CHAPITRE IV
PUISSANCE DE l’aNTISEPSIE CONTEMPORAINE.
Etudier la lutte éternelle de la chirurgie contre les complications des plaies, voir dans la marche des siècles parquelles phases elle a passé, quels ont été ses temps d’arrêt ou de recul, quelles ont été ses conquêtes, savoir ce qui se faisait autrefois et ce qui se fait aujourd’hui, c’est là sans doute une source de satisfactions intellectuelles pour le médecin curieux de l’histoire de notre art, ruais pratiquement, cela serait insuffïsuntsi nous bornions à ce point notre étude. Une conclusion est nécessaire; il nous faut mettre en relief la supériorité de telle ou telle méthode. Or, nous n’hésitons pas à reconnaître dans l’antisepsie contemporaine la méthode sans rivale, celle qui doit fixer notre choix par la grandeur et la généralité de ses résultats.
« Je promets, écrit J. Lucas-Championnière (1), à ceux qui la suivront, avec les moyens que je m’efforce de leur donner :
La disparition des accidents des plaies dans les plus mauvais milieux ;
Une régularité dans la réparation inconnue jusqu’ici ;
Une chirurgie sans suppuration ;
La réunion primitive des plaies habituelle et sans danger ;
Une rapidité telle dans la guérison qu’elle n’avait pu être prévue ;
(I j C.'iiriirpe a ;i 1 1 st* j > t u) u -î. Pari-, 1880.
La possibilité et la sécurité d’opérations réputées dangereuses, presque coupables. »
Ces promesses, L. Championnière les faisait au nom de l’antisepsie listérienne pure, telle que le maître l’avait comprise et la pratiquait; mais l’on. peut se départir de ce rigorisme et c’est bien là une preuve de l’excellence de la méthode. Pourvu que les principes généraux en soient fidèlement observés, on obliendra avec les pansements listériens modifiés les mêmes succès qui ont couronné la pratique de Lister. C’est cette raison qui nous fait préférer, comme plus généraux, les termes antisepsie contemporaine, à ceux d’antisepsie listérienne.
En résumé, la méthode antiseptique assure à ses fidèles trois faits favorables, vise trois grands résultats généraux :
1° Marche simple des plaies , sans suppuration, par réunion immédiate ; 2° Disparition des complications infectieuses ; 3° Extension et transformation de la médecine opératoire. Voyons comment ont été réalisées ces indications.
1° Marche simple des plaies. — Nous avons exposé plus haut les idées de Lister sur les phénomènes de la cicatrisation des plaies. Nous avons dit qu’il en arrivait à voir dans la suppuration non plus un acte normal, physiologique, mais un accident, une complication des blessures. Dès lors il ne fallait plus réserver la réunion immédiate à des cas particuliers, mais tenter au contraire de l’obtenir constamment. Pour les chirurgiens qui n’avaient pas encore expérimenté par eux-mêmes les nouveaux pansements ou n’avaient pas pu en apprécier les résultats dans un service étranger, l’assertion de Lister dut apparaître comme une audacieuse infraction
à toutes les doctrines classiques. Et cependant, rien n’est plus vrai, les faits depuis l’ont prouvé, la réunion immédiate est par l’emploi de l’antisepsie listérienne fréquente, presque constante dans les plaies d’amputations, par exemple.
Sans vouloir donner aux statistiques plus de valeur qu'elles ne méritent en réalité, nous ne pouvons moins faire qu’en citer ici quelques-unes extraites du mémoire de Poinsot (1), sur les résultats de la pratique antiseptique relativement aux amputations. Sur 21 succès Bardeleben obtient 8 réunions immédiates ; Volkmann , de 1872 à 1874, en a 16 sur 27 amputations guéries; de Nuss baum , 5 sur 8 ; Esmar/c et Linloart ont des statistiques très favorables : le premier nous présente 17 réunions primitives pour 27 succès d’amputations, et le second 19 sur 30; Barwell , sur 8 amputations de toute sapratique de 1877, a 8 guérisons par réunion immédiate; Jules Bæckel, 10 sur 13 ; Dunlop 8 sur 20 ; Socin, 20 sur 74. Certes il y a dans l’énoncé rapide des résultats bruts obtenus par ces divers chirurgiens, une affirmation éclatante de ce que l’on a le droit d’espérer, en employant la méthode antiseptique- Alors qu’à l’hôpital Saint- Georges de Londres, sur 51 amputations s’étendant de 1874 à 1876, on obtient par les anciens pansements une seule réunion immédiate, la comparaison avec les statistiques précédentes devient d’un intérêt particulier. Poinsot arrive à un total de 135 réunions primitives sur 296 amputations guéries, c’est-à-dire à une proportion de 45,60 pour 100.
