‹ Des mesures propres à ménager le sang pendant les opérations chirurgicalesChapitre 8 sur 14 · HO · texte numérisé non relu

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toutes formes ont une haute importance ; leur application est plus générale, et pendant longtemps les chirurgiens s'en sont servis d'une manière à peu près exclusive. On ne trouvera pas ici leur description et l'étude critique de leur valeur comparative, car ces questions sont connues, et déjà Sabaticr, dans sa Médecine opératoire, porte sur elles un jugement qui nous paraît définitif.

Le garrot a l'avantage de pouvoir s'improviser : une corde ou une ceinture, une cravate ou un mouchoir; un bâton, un sabre ou une tige de fer, et voilà de quoi le constituer. Mais son emploi exige un espace étendu, il s'oppose à la rétraction des muscles, inconvénient d'où naissent la saillie des os, la conicité du membre, et des retards sans nombre dans la cicatrisation de la plaie; puis, la pression est souvent assez forte pour contondre la peau et les tissus sous-jacents. Aussi, le tourniquet doit-il être -préféré, car « il peut être appliqué et enlevé avec facilité, il occupe peu de place, n'exerce de compression capable de suspendre le cours du sang que sur deux points, et surtout permet à la circulation veineuse de se continuer et aux muscles de se rétracter ».

La compression digitale l'emporte sur le tourniquet en ce que, seule, elle est aisément applicable à la racine des membres; son action se borne en un point limité de l'artère ; si quelque mouvement du malade déplace la main de l'aide, le doigt reconnaît les battements du vaisseau et le retrouve sans peine ; la compression est facilement suspendue ou reprise au gré de l'opérateur. D'autre part, il est

vrai, l'aido est parfois insuffisant, il n'a ni les connaissances ni le sang-froid nécessaires, il se fatigue et sa sensibilité tactile finit par s'engourdir; puis, les parties molles au milieu desquelles est perdue l'artère n'offrent en certains lieux qu'un plan mal résistant; le tourniquet et le garrot reprennent alors leur avantage. Je n'insisterai pas : ce sont les premières notions du métier.

Ces ressources préciei#,es doivent rester dans la chirurgie courante. Cependant, la plus utile de toutes, la compression digitale, n'est pas sans inconvénients ; elle comprime souvent la veine en même temps que l'artère, et la circulation en retour est gênée; le sang inonde la plaie, son effusion affaiblit le malade et incommode l'opérateur, qui guide mal son bistouri dans les tissus rouges et unicolores. Puis, dès 1860, M. Verneuil démontrait que la compression des gros troncs artériels provoque parfois l'inllammation des veines satellites; il signalait des cas de périphlébite et de thrombose de la fémorale. En 1871, il revenait sur le même sujet et rapportait des observations nouvelles. Il jugeait ces griefs assez graves pour inspirer à un de ses élèves une thèse sur la suppression de la compression digitale.

L'auteur, M. Pillet, y accumule les objections, il propose même d'abandonner tout à fait ce procédé. Ainsi que M. Merlatteau, dans sa thèse de 1867, il préconise l'emploi des mouvements forcés. Certaines attitudes, l'extension, la flexion, déterminent l'aplatissement de l'artère et arrêtent le cours du sang. M. Richet a montré, dans son Anatomie médico-chirurgicale, que, lorsqu'on porte fortement

l'épaulo en arrière et en bas, la clavicule comprime la sous-clavière sur la première côte. Bichat a l'aiL voir que la flexion forcée suspend la circulation dans les artères des membres ; Malgaignc arrêta ainsi une hémorrhagie de la brachiale. En 1858, M. Verncuil arrive aux mêmes résultats par l'extension forcée : intéressantes recherches qu'on trouve exposées dans le Journal de la physiologie de Brown-Séquard ; leur application à l'hémostase préliminaire, fort discrète d'ailleurs, s'est peu vulgarisée. Tous ces moyens devaient bientôt s'effacer devant la nouvelle méthode imaginée en 1873 par le professeur Esmarch, de Kicl.

