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CHAPITRE XIII

Quelques oublis ont pu se glisser dans cet ouvrage , malgré tout le soin apporté à sa rédaction. Il était bien difficile de ne rien omettre dans l'immense quantité de matériaux qu'il m'a fallu parcourir. C'est surtout à la partie expérimentale qu'on peut appliquer ce reproche ; mais le chapitre XII n'est point un compendium de tous les travaux des micrographes , c'est un recueil d'expériences destiné aux commençons. Il eût été impossible de renfermer dans des limites aussi étroites , ce qui exigerait un travail spécial et fort étendu.

En publiant cet ouvrage, j'ai cherché à remplir une lacune qui devenait plus sensible de jour en jour. Une longue étude des instrumens d'optique et du microscope en particulier, a du nécessairement me donner une expérience qui ne pouvait résulter que de persévérantes et minutieuses observations. Lorsque le microscope réellement perfectionné eut enfin conquis un rang élevé dans la science , je fus assez heureux pour être distingué par les savans qui s'empressaient de mettre en usage ce nouveau levier. Comment ne pas profiter de ces relations avec les hommes les plus remarquables de différens pays? Quelquefois, ils daignaient me demander des renseignemens , souvent , ils me fournissaient des matériaux précieux. Les amateurs qui fesaient des recherches microscopiques , leur délassement favori , ne savaient où trouver des instructions précises; il manquait donc un travail spécial sur le maniement des microscopes. On avait bien publié des ou-

vrages sur les résultats obtenus avec cet instrument, mais les auteurs de ces écrits , supposaient toujours à leurs lecteurs les connaissances premières indispensables pour pouvoir vérifier ce qu'ils avançaient; cependant aujourd'hui même, il est peu de personnes qui sachent bien disposer leurs microscopes pour les différens genres d'observation.

Est-il , maintenant , un seul homme qui puisse nier consciencieusement l'utilité du microscope? Je ne saurais le croire. La physiologie, l'anatomie, la physique, la chimie, la botanique ont, tour à tour, demandé de nouvelles lumières à ce merveilleux instrument; chaque jour sa puissance se manifeste par des découvertes où par la rectification d'erreurs anciennes consacrées par le temps.

Les observateurs des différentes époques se sont partagés en deux camps ; les uns , ne fesaient usage que du microscope simple et rejetaient l'instrument composé constamment employé par les autres. De nos jours encore, on rencontre quelques personnes qui ont hérité de ces idées exclusives ; mais si l'on comprend que les premiers observateurs aient rejeté le microscope composé dont les imperfections étaient si nombreuses , on ne saurait expliquer les opinions diverses qui existent aujourd'hui. Les belles recherches de Leeuwenhoek et de Hooke , sont connues de tous ; leurs travaux ont également fait sensation dans le monde savant , et cependant, le premier n'employait que le microscope simple, tandis que le microscope composé était le seul instrument dont se servît le docteur Hooke. On pourrait encore citer d'une part, Sénebier, Spallanzani , Lyonet, Ellis, Wilson, etc., de l'autre, Hedwing, Muller, Gaertner, etc. Des deux côtés on trouve des travaux remarquables , et , il faut le répéter, à cette époque , les partisans du microscope cojnposé avaient le désavantage.*

Au lieu de se priver systématiquement de l'un de ces moyens d'investigation , on doit employer les deux appareils suivant les

exigences des recherches ; mais il est certain que le microscope composé muni des divers accessoires décrits dans cet ouvrage , peut suffire seul à tous les besoins.

Cet instrument est-il susceptible de nouveaux perfectionnemens? Avant de répondre à cette question , il faut distinguer la disposition mécanique de la partie optique. Le mécanisme des nouveaux microscopes laisse peu à désirer et je crois être en droit de penser qu'il n'y aurait aucun avantage à changer quelque chose à mon modèle où l'on ne rencontre pas une seule pièce inutile. Les progrès des arts et des sciences, font espérer encore des modifications heureuses dans la partie optique. Je saisirai l'occasion pour dire un mot d'un petit microscope que je nommerais volontiers diamant. Cet instrument dont tous les verres sont achromatiques, n'a pas plus de quatre centimètres de longueur; il m'a fait voir nettement plusieurs test-objects.

J'ai reconnu qu'en l'associant comme objectif, au microscope composé ordinaire , on pouvait obtenir un microscope 6i-composé produisant l'image dans la position de l'objet. Ces deux nouvelles combinaisons ébauchées depuis long -temps, exigent des recherches que j'espère pouvoir terminer un jour.

Jusqu'à présent le microscope universel est l'instrument favori des observateurs ; l'Académie royale des Sciences , le Collège de France, l'École Polytechnique, MM. Audoin, Biot, Brongniart, Breschet , Decandolle , Dumas , Desmazières , Donné , Nathalis Guillot , Lamé , Leclerc - Thouin , Magendie , Mayer, Milne Edwards, Montagne, Morren, Pouillet, Bicord , Savart, Séguier, Serres , etc. , font usage de mon appareil , et c'est , je crois , le meilleur éloge qu'on en puisse faire.

