OPIJNIOJN UE BACOJV ET DE DESCARTES SUR LÀ LOGIQUE
57. Les modernes ont donné le nom de logique à l'art de raisonner, et plus généralement encore à l'art de penser.
Les deux hommes qui ont exercé la plus grande influence sur la manière de procéder dans la reclierclie de la vérité sont incontestablement Bacon et Descartes.
Nous dirons cependant peu de chose de leurs méthodes, parce qu'elles n'ont pas précisément le même objet que celles dont nous nous occupons. Ces deux grands hommes avaient principalement en vue l'établissement des principes généraux, et la marche à suivre pour acquérir des connaissances certaines sur l'homme et sur la nature. Ils ne se sont pas occupés spécialement des méthodes à suivre pour la solution des questions qui peuvent se présenter dans une science de raisonnement, dont toutes les bases fondamentales ont été établies. Or c'est là l'objet principal de notre Ouvrage.
JNous ne pouvons cependant nous empêcher de faire connaître l'opinion qu'ils ont émise l'un et l'autre sur la logique telle qu'on l'enseignait depuis Aristote.
58. Voici comment Bacon s'exprime dans l'analyse rapide qui précède le livre \" :
« Cet art que nous proposons, et auquel nous donnons
yO CHAPITRE XII.
ordinairement le nom à' interprétation de La nature, cet art,(iis-je, est une sorte de logique, quoiqu'il y ait une différence infinie entre celle-ci et la science à laquelle on donne ordinairement ce nom; car cette logique vulgaire fait bien profession de destiner et de procurer à Tentendement des secours et des appuis, et c'est ce que les deux logiques ont de commun ; mais elles diffèrent principalement en trois choses, savoir : quant au but même, puis quant à l'ordre des démonstrations, enfin quant à la manière de commencer la recherche.
» En effet, la fin de la science que nous proposons n'est pas d'inventer des arguments, mais des arts; non des choses conformes aux principes, mais les principes mêmes; non des probabilités, mais des indications de nouveaux procédés. Ainsi, les intentions et les vues étant différentes, les effets ne doivent pas non plus être les mêmes ; car là ce qu'on se propose de vaincre et de lier, pour ainsi dire, par la dispute, c'est son adversaire; ici c'est la nature, et c'est par les œuvres qu'on tend à ce but.
» Or la nature et l'ordre des démonstrations mêmes s'approprient à une telle fin; car dans la logique vulgaire tout le travail a pour objet le syllogisme. Quant à l'induction, à peine les dialecticiens paraissent-ils y avoir pensé sérieusement ; ils ne font que toucher ce sujet en passant, se hâtant d'arriver aux formules qui servent dans la dispute. Quant à nous, nous rejetons toute démonstration qui procède par la voie du syllogisme, parce qu'elle ne produit que de la confusion, et fait que la nature nous échappe des mains. En effet, quoiqu'il soit hors de doute que deux choses qui s'accordent dans le moyen terme s'accordent aussi entre elles, cependant il y a ici de la supercherie, en ce que le syllogisme est composé de propositions, les propositions de mots, et que les mots sont les signes et comme les étiquettes des notions. Si donc les notions mêmes