DE L'OPPOSITION APPARENTE DES PRINCIPES
65. Dans les sciences matliématiques il y a beaucoup de formules qu'on appelle générales et qui cependant sont soumises à certaines exceptions : comment n'en serait-il pas de même dans les sciences morales, dont les données sont beaucoup moins précises que celles des premières?
L'avantage qu'il y a à réunir sous un môme énoncé le plus grand nombre possible de vérités ou de préceptes conduit aux propositions générales, et, lorsqu'il y a des cas particuliers où ces propositions sont en défaut, cela n'empêche pas de les maintenir, en indiquant les exceptions. C'est ainsi que les formules algébriques, qui donnent les solutions des questions de nombres et sont d'un usage indispensable, deviennent illusoires lorsque les nombres donnés se trouvent dans certaines conditions particulières bien déterminées.
Il en est de même de tout précepte de morale, qui est l'indication de ce qui est bien, dans un nombre indéfini de cas analogues. Le précepte n'est pas moins utile à formuler, parce qu'il y aura des circonstances exceptionnelles où il devra être modifié : il est nécessaire de donner aux hommes une règle qui soit dans presque tous les cas applicable, au lieu de les laisser dans l'incertitude dans ces cas, parce qu'il s'en rencontrera par hasard quelquesuns où la règle sera en défaut. Seulement, il pourra être bon de les avertir avec beaucoup de circonspection que ces cas exceptionnels pourront quelquefois se présenter,
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et qu'ils feront bien alors de demander conseil, s'ils ne se sentent pas assez éclairés pour les résoudre.
On comprend donc qu'il pourra arriver que des préceptes, donnés comme généraux, se trouvent en opposition entre eux, de telle sorte qu'un acte qui doit avoir lieu ne puisse être opéré sans violer l'un ou l'autre. Or, comme nous supposons l'abstention impossible, et qu'il doit y avoir moyen d'agir conformément à ce que prescrirait la volonté divine, on est forcé d'admettre que, dans le cas dont il s'agit, l'un des deux préceptes au moins est en défaut. Il peut y avoir quelque difficulté à décider lequel doit fléchir, et comment-, et c'est pour cela qu'il est bon qu'il y ait des hommes ayant pour mission de lever ces oppositions entre des lois, soit morales, soit civiles. Si l'abstention était possible, elle résoudrait la difficulté 5 mais il y a des cas où l'on est obligé de prendre un parti.
66. Les exemples se présentent si facilement, qu'il est à peine utile que nous en citions ici. Bornons-nous au suivant.
Un des préceptes le plus généralement recommandés est celui-ci :
Ne dire jamais rien de contraire à la vérité. Cet autre ne fait plus de doute :
Faire effort pour sauver la vie d'un homme lorsqu'elle est injustement attaquée.
Maintenant, supposons qu'un homme en aperçoive un autre fuyant devant ses assassins 5 interrogé par eux sur la route qu'il a suivie, devra-t-il les tromper en sauvant ce malheureux, ou dire la vérité en le laissant égorger, ou seulement s'abstenir en laissant le hasard décider .f^ Où est le devoir.? Il n'est personne qui n'ait rencontré des exemples