La Méthode d' Esmarch consiste, on le sait, dans l'emploi d'une bande de caoutchouc tissée ou pjeiûe. On l'enroule autour du membre que l'on veut enlever; les spires de la bande sont conduites de la périphérie au centre, de manière à refouler vers le tronc le sang que contiennent les tissus; puis, lorsque cette sorte d' « expression » est faite, on enlève la bande, après avoir étreint soHdement la racine du membre avec un fort lien élastique remplissant l'usage du garrot : il s'oppose par l'aplatissement des artères à l'irruption du sang dans l'organe ischémie. « Le membre apparaît pâle, exsangue, semblable à celui d'un cadavre, et l'opération se fait sans qu'il s'écoule de sang. » — Nous trouvons dans cette méthode la combinaison de deux idées dont l'une remonte pour le moins à Ambroise Paré : en effet, le lien constricteur à la racine du membre n'a rien de nouveau, sinon qu'Esmarch remplace le chanvre par le caoutchouc, modification heureuse déjà ima-

g-inée par Ghassaignac, Richard et Granclesso Silvestri, qui l'ont employé dans des cas isolés.

Pour la seconde idée, le refoulement des liquides nourriciers vers le tronc, Esmarch a peu de précurseurs; cependant, nous avons trouvé, dans le Traité de Chirurgie de Ghélius, que « chez les personnes faibles et ayant peu de sang à perdre, Brunninghausen conseille d'envelopper le membre d'une bande de flanelle jusqu'au point où l'incision doit être faite, et cela, dans le but de diminuer la perte de sang veineux » . M. Rochard raconte, d'après Erichsen, que « le 9 juillet 1852, un chirurgien anglais, Clover, ayant à pratiquer une amputation de cuisse, fit élever le membre, l'entoura depuis les orteils jusqu'au périnée avec une bande étroite en serrant fortement, et appliqua le tourniquet par-dessus ce bandage. C'est à peine s'il y eut du sang perdu, et le malade guérit. Esmarch lui-même employait ce moyen d'expulsion du sang veineux dès 1855.... Il paraît qu'à Padoue on avait l'habitude de lever le membre et de le comprimer par un bandage serré. »

En 1872, dans quatre grandes amputations, M. Félix Guyon a pratiqué l'élèvement du membre, tout en faisant à sa racine la compression artérielle : de cette manière le sang rouge ne pieut aborder l'organe sacrifié, et le sang noir rentre dans les vaisseaux du tronc. Enfin, nous nous rappelons qu'en 1873, lors de notre internat à l'Hôpital des Cliniques, on conduisit à M. Lannelongue, qui suppléait le professeur Broca, un jeune homme de dix-neuf ans atteint d'un ostéosarcôme du fémur. Le pauvre garçon était si faible qu'on hésitait à pratiquer la désarticulation ;

on craignait de le voir mourir sous le couteau. M. Lannelongue se décida néanmoins; mais, pour éviter toute perte de sang, il lia l'artère fémorale dans le triangle de Scarpa, puis entoura le membre malade de bandes fort serrées qui chassèrent le sang des tissus vers le tronc.

En rapportant ces premiers essais, nous ne voulons point enlever à Esmarch une partie de sa gloire. Nous constatons seulement, par ces diverses tentatives en diverses régions de l'Europe, qu'une évolution évidente se fait en chirurgie. On ne conseille plus, comme Boyer, de laisser couler le sang au cours de l'opération ; si l'effusion a été peu considérable, la saignée abondante n'est plus prescrite ; il ne s'agit même plus, selon le précepte de Bérard, de jeter une ligature préalable pour éviter au malade affaibli « toute perte de sang provenant du cœur ». On veut maintenant l'épargne complète, il faut que l'organisme profite des liquides nourriciers renfermés dans le membre à retrancher.

La fortune de la méthode nouvelle a été rapide, une année lui a suffi pour faire le tour de l'Europe. Accueilhe dès l'abord avec une ferveur extrême, elle n'a pas réahsé toutes les espérances. Maintenant on l'accuse ardemment, on la défend de même; c'est un véritable procès.

Les avantages en sont évidents : le lien élastique à la racine du membre assure l'hémostase que la maladresse de l'aide ou les mouvements du malade compromettent souvent dans la compression digitale ; et cette sécurité parfaite donne au chirurgien la tranquilité d'esprit sans laquelle il n'y a pas de

bonne opération. La plaie est sèche; les tissus ne sont jamais voilés par une nappe de sang, et désormais, graco à l'isohémie provisoire, les recherches lesplus déUcates sont faciles. On peut obtenir l'anesthcsie locale par les pulvérisations et les agents réfrigérants, dont les effets sont très rapides sur les organes ischémiés, comme Charles Richet l'a montré, en 1876, par quelques expériences dans le service du professeur Verneuil. Enfin, — et c'est le point qui nous importe, — n'est-ce pas la méthode économique par excellence? Ne rend-elle pas à l'organisme le sang qui se perdait avec l'organe amputé?

