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CHAPITRE V

Surface adhérente des membranes muqueuses.

Les membranes muqueuses présentent une surface interne qui forme les parois mêmes des cavités dans lesquelles elles se déploient, une surface externe par laquelle elles adhèrent plus ou moins lâchement aux dilfércnls organes qui lesenlourenl. Le moyen d’adhérence est généralement un tissu cellulaire dans lequel rampent les gros troncs vasculaires et nerveux destinés aux membranes muqueuses. Ce tissu cellulaire n’est jamais graisseux , mais il est susceptible de s’infiltrer de sérosité, ainsi qu’on en observe un exemple bien funeste par ses conséquences ; je veux parler de l'infiltration des replis aryléno-épiglottiques , si improprement appelée oedème de la glotte. La présence de celte couche celluleuse n’est pas également facile à démontrer dans tous les organes, ce qui dépend du degré plus ou moins marqué d adhérence

existant entre la muqueuse et les autres tissus des organes à la formation desquels elle prend part. Ainsi l’adhérence est généralement lâche dans l’appareil digestif, dans la vessie; ailleurs, au contraire, elle est si intime qu’on peut à peine distinguer la limite respective des parties; c’est ce qu’on observe à la langue, aux parois des alvéoles, à l’utérus.

Par une disposition très fréquemment observée à l’occasion du tissu cellulaire sous-cutané, mais qui est très rare dans le tissu cellulaire sous-muqueux, ou qui, du moins, n’y a encore été signalée que d’une manière exceptionnelle, il se développe des bourses muqueuses sous-muqueuses , comme il y a des bourses muqueuses sous-cutanées. Ce fait peut devenir d’une importance assez grande, sous le rapport pathologique, et peut éclairer le mode de formation de certains kystes ; il est probable que des recherches faites dans celte direction conduiraient à des résultats intéressants et inattendus. Jusqu’à plus amples recherches sur ce sujet , nous mentionnerons les deux bourses muqueuses sublinguales décrites par Fleischmann dans un opuscule publié à Nuremberg, en 1341, sous le titre suivant: De novis sub linguâ bursis. Ces bourses sous-muqueuses se trouvent régulièrement, l’une à droite, l’autre à gauche, près du frein de la langue, derrière le conduit de Bartholin. Ces bourses, de forme arrondie, et parfois ovalaire, quand on les emplit d’air, sont, quand on les abandonne à elles-mêmes, extrêmement plates, de sorte qu’il est très facile de ne point les apercevoir; elles ont des parois délicates , blanchâtres, presque transparentes; à l’intérieur, elles sont fréquemment divisées en plusieurs compartiments par des cloisons.

On les trouve même parfois doubles ou multiples ; mais elles ressemblent à certaines autres bourses muqueuses, en ce qu’elles ne contiennent jamais aucune molécule de graisse. Entourées à l’extérieur d’un tissu cellulaire lâche , elles ne sont jamais égales en grosseur des deux côtés. La droite est presque toujours la plus volumineuse ; chez les enfants, elles ne sont pas si amples que chez l’adulte, et chez les mam-

mifères , elles ont une forme plus allongée suivant Flcischmann; ce sont probablement elles qui, en se tuméfiant, donnent lieu à la grenouillelte ; cl, dans l’état de santé, elles jouent le même rôle que certaines variétés d’autres bourses muqueuses, c’est-à-dire qu’elles favorisent les mouvements de la langue.

Si nous examinons, soit dans la série des tissus, soit dans la série des organes, le mode et le degré d’adhérence de la membrane muqueuse, nous voyons des rapports de muqueuses avec les suivants : les muscles, les os, les cartilages , le tissu jaune élastique, le tissu fibreux , les veines et les artères, le tissu érectile et le tissu glandulaire.

1» Rapport des muqueuses avec Je tissu musculaire.

