqueuses, sont garnies de replis tantôt entièrement cutanés, tantôt en-
dite appartient à Stenson , dont il porte aussi le nom. Stcnson l’a observé chez la brebis, le veau , le chien , le lapin , et plus petit chez l’homme ( De narium vasis , dans Mangct , Biblioth. , t. II , et De ntusculis et glanduhs , Amsterdam , IGG7!, a. 37). Yerheyen ( Corp . hum. fnbrica), Duverney [Oeuvres anaiom., t I, p. 22, XIV, fi g. f, G), Santorini ( übs . anal., cap. V, § 13, p. 93), Ruysch ( 7 lies, anal., VI , et t. III , lab. IV, fig. 5 ) , Morgagni . Adv. anal., VI , 99, p. 1 1 G ) et Winslow [Expos, anal.. Leipzick, 1753, t. III, p. 177 ) en ont admis l’existence. I.ieutaud, Heisler, Bertin , Scarpa l’ont révoqué en doute. Dans ces derniers temps , Jacobson [Annal, du lij'ivs., t. XVIII , p. 412; et Rosenthal [Zeitschrift fuer Phijsiologie , II, 2^9) ont confirmé la découverte de Stenson. Suivant Rosenthal , ces canaux sont , proportion gardée, beaucoup plus longs chez les animaux, cl ils descendent obliquement sans se réunir ensemble. Chacun d’eux s’ouvre derrière le bord renflé d’une éminence , tantôt arrondie, tantôt oblonguc , située derrière le rebord dentaire de l’os internnxiilaire, par une ouverture oblonguc (cochon, ruminants), ou plus étroite et arrondie (chien , lièvre). Ils manquent chez le cheval , et la longue lente de l’apophyse palatine de l’os intermaxillaire est couverte et remplie de cartilage. Chez l’homme aussi , et autres mammifères , les tubes de membrane muqueuse sont entourés de cartilage qui enduit les canaux naso-palatins. Mais Jacobson décrit, outre le canal de Stenson , un conduit qu’on ne trouve que chez les animaux , cuire les cavités buccales et nasales. Ce conduit est situé de chaque côté du bord inférieur de la cloison cartilagineuse du nez. Il se compose d'une gaine cartilagineuse, d’une membrane tendineuse, d'une substance glanduleuse rougeâtre, et d’un long et étroit sac de membrane muqueuse qui s’ouvre par un trou de la gaine cartilagineuse Cette gaine présente en avait plusieurs prolongements, et en arrière plusieurs ouvertures pour des vaisseaux et des nerfs. Des branches de nerfs olfactifs, remarquables par leur longueur, leur volume, et surtout parce qu’elles ne se ramifient pas dans leur trajet, se rendent, avec d’autres, du nerf naso-palatin à la membrane du sac. Jacobson a trouvé ces conduits très gros chez les ruminants et les rongeurs , fort petits chez les quadrumanes et les c.irn issiers. Suivant l’.osenihal, l’organe de Jacobson manque chez l’homme, le chien et le lièvre ; il l’a trouvé chez la vache, la brebis, ainsi que Reifstcck [Dtss. destnicl. vrgani olfacius mnmmnlinni nonitullortrn, Tubingue, 1823, p. 27). Voyez aussi Jacobson, sur la glande nasale des oiseaux cl des mammifères, dans iXouv. bull, de la Soc. pin loin., t III, p. 267, cl Nitzsch, dans Meckel’v Arrhic, t. VI, p 23i. ( /Vote de Husciikk )
lunés d’un côté, muqueux de l’autre, mais qui sont abondamment pourvus de poils, de glandes, de filets nerveux, comme on le voit pour les paupières à l’œil , les ailes au nez, le prépuce et les grandes lèvres aux parties génitales, les petits bourrelets et les plis à l’anus.
Quelquefois sur le bord de ces orifices, la transition est pour ainsi dire immédiate et sans préparation ; le plus habituellement, au contraire, la peau présente des modifications telles que, sans avoir perdu tous ses caractères, elle ressemble déjà aux muqueuses. Il y a évidemment là une membrane de transition qui n’est ni tout-à-fait muqueuse ni tout-à-fait cutanée, niais qui tient à la fois de l’un et de l’autre des deux tissus.
