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DU MICROSCOPE COMPOSÉ DIOPTRIQUE

Nous commencerons par la théorie de ce microscope en prenant pour exemple, l'appareil le plus simple, composé seulement d'une lentille et d'un oculaire.

Soit MN, pi. 2, fig. 5, un petit objet placé au foyer ou un peu plus loin que le foyer principal de l'objectif AB; les rayons lumineux réfractés par cette lentille iront former en m, n, une image de l'objet MN. La grandeur de l'image m,n, sera à MN comme la distance n,A, est à la distance AM. Si nous examinons cette image m, 71, déjà amplifiée, à travers un oculaire EF placé de manière à ce

que m,n, se trouve à son foyer principal , nous ferons subir à cette image une nouvelle amplification, car l'œil placé en 0 verra l'objet sous l'angle E,0,F bien plus grand que n,0,ra, et par conséquent bien plus grand encore que M,0,N.

On peut avec les mêmes verres obtenir une plus forte amplification en augmentant la distance entre E,F, et A,B, mais cette disposition rétrécit le champ de vue et empêche de voir l'ensemble des objets soumis au microscope. On a donc placé entre l'image et l'objectif un troisième verre nommé verre de champ. Dans la figuœ 6, MN est l'objet et m,n, l'image que formeraient les rayons réfractés par GH suivant la direction Gn,Hm, et c'est cette image qui est amplifiée par l'oculaire EF. On a encore augmenté le champ de vue en donnant la forme piano-convexe aux verres EFGH.

Ajoutons à cet appareil le prisme d'Àmici, et nous aurons, pi. 2, fig. 7, MN l'objet, AB la lentille achromatique et P le prisme dont la face P réfléchira les rayons dans la direction PO. Le reste de la théorie est absolument semblable à celle du microscope vertical.

Il est une autre circonstance importante qui a conduit à construire le double oculaire dont nous venons de parler, c'est l'aberration chromatique.

Ce fut au télescope que l'on fit la première application de ce système, aussi est-ce d'après l'oculaire de cet instrument que nous allons expliquer la théorie .

SoitO, fig. 40, pi. lre, l'objectif achromatique d'un télescope, et E l'oculaire simple ; F sera le foyer de l'objectif 0 et c'est en ce point que se formera une image renversée de l'objet.

Le rayon de lumière blanc A, a, 6, réfracté par l'oculaire E sera décomposé de telle sorte que b, R sera la direction des rayons rouges et 6, Y celle des rayons violets ; l'angle V,/>,R sera pour le crownglass l/27me de a,b,T{. Les rayons B,a,d , traversant la lentille en un point où ses surfaces sont moins inclinées l'une sur l'autre, éprouveront une réfraction moins forte et une dis-

persion qui suivra à peu près la môme proportion. Il en résulte que d,l sera la direction des rayons rouges et ,d,v celle des violets; de cette manière les deux rayons violets seront à peu près parallèles lorsque les rayons rouges seront dans une semblable position respective.

Il arrivera donc que ces rayons colorés ne se réuniront pas au fond de l'œil; l'objet paraîtra bordé de franges colorées et le bord d'une ligne noire vue sur un fond blanc, aura une frange orangée en dehors et une coloration bleue en dedans. Cette aberration augmentera à peu près dans la même proportion que l'angle visuel b\c\ donc, plus cet angle sera grand ou en d'autres termes plus l'amplification sera forte, plus la coloration sera manifeste.

Voyons maintenant de quelle manière l'oculaire composé de deux verres piano-convexes parvient à détruire cette aberration. Fig. 41 , planche lre, représente l'oculaire négatif ou achromatique. AB est un pinceau de lumière blanche déjà réfracté par l'objectif, BF est un verre de champ piano-convexe dont le côté plan est tourné vers l'oculaire E. Les rayons rouges du pinceau AB après avoir été réfractés par BF, iraient s'entre-croiser en R et les violets en V; mais en traversant l'oculaire E, les rayons rouges seront réfractés en c,r, les violets en c,d, et ils s'entre-croiseront en se réunissant sur Taxe au point c, car le rayon violet étant plus près de Taxe de la lentille E, éprouvera une réfraction moins forte que le rayon rouge, et lorsque l'œil sera placé dans l'axe en c, il verra les objets exempts de coloration. On a fait des oculaires composés d'un plus ou moins grand nombre de verres, mais nous avons adopté la disposition indiquée ci-dessus,

