À ALTO
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L'accident primitif fut représenté par un chancre de la moitié gauche du scrotum, suivi de papules cutanées et de plaques Er muqueuses. Comme traitement, il fit, pendant deux ans, des : ae frictions mercurielles. Les séries de frictions élaient séparées par SRE des intervalles plus ou moins longs, durant lesquels il prenait de : l'iodure. Après ce lraitement, il fut deux ans sans se soigner et ne s'est remis au mercure que parce qu'il tenait à avoir des enfants. L En effet, deux ans après le chancre, il s'était marié (mai 1903). Depuis ce mariage, sa femme a eu trois grossesses : la première s’est terminée par une fausse couche detrois mois (février 1904), la ‘seconde, par une fausse couche de six mois (mai 1905), la troisième par la mise au jour, en mai 1909, d'un enfant né avant terme, à sept mois et pesant 1.600 grammes. Cet enfant n'avait pas à sa naissance d'éruption sur le corps. Il füt cependant considéré à la Maternité comme hérédo-syphilitique et mis à la hqueur de Van Swieten. Il resta toujours chétif et mourut à 16 mois d’une maladie que la femme ne peut préciser.
Cette notion de fausses couches successives est très importante pour juger de l'état de syphilisation de cet homme; car elle montre que, bien qu'il n'ait présenté aucun accident syphili-
de tique évident depuis longtemps, il était toujours en puissance de Fi syphilis et porteur d'un germe virulent. Par conséquent, quoique " la syphilis soit relativement ancienne chez cet homme, il existe une chaîne ininterrompue entre la méningile dont je vais parler et l'infection syphilitique, dont le premier terme fut, en 1901, le te chancre du scrotum. rt me Il vint consulter, en novembre 1907, M. Thibierge, à l’hôpital Broca. Il venait demander une série de piqûres pour pouvoir avoir des enfants vivants. En expliquant ce qu'il voulait, il était ému, bégayait un peu (il a toujours mal parlé), me paraissait | bizarre el, pour cette unique raison, fut ponctionné. L'examen du liquide céphalo-rachidien montra une lymphocylose considérable. Et cependant toutes les fonctions nerveuses étaient bonnes. La motilité suivant tous ses modes, la sensibilité étaient nor-
males, l'intelligence, la mémoire, n'étaient pas changées. On remarquait seulement un peu d'instabilité du visage et de la langue. Quand il est venu nous consuller, il ne se plaignait de rien et il a fallu, en somme, un prélexte pour le ponctionner.
Depuis, cet homme a été suivi attentivement. Ia été ponctionné de nouveau au mois d'avril, au mois de juillet, au mois de décembre 1908. La dernière ponction remonte à 3 semaines environ (janvier 1909). Et j'ai toujours constaté chez lui une grosse lymphocytose rachidienne avec de l’albumine. Cependant ses fonctions nerveuses sont restées normales, son intelligence, en particulier, n’est pas lroublée. Il continue à faire son métier d’employé des postes, à la satisfaction de tous. La mémoire estconservée, Pour que sa femme puisse travailler au dehors, à ses moments de liberté il aide au ménage. Son activité génitale est la même qu'autrefois.
J'ai tenu à insister sur l’élat de ses fonctions psychiques, parce qu'au mois de juillet 1908 il eut un grave dissentiment avec sa femme qu'il accusait de l'avoir volé. Il était d’ailleurs exact que sa femme avait pris, à son insu, des économies qu'il destinait à ses parents. Pendant quelque temps, à cause de cela, il vécut en mauvaise intelligence avec elle, alla même jusqu'à la frapper. Ce trouble dans son ménage dura deux mois environ; depuis octobre le calme est revenu, et sa femme dit elle-même qu'il est tout à fait normal, qu'il est comme autrefois.
Il n'est donc pas douteux que voilà un cas de méningie chronique ne s’accompagnant d'aucun accident actuel el intimement liée à la syphilis, comme le montrent les fausses couches successives de sa femme.
2° malade. — C’est un jeune homme de 24 ans, étudiant en pharmacie, Il a contracté la syphilis le 20 novembre 1904. L'accident initial a consisté dans un chancre du prépuce de la Laille d'une pièce de 5o centimes, L'ulcération, lrès superficielle, était accompagnée de ganglions inguinaux. Elle a duré 15 jours.
Le malade dit n'avoir pas remarqué d'accidents secondaires. Il est vrai qu'il s'est mis à l'huile grise dès l'apparition du chancre et qu'il n’a jamais été vu par un médecin compétent. L'existence récente d’une gomme pharyngée, vue par M. Thibierge et guérie rapidement par le traitement, vient maintenant encore confirmer la nature de l'accident initial.