(1) Georges Poinsot. Études statistiques sur la méthode antiseptique de Lister. Extrait des Mém. et Bulletins de la Soc. de méd. de Bordeaux, 1881.
L’examen détaillé des faits donne lieu à des remarques non moins importantes que le total général. On y voit une réunion immédiate pour 1 amputation de hanche, 41 pour 80 amputations de cuisse guéries, 26 pour 76 amputations de jambe guéries. La proportion pour les amputations des membres inférieurs se chiffre à 41.42 pour 100, aux membres supérieurs à 55,81 pour 100. On y voit encore que les statistiques vont s'améliorant, à mesure que le chirurgien se fait la main, acquiert une plus grande habitude du manuel antiseptique. Ainsi, Socin, en 1875, a une moyenne de 18,18 pour 100 ; en 1876, de 21,42 pour 100 ; en 1877, de 27,77 pour 100 ; en 1878, de 40 pour 100. En tous cas, forts de la méthode antiseptique, il n’est plus aujourd’hui téméraire de chercher à obtenir la réunion primitive. Cette conclusion ne procède pas d’enthousiasme ; elle apparaît comme une loi bien établie de l’expérimentation clinique. Lo.ngenbeck et Le Dcnlu n’ont pas eu plus de réunions immédiates qu’après les anciens pansements; cela tient sans doute à ce que la pratique du premier s’éloigne considérablement de celle de Lister et que le second n’a jamais fait de sutures profondes. Il faut se garder en effet de juger la méthode antiseptique uniquement sur l’emploi d’un agent topique, l’acide phénique ou l’iodoforme ; elle groupe des prescriptions multipliées, de tous ordres, coordonne une fouie d’indications, variables dans leur essence, et les sutures profondes, les drains, les incisions libératrices sont ses vassales au même titre que les agents médicamenteux les plus antiseptiques.
Lorsqu’on vient à découvrir une plaie pansée antiseptiquement, suivant toutes les règles, on trouve jes
bords non tuméfiés, sans coloration rouge ou violacée, indices d’une réaction inflammatoire; il n’y a pas ce violent gonflement qui, dans les anciens pansements, si les sutures ne cédaient pas, tendait la région et coupait la peau sur les fils. Juxtaposées sans efforts, les lèvres de la blessure ont gardé leur épaisseur normale, leur couleur naturelle. Exprimant dans un langage énergique cette absence de phlogose consécutive, un auteur écrit : on dirait que l’opération a été faite sur un cadavre. Sur la ligne de réunion du liquide, mais quelle différence avec les anciens pansements ! Ici c’est un liquide séreux, à peine louche le long des sutures, autour des drains, aux angles de la plaie. Le traumatisme est-il en surface, étalé ? on ne peut plus lui appliquer les termes de surface purulente, c'est une surface séreuse. La marche vers la cicatrisation est calme, naturelle, libre de tout accident inflammatoire. Tout concourt à la guérison ; le sang luimême, ce liquide si putréfiable, origine fréquente autrefois de complications graves, n’est plus aujourd’hui redouté ; il aide aux phénomènes de réparation et Mac Ewen, dans son livre surl’ostéotomie, insiste longuement sur ce rôle favorable. Nous ne pouvons cependant laisser passer sans réserves cette prétention de la méthode antiseptique; je ne sais si dans l’interprétation des faits observés il y a eu erreur de notre part, mais jamais nous n’avons assisté à une cicatrisation par le sang ; toujours dans les plaies sous-cutanées nous l’avons vu se résorber, toujours dans les plaies ouvertes s’éliminer. Le seul bénéfice de l'antisepsie, et il est encore considérable, c’est de le conserver imputréfié ou imputrescent, suivant la théorie, entre les lèvres de la plaie. Nous ne croyons pas à son organisation, nous pensons qu’il
faut persister à y voir un corps étranger, par conséquent nuisible à la réunion et comme tel devant être soigneusement enlevé. Du moment, en effet, qu’il ne sert pas à la réparation des chairs, mieux vaut s’en débarasser ; sa présence est toujours une menace, et s’il y a quelque faute dans l’application du pansement, il risque de devenir le point de départ d'accidents gangréneux à cause de sa putréfaction facile. Nous nous souvenons d’un cas où il en fut ainsi ; le sang accumulé sous une réunion antiseptique devint, peut-être par l’excès de tension, l’origine d’une gangrène bientôt mortelle.