C’est celui qui s’observe le plus fréquemment ; il corresrespond, soit à des muscles volontaires, soit à des muscles involontaires. La bouche , le pharynx, tout le conduit alimentaire, la vessie, le vagin, la matrice, une partie du canal de l’urètre, etc., présentent une couche musculeuse embrassant au dehors leur tunique muqueuse qui est eu dedans. Cette disposition coïncide parfaitement , dans les animaux à pannicules charnus, avec celle de la peau , qui leur est partout continue. Ce rapport des membranes muqueuses fait quelles sont animées par des mouvements habituels, el favorise singulièrement la sécrétion qui s’y opère, l’excrétion qui lui succède, ef les diverses autres fonctions dont elles sont le siège.

Il présente deux modes bien différents : tantôt la muqueuse adhère lâchement, comme on le voit dans toute la partie non papillaire de la langue, au pharynx, à l’estomac, à l’intestin, en sorte que si l’on retourne une portion de celui-ci, el si l’on pratique une insufflation d’qir à travers une petite, ouverture conduisant dans le tissu cellulaire sous-muqueux, et après avoir eu soin de lier par les deux bouts l’anse intestinale sur laquelle on opère, on voit le gaz s’introduire dans les cellules du tissu sous-muqueux, gonfler celui-ci comme une éponge, et lui faire acquérir une épais-

;eur île plusieurs lignes. En faisant séclier la pièce insufflée, ,'t en y pratiquant ensuite des coupes, la masse spongieuse ■j ni ressemble à du coton parait toute blanche. Celle tunique ienl intérieurement à la membrane muqueuse , mais on la létache sans peine de la musculeuse. Mais nulle part peut- Hre la laxité des adhérences n’est plus prononcée qu’à l’œsophage et an rectum ; c’est à ce point, que la muqueuse glisse sur la musculeuse comme dans un fourreau par lequel elle est en quelque sorte exprimée lors des efforts de contraction, de manière à former prolapsus : dans 1 estomac, quand c’est l’œsophage qui se contracte; à lanus, quand c’est le rectum. Les expériences qui mettent le mieux en relief cette laxité à l’œsophage sont les suivantes.

4° Si l’on coupe transversalement ce conduit, la muqueuse reste flasque et pendante, tandis que la tunique charnue se raccourcit instantanément par sa force de rétraction.

2° On peut, en y procédant avec les précautions convenables, retirer le cylindre muqueux tout entier de l’espèce de gaine musculeuse dans laquelle il est contenu.

Tantôt, nu contraire, la muqueuse adhère intimement au tissu musculaire; c’est ce que l’on observe, par exemple, à la membrane muqueuse de la langue, sur la lace dorsale de cet organe dans toute sa portion papillaire, a la surface interne de l’utérus, dont on peut à peine détacher quelques lambeaux distincts. II semble que dans ces parties la pointe des fibres musculaires va s’implanter directement dans le tissu de la muqueuse, dont elles ne peuvent être séparées sans une solution de continuité ; nous ferons remarquer encore qu’au niveau des plaques de Peyer la muqueuse est plus intimement unie aux tissus subjacinls que dans les autres parties de l’intestin, disposition qui explique comment des ulcérations an niveau de ces plaques peuvent déterminer plus facilement qu’ailleurs la perforation du péritoine suivi d’épanchements dans la cavité abdominale, et qui rend compte delà difficulté qu’on éprouve à insuffler le

lissn cellulaire sous-muqueux au niveau des glandes de Peyer.

Toutefois, il importe de bien remarquer que dans une foule d’organes où la membrane muqueuse est réputée adhérer à la musculaire par la seule entremise du tissu cellulaire sous-muqueux, l’adhérence ne se fait pas directement à la membrane musculeuse, mais bien à une tunique de nature fibreuse, dont les caractères ont été parfaitement indiqués parM. le professeur Cruveilhier dans la description qu’il donne des tuniques de l’estomac; celte membrane, qu'il ne faut confondre ni avec le derme muqueux , ni avec le tissu cellulaire lâche sous-muqueux , reçoit à sa face externe l’implantation directe des fibres musculaires, et à sa face interne l’adhérence du tissu cellulaire sous-muqueux.

