CHAPITRE VIII. 8l
l'issue ne se fit pas attendre : le roi recula devant l'effusion du sang, il abdiqua en désignant son successeur, qui fut repoussé.
Ici encore on voit une monarchie renversée parle peuple, devenu de plus en plus confiant en sa force, et qui, depuis cette époque, se regarde comme l'arbitre des destinées de la France.
A ce moment aucun pouvoir ne se présentait naturellement. La famille royale expulsée, les Chambres dissoutes, le gouvernement appartenait à celui qui aurait pu le prendre. Aussi les chefs du mouvement, qui n'avaient pas projeté le renversement de la royauté, se trouvèrent fort embarrassés. Il s'établit cependant, en quelques jours, un gouvernement provisoire, et la nation fut convoquée.
Comme nous ne voulons pas faire l'histoire de cette époque, nous nous bornerons à dire qu'une Assemblée nationale fît une constitution par laquelle la république était la forme consacrée. Le chef du pouvoir exécutif devait être élu tous les trois ans, et non rééligible immédiatement. Celui qui fut élu par le suffrage universel ne montra d'abord aucune ambition^ il eut le commandement de l'armée, qu'il parvint à gagner, et, avant l'expiration de ses fonctions, il dispersa l'Assemblée nationale, contint avec ses troupes bien disciplinées les citoyens qui ne l'étaient pas, et fit sanctionner son coup d'Etat par un plébiscite dicté par la crainte de l'anarchie. Le simulacre de République qui fut établi dura quelques moisj un nouveau plébiscite décréta l'empire.
Cette nouvelle monarchie fut donc établie par la force militaire, et son existence fut assez longue. Elle vécut de i852 à 1870, et fut renversée sans effort par le peuple à la suite de désastres militaires.
La république succéda alors à l'empire*, elle subsiste
DUH. — Méth., V. 6
82 DE l'opinion QU'iL FAUT PLUS DE VERTU, ETC.
depuis deux ans, et rien ne porte à croire qu'elle ne sera pas définitivement adoptée.
Ce tableau rapide des révolutions opérées en moins d'un siècle dans un seul pays montre l'instabilité de tous les gouvernements monarchiques ou républicains où la force matérielle n'est pas, ainsi que la force morale, entre les mains de la nation même. Quand la partie intelligente et laborieuse de la société n'est pas prête à tout moment à repousser l'attaque d'une armée permanente ou des masses ignorantes et paresseuses, le sort de la nation est momentanément entre les mains d'un chef militaire ou d'un tribun. Mais, quelque peu durable que soit un pareil bouleversement, il produit de grands malheurs et fait rétrograder la civilisation.
Le principe auquel nous nous arrêterons, ne voulant nous livrer à aucune discussion de détail, est donc que la nation soit maîtresse d' elle-même , quelle se protège et se gouverne elle-même.