Le docteur Hooke en 1656, Eustachio Divin i en 1668 et Philippe Bonnani en 1698, publièrent les descriptions de leurs microscopes que nous citons particulièrement, parce qu'ils furent sans contredit les premiers appareils bien disposés pour certaines observations. Le dernier surtout décrit par P. Bonnani dans son

ouvrage intitulé : Observationes circa viventia, quœ in Rébus non vlventibus Reperiuntur, est remarquable sous plusieurs rapports. Composé de trois verres ; un oculaire, un verre de champ et un objectif, ce microscope était placé horizontalement et la platine portait en arrière, un petit tube garni d7une lentille convexe à chaque extrémité , destiné à condenser la lumière sur l'objet. Une lampe complétait l'appareil mis en mouvement au moyen d'une crémaillère (pi. 2, tig. 3). Au reste, tous les microscopes plus ou moins anciens dont on possède les descriptions , avaient beau réunir toutes les conditions qui rendent un instrument commode et d'un usage facile, ils péchaient toujours par la base , c'est-à-dire par la partie optique. Les aberrations de sphéricité et de réfrangibilité étaient si apparentes, les procédés mis en usage pour remédier à ces défauts, rétrécissaient tellement le champ de vue, diminuaient la clarté ou remplissaient si imparfaitement le but, que le microscope composé, cet instrument aujourd'hui si précieux, fut rejeté par les savans, abandonné aux curieux et pour ainsi dire aux enfans, comme un jouet agréable, mais aussi comme un appareil inutile à la science et plus propre à induire en erreur, qu'à augmenter la somme de nos connaissances. Ces défauts devenaient encore plus apparent par l'effet de l'oculaire qui, grossissant l'image de l'objet, fesait subir le même grossissement aux vices de la réfraction objective.

Aussi, quant à l'instrument composé, ne doit-on dater l'ère microscopique , que du jour où l'achromatisme fut heureusement mis à contribution et rendit aux savans le plus précieux de leurs moyens d'investigation.

Le télescope, destiné à l'étude des phénomènes célestes , dut attirer spécialement l'attention des savans. Aujourd'hui que l'anatomie, la physiologie, la chimie, etc., sont parvenues à un rang si élevé, à une époque où ces sciences mettent toutes les autres à contribution , le microscope reprend ses droits et lorsque d'un

côté, on place la science qui rétablit la santé et prolonge la vie, et de l'autre , les connaissances astronomiques si admirables du reste, on peut facilement prévoir de quel côté penchera la balance.

Néanmoins le télescope fut achromatisé long-temps avant le microscope. Les auteurs anglais rapportent qu'en 1729, deux ans après la mort de NeAvton, un savant d'Essex, M. Chester More Hall, fut conduit par l'étude de l'œil humain à la découverte de l'achromatisme et reconnut après beaucoup d'expériences , que deux espèces de verre combinées , réfractaient la lumière sans la décomposer. Vers 1733, il fit des objectifs achromatiques et deux de ses télescopes furent long-temps entre les mains de personnes qui ignoraient toute la valeur de ces instrumens. M. Hall mourut sans faire connaître son secret.

Il est juste de rappeler, que Grégory avait en 1713, donné dans sa catoptrique, les premières idées de la combinaison des milieux de densités différentes.

Probablement, la difficulté d'achromatiser de très petites lentilles, dut contribuer en partie à éloigner les esprits d'une pareille tentative pour le microscope, cependant l'impulsion était donnée. Dollond construisit en 1757 des télescopes achromatiques parfaits, mais il ne fit pas l'application de ce système à ses microscopes qui furent long-temps très estimés. Ces instrumens ainsi que ceux du duc de Chaulnes, de Dellebare, d'Àdams, de Charles, etc., étaient plus ou moins remarquables par leur partie mécanique, mais l'appareil optique était toujours défectueux et le microscope semblait réduit à ne jamais sortir de sa médiocrité. Toutefois , on remarquait avec un sentiment de regret bien pardonnable et complètement évanoui au moment où nous écrivons , que l'Angleterre était plus laborieuse que nous et semblait avoir le monopole de la fabrication des meilleurs instrumens .

Cependant, une lacune se fesait vivement sentir dans les recherches scientifiques; l'analyse réclamait impérieusement une

nouvelle puissance et les belles découvertes faites par les observateurs à l'aide du microscope simple, inspiraient un désir ardent de pouvoir utiliser la puissance énergique du microscope composé.

