SOINS PRÉLIMINAIRES
On a maintenant complètement reconnu l'inutilité d'un traitement préparatoire à l'opération de la cataracte, excepté lorsque la santé générale du malade fournit des indications spéciales. On se borne ordinairement à prescrire un purgatif la veille de l'opération, pour combattre la constipation et prévenir les efforts qu'elle entraîne.
Plusieurs heures avant l'opération, et même la veille, on instille dans l'œil quelque gouttes d'une solution de sulfate neutre d'atropine, afin que la pupille soit largement dilatée. La formule à laquelle j'accorderais la préférence est de 0 gr. 05 c. de sulfate neutre pour 30 grammes d'eau distillée.
Le malade est ensuite opéré couché : on obtient ainsi une plus grande facilité pour exécuter toutes les manœuvre opératoires, une résolution plus complète des muscles et une plus grande tranquillité du sujet.
L'emploi habituel des anesthésiques est inadmissible, à cause du peu de douleur occasionnée par l'opération. En outre, la contraction des muscles volontaires de l'œil aide à l'expulsion du cristallin, et, en tout cas, il est bon que le malade puisse, à un certain moment, donner à son œil diverses directions pour faciliter l'issue des derniers débris de la substance corticale. Cependant l'usage du chloroforme devient indispensable dans certains cas, par exemple pour les personnes trop pusillanimes, à cause de l'impossibilité d'obtenir autrement l'immobilité nécessaire, et pour celles dont les yeux présentent une exagération de la pression intrà-oculaire. Il faut alors que le patient soit à jeun depuis quelques heures, et on doit pousser l'anesthésie jusqu'à la résolution musculaire absolue, afin d'éviter les mouvements déréglés de la narcose incomplète, qui sont plus dangereux encore que les mouvements volontaires.
L'œil à opérer doit être bien éclairé. Pour cela, il faut approcher le lit d'une fenêtre vers laquelle on tourne le côté sur lequel on opère. Il est bon de voiler les carreaux inférieurs pour éviter les reflets de la cornée, qui s'opposent souvent à ce qu'on suive du regard l'extrémité des instruments introduits dans la chambre antérieure. Enfin il importe de tourner le lit de telle sorte que l'opérateur ne se porte pas ombre à luimême avec la main qui conduit les instruments, et qu'il occupe une place un peu élevée pour dominer aisément le champ de l'opération.
Le chirurgien se place derrière le malade pour opérer l'œil droit, et devant lui pour opérer l'œil gauche. Il vaut mieux adopter cette manière de faire, que de rester en face du malade et de se servir de la main gauche pour opérer l'œil droit. En
effet, la main gauche n'arrive pas parfaitement à manier les instruments aussi sûrement que la droite, en dépit de tout exercice, et même cette habileté, une fois acquise, se perd facilement si l'on n'a pas la précaution de l'exercer sans cesse. Il est inutile de fermer l'œil que l'on n'opère pas lorsqu'on se sert, comme on doit d'ailleurs toujours le faire, de l'élévateur à ressort introduit entre les paupières et maintenu au degré d'écartement nécessaire au moyen d'une vis.
La fixation de l'œil se pratique à l'aide des pinces à râteau de Waldau, qui offrent l'avantage de pouvoir s'implanter dans le tissu conjonctival sans le déchirer, et il fâut avoir soin de saisir non-seulement la conjonctive, mais encore le tissu cellulaire sous-jacent: de cette façon on obtient une immobilité complète de l'œil. La main qui porte la pince doit prendre au voisinage de l'œil un appui solide, et s'abstenir soigneusement d'exercer sur cet organe la moindre la pression.
Ces indications premières étant remplies, et la tête du malade étant solidement maintenue par un aide, on procède à l'opération.