Avec des phénomènes de régénération aussi tranquilles, aussi atténués, l’on doit apriori supposer que l’état fébrile du blessé est près de l’apyrexie. Sur 121 observations appartenant à divers chirurgiens et accompagnées de l’indication thermométrique, G. Poinsot note 58 cas d’apyrexie complète, 40 de fièvre légère, 23 de fièvre forte. En examinant de plus près ces faits, on s’aperçoit que l’absence de fièvre a souvent coexisté avec des complications généralement connues comme fébrigènes ; telles sont une gangrène limitée des lambeaux, une hémorrhagie secondaire, la saillie de l’os après désunion des lèvres de la plaie, etc. Par contre, il est plus difficile d’expliquer un fait inverse, une fièvre forte accompagnant une cicatrisation nettement aseptique. Volkmann et Genzmer (1) ont écrit : « De 1,000 grands blessés ou grands opérés pansés antiseptiquement d’une façon correcte et complète, un tiers seulement demeure absolument sans fièvre ; un deuxième tiers n’en a que peu, le dernier en a beaucoup... C’est une erreur de penser que
(1) Ueber septisches und aseptisches Wundfieber. Sammlung Klin. Vortrâge, n° 121.
le processus curatif des plaies, quand il est aseptique, doit toujours être exempt de fièvre, ou de croire quand, dans un traitement antiseptique, on observe de la fièvre ou une température • élevée, que les précautions antiseptiques n’ont pas|abouti. Les malades, tout en ayant une fièvre prolongée et intense, demeurent souvent sans offrir, à l’inspection de la plaie, la moindre réaction locale » . D’où cette conclusion pour Volkmann qu’il faut, chez les blessés pansés antiseptiquement, admettre une fièvre spéciale, fièvre aseptique , opposée à la fièvre traumatique ordinaire infectieuse.
L’allure clinique de cet état fébrile est étrange. Le seul symptôme est l’élévation de la température, dont le blessé semble ne se ressentir aucunement. Avec 39, 40° de température, il cause, rit, mange comme à son habitude. Aucun phénomène général ; pas d’inappétence, langue bonne, humide, peut-être un peu de soif; la peau n’est pas brûlante, elle se recouvre de sueurs abondantes. Quelle est la pathogénie de cet état fébrile ? Faut-il accuser la septicité? Serait-ce une fièvre traumatique ordinaire? Max Edelberg (1) (de Dorpat) se refuse à accepter cette hypothèse, quand le pansement a été scrupuleusement antiseptique ; d’autre part, le^ symptômes delà fièvre aseptique s’éloignent trop nettement de ceux de la fièvre traumatique commune. Benno Grédé incrimine le refroidissement ; il y voit une réaction thermique des opérés contre le froid éprouvé pendant l’opération ou les lavag'es des pansements; mais l’on sait par les expériences de Jürgensen, Weisflag, Rosenberger,
(l) Recherches cliniques et expérimentales sur la fièvre traumatique avec les pansements an ti septiques. Deutsche Zeitschrift f. Chirurgi“« 1880. — Voir Revue de chirurgie, 1881
Lieber Meister, que si consécutivement à un refroidissement de tout le corps, la température peut s’élever de quelques dixièmes de degré, elle tombe à son chiffre normal dès que cesse ce refroidissement. La chloroformisation ne sauraitnon plus être accusée et, quant h une intoxication par l’acide phénique, c’est un abaissement, non une élévation thermique que l’on devrait observer. Acceptant l’opinion du professeur Wahl (de Dorpat), Edelberg attribue à la résorption du sang des plaies la fièvre aseptique que, sans égard à la différence des symptômes, il rapproche de la fièvre traumatique. Gomment du sang résorbé peut-il occasionner des phénomènes fébriles? Par l’introduction dans le système circulatoire d’une substance particulière, la fibrine -fer ment de Schmidt, Poussée expérimentalement dans le sang par injection, la fibrine ferment amène la mort par coagulation, mais si la solution n’est pas concentrée, la mort n’a pas lieu, les phénomènes se réduisent à une élévation de température. Nous doutons fort que cette théorie ait quelque succès en France; un fait entre autres la renverse : pourquoi n’observe-t-on pas la modalité fébrile dans les larges épanchements sanguins sous-cutanés?
