CHAPITRE IV
Épaisseur et consistant»? des membranes muqueuses.
1° Épaisseur des muqueuses. Si les muqueuses comparées à la peau se font généralement remarquer par leur peu d’épaisseur et la finesse des lames qui les constituent, il faut reconnaître que cette épaisseur présente dans les diverses parties des membranes muqueuses des différences notables. Plusieurs circonstances influent sur ces différences d’épaisseur : tantôt c’est l’épithélium dont les couches superposées rendent la muqueuse de moins en moins fine; tantôt c’est une substance celluleuse ou fibreuse faisant corps, pour ainsi dire, avec la lamelle vivante sous-épidermique qui donne à la muqueuse une épaisseur et une consistance qui la rapprochent du derme cutané. L’épaisseur des membranes muqueuses est donc très variable; si on cherche à l’apprécier d’une manière générale dans les trois grands départements muqueux que nous avons admis, on voit que l’épaisseur est plus considérable dans les muqueuses gastro-intestinales, moindre dans les muqueuses génito-urinaires, moindre encore dans la muqueuse mammaire. Si l’on 11e se contente pas de cette appréciation trop générale et nécessairement vague, on remarque, en parcourant diverses sections de membranes muqueuses, les particularités suivantes.
La muqueuse nasale est très épaisse dans les fosses nasales proprement dites , très mince dans les diverticules qu’elle envoie aux sinus. La muqueuse buccale est dans plusieurs de ses parties extrêmement dure, épaisse et inégale;
la portion palatine et gingivale est remarquable par l’épaisseur de son épithélium, surtout antérieurement, par l’épaisseur et la densité de son chorion qui le cède à peine à celui de la peau.
La muqueuse linguale, mince dans toute la partie non papillaire de la langue, devient très épaisse à la face supérieure de cet organe, où elle est recouverte d’un épithélium très épais qui fournit à chaque papille une enveloppe ou étui exactement moulé sur elle. Celle épaisseur paraît due, chez le bœuf, aune substance qui, suivant la remarque de HL le professeur Gerdy, serait de nature cartilagineuse, et qu’une ébullition peu prolongée metsurtoulcn évidence. [Mémoires sur la structure de la langue dti bœuf, par P. -N. Gerdy, page 3.) La membrane muqueuse du pharynx, moins épaisse que celle de la bouche, envoie à travers la trompe d’Euslaclii un prolongement qui va, en s’amincissant graduellement, se continuer avec la membrane interne de la caisse du tympan. Si la remarque de Bichat est vraie, la muqueuse œsophagienne est peut-être, après la buccale, la portion la plus épaisse de la muqueuse alimentaire. L’estomac offre une membrane muqueuse qui, suivant quelques anatomistes, est plus épaisse que celle de l’œsophage, tandis que si l’on s’en rapporte à l’assertion de Bichat, ce serait le contraire.
Il est probable que celle différence dans les appréciations tient en partie à ce que les uns ont fait plus d’attention à l’épithélium, qui, en effet, est beaucoup plus épais dans l'œsophage que dans l’estomac, tandis que d’autres ont eu égard à l’état fongueux et velouté de la tunique muqueuse gastrique, à quoi il faut ajouter que l’épaisseur de la muqueuse de l’estomac n’est pas la meme dans tous les points de ce viscère : très faible dans la portion œsophagienne, elle est beaucoup plus prononcée dans la portion pylorique. Tout cela nous paraît expliquer les opinions contradictoires qui ont été émises à ce sujet.
Dans l’intestin grêle, la muqueuse, d’abord épaisse nu duodénum, devient de plus en plus mince à mesure qu’on
l’examine dans les parties de plus en plus déclives de l’intestin, de sorte qu’à la fin de l’intestin grêle elle se trouve réduite à une couche de peu d’épaisseur.
Parmi les organes tapissés par une membrane muqueuse très mince, il faut citer en première ligne l’utérus.
O11 remarquera du reste que si, d’une manière générale, les membranes muqueuses, plus épaisses près des orifices extérieurs, paraissent aller en s’amincissant à mesure qu’on pénètre dans des parties de plus en plus profondes, ce décroissement d’épaisseur 11e procède pas d’une manière uniformément continue, puisque dans une même membrane muqueuse 011 trouve dans certaines parties situées plus profondément que d’autres des épaisseurs plus considérables. Nous pourrions citer à l’appui de ce qui vient d’être dit la muqueuse de la trompe comparée à la muqueuse utérine.
L’épaisseur comparative des muqueuses, eu égard à d’autres membranes entrant avec elles dans la composition des parois d’un même conduit, a été l’objet de considérations dignes d’être rappelées. Voici quelle est à ce sujet la remarque qui a été faite par Béclard.
La membrane muqueuse du canal digestif est plus épaisse dans l’espèce humaine que dans les mammifères carnivores, mais plus mince que dans les herbivores; au contraire, la tunique péritonéale de l’intestin est plus mince dans les herbivores et plus épaisse dans les carnivores que dans l’homme.
2° Consistance des membranes muqueuses. — La consistance des membranes muqueuses est très variable, non seulement dans les différents organes, mais quelquefois même dans les diverses parties d'un même organe. Ainsi la muqueuse de la portion œsophagienne de l'estomac se déchire avec la plus grande facilité, souvent même il est presque impossible d’en obtenir des lambeaux tant soit peu étendus, tandis que la muqueuse delà portion pylorique est d'une texture tellement résistante, que le dos, et même le tranchant du scalpel, peuvent être promenés sur elle avec
assez de force sans l’enlamer. Comme on se sert souvent en anatomie pathologique des caractères déduits de la résistance des membranes muqueuses pour apprécier l’état sain ou malade de ces membranes, il est important de connaître ce que l’on doit considérer comme état normal pour éviter des erreurs que la science n’a eues que trop à déplorer.
Parmi les membranes qui se font remarquer par leur consistance , nous devons citer celle de la langue, celle du palais et des gencives. Dans ces dernières la densité est presque cartilagineuse, ce qui leur permet de supporter impunément la pression de corps durs et anguleux qui se trouvent en rapport avec elles pendant la mastication ; il y a plus, celle densité leur permet de devenir un agent direct de mastication lorsque, chez le vieillard , la chute plus ou moins complète des dents a dégarni les rangées alvéolaires de ces concrétions ossiformes.