DÉNOMINATION DU PROCEDE
M. de Grsefe a d'abord donné à sa méthode le nom diextrac-
(1) De Graefe. Clinique ophthalmologique. Ed. frcançaise, par E.Mejer. Paris, 1866, p. 20.
(2) Ârchiv fur Ophthalmologie ; 1865. XI, 3, p. 1.
tion linéaire modifiée , mais cette dénomination n'a pas tardé à soulever de vives critiques. Les uns ont prétendu que la forme de l'incision n'était pas géométriquement linéaire, les autres ont accusé l'expression « modifiée r, d'être vague et insignifiante.
Sans doute il n'y a d'incisions géométriquement linéaires possibles, sur un organe sphérique, que celles qui passent par un méridien de la sphère, et l'incision de M. de Grsefe ne remplit pas cette condition, puisqu'elle est située dans le bord sclèrodcal de la cornée. Mais, en raison des exigences du langage pratique, il est impossible de ne pas s'écarter quelquefois de l'acception propre d'une expression mathématique, sans risquer de tomber dans des subtilités sans fin et de devenir incompréhensible. D'ailleurs, une des propriétés les plus caractéristiques d'une incision à lambeau est l'écartement des lèvres de la plaie sous l'influence de la tension intr a-oculaire. Dans le procédé de M. de Greefe, l'incision oppose le plus de résistance possible à la pression intra-oculaire et expose, par conséquent, le moins à l' entre-bâillement des lèvres de la plaie. Il est donc permis d'accorder à cette section le nom de linéaire, pour mieux l'opposer à l'incision à lambeau et indiquer un de ses principaux avantages, Iprsqu'on ne cherche dans cette question qu'un intérêt chirurgical, et non la solution d'un problème de géométrie. En outre, le nom d'incision linéaire doit être conservé parce qu'il se rattache à l'histoire même du procédé. C'est, en effet, des nombreux essais qui ont été tentés dans le but de diminuer le plus possible la hauteur du lambeau, sans rendre l'issue de la cataracte plus difficile, qu'est résultée l'extraction dite, par le professeur de Berlin, « linéaire modifiée, n
Mais il est incontestable que l'adjectif « modifiée » ne dit absolument rien à l'esprit. On ne peut pas deviner pourquoi de la combinaison de l'extraction linéaire avec l'iridectomie
il résulte une extraction linéaire « modifiée r> . M. Wecker (1) a proposé de remplacer cette épithète par celle de ^combinée » , que l'on appliquerait à toutes les opérations de cataracte auxquelles on a ajouté la section de l'iris, et M. de Grsefe a approuvé cette modification, dans la pensée que Fexpression « combinée » était préférable, surtout dans la langue française. J'avoue ne pas comprendre les motifs de cette préférence.
D'autres ont appelé l'opération : « extraction linéaire scléroticale. « Malheureusement ce nom renferme une inexactitude, car, bien que l'incision soit aussi périphérique qu'il est permis de la faire, il s'en faut de beaucoup que la plus grande partie du canal de la plaie se trouve dans la sclérotique ; elle tombe au contraire dans le tissu de la cornée (2).
On ne peut accepter davantage le nom extraction sous-conjonctivale, qui convient mieux au procédé de M. Desmarres.
M. de Grœfe (3) , voyant l'insuccès de ces différentes épithètes, a remplacé aujourd'hui le mol « modifiée « par l'expression « périphérique. » Il s'appuie sur ce que, à part la direction linéaire de l'incision, la condition essentielle du succès de son opération, et celle qui favorise le mieux la sortie spontanée du cristallin et la cicatrisation de la plaie, c'est la situation périphérique de cette dernière. Il se prononce en même temps contre toute dénomination dans laquelle on mentionnerait l'iridectomie, car cette partie de son procédé découle naturellement de l'incision linéaire. En effet, après le premier temps de l'opération, l'iris fait hernie par la plaie; et, si l'on
(1) Annales d'oculistique, LIX, 155. Mars-avril 1868.
(2) De Grsefe, Compte rendu du Congrès intern. d'ophth. de 1867, p. 101.
(6) Archiv fur Ophthalmologie, 1868. XIV, 3, p. 106.Trad. dans Ann. d'ocuL, LXII, sept.-oct. 1869.
voulait opérer sans iridectomie, au moment de la sortie de la cataracte , la partie prolabée de l'iris serait inévitablement pincée entre le cristallin et le bord scierai de l'incision. En réalité donc, la section périphérique implique la nécessité d'une excision de l'iris; or la plus simple logique, dit M. de Grsefe, exige que la dénomination d'un procédé opératoire rappelle à l'esprit un des principes sur lesquels il repose, et non une conséquence de ce principe.
Je suis parfaitement d'accord avec le professeur de Berlin pour reconnaître que la forme de son incision exige le sacrifice d'une portion de l'iris; mais où je ne saurais le suivre, c'est dans ses prétentions à exclure de la dénomination de son procédé toute expression qui rappelle l'iridectomie. Je crois, sans doute, que, s'il était possible de rayer l'iridectomie de son opération, il le ferait, comme il l'assure lui-même ; toutefois le temps où l'on pourra se priver de cette modification n'est pas encore venu, et, pour le moment, l'excision de l'iris constitue précisément le caractère spécial de son procédé. Quant à l'expression de « périphérique w , adoptée maintenant par l'Ecole de Berlin, je ne la considère pas comme plus heureuse que celles qui l'ont précédée, car la périphéricité de la plaie se retrouve, à des degrés divers^ dans d'autres procédés d'extraction et même dans l'extraction linéaire simple. Je ne puis donc admettre que cette épithète serve définitivement à désigner le nouveau procédé.
Pour résumer cette discussion, je dirai que le nom à' incision linéaire doit être rigoureusement conservé. Quant à l'adjectif qu'il convient de lui ajouter, aucun de ceux que j'ai signalés ne satisfait complètement l'esprit et ne mérite, par conséquent, d'être employé à Texclusion des autres.
Il serait peut-être plus simple de remplacer toute espèce de quahficatif par le nom de l'inventeur du procédé. Cependant^ en considérant que cette opération ne diffère réellement de
rextraction linéaire proprement dite que par sa combinaison avec l'iridectomie, j'ai pense que la dénomination la plus convenable à lui appliquer serait celle d'extraction linéaire ^composée.n Cette expression est, en effet, la seule qu'on puisse opposer directement à celle de ^simple», consacrée pour l'extraction linéaire sans modification, et de plus elle a l'avantage de ne pas s'appliquer à un temps de l'opération plutôt qu'à un autre. Elle a été complètement approuvée par le docteur E. Martin, de Marseille. Je ne sais si elle aura la bonne fortune d'être adoptée dans le langage scientifique. Je crois seulement qu'elle est mieux appropriée que toutes celles qui ont été proposées jusqu'à ce jour, et je l'emploierai dans ce travail. D'ailleurs je déclare que je n'attache pas une trèsgrande importance à cette question de nom, et que j'accepterais, sans répugnance aucune, toute autre dénomination qui viendrait à être consacrée par un usage général.