A cette hémostase rigoureuse, à ce refoulement du sang vers le tronc, Esmarch et se's disciples attribuent leurs magnifiques succès : sur quatre-vingttrois opérations, dont six amputations de cuisse, huit de jambe, une désarticulation de l'épaule, pratiquées à Kiel, du 1" janvier au 15 août 1873, Esmarch n'a eu que quatre morts ; la plupart des plaies se sont réunies par première intention et presque sans fièvre traumatique. Une autre de ses statistiques porte sur 28 grandes amputations, dont 13 de cuisse, 11 de jambe et 4 de bras; elles ne comportent que 2 décès. Billroth, à Vienne, obtient 11 guérisons sur 14 opérations graves. Bruns n'accuse que 14 morts sur 130 opérations, dont 61 amputations, 9 résections articulaires, 15 résections osseuses; en réunissant ces statistiques, nous trouvons 23 décès sur 255 interventions, pour la plupart redoutables. Ces chiffres, qui demanderaient à être étudiés de plus près et mieux « catégorisés, » ne manquent certes pas de valeur comme indication générale.

Quels reproches fait-on à la méthode d'Esmarch? Et d'abord, quelques mots de certains griefs sans importance pour l'objet que nous traitons. Premier grief : l'enroulement élastique ne serait applicable qu'aux membres ; cela n'est pas entièrement exact, puisque, grâce au peu de volume du lien constricteur, la désarticulation de l'épaule et celle de lahanche sont possibles ; Esmarch a pratiqué pour la cuisse la compression de l'aorte abdominale; il a aussi, conquête non moins précieuse, étendu son procédé à l'amputation de la verge et à la castration. Second grief : une compression trop énergique amènerait parfois des paralysies; M. Nicaise a publié une observation de paralysie du 'médian et du cubital qui dura huit jours; Langenbeck en a communiqué plusieurs cas à la Société médicale de Berlin : ainsi, dans 2 opérations de pseudarthrose humérale, les branches du médian perdirent leurs fonctions, dans l'une pendant quinze jours, et pendant trois semaines dans l'autre, à la suite d'une résection de l'humérus. Mais Esmarch et Bruns, après avoir employé la bande élastique, le premier 129 fois, le sécond 130, n'ont jamais constaté d'accident de ce genre. Ces paralysies passagères n'ont été notées qu'au membre supérieur; pour éviter cette complication, du reste peu redoutable, il suffit de serrer juste assez pour déterminer l'hémostase, et de substituer au tube d'Esmarch la bande employée déjà par Langenbeck et perfectionnée récemment par M. Nicaise.

La gangrène des lambeaux est encore citée comme un accident provoqué par l'enroulement élastique; Bruns en a observé 2 cas : dans l'un

le doute est possible, dans l'autre l'appareil est évidemment coupable. La thèse de M. Augier signale des infiltrations sanguines dans l'épaisseur des muscles, déterminées par quelques ruptures vasculaires. Mais ces faits sont en définitive trop rares pour être sérieusement reprochés à la méthode d'Esmarch; nous en dirons autant de la phlébite et des embolies. M. Augier rapporte que sur un homme atteint de varices on vit se développer une inflammation de la saphène externe, et des abcès à la suite de l'ischémie temporaire. C'est là un point à noter : dorénavant il faudra s'abstenir d'appliquer la bande sur les membres dont les veines sont altérées ; et nous savons déjà que pareille réserve est indiquée dans les tumeurs ramollies en voie de dégénérescence, lorsque les tissus sont infiltrés de pus et de sang, parce que la compression pourrait faire refluer ces substances septiques ou morbides et empoisonner l'économie.

Dernière accusation : loin de présenter des avantages, l'expulsion du sang ne serait pas sans inconvénient grave, les tissus décolorés étant alors confondus les uns avec les autres, les artères, les veines, les nerfs ayant tous le même aspect; dans un cas, M. Daniel Mollièrene put, au fond de la plaie exsangue, reconnaître les deux bouts d'un tendon; M. Nicaise lui-même aurait eu beaucoup de peine à délimiter exactement sur unolécrâne la portion d'os nécrosé. Mais, encore une fois, d'une part ces faits sont très exceptionnels ; et, d'autre part, tous les auteurs s'accordent à proclamer les services que l'ischémie provisoire rend dans les sutures tendineuses,

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la résection des os, la ligature des bouts artériels dans la plaie, l'extraction des corps étrangers. Aussi la méthode d'Esmarch aurait triomphé facilement de ces objections sans portée, si on ne l'eût accusée d'un vice assez sérieux pour qu'à cette heure encore . l'ischémie provisoire soit tenue en échec.