De 1800 à 1810 Charles de l'Institut, avait fait des tentatives pour achromatiser de petites lentilles. On peut voir ces essais au Conservatoire des arts et métiers dans le cabinet de physique dont la direction est confiée à M, Pouillet , une des célébrités de notre époque. Au reste les lentilles de Charles n'étaient pas disposées de manière à être collées ni superposées et je ne pense pas qu'il eût été possible d'employer des verres dont le centrage et les courbures présentaient de si nombreuses imperfections.

En 1812 le docteur Brewster proposa des lentilles achromatiques composées de verres et de liquides de densités différentes. Mais ces lentilles curieuses sous le rapport scientifique, offrent tant d'inconvéniens dans la pratique, qu'il nous a paru suffisant de les indiquer sans nous y arrêter plus long-temps.

Vers l'année 1816, Frauenhofer savant opticien de Munich, fabriquait des objectifs de microscope à une seule lentille achromatique dont les deux verres n'étaient pas collés ensemble (1).

Quoi qu'il en soit de toutes ces tentatives, la première idée de l'achromatisme appliqué aux objectifs du microscope, appartient incontestablement à Euler. Nous n'avons pas suivi rigoureusement l'ordre chronologique dans cet exposé, parce que nous tenions à isoler Euler des autres auteurs. L'ordre de succession est indiqué dans nos recherches historiques.

Il existe un ouvrage assez rare publié à Saint-Pétersbourg en 1774, sous le titre suivant : « Instruction détaillée pour porter les » lunettes de toutes les différentes espèces au plus haut degré de per- » fection, avec la description d'un microscope gui peut passer pour le » plus parfait dans son espèce , tirée de la théorie dioptrique de Léo-

(1) Recherches historiques.

» nard Euler, et mise à la portée des ouvriers par Nicolas Fuss.

On y trouve une description de l'objectif du microscope dont voici la substance.

« L'objectif sera composé de trois verres dont le premier et le troisième seront en crown-glass et le second en flint. La distance focale sera d'un demi-pouce, et l'ouverture de la lentille, d'un huitième de pouce. On donnera au verre qui compose la lentille, le moins d'épaisseur possible ; les deux lentilles de crown-glass seront bi-convexes et la moyenne bi-concave, etc. »

En 1823 je travaillais encore avec mon père M. Vincent Chevalier, lorsque M. Selligue mécanicien, vint nous proposer de faire des objectifs achromatiques pour les microscopes, il nous fournit un dessin que je possède et d'après lequel il était difficile de construire un instrument ; néanmoins nous parvînmes à établir un microscope d'après ses indications ; mais il n'en fut point satisfait et il fallut six mois d'essais consécutifs , dispendieux et de modifications apportées au projet primitif, pour terminer enfin le premier instrument. L'objectif était d'abord composé d'une seule lentille, mais bientôt, on parvint à en superposer quatre, chacune de dix-huit lignes de foyer, six lignes de diamètre et deux lignes d'épaisseur au centre. L'ouverture était d'une ligne. Elles pouvaient être employées réunies ou séparément. Nous livrâmes ce microscope à M. Selligue qui le présenta à l'Académie des sciences le 5 avril 1824, et le 30 août suivant, Fresnel fît un rapport très favorable en signalant néanmoins plusieurs défauts. Dans ce rapport, il n'était nullement question des travaux que j'avais exécutés avec mon père ; Fresnel ignorait complètement notre collaboration avec M. Selligue.

Nous abandonnâmes alors M. Selligue, tous nos frais et son microscope imparfait. L'instrument dont nous venons de parler, avait on objectif composé de quatre lentilles composées elles-mêmes d'un verre piano-concave de fïint-glass et d'un autre bi-convexe

de crown-glass, réunis par leurs surfaces correspondantes. L'aberration chromatique était certainement bien diminuée, mais la face convexe de la lentille étant tournée vers l'objet, l'aberration de sphéricité était considérable, bien qu'on eût fait l'ouverture des lentilles excessivement étroite, dans l'intention de corriger ce défaut. Frappé de tous ces graves inconvéniens, guidé par les travaux d'Euler, je fis des recherches qui me conduisirent à tourner le côté plan des lentilles vers l'objet et bientôt nous construisîmes des objectifs mieux achromatisés, d'un très petit diamètre et d'un foyer beaucoup plus court.

