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Quant au choix de l’antiseptique, on peut dire que les solutions phéniquées ont conquis et gardé la place prépondérante, comme solutions de lavages ou de milieux désinfectants pour les instruments et les mains. Il n’en est plus de même, si on les considère comme agents topiques; c’est à ce point de vue que les auteurs se sont le plus librement donné carrière, et tandis que Lister restait dfièle à l’acide phénique, ne mettant en usage le chlorure de zinc, l’acide. borique, etc., que dans des circonstances particulières, ceux venus après lui ont tour à tour préconisé telle ou telle substance antiseptique. Dans le nombre, il en est parfois d’heureuses, mais comme ces modifications nous viennent principalement d’Allemagne, on ne sera pas étonné d’y trouver des substances étranges, bizarres et telles que seule une imagination teutonne ait pu les découvrir. Au onzième congrès de la Société allemande de chirurgie (1), 1882, Fischer (de Strasbourg), recommande l’emploi de la naphtaline. Ranke nous apprend que depuis quatre ans l’on a substitué dans la clinique de Groningen la gaze au thymol à celle au phénol; la marche des plaies reste lors même le type de la guérison aseptique. A Kiel, Neuber (2) fait usage de la poussière de tourbe; on en remplit deux sachets de gaze, dont on entoure la plaie et que l’on fixe à l’aide de bandes de onze ; les résultats excellents obtenus tiennent au pouvoir absorbant de la tourbe, qui absorbe avec énergie les sécrétions, dessèche la surface séro-purulente, et provoque une sorte de cicatrisation sous-crustacée. Elle est, en outre, antiputride; les cadavres restent intacts dans les tourbières, l'eau injectée sous la peau ne
(1) Revue de chirurgie, 1882.
(2) Voir en outre, Anieitung zur technik der Autiseptischen Wundbe handiung und des Dauerverbandes. Kiel, 1883.
dorme pas d’inflammation, et de la tourbe placée dans la cavité péritonéale n’amène point de péritonite. Outre la poussière de tourbe, on a également expérimenté la sciure de bois, le tan, la cendre, le son, l’écorce de chêne, etc.. Kümmel (de Strasbourg) rapporte qu’à la clinique de Schede, après avoir essayé sans grands avantages des poudres antiseptiques, composées de chlorure de zinc et acétate d’alumine avec de l’argile blanche, du carbonate de chaux, etc., on trouva dans un mélange de poudre de charbon de bois et d’acétate d’alumine une substance antiseptique remarquable. Mais après les recommandations de Koch, l’on passa à l’emploi du sublimé, antiseptique puissant, très actif même en dilution considérable; l’acide phénique ne fut conservé que pour le spray et la désinfection des instruments, fortement émoussés dans la solution au sublimé. Tout le reste du pansement se préparait au sublimé; on avait de la soie sublimée, du catgut sublimé. Pour absorber les liquides, drainer la surface des plaies, on fit usage de substances inorganiques largement purifiées d’abord par des températures élevées, puis rendues aseptiques par le sublimé; ce furent le sable quartzeux ordinaire, la cendre, le coton de verre. Ce dernier, formé de fils extrêmement minces réunis en gâteau se plaçait à plat sur la plaie.
On voit que nous sommes loin de la simplification désirée et quelles modifications ont rendu la pratique lis* térienne souvent méconnaissable. Rappelons encore que Kiister et Schmidt ont proposé l’acide salicylique préférablement à l’acide phénique et Kocher le sous-nitrate de bismuth. L’avantage tiré de l’acide salicylique ou de l’acide borique est, sans contredit, de pouvoir remplacer dans les lésions à surface absorbante, telles qu’une ou-
verture de plèvre ou de péritoine, l’acide phénique dangereux au point de vue de la facilité des intoxications. En chirurgie journalière, toutefois, nous préférons demeurer fidèle aux solutions phéniquées.
Parmi le grand nombre d'agents nouveaux proposés depuis Lister, le seul qui nous semble avoir une valeur bien démontrée et supérieure en certains cas à l’acide phénique par la facilité de son emploi, c’est l’iodoforme (1). Cette substance, de découverte française, était restée chez nous dans le domaine d’une chirurgie restreinte, réservée pour le pansement des lésions ulcéreuses et vénériennes. En la transportant dans celui de la grande chirurgie, Mosetig-Moorhof nous a dotés d’une arme précieuse. Nous laissons de côté son action curative, locale et à distance, sur les foyers tuberculeux ou fongueux; cette question d’un intérêt considérable, mais spécial, s’éloigne du titre de notre thèse, bien que la théorie parasitaire de la tuberculose puisse peut-être expliquer les heureux succès de la médication topique iodoformique, précisément par sa propriété antiseptique. Nous désirons nous limiter à son action, comme agent général de pansements.
