OBSERVATION II
Publiée par le professeur Raymond (Revue internationale de thérapeutique et pharmacologique, n° du 17 novembre 1897.
Plaque de méningite intéressant les centres du bras et de la jambe gauche. Evolution depuis plus de deux ans. Opération suivie d'amélioration très marquée et durable.
Il s’agit d'une nommée L..., âgée de 30 ans dont les parents vivent encore et sont en bonne santé. Pas d’antécédents personnels. À 22 ans est devenue sujette
à des accès de maux de tête qu’elle localisait à la région
frontale pariétale droite. À 24 ans, elle a eu une première attaque d’épilepsie débutant par le bras gauche.
Pendant les sept mois suivants plusieurs accès de céphalalgie ainsi qu’une nouvelle attaque d’épilepsie partielle. À partir de ce moment elles surviennent assez fréquemment débutant le plus souvent par le membre supérieur gauche. Elles avaient une intensité très inégale et parfois revétaient une forme fruste.
Il n’y a jamais eu de perte de connaissance. La
malade vient alors consulter à la Salpétrière, en juillet
1896. PE L’interrogatoire écartant tout soupçon d’alcoolisme et de syphilis, la percussion du crâne révélait
mar une cértaine zone douloureuse à la région frontopariétale droite; diminution légère de la force à gauche, réflexes sensiblement égaux, sensibilité intacte, pas de troubles trophiques, le traitement polybromuré est institué.
Elle revient à l'hôpital le 22 mai 1806, le traitement n’a produit aucun résultat, les crises ont augmenté de fréquence et l’on constate alors une faiblesse de la jambe gauche qui fait boiter la malade.
Au dynamomètre : main gauche 13 —- — : main droite 22
Exagération très nette des réflexes tendineux. La percussion du crâne réveille toujours la même douleur et au même endroit.
Pour la troisième fois elle revient consulter en janvier 1897. Son état est de beaucoup aggravé: non seulement la paralysie à gauche a augmenté, mais elle se double maintenant d’une certaine raideur. Les attaques convulsives sont plus nombreuses.
L'examen de la face et des yeux ne donne rien d'anormal, la malade se décide a entrer dans le service.
On constata alors que les crises venaient plusieurs fois par jour, débutant par le bras et plus rarement par la jambe gauche. Le plus souvent elles avortaient.
Les grandes crises se produisaient ainsi: des fourmillements survenaient dans le bras et la jambe gauche, en même temps la malade devenait très pâle, puis il se produisait une déviation de la face; de la bouche et de la tête vers le côté gauche. |
En même temps les muscles dece côté devenaient raides et agités par des soubresauts.
La malade ne perdait jamais connaissance.
L'examen de la sensibilité a toujours donné des résultats normaux.
En février, l’'hémiparésie gauche avait dégénéré en hémiplégie presque complète, mais sans paralysie faciale ni oculaire. — Légère contracture et exagération des réflexes sans clonus du pied du côté gauche.
La céphalée localisée à droite reparaissait souvent.
On porta le diagnostic de plaque de méningite agissant sur la zone Rolandique du côté droit.
Le 12 mars, M. Chipault pratique une première trépanation sans toucher aux méninges, cette simple opération amène une notable amélioration, de l’aveu même de l’opérée; les crises vont en s espaçant : etren s'atténuant.
Toutefois le doute persistant sur l’existence d’un néoplasme ou de toute autre lésion corticale localisées, vers la fin d’avril, le chirurgien pratique une onde opération, rendue plus facile par l’ablation préalable du volet osseux.
Après l’incision de la dure mère on constate des adhérences méningo- -corticales que l’on détache prudemment. On ne juge pas à propos de toucher même superficiellement à l'écorce .et l’on referime.
La malade éprouve pendant trois mois une amélioration marquée car les crises espacées de plus en plus se réduisent à une simple sensation d'irritation dans les membres qui en étaient autrefois le siège.
Mais depuis le moïs d'août quelques rares crises ont reparu, tenant sans doute à de nouvelles adhérences méningo-corticales,