Il faut remarquer que le collage des petites lentilles au moyen de la térébenthine ou du baume de Canada, est une idée qui nous appartient. Non seulement ce moyen empêche l'introduction de l'humidité entre les deux verres, mais encore il évite la déperdition de lumière occasionnée par les réflexions multiples que produisent les faces juxta-posées.

En septembre 1824 nous fîmes la première lentille achromatique de quatre lignes de foyer, deux lignes de diamètre et une ligne d'épaisseur au centre. Si l'on n'était parvenu à faire des lentilles à court foyer et d'un très petit volume , il eût été impossible d'en superposer plusieurs et l'on n'aurait pu détruire l'aberration de sphéricité, comme on le fait aujourd'hui. Après avoir fait subir plusieurs modifications au microscope, nous le présentâmes le 30 mars 1825 à la Société d'Encouragement. M. Hachette chargé ' du rapport, observa que cet instrument était exempt de toute aberration sensible, et que, soit pour les objets opaques, soit pour les objets transparens, il présentait autant de netteté que les télescopes achromatiques.

De 1824 à 1825, M. Tulley, à l'instigation du docteur Goring, fît en Angleterre, le premier objectif achromatique dont le foyer était de 9/10es de pouce et qu'il perfectionna par la suite.

Nous reçûmes en 1826 une lettre du savant professeur Àmici,

dans laquelle il nous annonçait quelques nouveaux travaux du même genre (1).

En 1815 ce physicien avait déjà fait des tentatives d'achromatisme, mais il les abandonna bientôt et ce ne fut qu'en 1824, après le rapport de Fresnel, qu'il reprit ses expériences et les poursuivit avec un tel succès, qu'en 1827, il apporta à Paris son microscope horizontal dont l'objectif était composé de trois lentilles superposées ayant chacune six lignes de foyer et une large ouverture. Son microscope avait en plus, des oculaires de rechange, condition précieuse pour varier les amplifications. Toutefois ses lentilles n'étaient point collées. Cet instrument excita une juste admiration dans le monde savant. Il est bon d'observer que le rapport de Fresnel sur le microscope achromatique que j'avais construit avec mon père pour M. Selligue, fut la cause première de tous les travaux qu'on exécuta depuis cette époque. Pendant le séjour de M. Amici à Paris, nous exposâmes au Louvre un microscope horizontal construit sur le modèle et d'après les avis de ce physicien ; le jury nous décerna la médaille d'argent sur le rapport de M. Arago qui déclara que l'instrument était parfaitement exécuté. Depuis lors, plusieurs objectifs furent construits par MM. Tulley, Amici, mon père et moi et devinrent les sujets des observations et des mémoires intéressans de messieurs Amici, Goring, Lister et Le Baillif, qui contribuèrent si efficacement au perfectionnement des microscopes achromatiques.

Je viens de nommer M. Le Baillif. Cet amateur éclairé des sciences ne refusa jamais aux artistes ses conseils et ses encouragemens. Plus que tout autre, je fus à même, d'apprécier cette affabilité qui ne se démentait en aucune occasion, car il me témoignait une affection particulière. De bonne heure il m'initia aux secrets de la science microscopique à laquelle il avait consacré la plus grande

(1) Voir les notes.

partie de sa vie. Lors de mes tentatives d'achromatisme, je lui portais chaque jour le résultat de mes travaux et ce patient observateur ne recula jamais devant les nombreuses épreuves comparatives qui seules pouvaient faire reconnaître le progrès.

M. Le Baillif fut mon premier guide et m'inspira le désir de perfectionner les instrumens; si mes intérêts matériels en ont souffert, le suffrage et l'amitié des savans ont été pour moi de précieuses compensations.

Ce peu de lignes consacrées à la reconnaissance, n'expriment qu'une faible partie de mes sentimens. Plus loin, je reparlerai de M. Le Baillif dont malheureusement il ne nous reste plus qu'un souvenir.

En 1833, je séparai mon établissement de celui de mon père. Je fis construire dans mes ateliers, tous les instrumens de physique et spécialement mes nouveaux microscopes.

De nombreux changemens apportés à la partie mécanique de cet appareil, me permirent de lui donner justement, le nom de microscope universel. De jour en jour, les objectifs subirent des perfectionnemens et j'obtiens aujourd'hui les plus fortes amplifications , au moyen de trois lentilles superposées ainsi qu'on le voit, fîg. 42, pi. lre. La fîg. 43 représente les deux verres qui composent chaque lentille. A , verre bi-convexe en crown-glass , B verre piano-concave en flint.