Ses avantages, à ce point de vue, sont bien résumés par M. P. Berger. L’iodoforme, dit-il, « employé pour le pansement des plaies, est un antiseptique puissant, qui présente sur l’acide phénique les avantages suivants : il est d’une application facile, permet à volonté le traitement de la plaie par réunion ou par cica trisation en surface ; il ne nécessite aucun matériel spécial de panse-
(I) Rohmer. Du pansement à l’iodoforme. Rev. de chirurgie, 1882. — V. Martin. Étude expérimentale et clinique sur l’emploi chirurgical de l’iodoforme. Th. inaue., Lyon, 1882. — P. Berger. Le pansement à l’iodoforme. Revue des sciences médicales, 1883.
ment; il n’exige pas le renouvellement fréquentdu pansement; il est applicable surtout, grâce à la propriété qu’il a d’agir par contact, en certaines régions ou le passage continuel de liquides ou de gaz rend l’emploi du pansement de Lister inapplicable. Enfin, il est dépourvu de toute action irritante sur les plaies (?). En revanche, il est assez coûteux, et malgré les précautions que l’on prend pour en masquer l’odeur, celle-ci pénétrante et persistante, est une cause de gêne et d’ennui pour chirurgiens et malades. Ces inconvénients seraient minimes si nous n’avions à y ajouter la crainte d’accidents dont nous allons bientôt apprécier la fréquence et la gravité » . L’auteur veut ici désigner les empoisonnements auxquels a donné lieu l’emploi irréfléchi de fortes doses d’iodoforme, sur de larges surfaces. Nous pensons avec lui que lé péril étant connu, se trouve presque évité ; de même que l’on endort un malade malgré les cas de morts par anesthésie, de même, malgré les accidents observés, on peut panser des plaies avec l’iodoforme, si le chirurgien s’astreint à en mesurer l’action et à la surveiller. Il ne nous semble pas qu’il faille se priver d’une substance aussiefficacecomme désinfectant, d’autant que, dans certaines conditions, l’acide phénique est d’un emploi très difficile, ainsi pour les plaies communiquant avec des muqueuses, les plaies cavitaires de la bouche, du rectum, des voies génitales chez la femme, etc. Dans ces régions, la gaze iodoformée permet avec une grande facilité d’application d’assurer l’état aseptique des opérations diverses que l’on y pratique. L’affranchissement des fistules rectales, en particulier, opération souvent suvie d’érysipèle, mêmeavec les pansements listériens, devient par l’iodoforme beaucoup moins grave.
Sabatier.
C’est pour atténuer l'odeur désagréable du topique, pour éloigner ses dangers d’intoxication, que M. le professeur Poncet, de Lyon, a eu l’heureuse idée de combiner l’iodoforme avec un antiseptique non moins puissant, le camphre. Cette poudre iodo-camphrée lui a donné les mêmes succès, les mêmes victoires chirurgicales qu’eût pu le faire l’iodoforme pur, mais sans les inconvénients reprochés à ce dernier, à juste titre*
A la suite du pansement de Lister, rappelons l’emploi de l’eau oxygénée par Péan, Je pansement antiseptique ouvert de Yerneuil, où l’on se contente de couvrir la plaie non réunie par des doubles de mousseline phéniquée, de i’ouate et un imperméable. Toutes les heures on enlève ces agents protecteurs et l’on pratique des pulvérisations phéniquées. Rappelons encore le pansement modifié de M. Létiévant ; il consistait en taffetas ciré, mince, souple, imperméable, coton épuré à la lessive de potasse et sortant, quand on l'applique, d’une solution phéniquée, nouvelle lame de taffetas ciré, coton cardé sec, bandes antiseptiques. Eug. Bœckel (1), de Strasbourg, a au pansement listérien apporté quelques modifications; il fenêtre le protective, pour éviter l’accumulation du pus, remplace la gaze antiseptique par de la tarlatane écrue, sans substances résineuses incorporées et le makintosh assez cher de Lister par des feuilles de gutta-percha ou même de papier ordinaire parcheminé par imbibition dans l’acide sulfurique. Ajoutons qu’il rejette le spray.
Il nous serait facile de grossir la liste des pansements listériens modifiés; mais cette nomenclature fastidieuse n’a pas d’utilité réelle. Nous avons
(!) Revue de chirurgie, J 88 1 .
simplement voulu montrer, combien le pansement originel a été transformé, dénaturé, suivant l’inspiration personnelle. Ce fait nous explique, jusqu’à un certain point, pourquoi, si la méthode antiseptique a donné partout de bons résultats, il est cependant tel ou tel chirurgien auquel elle a le plus réservé ses faveurs.