L'économie du sang est une des raisons d'être de l'appareil d'Esmarch : or des chirurgiens tels que Le Fort, Verneuil, James Spence, Gourty, Richet, Azam, Bruns, soutiennent que l'ischémie provisoire, loin d'épargner le sang dams les grandes amputations, le prodigue au contraire, et qu'à ce point de vue les vieux procédés, compression digitale, tourniquet, ligature successive et préalable des vaisseaux, lui sont bien préférables. Ils ont constaté, — et tous les opérateurs avec eux, — que, le lien constricteur enlevé, une véritable pluie rouge survient, qui est due non seulement aux petites artères, mais aux capillaires eux-mêmes; et, par leur lumière dilatée, le sang sourd à la surface de la plaie. La physiologie n'a pas tardé à expliquer ce phénomène : les fibres musculaires lisses, paralysées par l'énergique compression de la bande, laissent se remplir des vaisseaux minuscules dont le calibre s'exagère ; ces vaisseaux livrent alors passage au liquide autant que peut le faire une artériole appréciable.

Cette hémorrhagie est rebelle et souvent ne tarit qu'après de longs efforts. En 1875, M. Dutrait a publié, dans le Lyon Médical, le résumé de 28 grandes opérations pratiquées avec l'appareil d'Esmarcli ; 18 fois il y eut une hémorrhagie, et 12 fois elle fut assez abondante pour nécessiter une intervention.

L'écoulement sanguin n'est pas toujours immédiat : dans certains cas, fort rares il est vrai, il ne s'est manifesté que vers la trente-sixième heure; le plus ordinairement, il apparaît de trois à six heures après l'enlèvement du tube. Une observation de M. Létiévant prouve jusqu'à l'évidence la culpabilité de la bande élastique : un homme a les deux jambes écrasées par un wagon; une double jimputation est nécessaire ; l'appareil d'Esmarch est appliqué d'un côté, de l'autre on se contente de la compression digitale ; or une hémorrhagie considérable survient au moignon ischémié, tandis qu'on note àpeine un suintementinsignifiant sur le membre du côté opposé.

Mais, disait-on, cette hémorrhagie en nappe, quelle que soit sa durée, ne peut fournir un volume de sang égal à celui que la bande élastique refoule du membre dans les vaisseaux du tronc. Par malheur, les expériences do Ranké d'abord, puis celles de Paul Bruns, semblent montrer que ce calcul est inexact. La masse de sang contenue dans la jambe et le pied d'un individu est bien moindre qu'on ne le supposait ; elle varie de 75 à 255 grammes ; « ce dernier chiffre a été fourni par un jeune homme, véritable colosse dont la jambe amputée était le siège d'un ulcère énorme, Cause d'une congestion permanente. » La moyenne serait de 145 grammes tout au plus ; encore l'enroulement élastique ne détermine-t-il pas l'anémie absolue, comme Krishaber le prétend, et, quoi qu'on fasse, 45 grammes environ restent dans les tissus et sont perdus avec eux. 100 grammes, voilà donc tout ce que la

bande tissée refoule dans la circulation générale. C'est peu, et, tout compte fait, mieux vaut une méthode qui sacrifie ces 100 grammes et ne provoque pas l'écoulement capillaire.

Esmarchl'a compris. Voyant le discrédit qui menaçait sa méthode et l'abandon qu'on en faisait dans l'amputation des membres, il a cherché quelque procédé pour conjurer l'hémorrhagie consécutive. D'autres chirurgiens se sont aussi mis à l'œuvre, et nous disposons maintenant d'une série de moyens dont quelques-uns paraissent d'une efficacité douteuse, mais quelques autres, dit-on, suffiraient pourassurer l'hémostase. Ces moyens, nousles trouvons exposés dans un fort bon travail inspiré par M. Nicaise, dans une thèse soutenue en 1879 par M. de Lagorce, travail qui nous a beaucoup aidé dans la rédaction de ce chapitre.