Quoi qu’il en soit, nous considérons comme prouvé que, dans la majorité des cas, la ligne thermométrique se rapproche del’apyrexie; il est commun pour les chirurgiens antiseptiques d’observer des guérisons surprenantes à ce point de vue, même par des traumatismes très graves. Voici deux faits qui, dans le temps, nous avaient vivement frappé, alors que nous étions chef de clinique dans le service de M. le professeur Desgranges. M. Poncet, qui suppléait ce dernier chirurgien, fait le 4 mars 1880 une amputation de jambe à la partie
moyenne pour une gangrène du pied par seigle ergoté. La température rectale donne les chiffres suivants:
4 mars.
7 mars.
Une autre fois, M. Poncet, pour une fracture ancienne non consolidée de la rotule, dont les fragments présentaient au moins 5 centimètres d’écartement, ouvre délibérément l’articulation par une incision cruciale, résèque le cal fibreux et fait une suture osseuse. Le malade avait 46 ans. L’opération et les pansements consécutifs furent dirigés suivant la formule exacte des près» criptions listériennes. Ce traumatisme violent, dont la seule idée eût autrefois paru criminelle ne fut suivie d’aucune réaction fébrile.
janvier 1880.
T. R. 26 janvier 1880.
Il serait facile de réunir beaucoup d’autres observations semblables ; en rapportant ces deux exemples personnels, nous avons simplement eu pour but d’établir le type d’une guérison aseptique.
2° Disparition des complications. — Quand Lister, pour combattre l’infectiosité de l’hôpital de Glascow, eut la première idée de sa méthode, il ne se doutait pas certainement à quel point il devait en retirer de bons résultats. Dans les trois premières années de sa pratique, il a 34 amputations guéries, sur ce nombre un seul cas d’érysipèle et, quant à la pourriture d’hôpital qui avaitété jusqu’alors fréquente et grave : « Pendant les neuf premiers mois, dit Lister, nous n’eûmes pas un seul cas de cette maladie. Depuis, elle s’est montrée par ci par là, mais sous une forme très bénigne, cédant facilement et constamment au traitement, ne se montrantjamais dans les cas récents, mais bien dans les plaies anciennes, affaiblies par des cicatrices. Encore dans ces sortes de cas, elle a été très rare et je ne me rappelle pas en avoir vu plus d’un cas pendant tout le courant de l’année dernière (1870)... » Tous les chirurgiens qui se sont ralliés au nouveau mode de pansement ont noté la disparition des complications, en particulier de l’infection purulente ou pyohémie.