Quant à la forme de ces orifices sur lesquels s'effectue le passage, les uns présentent une forme linéaire plus ou moins onduleuse, les autres ont une forme arrondie; les premiers sont limités par des lames mobiles, espèces de valvules qui sont symétriques entre elles et parfaitement égales, l’une à droite, l’autre à gauche , quand elles appartiennent à une fente verticale antéro-postérieure , ainsi qu’on le voit pour les grandes et petites lèvres, pour les ailes du nez, tandis que quand la fente est transversale, l’une des valves est plus étendue que l’autre, et c’est ordinairement la supérieure, ainsi qu’on le voit aux paupières et aux lèvres.
5° Continuité des muqueuses avec les séreuses. — Ce phénomène, tout-à-fait exceptionnel dans l’histoire des membranes muqueuses, ne nous présente qu’un seul exemple, c’est celui qui a lieu chez la femme, où l’on voit la muqueuse des trompes s’ouvrir dans la cavité péritonéale et se continuer sans interruption avec la séreuse ; le lieu de ce passage est remarquable par un fait dont on doit la connaissance aux recherches de l’anatomie microscopique moderne, et qui consiste eu ce que l’épithélium vibratile qui revêt l'intérieur de la muqueuse tubaire se propage dans une certaine étendue sur la séreuse, aux alentours de l’orifice de la trompe.
Ce genre de continuité est tellement remarquable cl ex-
ceptionnel, que nous croyons devoir insister sur le mode par lequel il s’effectue en décrivant rapidement l’orifice abdominal de la trompe, et en empruntant pour cela à l'ouvrage de splanchnologie de Hushke les details qui suivent : « A l'extrémité abdominale de la trompe, on remarque des languettes longues de 4 à 6 lignes ( fimbria , laciniœ ), incisées ou dentelées, disposées en rayonnant tout autour de l’orifice proprement dit, qui n’a que quelques lignes de largeur. Ces franges forment deux séries , l’une antérieure , l’autre postérieure, et descendent obliquement, le long du bord frangé du ligament large, jusqu’à l’extrémité obtuse de l’ovaire , et, diminuant peu à peu de dimensions, finissent par ne plus être que des lamelles hautes d’une ligne, non déchiquetées et liuguiformes. Chez les jeunes vierges , les franges de cet orifice sont généralement tournées les unes vers les autres, et les antérieures se placent entre les postérieures. L’orifice abdominal est donc alors couvert par elles, tandis que, chez les multipares, elles sont déployées et lâches , l’orifice lui-même étant plus ouvert. Au reste, ces franges sont des replis longitudinaux de la membrane muqueuse de la trompe, qui sortent à travers l’orifice abdominal. M. Deville a fait remarquer que celle des franges qui forment la partie postérieure de la corolle tubaire est triangulaire, et repliée en gouttière ouverte en arrière et en bas.
L’orifice abdominal est remarquable sous plusieurs rapports : 1° les parties génitales de la femme sont le seul appareil glandulaire dont le conduit excréteur ne pénètre pas dans la glande , pour s’y ramifier, et en demeure , au contraire, totalement séparé; 2° de toutes les membranes muqueuses, celle-ci est la seule qui s’ouvre dans le sac d’une membrane séreuse : de là la possibilité des grossesses abdominales; car, bien qu’en général les franges de l’orifice utérin entourent si exactement la surface de l’ovaire pendant la fécondation , que l’ovule, au moment où il se détache, ne trouve aucune difficulté à s’engager dans l’orifice, cependant il lui arrive quelquefois de le manquer et de tomber alors
dans le sac péritonéal , où il continue de se développer; 5° quand cel orifice s’oblitère, par suite d’une inflammation, ce peut être là une cause de stérilité, le sperme 11e pouvant plus arriver à l’ovaire, ni l’œuf dans la matrice.