Une pièce accessoire que j'ai imaginée fournit les moyens de redresser l'image quand on se livre aux dissections microscopiques, et détruit complètement la principale objection des adversaires du microscope composé.

Le premier de ces microscopes , admis à l'exposition des produits de l'industrie en 1834, était destiné au collège de France et fut construit à la demande de M. Savart. Dans leur rapport (1),

(1) Voir les notes.

MM. Séguier, Savart et Pouillet le déclarèrent supérieur à celui d'Amici. Conformément à leurs conclusions, le jury m'accorda la médaille d'or.

Dernièrement, l'Académie des Sciences vient de faire l'acquisition d'un instrument semblable pour son cabinet ; cette préférence et les noms des savans distingués qui font usage de mon microscope, suffiront pour marquer la place qu'il occupe aujourd'hui.

Dans l'état actuel, quels sont les avantages que présente cet instrument?

D'abord, nous signalerons la position horizontale. Lorsqu'on a besoin de faire des observations prolongées avec le microscope vertical, on ne tarde pas à sentir un engourdissement douloureux dans les muscles postérieurs du cou, on est obligé de suspendre fréquemment l'expérience et chaque fois la douleur revient avec plus de rapidité. La position de l'œil est la plus désavantageuse pour les observations microscopiques; en effet, le fluide qui lubréfie la surface antérieure de l'organe, suit les lois de la pesanteur et s'accumule dans le point le plus déclive; lorsque l'œil est incliné en bas de manière à voir dans le microscope , ce fluide doit nécessairement se porter sur la cornée en face de l'ouverture pupillaire. Pour peu que l'œil soit prompt à se fatiguer, la sécrétion de l'humeur sera augmentée et dès lors il ne reste plus qu'à suspendre les recherches. Nous n'avons pas besoin de parler de la courbure du tronc, il suffit d'observer une seule fois avec le microscope vertical pour ressentir la fatigue qui résulte de cette position.

Avec le microscope horizontal au contraire, le corps reste parfaitement droit. Le fluide lubréfiant du globe oculaire s'amasse dans la gouttière que lui forme la paupière inférieure d'où il est repris par les conduits lacrymaux. On peut continuer les observations pendant une grande partie de la journée , sans éprouver la moindre fatigue corporelle. M. de Mirbel préfère la position obli-

que à 45 degrés, et dernièrement il nous a fait fixer dans cette direction le microscope vertical que nous lui avions fourni en 1825.

La vérité de ces remarques est incontestable, et bien que notre microscope universel soit disposé de manière à prendre toutes les positions, il est rare qu'on le place verticalement.

Il nous serait facile d'accumuler des preuves en faveur de la position horizontale, mais elles ne seraient utiles qu'aux personnes qui possèdent cet instrument et l'expérience leur en dira plus mille fois que tous nos raisonnemens.

Certains procédés micrométriques, l'application des diverses chambres claires, exigent la position horizontale d'Amici, c'est ce que nous démontrerons plus loin. Quant aux opérations chimiques, elles sont pour ainsi dire impraticables avec le microscope vertical, nous pouvons du moins affirmer qu'elles offrent d'innombrables et rebutantes difficultés.

La nouvelle disposition de la vis de rappel destinée à imprimer le mouvement lent à la platine, nous paraît être une des modifications importantes que nous ayons fait subir au mécanisme de l'instrument. Nous ne prétendons pas dire qu'avec la crémaillère on ne puisse parvenir à placer l'objet assez exactement au foyer, néanmoins ce n'est qu'avec la vis de rappel qu'on peut obtenir un résultat parfait. Elle peut encore être d'une grande utilité lorsqu'il s'agit de mesurer l'épaisseur des objets en fesant mouvoir la platine verticalement. Nous avons fait disparaître les vis de pression qu'on employait pour fixer la boîte de la platine et désormais il n'y a plus à craindre aucun dérangement de l'objet.

Tous lesmouvemens imprimés au corps de l'instrument, soit latéralement, soit verticalement, n'occasionnent pas la moindre altération dans le centrage et la solidité; des butoirs limitent les inouvcniens et déterminent exactement la position des différentes

pièces lorsqu'on les replace dans leur situation primitive. Au reste noire microscope est vraiment un appareil universel, non seulement pour le présent mais encore pour l'avenir, car nous ne pensons pas qu'on puisse proposer une seule modification qui ne soit immédiatement applicable à notre modèle. Expliquonsnous.

