CHAPITRE VI
Surface libre et couleur «les membranes muqueuses.
Surface libre des membranes muqueuses. — La surface libre des membranes muqueuses nous offre à envisager sous un point de vue général plusieurs objets d’une grande, importance. C’est, en effet , sur celle surface que s’accomplissent les phénomènes physiologiques de premier ordre auxquels prennent parties muqueuses. Nous ne saurions donc apporter trop de soin à nous rendre compte de toutes les particularités de structure qui sont observables à la face interne des membranes muqueuses.
Les points sur lesquels notre attention s’arrêtera d’une manière plus particulière sont les suivants : 1° la couleur des membranes muqueuses; 2’ les plis qui s’observent sous les formes les plus diverses et avec les propriétés les plus curieuses sur tout le trajet de ces membranes, plis à l’égard desquels nous tenterons un essai de classification; 5° les excavations des membranes muqueuses que nous distingue-
rons lü eu excavations proprement dites, 2° en diverticules muqueux; 4° le mode d’ouverture des conduits excréteurs dans les membranes muqueuses.
Couleur «les membranes muqueuses.
Les membranes muqueuses étant dépourvues de pigmentum, du moins dans l’espèce humaine, sont presque entièrement redevables des variétés de couleur qu'elles présentent, aux différents degrés d’injection sanguine dont elles sont le siège. S’occuper de leur couleur, c’est S'occuper de leur vascularisation, et comme nous devons consacrer une partie de ce travail à l’examen des vaisseaux dans les muqueuses, nous pourrions nous dispenser d’en parler ici. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien cette coloration, précisément parce qu’elle est un indicateur, une sorte de thermomètre de l’état du sang en lui-même, de la gêne plus ou moins grande avec laquelle il circule dans le poumon, fournit dès le premier aspect au médecin des renseignements précieux sur l’état physiologique ou morbide du sujet qu’il examine.
Tout en admettant avec la plupart des auteurs qu’aucune matière pigmenleuse ne colore les muqueuses à l’état normal, cependant nous devons convenir que l’aspect grisâtre et quelquefois comme mélané de la membrane muqueuse gastrique chez le vieillard, et quelques taches noirâtres que l’on aperçoit chez certains sujets sur la conjonctive sclérolicaleà tous les âges de la vie, montrent que les membranes muqueuses ne sont pas étrangères d’une manière absolue à toute production de matière pigmenteuse.
Les colorations autres que celles qui dépendent des vaisseaux sont produites dans certaines membranes muqueuses, par les produits de sécrétions qui se font sur ces membranes, ou qui y parcourent leur trajet : ce sont de véritables teintures par imbibition ; car si on examine ces mêmes membranes pendant l’étal de vie, elles ne présentent que la colo-
ration naturelle aux muqueuses. C’est ce que l’on observe pour la muqueuse de la vésicule du fiel qui est teinte en vert ou en jaune, suivant que la bile présente l’une ou l’autre coloration ; sa couleur naturelle est d’un gris blanchâtre pour celle des vésicules séminales et d’une portion du canal déférent qui présente une couleur jaune brunâtre très prononcée dans quelques portions des membranes muqueuses. Le feuillet qui constitue les membranes est tellement mince , qu’elles ne peuvent réfléchir aucune coloration qui leur soit propre, et que devenues complètement transparentes, elles laissent voir la couleur des tissus qu’elles revêtent. C’est ce que l’on observe à la muqueuse du larynx à cause de sa ténuité remarquable.
Ce que nous avon • dit de la consistance comme élément dont il est indispensable de connaître l'elat normal pour se met re à même d’apprécier sans erreur les lésions pathologiques, nous devons le dire-dc la coloration des muqueuses. On peut remarquer d’une manière générale que les membranes muqueuses sont d’autant plus colorées par le sang, qu’on les examine plus près des orifices , à travers lesquels elles se continuent avec la peau; elles vont au contraire en devenant de plus en plus pâles, à mesure qu’on pénètre plus profondément dans les cavités qu’elles tapissent. On aurait pu se demander si la circonstance du contact permanent des orifices muqueux extérieurs avec l’air atmosphérique ne se rail point la cause de cette vivacité de coloration dans les points dont nous avons parlé; mais des membranes qui, comme celle de la trachée, sont en contact permanent et obligé avec l’air, présentant une pâleur aussi grande que celle d’autres membranes muqueuses qui ne sont point dans celte condition, il ne nous paiaît pas qu’il y ait lieu de donner suite à celle remarque.