Premier point à noter : la paralysie vaso-motrice dépend beaucoup de l'énergie de l'enroulement élastique et de la constriction plus ou moins grande du tube. D'après M. Delens, la simple substitution de la bande à anneau de M. Nicaise au lien primitif d'Esmarch et son desserrement progressif diminuent très sensiblement l'abondance de l'hémorrhagie. L'écoulement sanguin serait nul lorsque les tissus sont peu vasculaires, et que l'appareil n'est pas resté longtemps appliqué. Malheureusement, ces précautions ne sauraient être prises au niveau de la hanche et de l'épaule; la topographie de ces régions exige l'emploi du tube, qui occupe un espace moins grand. Suivant M. John Ghiene, d'Édimbourg, et M. Daniel MoUière , l'écoulement consécutif tient en partie à

ce que les artérioles exsangues se confondent au milieu des tissus ; le chirurgien ne peut les voir et les lier. Aussi M. Mollière conseille-t-il , pour faciliter la recherche, d'arrêter l'enroulement élastique juste au-dessous du point où portera la section , et de placer le lien constricteur à quelques centimètres audessus du même point : on circonscrit de la sorte une zone oii les vaisseaux, conservant le sang, se révèlent à l'opérateur par leur coloration rouge. Nous signalons cette manœuvre sans nous porter garant de son efficacité.

On a proposé d'appliquer le pansement définitif avant d'enlever le. lien constricteur; la compression méthodique exercée par ce pansement sur les lambeaux suffisant, dit-on, pour arrêter l'hémorrhagie capillaire. Nombre de nos collègues emploient ce procédé, et s'en trouvent bien , mais ils le réservent pour les petites opérations, lorsque les vaisseaux sectionnés sont peu abondants et de faible calibre. Toutefois M. Houzé de l'Aulnoit essaye de l'étendre aux grandes amputations. Voici comment il s'y prend :

Pendant que la racine du membre est encore étreinte par le tube, il lie les vaisseaux qu'il aperçoit à la surface de la plaie ; il rapproche ensuite les lambeaux, les comprime et les immobilise par des bandelettes do diachylon, de la charpie, de la ouate et quelques tours de bande ; puis le moignon est placé dans une position verticale, pour amortir le choc de l'ondée sanguine ; après quoi, on enlève le lien constricteur. Pour réussir, ajoute M. Houzé de l'Aulnoit, il est indispensable de n'exercer sur le membre

.que la pression minimum exigée pour l'oblitération vasculaire : 7 kilogrammes au bras , 10 à 12 à la cuisse; sans cette précaution, vous aurez une paralysie vaso-motrice et, comme conséquence, une hémorrhagie en nappe. L'auteur s'étaye sur trois succès, l'un sur le membre supérieur, les deux autres sur l'inférieur.

Riedenger préconise un procédé qui, depiiis 1876, lui aurait donné d'excellents résultats. Dans ses opérations à la Clinique chirurgicale de Wûrzbourg, lorsque des hémorrhagies capillaires se manifestent après l'enroulement élastique , il a recours à l'électricité : un rhéophore est placé au voisinage immédiat de la plaie, un autre dans la plaie même, et le courant induit atténue la paralysie vaso-motrice. Cette méthode a-t-elle réussi en d'autres mains? M. Nicaise nous a dit qu'elle a échoué dans les siennes. Le moyen qu'Esmarch recommande lui paraît également infidèle ; le chirurgien de Kiel a modifié sa première pratique : comme Langenbeck et Nicaise, il a substitué la bande élastique à l'ancien tube constricteur; la section circulaire des membres doit se faire avec le plus grand soin , la ligature étant plus efficace sur les vaisseaux transversalement coupés. Lorsque toutes les artères qui ont été reconnues sont liées, l'opérateur enlève la bande, et le sang commence à jaillir; aussitôt, avec un irrigateur , on lance sur la plaie une douche glacée, faible solution d'acide phénique; cette affusion froide doit être longtemps prolongée, et l'on. ne procède au pansement que lorsque l'hémostase est parfaite.

Au Congrès de la Société allemande de Chirurgie,

tenu à Berlin au mois d'avril 1880, Esmarch vient d'exposer une nouvelle manière d'agir qui se rapproche beaucoup de celle d'Houzé de l'Aulnoit : il n'enlève le lien constricteur qu'après avoir lié les vaisseaux avec soin, suturé la plaie, mis les drains et appliqué un pansement permanent compressif ; le moignon est élevé verticalement, et c'est seulement alors qu'on retire le lien, tout en maintenant, une demi-heure encore, le membre amputé dans une position verticale. Dans 12 cas traités de la sorte, il n'y a jamais eu d'hémorrhagie secondaire. Lorsqu'on enlève le premier pansement au bout de quelques jours, il est fréquent de trouver la plaie cicatrisée. Même méthode pour les résections ; et sur 56 cas opérés depuis 1878, il n'a pas constaté un seul fait d'écoulement sanguin consécutif. Kœnig, dans cette même séance, affirme qu'à la clinique de Goettingue on n'observe plus d'hémorrhagie depuis que, les ligatures importantes achevées,, on élève le membre avant de desserrer le lien constricteur.