J'aurais voulu citer les beaux travaux des micrographes de notre époque et les découvertes remarquables que l'on doit au microscope. Les recherches sur l'embryologie végétale et les bois fossiles, etc. , par M. A. Brongniart, les observations de

MM. Deeaisne,Gaudichaux, Guillemin, de Mifbel,Tu'rpin, Robert Brown et quelques extraits du magnifique ouvrage de M. Ehrenberg, qui malheureusement n'est pas à la portée de toutes les fortunes, sont autant de précieux matériaux qui auraient enrichi cet ouvrage tout en lui servant d'égide; mais j'espère pouvoir un jour compléter ce vadé-mecum du micrographe que je terminerai par quelques préceptes omis involontairement.

Avant de faire une observation , il faut s'assurer de la netteté des bandes de verre. Pendant l'opération du polissage , des atomes de per-oxide de fer s'introduisent quelquefois dans de petites cavités imperceptibles. Si l'on ne s'est pas assuré d'abord de la présence de ces points rouges , on pourra les prendre pour des corpuscules contenus dans le liquide ou le corps transparent soumis au microscope. On doit également reconnaître à l'avance les globules formés pendant la fusion du verre.

Quand on étudie des corps blancs ou doués d'une grande transparence, il faut, au moyen d'un écran, intercepter la lumière qui arrive immédiatement sur l'objet. Un tube doublé de velours noir et placé sur la platine de manière à renfermer l'objet et l'objectif dans une enceinte obscure, remplit parfaitement le but.

Une expérience ne sera décisive qu'autant qu'elle aura été faite avec un microscope éprouvé sur les tests les plus difficiles; aussi faut-il s'exercer à bien les voir aussitôt qu'on a acquis une certaine habitude par l'observation des objets les plus faciles.

ïl faut s'exercer fréquemment aux préparations , répéter plusieurs fois une expérience avant de tirer une conclusion, et ne pas renoncer trop promptement à l'étude d'un même objet, car ce n'est ordinairement qu'après plusieurs tentatives , que l'on parvient à le placer dans la position la plus favorable et souvent même , il faut le faire mouvoir en divers sens pour observer les différentes parties.

Enfin, je recommande aux commençons de ne pas toujours

espérer un spectacle merveilleux, de crainte de se laisser surprendre par une illusion.

Lorsque nous observons des corps volumineux, nous pouvons rectifier les erreurs au moyen du toucher ; mais comment faire agir ce sens sur les corps qui ne sont visibles qu'à l'oeil armé du microscope? Ce n'est qu'en multipliant les expériences , en variant les procédés, que l'on obtiendra l'exactitude sans laquelle il n'y a pas d'observation.

Les figures de la planche 3 et la plupart de celles de la planche 2 , ont été dessinées au moyen de la chambre claire seule. C'est à l'amitié de M. le capitaine Richoux que je dois ces dessins si exacts. Je suis heureux de lui témoigner ici toute ma reconnaissance.

Pour la planche 5, on a employé la chambre claire appliquée au microscope; ces divers résultats fourniront la meilleure preuve de l'exactitude et de l'utilité de la caméra lucida.

Les échelles placées en tête de la planche 5, font connaître à la fois le grossissement employé et la dimension réelle de chaque objet. (Pour peu que l'on ait étudié le chapitre VIII, de la Micrométrie, je ne pense pas qu'il soit nécessaire d'indiquer le procédé à suivre dans l'application de ces échelles.) En général dans les micrographies, on a trop souvent négligé l'indication du pouvoir amplifiant et de la grandeur des objets; aujourd'hui on ne pourra plus accuser la difficulté des procédés micrométriques et l'on sera en droit de rejeter les dessins qui ne seront pas accompagnés d'une échelle exacte.

Qu'il me soit permis de répondre à un argument que l'on m'a souvent opposé. Mon microscope universel est , dit-on, d'un prix trop élevé ; néanmoins presque toutes les personnes qui se livrent à l'étude des sciences , ont fait choix de cet instrument. Depuis que MM. Reichenbach, Frauenhofer et Gambey ont fait faire de si beaux progrès à la construction des instrumens de précision, on

a dû reconnaître qu'il ne pouvait exister que de bons ou de mauvais appareils ; car lorsqu'il s'agit de recherches délicates , la médiocrité n'est pas admissible. Mais pour construire un bon instrument, il faut beaucoup de temps et de soins, et tout le monde, sans en excepter mes argumentateurs , comprendra facilement qu'il serait impossible de consacrer ce temps et ces soins à la construction d'un microscope, pour enfin le livrer à ce qu'on appelle bon marché.

Le Mémoire sur les diatomées qui termine l'ouvrage, est un des travaux les plus récens du savant M. de Brébisson qui a bien voulu contribuer au succès de ce livre en nous autorisant à réunir son travail au nôtre.

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