L'agencement des pièces est tel, qu'on peut en enlever une et la remplacer par une autre, sans altérer en aucune manière l'exactitude de l'instrument. S'agit-il du microscope horizontal et veut-on faire subir quelque changement au prisme? La pièce qui porte ce verre s'enlève avec la plus grande facilité, on fait les changemens désirés ou bien l'on ajuste une nouvelle pièce. Pour les autres positions , on peut à volonté allonger le corps de l'instrument, changer et modifier les oculaires, appliquer tous les procédés de micrométrie imaginables, etc., etc. Enfin il n'est pas une seule disposition applicable aux autres microscopes, qui ne le soit également au nôtre, si toutefois elle n'existe déjà.

Au reste, toutes ces modifications , tous ces perfectionnemens, n'ont pas manqué de nous attirer de nombreuses et souvent d'injustes critiques ; la jalousie n'a pas ménagé les insinuations. Il a fallu bien de la persévérance et surtout la certitude d'arriver à un résultat, pour me donner la force de soutenir une lutte dans laquelle, seul contre plusieurs, je risquais ma fortune et ma santé.

Je commencerai par la description de mon microscope universel. Ensuite j'indiquerai la manière d'en faire usage.

L'instrument renfermé dans une boîte à compartimens sur laquelle on le visse au moment de faire les observations, est représenté planche 4, fig. 1. L'oculaire se trouve exactement à la hauteur de l'œil.

A boîte.

B tiroir.

G C colonne de support immobile.

D, pièce en cuivre horizontale articulée avec la colonne au moyen de la charnière E et à laquelle est fixée en D la tige carrée F dont la face postérieure est garnie de haut en bas, d'une crémaillère.

Cette tige est fixée à la colonne C par le bouton G.

H miroir concave.

I miroir plan placé sur la face opposée.

K bouton qui permet de faire tourner le miroir dans le demianneau en cuivre L qui lui-même jouit d'une mobilité latérale sur la boîte M.

N bouton qui fait courir cette boîte sur la crémaillère de la tige.

0 pignon moteur de la boite P.

Q vis de rappel à boule destinée à imprimer à la platine un mouvement insensible pour placer l'objet exactement au foyer. ( Nous décrirons plus bas la platine.)

R corps de l'instrument mobile en deux sens, 1° horizontalement sur la pièce a, 2° verticalement au moyen de la charnière c. A son extrémité S, se placent les verres oculaires et tout l'intérieur du tube est garni en velours noir. Ce fut en 1823 que j'imaginai ce dernier moyen pour éviter la réflexion de la lumière par les parois du tube.

S oculaire.

T tube qui s'allonge ou se raccourcit au moyen d'une crémaillère et du pignon U. On a tracé sur ce tube une échelle qui permet d'apprécier l'allongement.

V tube fermé à son extrémité et portant à son intérieur le prisme réflecteur fixé par le petit bouton b. Ce tube est joint au corps R au moyen d'un assemblage à baïonnette.

X tube porte-lentilles.

Y lentilles.

Z platine mobile et ses accessoires.

Les mêmes lettres s'appliqueront à toutes les ligures de la planche première.

Pour se servir de l'instrument, après l'avoir fixé sur une table solide et dirigé comme nous lavons dit dans l'article éclairage, il faut déterminer la position la plus convenable pour le genre d'observations que l'on veut faire.

La position horizontale, figure première, est celle qu'on emploie le plus généralement. Dans cette position l'oculaire se trouve naturellement placé à la hauteur de l'œil.

Après avoir disposé l'objet sur la platine, on choisit l'objectif et l'oculaire suivant le grossissement que l'on désire obtenir , on fait parcourir un quart de cercle aux pièces V X et on fixe les lentilles sur l'extrémité Y qui se présente latéralement et donne la plus grande facilité pour les ajuster. On remet alors la pièce X dans sa position première et regardant par l'oculaire S , on règle en partie l'éclairage , puis on place l'objet au foyer de l'objectif au moyen du pignon 0, ensuite on parvient à la plus grande exactitude en tournant la vis de rappel Q , enfin on perfectionne l'éclairage.

Si l'on veut augmenter l'amplification, il existe trois manières d'y parvenir.