Aù début, le traitement consista, comme je viens de le dire,
en 3 ou 4 injections d'huile grise ; mais le malade s'en lassa vite
à cause de la douleur qu’elles provoquaient. [l se mit aux pilules de protoiodure de Hg (pilules de o gr. 10). Depuis 3 ans, il prit chaque jour, d’une façoninlassable, une de ces pilules; il affirme :
que, depuis ce temps et avant le traitement que'je lui ai fait su-
bir, il n’a peut-être pas omis dix fois de prendre sa dose journalière. à ;
[était de bonne santé apparente, se félicitait de son traitement, s'était même marié quand, progressivement, en mars 1907, soit 27 mois environ après le chancre, apparut la céphalée. Depuis cette époque jusqu'au 8 novembre 1907, date à laquelle je vis le malade pour la première fois, cette céphalée a duré d’une façon presque continue, sauf à de courts intervalles pendant lesquels elle à disparu sans traitement el sans cause appréciable. Cette céphalée, dans les périodes de paroxysme, était occipitale, durait toute la journée, mais était violente surtout la nuit.
Tour à tour, elle fut considérée comme manifestation grippale, manifestation neurasthénique et traitée, saus résultat d’ailleurs, par les antinévralgiques et le repos à la campagne.
Elle durait encore quand il me fut envoyé par un de mes collègues.
J’examinai le malade pour la première fois le 8 novembre 1907, dans le service de M. Thibierge, à l'hôpital Broca. Guidé par cette idée que cette céphalée était peut-être la première manifestation d'une syphilis cérébro-spinale, je pratiquai un examen systématique des fonctions nerveuses. Tous les réflexes tendineux et cutanés (rotuliens, achilléens, réflexes osseux du poignet, tricipitaux, phénomènes de l’orteil), étaient normaux. Les pu-
pilles réagissaient à la lumière, sans paresse aucune ; la sensibi- .
lité objective ou subjective (en dehors de la céphalée) n'était troublée d'aucune façon. J'ajoute qu'actuellement, 14 mois après le premier examen, loules ces fonctions sont encore normales,
Cet homme ne paraissait donc :pas présenter d’altération, même légère, de son système nerveux. Cependant, avant de le rassurer complètement, je l’engageai à se laisser pratiquer une ponction lombaire. Après quelques instants de résistance, il se laissa faire. À peine le liquide était-il recueilli dans le tube que le diagnostic était sûr. Le liquide avait cet aspect opalescent, ce reflet moiré, signalés par Nageotte dans les méningites chroniques avec éléments très abondants,
La centrifugation et la coloration sur lame vinrent confirmer et renforcer ce diagnostic. Il y avait une vraie purée d'éléments, comme on en voit dans les paralysies générales les plus actives. J'ajoute que la formule cytologique de cette méningite avait quelques caractères particuliers : auxlymphocytes et aux grands mononucléaires ordinaires, qui étaient les plus nombreux, s’ajoutaient quelqués polynucléaires neutrophiles et éosinophiles, et surtout un certain nombre de lymphocytes à protoplasma basophile, à type de plasmazellen jeunes et des plasmazellen adultes. Or, pour certains auteurs, pour Unna en particulier, la présence de plasmazellen dans un foyer inflammatoire doit faire soupçonner la syphilis,
Le malade fut mis immédiatement au traitement mercuriel ; il reçut tous les deux jours, pendant deux mois, une piqûre intraveineuse de mercure, en tout 30 piqûres. Très rapidement, la céphalée disparut et le malade n’éprouva plus aucun trouble, de quelque nature que ce soit.
Après les injections intraveineuses, le traitement mercuriel fut continué sous la forme d'une série de 6 piqûres d’huile grise et de quatre séries de 6 piqûres d'huile au calomet (chaque piqûre contenait o gr. 05 de mercure métallique ou de calomel).
Depuis la fin de décembre 1907, le malade n’a pas présenté le
SDS + PACE
plus petit trouble nerveux, objectif où subjecüf ; on pourrait le considérer Comme guéri depuis maintenant un an, si une gomme pharyngée, apparue en juin, ne montrait que l’agent de la syphi- Hs est toujours chez lui vivace et si la ponction lombaire, pratiquéa « systématiquement » tous les deux ou trois mois (il a eu maintenant — janvier 1910 — 6 ponctions) ne témoignait pas que la méningite est toujours chez lui aussi intense.
Ce malade est donc bien, comme le précédent, atteint d'une méningite chronique syphilitique qui ne se manifeste par aucun signe clinique objechf el même, depuis décembre 1907, par aucun signe subjectif (1).
‘Quel est l'avenir de ces malades ? Il est impossible actuellement de le dire. Quel qu'il soit, cet avenir ne peut qu'être intéressant. En effet, ces malades ne peuvent échapper à une des trois solutions suivantes : ou bien ils verseront dans une des manifestations de la syphilis nerveuse, qui s'accompagne nécessairement de méningite chronique et dont j'ai signalé des exemples précédemment; où bien cet état méningé se prolongera indéfiniment, sans se manifester par des troubles nerveux, et cette possibilité est intéressante à connaître ; ou bien encore, avec le traitement ou même malgré le traitement, cette méningite guérira, et il est d’une importance capitale de savoir qu’une méningite syphilitique chronique peut guérir sans laisser de traces. Car, s'il est démontré un jour, d'une façon rigoureuse, qu'un traitement spécifique agit sur la
(1) Depuis’ décembre 1908, les deux malades ont été revus et ponctionnés; ils ont toujours une grosse lymphocytose rachidienne et la réaction de Wassermann dans leur sang.
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