CHAPITRE VII
45. La société marche sans que les hommes s'occupent de lui imprimerie mouvement 5 mais il est bon néanmoins qu'ils cherchent à le connaître pour l'aider et le diriger autant qu'il leur est permis de le faire.
C'est par l'étude du passé qu'il faut procéder à cette recherche, qui offre un grand attrait à l'esprit, indépendamment de toute utilité sociale. L'état de la société se compose d'éléments très-divers, dont il faudra, autant que possible, suivre isolément le progrès depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. On pourra alors prévoir, jusqu'à un ceztain point, ce qu'il deviendra dans l'avenir-, mais il faut se garder des illusions à cet égard , et, pour mieux faire comprendre notre pensée, nous aurons recours à une comparaison très-simple.
Supposons que, dans un lieu donné, on veuille connaître la loi des températures de l'air à tous les instants de la journée, indépendamment de toute connaissance des causes auxquelles elles sont dues. On notera l'indication du thermomètre, de minute en minute par exemple, et l'on en formera une Table, que l'on pourra môme remplacer avec avantage par un tracé géométrique , de la manière suivante :
Sur une ligne droite, à partir d'un de ses points, on prendra des parties égales pour représenter les minutes écoulées, et, à l'extrémité de chacune de ces parties, on
élèvera une perpendiculaire dont la longueur représentera proportionnellement la température à chaque époque correspondante. On formera ainsi une suite de points qui, joints entre eux par une courbe adroitement construite, donneront un tableau frappant des températures successives de la journée, non-seulement aux époques mêmes où les observations auront été faites, mais à toutes les époques intermédiaires.
Supposons maintenant, pour que l'analogie soit plus complète avec la question sociale, qu'au lieu de continuer les observations jusqu'à l'accomplissement de la journée entière nous les arrêtions à un certain instant. La courbe se trouvera arrêtée au point correspondant et ne pourra servir qu'à représenter les températures à tous les instants de cet intervalle par les ordonnées correspondantes. Les tangentes en ses différents points feront connaître la vitesse d'accroissement ou de décroissement de ces températures à chaque instant, et pourront servir à faire connaître approximativement ces variations dans un petit intervalle à partir de chaque point, dans toute l'étendue de la courbe constante, jusqu'à son dernier point.
Mais, au delà de ce point, la courbe ne peut être déterminée par la partie construite. Le sens de la variation des ordonnées peut changer sans que rien l'annonce, puisqu'on ne suppose pas les causes connues ; et c'est ce qui arrivera dans notre exemple, où les températures, après avoir crû pendant un certain temps, décroîtront pour croître de nouveau. Tout ce que l'on peut prévoir au delà de la courbe construite, c'est la variation de l'ordonnée, et, par suite, l'ordonnée elle-même dans un très-court intervalle au delà du dernier point construit.
46. Ces considérations s'appliquent à tous les phénomènes dont on veut étudier les lois par l'observation, sans