INTRODUCTION
L'étude des méningites supputées, longtemps inconnues, a fait depuis très peu d'années un très grand pas. Des travaux ont été faits pour mettre au point cette question, mais ils l'ont été le plus souvent pour des formes particulières de méningites secondaires à une infection unique. La science actuelle est riche, certainement, en études sur les méningites à pneumocoques. Mais il existe peu de chose au point de vue des méningites en général; celles qui reconnaissent pour causes le staphylocoque, le streptocoque, le bacille d'Eberth,le bactérium coli commune n'ont pas été réunies en monographie. Nous avons pensé qu'une revue d'ensemble sur l'état actuel de la question pourrait peut-être oârir quelque intérêt et nous avons songé à faire de cette étude l'objet de notre thèse inaugurale.
Cette forme n'avait pas été primitivement celle que nous avions voulu donner à notremémoire. Nous avions
en efFet pensé faire une contribution à « l'étude expérimentale anatomo-pathologique et clinique de certaines méningites infectieuses ». Nous avions dans ce but commencé une série d'expériences qui ont été poursuivies du reste. Mais nous n'avons pas tardé à voir combien difficile et long serait un travail présenté sous cette forme, et nous avons compris qu'il serait peut-être imprudent de faire de ces recherches l'objet de notre étude; nous avons renoncé à ce premier projet beaucoup trop long et que nous n'aurions pu mener à bien.
Nous avions pensé faire d'abord des expériences, les faire nombreuses pour les différentes espèces de bacilles à expérimenter et les faire dans des conditions spéciales se rapprochant pour les animaux de l'état dans lequel peut se trouver un homme au moment où il subira l'infection effective. Effective, parce que, ainsi que nous le verrons plus tard, l'homme est constamment, pour certains organismes en particulier,en état d'infection latente et qu'il suffira de la plus petite porte ouverte pour que la pénétration de l'organisme infectieux se fasse en lui et devienne active.
Les expériences antérieurement faites par denombreux expérimentateurs l'ont été dans ces buts différents de voir si, avec le pneumocoque, par exemple, on pouvait déterminer des méningites expérimentales, et, étant donnée l'apparition de ces lésions méningées, de voir quelles elles étaient.
Ces constatations étaient certainement les premières à faire et présentaient le plus vif intérêt. On a donc procédé le plus souvent en agissant directement sur la partie de l'organisme qu'on voulait atteindre et on a fait sur-
tout des trépanations en des points différents du crâne de l'animal en expérience, pour inoculer directement la substance à expérimenter.
Ces procédés ont donné les résultats espérés dans un grand nombre de cas. Ce premier point était donc acquis. On songea à en étudier un second.
On tenta de copier la nature expérimentalement, et, de voir si les mêmes modes d'infection qui lui sont familiers, et que les faits nous enseignent, pouvaient être reproduits, par l'expérience, chez l'animal.
Pour prendre un exemple, nous conserverons le pneumocoque ; on le rencontre en abondance dans les voies aériennes de l'homme et nous trouverons au cours de ce travail des exemples évidents de l'infection par cette voie.
Peut-on, en piquant la muqueuse nasale d'un lapin, par exemple, avec l'aiguille d'une seringue de Pravaz remplie de bouillon contenant des pneumocoques, et en injectant tout ou partie de ce liquide, déterminer une méningite à pneumocoques ?
Peut-on, employant un autre procédé, la piqûre de l'œil, déterminer des accidents semblables?
L'infection générale précédée d'un traumatisme peutelle agir aussi ?
La première expérience avait été faite avec succès; nous avons tenté la seconde avec un résultat positif également.
Mais au cours de ces expériences positives, on songea aussi à examiner les symptômes présentés par l'animal et à les rapprocher de ceux de l'homme en état de méningite. Mais ce point-là n'est pas encore exploré
complètement, et il présente les plus grandes difficultés.
Cette étude sera donc une revue générale sur certaines particularités qui nous auront paru intéressantes ou nouvelles des méningites suppurées aiguës, non tuberculeuses .
Il n'y aura pas là tout l'historique de la question, toute l'anatomie pathologique etc., mais seulement des points qui ont été décrits depuis l'apparition des articles des traités classiques.
Contrairement donc à notre premier dessein il n'y aura rien ici d'original et tout ce que nous aurons écrit nous l'aurons lu et pris à d'autres auteurs. Ce sera donc bien, en un mot, une revue générale.
Mais avant d'aller plus loin, il est un devoir dont nous devons nous acquitter et qui ne nous pèse nullement.
Nous voulons remercier nos maîtres dans les hôpitaux de la bonté qu'ils nous ont toujours témoignée, de l'intérêt qu'ils ont bien voulu nous porter, de l'enseignement qu'ils nous ont si largement offert.
Nos débuts dans les hôpitaux nous les avons faits chez M. le professeur le Fort et chez M. Rendu. Chez eux nous avons appris les premiers éléments de la chirurgie et de la médecine et ils ont bien voulu être les deux premiers maîtres oui nous ont guidé de leurs savants conseils. Externe chez M. le professeur Laboulbène, nous gardons à notre maître une très vive reconnaissance pour la très grande bienveillance et la très grande bonté avec lesquelles, toujours, il a bien voulu nous traiter. Nous prions M. le D' Périer, chirurgien de Lariboisière,de bien vouloir accepter ici l'hommage de notre profonde gratitude pour l'honneur qu'il nous a fait en nous recevant
comme externe dans son service ; que M. le D"" Millard, notre maître pendant notre troisième année d'externat, veuille bien accepter aussi nos sincères remerciements.