Dans le compte-rendu moral administratif des hospices civils de Lyon (exercice de 1875), où se trouve inséré le rapport de M. Létiévanl, alors chirurgien en chef de l’Hôtel- Dieu, on lit textuellement: « L’infection purulente ne s’est point produite à l’état épidémique pendant l’année 1875. Il y a eu cependant encore 8 cas de cette redoutable maladie, la plupart dans la première moitié de l’année. Dans la deuxième moitié, l’infection purulente a été plus rare. Il y quelque intérêt à signaler ici la cause probable de cette diminution ; au mois de juillet de cette année 1875, j’ai introduit dans le service chirurgical du majorât le traitement que j’appelle listérien modifié
Or, depuis cette époque et pendant 15 mois j’ai eu la satisfaction de ne pas voir éclater un seul cas d’infection purulente dans les salles du chirurgien major... » Même constatation en 1876: « L’infection purulente, cette complication des plaies sifréquente à l’Hôtel -Dieu de Lyon , que l’on se fondait sur ses ravages surtout pour condamner à la destruction ce vaste hôpital, comme coupable de la permanence de cette redoutable complication, l’infection purulente n’existe plus à l’Hôtel-Dieu. Il va sans dire que la pourriture d’hôpital qui régnait encore épidémiquement dans quelques services, il y a peu d’années,
n’a pas reparu Deux années d’expérimentation ayant
donné des résultats identiques et cela dans un grand service où l’infection purulente n’avait jamais fait trêve, je me crois autorisé à affirmer l’importance et la supériorité du pansement précédemment signalé. » Dans les rapports de 1877,78, 79, M. Létiévant insiste régulièrement sur la disparition de l’infection purulente; mais où les résultats définitifs de sa façon de panser les plaies s’affirment en toute évidence, c’est aux chiffres généraux de lamortalité. Depuis une quinzaine d’années, le taux moyen à l’Rôtel-Dieu oscillait entre 1/12, et 1/16 et ce dernier chiffre était celui des années 1872, 74, 75; subitement il se trouve à 1/19,29 en 1876, à 1/20,50, en 1878, a 1/20,30 en 1879. Ces résultats, dit l’auteur sont dignes de remarque; il n’avaient jamais été obtenus à l’Hôtel- Dieu où les statistiques donnaient 1/13, 1/14, 1/16 de mortalité. Leur éloquence est d'autant plus grande qu’ils reposent sur une moyenne de malades considérable ; il y a environ par an dans cet hôpital 4,500 entrées pour cas de chirurgie.
En parcourant le discours de Yolkmann (1) au Congrès international de médecine, Londres 1881, l’on se rend également bien compte des progrès assurés par la méthode nouvelle. Ce chirurgien rappelle d’abord, combien grande, a déclaré de Nussbaum, était la différence des résultats de sa propre pratique. Pendant quarante ans, sous sa direction ou celle de ses prédécesseurs (Stromeyer), toutes les maladies opératoires mortelles décimaient ses blessés; presque tous les amputés mouraient; de même pour les malades atteints de fractures compliquées. Volkmann passe ensuite à ses succès personnels, ajoutant que sa pratique de l’antisepsie embrassant une période de 10 ans, il ne peut y avoir là œuvre de hasard, affaire de chance ; il en élimine du reste les deux premières années, considérées comme années d’apprentissage. Pendant les 8 années restantes» j’ai traité, dit-il, avec mes aides 3.500 malades, j’ai pratiqué à peu près 3.000 opérations importantes et aucun blessé ou opéré n’est mort de pyohémie». Cette maladie opératoire avec ses frissons et ses métastases caractéristiques n’a point été observée. Quanta la jamais il n’a rencontré
un de ces cas aigus d’après lesquels, dit-il, en a été tracée la description ; chronique il a pu avec une facilité surprenante l’éviter à l’ouverture des grandes cavités. U y a cependant quelques différences suivant la région ; la septicémie évitée facilement à l’ouverture de la plèvre, avec moins de certitude à celle du crâne (trépanation) le fut moins certainement encore à celle de la cavité péritonéale. L’ouverture de la plèvre n’a donné aucun cas
(4) Saramlung klinischer Vortrâge in Verbindung mit deutschen klinikern herausgegeben von R. Volkmann. Leipzig, 1882. Die moderne chirurgie von R. Volkmann.
d’insuccès ; 27 trépanations ou résections d'une certaine importance offrent 22 guérisons et, parmi ces cinq cas de mort, un seul par méningite. Quant aux opérations sur le péritoine, Volkmann pense qu’entre les mains des chirurgiens anglais il meurt au plus 2 à 3 pour 100 d’opérés.