2° Rapport de la muqueuse avec les os. — L’adhérence des muqueuses avec les os qu’elles tapissent se présente à des degrés très différents ; tantôt celle adhérence est intime et s’effectue à l’aide de prolongements fibreux très prononcés, ou par l’intermédiaire d’un périoste avec lequel elles sont solidement unies; c’est ce que l’on observe à la muqueuse palatine et à celle qui forme les gencives. La solidité d’implantation de la membrane palatine a une utilité qui me paraît facile à comprendre. En effet, la membrane muqueuse, se trouvant comprimée par les corps plus ou moins durs qui sont soumis à des pressions de la cavité buccale, eut été plissée, soumise à des pincements et à des tiraillements fâcheux, si elle n’eût présenté une fixité inébranlable.

Dans d’autres régions, l’adhérence de la muqueuse aux os est tellement faible, que quand ceux-ci sont divisés en fragments, on peut enlever ces derniers sans produire la déchirure de la muqueuse : c’est ce que l’on observe pour le sinus maxillaire, le sphénoïdal, les sinus frontaux, et les cellules elhmoidales.

5° Rapports des membranes muqueuses avec les cartilages. — Dans leurs rapports avec les cartilages, les membranes muqueuses présentent de même deux modes d’adhérence

très différents ; tantôt l’adhérence est très forte, comme cela s’observe pour les cerceaux cartilagineux de la trachée. Celle adhérence est même tellement intime, qu’elle a donné lieu à M. Cruveilhier de révoquer en doute l’assertion qui avait été émise touchant la possibilité que, dans l’opération de la trachéotomie, la canule introduite dans la trachée ail jamais détaché, comme on l’a prétendu, la membrane muqueuse de la paroi cartilagineuse. Tantôt l’adhérence est faible, ainsi que cela s’observe à la duplicalure qui renferme les cartilages aryténoïdes et à la lame muqueuse qui revêt la partie postérieure du cartilage cricoïde, surtout au milieu de celte face postérieure où la membrane muqueuse n’est pas séparée du cartilage par des muscles, comme cela s’observe sur les côtés.

4e Rapport des membranes muqueuses avec le tissu jaune élastique. — Dans tous les points où les membranes muqueuses sont appliquées sur du tissu jaune élastique, elles adhèrent très solidement à ce tissu ; c’est ce que l’on observe pour les faisceaux jaunes, ou colonnes longitudinales de la trachée qui sont intimement adhérents à la muqueuse trachéale, pour l’épiglotte sur l’une et l’autre de ses deux faces.

5 0 Rapport des muqueuses avec le tissu fibreux. — Les muqueuses présentent deux degrés d’adhérence très différents: quelquefois l’adhérence est très forte, exemple: la corde vocale inférieure, dont il èst difficile de séparer la membrane muqueuse; d’autres fois elle est lâche, exemple : la muqueuse gastrique et intestinale.

6° Rapport des muqueuses avec les artères. — On en a un exemple assez remarquable dans la muqueuse labiale, au contact de laquelle les artères coronaires marchent dans la portion (lexueuse de leur trajet.

7° Rapport des muqueuses avec les veines. — On en a un exemple dans les sinus utérins sur la matrice en état de gestation.

8° Rapport des muqueuses avec le tissu érectile. — Dans les points où les membranes muqueuses sont en rapport avec

du tissu érectile, elles lui adhèrent fortement : c’est du moins ce que l’on observe pour la muqueuse urélrale au niveau de la fosse naviculaire et du bulbe, ainsi que dans toute l’étendue de la portion spongieuse, cl pour la muqueuse du vagin qui est intimement adhérente à la couche érectile qui constitue ce que l'on appelle la membrane propre.

Rapport des muqueuses avec le tissu glandulaire. — Généralement, l’adhérence des muqueuses est. assez forte : cependant il n’est pas difficile, dans plusieurs glandes, d’isoler par une dissection qui n’est pas très minutieuse, le conduit excréteur des lobules au milieu desquels il marche : il est vrai que ce n’est pas la muqueuse seule qu’on isole, mais toutes les tuniques des conduits excréteurs.

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