CHAPITRE VI
ACCIDENTS PENDANT l'opÉRATION
Si, pendant l'application de l'élévateur à ressort, le malade se débat beaucoup et contracte énergiquement ses paupières, il vaut mieux employer le chloroforme j usqu'à l'anesthésie com plète.
Divers accidents peuvent se produire pendant le premier temps de l'opération, lorsqu'on pratique Tincision avec le couteau étroit de M. de Grtefe. Voici les règles que l'auteur du procédé a formulées à cet égard :
Quand on a mal choisi le point de ponction par rapport au bord de la cornée et que le couteau est déjà dans la chambre antérieure, on doit le retirer et remettre l'opération à un autre jour. Si le point de ponction est à la distance normale du bord de la cornée, mais trop haut ou trop bas, on peut choisir un point de coijtre-ponction qui compensera cette différence, sans changer la grandeur de l'incision; il n'en résulte d'autre inconvénient qu'une légère déviation du coloboma, qui, selon la règle, devrait être dirigé directement en haut.
Lorsqu'on a conduit la pointe du couteau vers un point de contre-ponction autre que celui qui est prescrit, il faut la retirer dans la chambre antérieure avant de percer le bord sclérotical, pour la diriger ensuite vers le vrai point de contreponction. Ce mouvement peut être exécuté en toute sécurité, car le couteau, par sa forme, empêche l'écoulement de l'humeur aqueuse. Cette dernière s'échappe aussitôt que la contreponction est faite et soulève parfois la conjonctive, sous la forme d'une vésicule assez considérable. Ce soulèvement ne doit pas inquiéter l'opérateur, et disparaît ordinairement avec la section du lambeau conjonctival.
Si l'on se sert, pour faire l'incision, du couteau du docteur Em. Martin, on n'a pas d'autre précaution à prendre que d'enfoncer hardiment la lame de l'instrument dans une direction parallèle à l'iris.
Lorsque des synéchies du bord pupillaire avec la capsule s'opposent au prolapsus de l'iris, on agit comme dans l'iridectomie, en introduisant des pinces courbes ou un crochet mousse dans la chambre antérieure pour attirer le sphincter pupillaire. Si la procidence de cette membrane fait défaut par suite du
peu de tension intra-oculaire, on la provoque facilement en promenant de bas en haut une éponge fine et légèrement mouillée sur la cornée.
^écoulement du sang dans la chambre antérieure, qui suit quelquefois l'excision de l'iris, peut devenir gênant pour l'ouverture de la capsule, car il est difficile de le faire écouler complètement en entre-bàillant la plaie. Mais dans la plupart des cas, avec un peu d'habitude , on arrive très-bien, malgré cet accident, à pratiquer la cystitomie.
L'issue du corps vitré peut survenir à la suite d'une plaie trop périphérique, ou par les contractions musculaires volontaires du malade, ou enfin par une fausse manœuvre. Quelquefois elle est due à une prédisposition morbide des yeux, telle que l'atrophie ou l'absence partielle de la zonule et le ramollissement extrême du corps vitré. Cet accident présente le plus grand inconvénient, lorsqu'il a lieu avant l'expulsion de la cataracte. Il n'y a alors d'autre conduite à suivre que d'achever l'opération avec rapidité et à l'aide de la curette, parce que toutes les autres manœuvres, voire même l'éthérisation complète, pourraient augmenter la procidence du corps vitré sans rendre l'expulsion de la cataracte plus facile et moins dangereuse.
On agit de même lorsque le prolapsus de l'humeur vitrée a lieu après l'excision de l'iris ou après l'ouverture de la capsule.
Dans tous ces cas, le cinquième temps de l'opération devient impossible; il ne reste qu'à appliquer immédiatement le bandage compressif.
La sortie du corps vitré est d'une gravité bien moindre, lorsqu'elle arrive après l'extraction de la cataracte. Une petite perte de ce liquide ne nuit pas alors au rétablissement de la vision ; cependant elle peut retarder le travail de cicatrisation, vraisemblablement par l'interposition de la membrane hyaloïde entre les lèvres de la plaie.
La cornée, immédiatement après la sortie du cristallin, peut s' affaisser en arrière, de façon à présenter en avant une surface concave au lieu d'une surface convexe. J'ai constaté cet accident chez une malade très-âgée, atteinte d'un marasme sénile complet, et dont je rapporte plus loin l'observation. 11 est dû probablement à la pression atmosphérique qui s'exerce sur la cornée , sans être équilibré par la tension intra-oculaire. Il n'est pas sans effrayer l'opérateur lorsqu'on l'observe pour la première fois; mais il disparaît peu à peu lorsque l'humeur aqueuse s'est reproduite, et ne réclame d'autre soin que l'application immédiate du bandeau compressif.