CHAPITRE IV
RAPPORTS ENTRE LA MÉNINGITE SECONDAIRE SYPHILITIQUE ET LA MÉNINGITE CHRONIQUE
En 1903, M. Ravaut, le premier, établissait les rapports qui existent entre certaines manifestations syphilitiques de la période secondaire et les réactions méningées, plus ou moins intenses, qui accompagnent certaines de ces manifestations. À sa suite, M. Jeanselme, en France, divers auteurs en Allemagne, ont confirmé le fait.
Je vais montrer, d'abord, qu'il existe les mêmes relations de temps entre les accidents nerveux de la période secondaire et la méningite secondaire, d’une part, qu'entre les accidents nerveux tertiaires et la méningite chronique syphilitique, d'autre part. Je chercherai, ensuite, quels rapports chronologiques existent entre la méningite secondaire et la méningite chronique.
1° La méningite secondaire précède les accidents nerveux. — Voici deux observations qui concourent à cette démonstration.
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Obs. I (due à M. Sézany, Sociélé de biologie, avril 1908). — Le malade est un homme d’une quarantaine d'années, atteint d'une syphilis sévère qui se manifesta, un mois après le chancre, d'emblée par des syphilides psoriasiformes généralisées et, quarante Jours plus tard, par une hémiplégie droite avec aphasie, suivie rapidement de coma et de mort. A l'autopsie on ne découvrit pas de foyer de ramollissement cérébral, sans doute parce que l’artérite s’élait produite trop peu de temps avant la mort et que la néerose n'avait pas encore pu se constituer.
Pendant sa vie, on avait fait à ce malade, à un mois d’intervalle, deux ponctions lombaires. Chaque fois on avait trouvé une lymphocytose abondante. A la première ponction, pratiquée avant l'ictus on avait vu, en outre, quelques rares polynucléaires dans la préparation. Suivant la règle, cette lymphocytose ne s'accompagnait d'aucun symptôme d'irritation méningée et d'aucun trouble de la sensibilité, des réflexes, de la motilité, jusqu’à l’hémiplégie terminale. |
Obs. IT (due à M. Crouzox et empruntée à la thèse de DuTueir, Paris, 1908). — Le malade est un homme de 43 ans, qui entre à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Dieulafoy, le 2 décembre 1907. Il avait eu un chancre induré cinq semaines auparavant et présentait une éruption de syphilides papulo-tuberculeuses sur tout le corps. Une ponction lombaire pratiquée avait montré une lymphocytose et un peu de polynucléose du liquide céphalorachidien. Le traitement mercuriel institué avait déterminé assez rapidement une stomatite prononcée el avait dû être suspendu du 15 au 25 décembre. Le 28, alors qu'il allait bien la veille, il tomba dans l'après-midi dans un état d'hébétude et de somnolence dont il fut difficile de le tirer. — Les jours suivants, on constate un peu de raideur de la nuque, de la constipation; pas de vomissements. Il est toujours très somnolent, mais indiquait cependant, quand on l’interrogeait, qu'il souffrait de la tête. Il avalait avec peine.
Une nouvelle ponction lombaire pratiquée montra la même lymphocytose que la première fois.
Le malade resta dans le même,état pendant huit jours environ: puis, brusquement, il fit une hémiplégie droite : abolition de la motilité volontaire du côté droit, signe de Babinski à droite, aphasie. Les réflexes tendineux étaient restés normaux. Les pupilles réagissaient à la lumière.
Cette hémiplégie fut rapidement suivie de mort.
L’autopsie confirma la méningite mais, comme dans la première observalion, ne permit pas de déceler le foyer de ramollissement, probablement pour les mêmes raisons.
Par conséquent, dans ce fait comme dans le précédent, l’hémiplégie n’était que le troisième anneau d’une chaine, dont les déux premiers étaient la syphilis et la méningite. | ;
Ces deux cas lémoignent donc, d'une façon indubitable, que la méningite secondaire précède les accidents nerveux secondaires, comme la méningite chronique, lerliaire st l’on veut, précède les accidents nerveux tertiaires. De plus, la succession rapide dans le temps de ces trois facteurs : syphilis, méningite, troubles nerveux, donne une idée plus nelle que jamais de leur relalion nécessaire.
2° Rapport chronologique de la méningite secondaire et de la méningite chronique. — Quels sont les rapports de temps entre les méningites de la période secondaire et les méningites chroniques qui précèdent les accidents nerveux ? Ÿ a-t-1l transformation insensible de la méningite secondaire en méningite chronique? ou bien, dans certains cas, la méningite chronique débute-t-élle d'emblée, plusieurs années après l'accident initial, sans qu'il ÿ ait eu jamais de méningite secondaire ou