Dans l’opinion de quelques auteurs, Gutterbock, Thiersch, etc., le traitement antiseptique n’a aucune puissance contre F érysipèle. Cette assertion est-elle exacte? L’infection et la contagion des accidents érysipélateux étant, croyons-nous, démontrées, on peut à priori la mettre en suspicion. Pour notre part, il nous a toujours semblé qu’il n’en était pas ainsi; depuis la listérisation de tous les services chirurgicaux de l’Hôtel- Dieu de Lyon, les cas d’érysipèle y ont énergiquement diminué. Aussi, dans les rapports plus haut cités de M. Létiévant, voit-on à la colonne des décès diminuer la mortalité par érysipèles; 25 en 1876, 10 en 1877, 5 en 1878, 4 en 1879. Nous savons bien que le traitement de cette complication est toujours resté le même; ce qu explique la diminution des décès n’est autre chose que la diminution des cas.
Au reste, parlar.tde la clinique d’Esmarck, Waitz écrit :
« De toutes les complications des plaies, c’était l’érysipèle que, depuis quelques années, nous avions surtout à combattre dans notre clinique. Il était tellement ordinaire que, malgré l’extrême propreté qui régnait dans les salles c’était une rareté quand un opéré y échappait ; même dans la dernière année où fut employé notre ancien mode do traitement des plaies, nous eûmes à déplorer la perte d’un bon nombre d'opérés, victimes de l’érysipèle ». De même, Lindpaintner, élève de Nussbaum:
«L’érysipèle était chez nous tellement à l’ordre du jour, que nous considérions son apparition comme un phénomène normal de la marche des plaies». Dans son discours au congrès, Volkmann insiste sur la disparition de cet hôte si désagréable et trop souvent mortel ; il ajoute: «Je ne suis arrivé à faire disparaître cette affection que depuis qu'aucun assistantou infirmier ne se permet de toucher même une fistule dentaire ou le plus petit ulcère, sans avoir désinfecté ses doigts ad hoc et depuis que, même dans les cas les plus légers, on n'a employé ni sondes, ni ciseaux, sans les avoir désinfectés. A l’exception de certains cas spontanés, dans la rhinite, je n’ai eu dans ma clinique qu’une moyenne de 1 cas d’érysipèle par an». Aussi sur 508 faits réunis (Lister et Volkmann), Poinsot ne relève que 7 fois l’érysipèle. Concluons que la méthode antiseptique a donné vis-à-vis de cette complication des plaies des résultats très favorables; théoriquement l’érysipèle disparaîtra, quand on se mettra mathématiquement à l’abri de l’infection. C'est à ce point de vue que l’emploi de l’iodoforme dans les plaies rectales et génitales nous semble devoir être supérieur, par son exactitude d’application, aux solutions phéniquées.
D avis général, la fréquence de la pourriture d'hôpital n’aurait pas été très atténuée par les nouveaux pansements. Lister, Nussbaumen ont observé, Poinsot l’a vue se développer sur des malades rigoureusement panses d’après les lois de l’antisepsie; le seul bénéfice serait une bénignité relative, une moindre ténacité aux traitements mis en usage contre cette complication. Il faut au reste prendre garde de ne pas confondre avec la pourriture d’hôpiial vraie, la fausse apparence des plaies recou -
Sabatier.
vertes sans protective par de la gaze antiseptique; dans ces conditions se produit une sorte de violent œdème des bourgeons., provoqué par les substances résineuses de la gaze et revêtant une allure diphthéritique.