1° En changeant l'objectif.

2° En allongeant le tube T sans changer les lentilles.

3° En conservant l'objectif et en changeant l'oculaire S.

Ces moyens peuvent encore se combiner entre eux, il faut toutefois observer qu'avec les objectifs les plus forts on ne doit pas employer des oculaires puissans et que l'on ne fait usage de ces derniers qu'avec de moyens grossissemens ou lorsqu'il s'agit d'étudier les détails les plus délicats.

S'agit-il d'avoir un microscope vertical, on peut l'obtenir immédiatement comme on le voit, fig. 2. On enlève la pièce VX que l'on remplace par la pièce V, fig. 2, et l'on fait exécuter au corps

de l'instrument son mouvement vertical sur la charnière c. Il faut en même temps abaisser la table qui supporte l'instrument ou élever le siège sur lequel on est assis.

Pour les observations chimiques , fig. 3 et 3 bis, on fait parcourir un demi-cercle à la pièce VX. Par ce moyen l'instrument se trouve renversé, la face plane des lentilles est tournée vers le plafond et l'on peut faire des recherches qui étaient autrefois impossibles , car avec le microscope ordinaire , les gaz ou les vapeurs qui s'échappaient des substances placées sur la platine, ternissaient promptement la lentille et arrêtaient l'opération; certains acides pouvaient altérer le poli des verres et presque toujours, la garniture en cuivre portait des traces de la puissance corrosive. Quand on voulait étudier les corps soumis à l'action de la chaleur, l'évaporation était un obstacle insurmontable. Un autre avantage de cette position, c'est que l'on peut opérer sur une assez grande quantité de matière.

Pour les précipités, notre microscope est le seul véritablement utile, c'est surtout au fond des vases que l'on observe le mieux ces phénomènes.

Il serait trop long d'indiquer tous les avantages que l'on obtient de notre appareil chimique, l'expérience en fournira les meilleures preuves ; au reste voici la description de cet appareil.

d figures 3 et 3 bis, anneau en cuivre qui glisse à frottement sur la pièce X.

e tige carrée adhérente à l'anneau et unie au moyen d'un pivot à la seconde tige e, f.

g miroir dont la surface réfléchissante est tournée en avant et en bas.

h diaphragme variable.

i boîte mobile sur la tige /'au moyen d'une crémaillère et du pignon k.

/, porte-objet vu de face dans la figure 3 bis.

l'i\ plaque en enivre percée dans son centre exactement au dessus de l'objectif.

m, m, lampes à l'esprit de vin qui se meuvent à frottement sur les deux broches w, n.

o. capsule en verre qui se place sur l'ouverture de la plaque /\ /'.

On peut appliquer un thermomètre à cet appareil, pour mesurer le degré de chaleur.

Nous avons construit pour MM. Biot et Dumas, des microscopes horizontaux exclusivement destinés aux expériences chimiques.

Pour étudier les actions chimiques qui n'exigent pas l'emploi de la chaleur, on peut enlever la plaque /\ /', et il reste un porteobjet de dimensions ordinaires. D'autres fois on conserve la grande plaque qui devient alors une table chimique sur laquelle on peut dresser de petits appareils.

Pour examiner l'action de la chaleur, on allume un£ ou les deux lampes suivant le degré de calorique que l'on veut obtenir, la plaque s'échauffe graduellement ainsi que la capsule et l'on n'a pas à craindre l'action des vapeurs sur l'objectif; la capsule ne peut se rompre, elle ne s'échauffe que d'une manière progressive et régulière.

Cette disposition du microscope est encore utile toutes les fois qu'on veut examiner des corps que leur pesanteur entraîne au fond, ou des animaux qui ne viennent que rarement à la surface des liquides , la circulation étudiée sur certains individus exige aussi cette position.

Lorsqu'on veut employer le microscope dans la position horizontale sans prisme, il faut nécessairement que la platine vienne se placer à l'extrémité objective de l'instrument. Il suffît de retirer le bouton G, fig. lre, après avoir placé le corps R comme dans la fîg. 2. Puis on fait exécuter à l'appareil un mouvement de rotation sur la charnière E, fîg. 1 et 4, et l'on enlève le miroir H.

Si la lumière directe ne suffît pas, on ajuste quelquefois sur la tige l'appareil s, s\ composé de deux lentilles fixées aux deux extrémités d'un tube qui se meut sur la tige au moyen de la boîte £. Une simple loupe piano-convexe peut remplacer ce condensateur, mais dans tous les cas , il faut toujours diriger le côté convexe de la lentille vers le point radiant.