M. Nicaise emploie sans hésiter l'ischémie provisoire dans l'amputation des membres, et, grâce à une manœuvre des plus simples, il évite les hémorrhagies capillaires. La section terminée, la ligature des gros vaisseaux faite, avant d'enlever la bande à anneaux, il applique sur la plaie une grosse éponge trempée dans Facide phénique au cinquantième et bien exprimée. Pendant 8 à 10 minutes, il exerce une compression modérée, et, quand il retire l'éponge, les tissus sont exsangues; si parfois quelques artérioles donnent encore, il en est quitte pour les her; lorsque les lambeaux sont larges, dans une

amputation de cuisse par exemple, il faut au moins deux éponges. La paralysie vasculaire disparue, on soulève la première éponge, et l'on ne retire pas la seconde avant d'avoir pincé les artérioles qui pourraient donner sous la première. Nous ne saurions trop recommander cette méthode, qui a si bien réussi à son auteur.

Serait-il impossible de combiner ces divers moyens d'hémostase avec une très ingénieuse pratique indiquée dans le discours de M. Le Fort sur la désarticulation de la hanche? Elle consiste à créer en un point du corps un véritable réservoir d'accumulation du sang pendant l'u expression » du membre. « M. Joseph Bell, chirurgien de l'Infirmerie royale d'Edimbourg, après avoir enroulé la bande d'Esmarch sur le membre qu'il allait désarticuler , appliqua à la racine de l'autre cuisse une pelote compressive agissant sur la veine, et non sur l'artère. Le membre sain se tuméfia, bleuit sous l'influence de la rétention du sang; puis, la désarticulation terminée, la ligature faite, la pelote fut enlevée et le membre engorgé relevé à angle droit sur le bassin. Le pouls, qui était faible, devint de suite plein et fort; l'opération fut suivie de guérison. »

Au terme de ce chapitre, nous devons nous demander si les procédés nouveaux d'hémostase provisoire favorisent plus que les anciens l'économie du sang. Le garrot et ses dérivés, les compresseurs, le tourniquet, ont eu leur moment; ils ne sont guère aujourd'hui qu'un souvenir, et, si l'opérateur y a recours en de rares circonstances, la compression digitale et

la banclo d'Esmarch se disputent seules la pratique courante de la chirurgie. On crut tout d'abord que l'ischémie provisoire déposséderait sa sœur aînée : on se trompait, et les deux méthodes vivent aujourd'hui côte à côte. Elles ont chacune leurs indications spéciales : pour les dissections délicates et les recherches minutieuses, la bande élastique n'a pas de rivale ; elle permet d'opérer à sec et de reconnaître, sans être gêné par le sang, les extrémités d'un tendon divisé, les deux bouts d'une artère, un corps étranger perdu dans les tissus, les limites d'une nécrose osseuse. Nul ne conteste non plus son heureux emploi dans les petites opérations, lorsque le faible calibre des vaisseaux sectionnés permet l'application d'un pansement compressif; le débat ne porte que sur les grandes interventions chirurgicales, amputations du bras, de la jambe et de la cuisse.

Les premiers essais n'ont pas été favorables à l'ischémie provisoire, et de grands chirurgiens professent qu'en définitive la compression digitale, malgré ses imperfections, provoque de moindres pertes de sang : il est de fait que les hémorrhagies en nappe compensent, et bien au delà, les quelque cent grammes refoulés vers les vaisseaux du tronc par l'enroulement élastique de la jambe et du pied. Il faudrait donc renoncer à l'ischémie provisoire, n'était toute une série de procédés nouveaux dont quelques-uns ont pour garants d'excellents chirurgiens. On nous affirme, bonnes preuves en mains, semble-t-il, que par quelques manœuvres, au demeurant fort simples, on conserve tous les avantages de la méthode, sans aucun de ses inconvénients.

Pour l'instant, nous restons sur la réserve : les faits qui plaident pour ou contre l'ischémie provisoire ne sont pas encore assez nombreux, assez étudiés et classés , pour qu'il soit sage d'en être d'ores et déjà le partisan fervent ou l'adversaire résolu.

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