Quant à la gangrène gazeuse , que nous séparons ici des formes septicémiques ordinaires, elle est l’objet d’une remarque intéressante. Nous ne savons quelle est la raison de la différence des résultats obtenus à son égard dans les services de chirurgie de Lyon et ceux des services étrangers; mais, un fait certain est sa fréquence relativement considérable au sein des hôpitaux lyonnais. Malgré l’introduction des pansements de Lister, malgré unehygiène hospitalière mieux entendue, la gangrène g’azeuze n’y a diminué ni de gravité, ni de quantité; il semble même, au dire des chirurgiens un peu avancés dans la pratique, qu’elle ait plutôt augmenté de fréquence. Alors que toutes les autres complications infectieuses ont subi un notable recul, alors que les opérateurs ne redoutent plus pour leurs blessés l’infection putride, l’infection purulente, l’érysipèle, etc., le spectre de la gangrène gazeuse reste plus effrayant que jamais. Les rapports de M. Létiévant constatent en 187o, 9 cas de gangrènes, 12 en 1876, 12 en 1877, 9 en 1878, 12 en 1879. Quelles aient été des variétés gazeuses ou non, on voit que, d’une façon générale, les complications gangréneuses ont déjoué la méthode antiseptique. Il laut espérer cependant qu’en serrant de plus près la théorie, elles disparaîtront peu à peu, et cet espoir vise plus directement la gangrène gazeuse que celles d’origine compressive ou vasculaire. Après Bottini, les recherches de MM. Chauveau et Arloing ont mis en évidence la nature parasitaire de cette affection ; ils ont pu en recueillir, isoler etcultiverle microbe spécial.
En définitive, les complications opératoires infectieuses ont vu leur fréquence diminuer, le chiffre des guérisons bénéficiant d’une augmentation correspondante. Les grosses opérations, le traitement des plaies graves ont peu à peu quitté le domaine des éventualités chirurgicales, acquis une certitude de succès inaccoutumée. Nous avons déjà rapporté plus haut la transformation de la statistique générale de l'Hotel-Dieu de Lyon; mais tous les chirurgiens listériens dans un cadre plus restreint sont arrivés à un résultat analogue.
Dans un travail d’Estlander sur le traitement des plaies de tête, on trouve les résultats comparatifs suivants entre le traitement simple et le traitement phéniqué.
1° Plaies simples :
Blessés.
Guéris.
Morts.
Traitement simple. ...
— phéniqué..
2° Plaies avec dénudation :
Traitement simple. . . .
— phéniqué..
3° Plaies avec fractures et lésions de l’encéphale :
Traitement simple. . . .
— phéniqué..
Callender de Saint-Barthélemy, de Londres, annonce en 1873 que, sur 205 blessés et opérés, il n’a eu que 6 morts. 11 avait recours aux drains, aux lotions phéniquées, à l’huile phéniquée.
A la Société de chirurgie, en 1879, M. le professeur Guyon apporte la statistique suivante :
Guéris.
Morts
Amputations de cuisse
— de jambe
— du sein
Opérations de hernies étranglées....
Tumeur sarcomateuse du dos
Sarcome de la cuisse
Total :
Ejans la même séance, M. Le Dentu présentait aussi sa statistique personnelle:
Grandes amputations. . . . ,
Guéris.
Morts.
Petites amputations
Grandes résections*
Petite résection
Opérations sur les os. ... .
Amputations du sein
Tumeurs diverses
Opérations diverses
Total : 46
Les heureux résultats de la méthode antiseptique par rapport aux amputations ont été bien démontrés dans le mémoire de Poinsot, auquel nous empruntons les deux tableaux suivants en les réunissant en un seul. ( V. pane 133.)
Avec les statistiques anciennes, la mortalité moyenne des amputations traumatiques était de 36,13 0/0, pour les amputations pathologiques de 23,59 0/0.
Deux exemples, dit Volkmann dans son discours de 1881, suffisent à montrer la puissance générale de la méthode antiseptique. « La mortalité, à la suite de fractures compliquées sous mon prédécesseur et avec moimême, était jadis de 40/100. Lorsque je me mis à employer la méthode antiseptique, je venais de perdre les 12 derniers malades (fractures comminutives de cuisse) par pyohémie et par septicémie. A partir de ce moment, j’ai soigné 135 fractures ouvertes et aucun malade ne mourut de maladie opératoire; 133 guérirent; deux moururent, l’un d’une embolie graisseuse du poumon, l’autre, un buveur, du delirium tremens. Pour ce qui est des amputations, il me suffira de vous dire que je
guéris maintenant en une année plus d’amputés de la cuisse que je n’en ai guéri dans toute ma pratique avant
l’emploi de la méthode antiseptique Si je défalque
les cas dans lesquels la mort ne fut pas la suite de l’opération, mais d’une autre complication grave, j’obtiens une mortalité d’à peu près 4 à 5 0/0. »
Amputations traumatiques.
Amputât, pathologiques.