Nous avons parlé d'un mouvement latéral ou horizontal sur la pièce a, fig. lre; ce pivotement est utile dans les positions 2 et 4 pour changer les lentilles, il peut encore permettre, fig. lre, de faire mouvoir l'objectif sur la platine, lorsqu'on veut parcourir un objet d'une certaine étendue sans le déplacer.

11 doit être maintenant bien démontré que notre appareil n'a pas usurpé le titre d'universel. Nous verrons plus loin, qu'on peut encore le convertir en microscope catadioptrique avec la plus grande facilité.

Toujours guidé par l'intérêt de la science, j'ai pensé que cet instrument pourrait être inaccessible à certaines fortunes et sachant bien que malheureusement la richesse ne marchait pas toujours de conserve avec le talent ou le désir d'apprendre, j'ai voulu que tout le monde pût jouir des avantages attachés au microscope universel.

J'ai donc construit l'appareil fig. 4, pi. 3, qui sous un moindre volume, possède la plupart des qualités de mon grand microscope. Je me contenterai de signaler les différences.

Le tube T ne se meut plus au moyen d'une crémaillère , le porte-prisme Y est d'une forme plus simple, la pièce D, fig. lre, pi. 4, est remplacée par la tige D qui pivote dans la pièce S. Nous verrons plus bas l'utilité de ce mouvement. Â son autre extrémité, la tige D porte un pivot P qui permet de ramener le porte-lentilles sur le côté lorsqu'on veut visser les objectifs.

A, est un tube en cuivre qui s'emboîte à frottement dans la pièce V.

La pièce A P s'ajuste sur la tige D au moyen d'une broche semblable à celle qui est représentée en B, fig. 4 bis, et que Ton fixe avec le bouton g".

La pièce V entre à frottement sur le tube A et donne le moyen de faire pivoter le corps de l'instrument autour d'un axe qui passerait par l'objectif Y.

La tige GC est fixée inférieurement par le bouton G sur l'épaulement E.

Le miroir H se meut sur la tige, à frottement et non au moyen d'une crémaillère.

La platine est mise en mouvement par le pignon 0. Mais la vis de rappel Q, fig. ire, pi. 4, n'existe pas.

D diaphragme variable fixé en F au moyen d'une charnière ou d'une broche qui permet d'abaisser ou d'enlever le diaphragme.

Lorsqu'on veut avoir un microscope simple, on retire le bouton g et on enlève la pièce PA qui supporte le corps du microscope que l'on remplace par l'anneau M destiné à recevoir les doublets.

Pour obtenir un microscope composé vertical, on enlève la pièce V avec le corps de l'instrument , puis après avoir supprimé la pièce du prisme représentée en V\ on emboîte le corps de l'instrument sur le tube A.

Pour convertir cet instrument en microscope chimique, on fait parcourir au corps de l'instrument un quart de cercle en le fesant pivoter de droite à gauche sur le tube À, ensuite on retire le bouton G et Ton fait parcourir un demi-cercle à la tige GC au moyen du pivot S. De cette manière, l'appareil se trouve complètement renversé, le corps de l'instrument est placé au dessous de la platine sur laquelle on peut ajuster la plaque /', /', fig. 3 bis, pi. 4.

Quant aux autres positions , elles s'expliquent d'elles-mêmes. Nous remarquerons seulement que pour la lumière directe, on peut employer deux procédés après avoir placé le corps de l'instrument dans la position verticale.

1° En fesant parcourir à la tige GC un quart de cercle sur le pivot S.

2° En fesant mouvoir l'appareil sur la charnière E.

Ce double mouvement permet à l'instrument de prendre toutes les positions imaginables.

La fig. 6 représente un petit microscope dioptrique que Ton a prétendu dans le temps opposer à mon instrument universel. Il est je crois inutile de décrire ce modèle construit par Frauenhofer en 1816. La figure en donne une idée suffisante. On vend beaucoup de ces microscopes, car il est des personnes qui placent avant tout la modicité du prix.

J'ai aussi construit l'appareil fig. 5 qui n'est pas propre à tous les genres d'expériences , mais peut à volonté servir de microscope simple ou composé vertical; M. le docteur Donné en conseille l'emploi pour l'examen pathologique des fluides, etc.

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