Si nous envisageons d’une manière successive la coloration de la membrane muqueuse dans diverses séries d’organes, nous voyons qu'au milieu de la rougeur assez vive de la cavité buccale, la muqueuse du palais et des gencives
se fait remarquer par sa couleur blanchâtre. La luette, riche en vaisseaux sanguins, présente nue coloration assez vive ; le pharynx est plus pâle que la cavité buccale ; l’œsophage, d’un rouge pâle eu haut comme celui du pharynx, devient blanchâtre à sa partie inférieure.
L’estomac présente une couleur rosée chez les enfants nouveau-nés, blanc de lait chez l’enfant, blanc grisâtre chez l’adulte, avec une légère teinte de jaune et de rose. Si on ouvre la cavité gastrique chez les animaux pendant le travail de la digestion , on y trouve une couleur rose vif, et si chez l’homme les accidents qui ont amené la mort ont surpris l'individu pendant la période de la digestion stomacale , la couleur rosée qu’on observe est en quelque sorte un témoignage de l’acte vital qui s’accomplissait dans cet organe. Quelquefois on rencontre des colorations insolites et des marbrures noirâtres qui sont le résultat d’une transsudation cadavérique. Quand l’estomac contient de la bile, la muqueuse se teint en jaune ou en vert. Chez les vieillards, la muqueuse étant devenue mince, transparente par atrophie, on aperçoit, rampant au-dessous d’elle, des veines qui apparaissent d’une manière distincte et peuvent faire croire à une arborisation maladive, quand on n’a pas réfléchi sur le mécanisme de celle coloration. On rencontre encore dans les périodes avancées de la vie une coloration gris-ardoisée, soit répandue dans ia totalité du viscère, soit répandue par points ou par plaques.
Dans l’intestin , l’on rencontre une coloration rougeâtre plus foncée dans le duodénum et le jéjunum que dans l’iléum, plus pâle encore dans le gros intestin, dont la muqueuse est moins riche en vaisseaux.
Au voisinage de l’anus, la membrane muqueuse de blancjaunâtre qu’elle était, devient rougeâtre; elle y reçoit donc plus île vaisseaux sanguins.
Dans les organes de la sécrétion urinaire, la muqueuse des calices, du bassinet, des uretères, présente une coloration blanchâtre qui est encore plus prononcée dans celle de la
vessie; au canal de l’urètre, la muqueuse , qui est presque transparente, laisse voir la couleur lie de vin que présentent les tissus caverneux quand on les aperçoit à travers une membrane muqueuse; dans l’appareil génital, chez la lemme, la membrane muqueuse du vagin présente une couleur rose pâle.
Dans l’état ordinaire, on n’y distingue pas d’arborisations vasculaires, telles qu’on en voit, à l’œil nu, sur la surrace interne des nymphes. Ces arborisations n’apparaissent que quand la teinte passe au rouge, par exemple lorsque la sécrétion devient plus active, et alors la membrane semble poinlillée. Chez les femmes enceintes, elle prend une couleur violette foncée, surtout à la paroi antérieure, où il n’est pas rare de voir percer à travers son tissu de grosses veines bleues. Pendant la menstruation, elle prend une teinte violacée, et la couleur n’est pas aussi foncée que dans la grossesse; le rouge y domine. La coloration violacée a été considérée, avec raison , comme un des signes de la grossesse. Chez d’autres femmes, surtout âgées, qui ont eu des enfants, la membrane est fort pâle.
La cavité utérine est tapissée d’une membrane muqueuse d’un blanc rougeâtre.