Nous avons eu l'honneur de remplir les fonctions d'interne dans le service de M. le D"' Barié et dans celui de M. le D' Chantemesse. A nos deux maîtres nous voulons ici témoigner toute notre reconnaissance pour les conseils et le haut enseignement qu'ils nous ont donnés d'une façon toujours si agréable et si aimable.
L'année suivante M. le professeur Le Fort nous fit l'honneur de nous accepter pour remplir dans son service les fonctions d'interne, nous tenons à lui en témoigner notre vive reconnaissance.
Pendant trop peu de temps, nous avons exercé les mêmes fonctions chezM. leprofesseurTillaux, qu'il nous permette cependant de nous compter au nombre de ses élèves respectueux et dévoués. Nous tenons à remercier aussi MM. Gaucher, Nélaton, Hirtz, Brun, Lejars, Ribémontde la bienveillance qu'ils nous ont toujours témoignée. A M. Maygrier, nous tenons à offrir l'expression de notre très vive gratitude, pour l'honneur qu'il a bien voulu nous faire en nous acceptant dans sa Maternité de la Pitié et en nous autorisant à y exercer les fonctions d'interne.
Que M. le D' Netter veuille bien accepter l'expression de notre vive gratitude pour les conseils qu'il nous a donnés et qui nous ont été d'un grand secours dans la composition de cette thèse.
A M. le D'' Le Bec nous gardons aussi une grande reconnaissance pour les conseils qu'il a bien voulu nous donner pendant le cours de nos études médicales.
Que ceux qui ont bien voulu m'aider dans la composition de ma thèse veuillent bien accepter aussi tous mes remercîments : M. le Gellé et son fils, mon collègue, pour les observations qu'ils ont bien voulu me donner; M. Lesage, chef du laboratoire à la Clinique médicale de la Pitié, M. le D' Macaigne, mes amis Jean Binot, MiralUé et Fernand Bezançon, internes des hôpitaux, MM. Touchard, Marie, Jayle, internes des hôpitaux qui, avec la plus extrême obligeance, m'ont donné des matériaux et des observations pleins d'intérêt.
Enfin que mon beau-père, M. Ernest Buttura, et mon ami Grinner, interne des hôpitaux, acceptent mes plus affectueux remercîments pour les traductions d'italien et d'allemand qu'ils ont bien voulu me faire.
Quand on fait les recherches bibliographiques que nécessite un travail comme celui que nous avons entrepris, on est frappé par la ressemblance symptomatique, nous pourrions dire l'identité qui existe entre la méningite à pneumocoques et la méningite cérébro-spinale épidémique. Nous avons pensé qu'en faisant l'historique des méningites suppurées non tuberculeuses nous pourrions examiner rapidement celui de la méningite cérébrospinale épidémique. Il ne serait pas du reste sans intérêt de poursuivre l'étude de l'identité probable de ces deux maladies considérées comme différentes. M. Netter a émis cette opinion d'unification en décrivant, dans le travail qu'il a publié dans les Archives de médecine, 1887, la méningite à pneumocoque sporadique et la méningite à pneumocoque épidémique. Dans les cas de méningite épidémique observés depuis que cette question de la méningite microbienne est devenue relativement vulgaire, depuis que les examens bactériologiques ont été faits des lésions observées, on a noté, comme dans les cas de
Netter et de Widal (examens faits à Orléans) du pneumocoque de Talarmon-Frœnkel nettement décelé par la culture et les inoculations. Il n'est pas jusqu'à la ressemblance des lésions macroscopiques qui ne permette de soutenir cette théorie d'identité.
Ce n'est pas tout; aujourd'hui qu'avec Netter^ qu'avec Adenot, qu'avec Lion, qu'avec l'école de Montpellier on s'accorde à admettre que toute méningite est secondaire à une localisation microbienne sur les méninges, on admet aussi que la méningite pneumococcienne est la règle, les autres méningites demeurent l'exception. De plus Netter après Pasteur, Froenkel et d'autres auteurs que nous retrouverons quand nous traiterons l'étiologie ayant démontré la présence d'organismes dans la salive, et, d'autre part, les faits de méningite à pneumocoques sans pneumonie primitive étant indiscutables, la contagion de la pneumonie ne l'étant pas davantage, il est permis d'admettre que si l'on recherche l'agent infectieux dans la méningite cérébro-spinale, on retrouvera très souvent le pneumocoque. Nous reviendrons sur ce sujet. Mais cet aperçu ne nous a pas paru inutile pour expliquer pourquoi nous avions cru pouvoir faire ici, au cours de l'historique qui va suivre, un tableau de récapitulation rapide de l'historique de la méningite cérébro-spinale épidémique.
Qu'on ne s'attende pas cependant, au cours de ce travail, à trouversur ce sujet de méningite épidémique cérébro-spinale autre chose qu'un historique. L'étude complète de cette question ne rentre pas dans notre cadre.